‹ Le canal de Suez (volume 3)Chapitre 39 sur 141 · PAR ARTICLE · texte numérisé non relu

PAR ARTICLE

Francs

La dépense des travaux étant estimée devoir s'élever au chiffre de 162 millions, il resterait donc encore pour atteindre le chiffre du capital social, fixé à 200 millions de francs, une somme de 38 millions destinée, d'une part, à servir, pendant l'exécution des travaux, les intérêts à 5 0/0 du capital versé; d'autre part, à former ultérieurement des établissements accessoires destinés à augmenter les bénéfices de la Compagnie. La Commission estimait d'ailleurs que le service des intérêts, déduction faite des revenus qu'on pouvait espérer pendant la durée des travaux, absorberait la moitié environ des 38 millions disponibles.

Évaluation des frais d'entretien

La Commission internationale n'aurait pas, disait-elle, regardé sa mission comme accomplie si elle n'eût pas recherché

quels seraient approximativement les frais annuels d'entretien du Canal.

Elle estimait le montant de ces frais ainsi qu'il suit :

1° Entrées du Canal

A Port-Saïd, 100.000™ d'apports à enlever ; àSuez, 30.000 mc . Ensemble 130.000 mc de dragages à 1 franc 130.000

2° Canal proprement dit

Sur le canal maritime de Nord-Holland, ayant 37 m ,67 de largeur avec une profondeur de 6 mètres et une longueur de 78 km ,5 et qui pouvait assez bien servir de terme de comparaison avec le Canal projeté, des observations, pendant une période de 14 ans, avaient fait ressortir le chiffre d'entretien annuel du Canal et de ses ouvrages d'art à 2 f ,50 par mètre courant. En admettant la proportionnalité entre les frais d'entretien et les sections, on trouvait pour le Canal de Suez, le chiffre de 7 f ,08, lequel, appliqué à une longueur de 147 km ,956 entre les racines des jetées de Port-Saïd et de Suez, représentait une dépense annuelle de ci 1 . 047 . 528

3° Travaux d'art

Rechargements des jetées :

A Port-Saïd, à raison de l mc par 5 ml de jetée: 1.200 m *

A Suez, à raison de l mc par 10 ml de jetée : 380 mc à 6 f ,25. . . 2.375 Rejointoiements des maçonneries des jetées : 9.800 mI

Entretien des murs de quai : 2.800 ml à \ franc 2.800

Entretien des chaussées des quais et des ports : 12.600 ml

Total pour les travaux d'art 86. 735

4° Ouvrages divers

Canal de communication : 128.600 ml à 1 franc 128.600

Rigole d'irrigation : 87.000* 1 à f ,50 43.500

Phares et fanaux 8.800

Bassin de radoub et ateliers de construction 16.000

Chantiers, magasins, hôpitaux, écuries, etc 25.000

Total pour les dépenses diverses 221 .900

5° Personnel

En prenant pour base d'évaluation ce qui se pratique au canal de Nord-Holland 84.335

PROJET DE LA COMMISSION INTERNATIONALE (l850) 85

RECAPITULATION

Francs

Les deux entrées du Canal 130.000

Canal proprement dit 1 .047.528

Travaux d'art 86.735

Ouvrages divers 221 .900

Personnel 84.335

Estimation totale des dépensée annuelles d'entretien 1 .570.498

Conclusion

La Commission terminait son rapport par la conclusion suivante :

Dans l'étude des conditions d'établissement du grand Canal maritime qui devait unir la Méditerranée à la mer Rouge, et donner passage au commerce du monde, deux fautes étaient à éviter : faire trop ou trop peu ; tenter une entreprise gigantesque ou se borner à des travaux insuffisants. Ces deux fautes eussent été à peu près aussi fâcheuses Tune que l'autre. On ne devait jamais perdre de vue ni les intérêts généraux de la civilisation que le projet devait immensément servir, ni les intérêts particuliers de la Compagnie qui serait chargée de l'exécution des travaux.

La Commission, après le plus mûr examen, pensait être restée dans la mesure convenable et n'avoir exagéré les choses ni dans un sens ni dans l'autre.

Un Canal de 30 lieues de long et de 80 à 100 mètres de large avec 8 mètres de profondeur, sans écluses à ses entrées, sans courants dangereux, avec des ports vastes et sûrs à ses deux extrémités, d'une conservation certaine et d'un entretien facile, s'ouvrant enfin sur deux mouillages d'une étendue indéfinie, un tel Canal lui paraissait satisfaire à tous les besoins actuels de la navigation et devoir satisfaire longtemps encore à tous les besoins de l'avenir ; avec les dispositions projetées, rien d'ailleurs ne s'opposerait à des développements nouveaux pour peu qu'on les jugeât nécessaires. D'un autre

côté, les deux mers qu'unirait le Canal de Suez n'offraient point de dangers ni de difficultés que les marins eussent sérieusement à redouter.

La Commission était donc assurée, en ce qui concernait la navigation passant par le cap de Bonne-Espérance, qu'elle pourrait venir prendre, avec très grand avantage et pleine sécurité la voie nouvelle que lui offrirait le Canal de Suez.

Quant aux intérêts delà Compagnie, qu'elle devait sauvegarder avec une sollicitude égale, la Commission croyait ne les avoir pas non plus oubliés : d'une part, les travaux qu'elle proposait n'avaient rien qui sortît des données habituelles de l'art et de la science ; ils ne comportaient aucune éventualité redoutable, et ils pourraient être achevés en quelques années ; d'autre part, le montant des dépenses n'atteindrait certainement pas le chiffre de 200 millions, qu'une sage prévoyance assignait au capital social.

Le percement de l'Isthme de Suez était donc une œuvre beaucoup plus grande par son objet que par la dépense qu'elle exigerait. La Commission avait été d'autant plus heureuse de contribuer, dans la mesure où on le lui avait demandé, à la réalisation de cette œuvre de civilisation et d'humanité, que les faits les plus considérables et les plus frappants venaient chaque jour prouver de plus en plus clairement combien ladite œuvre était urgente au point de vue des relations internationales. En effet, des changements immenses se faisaient dans la marine par le progrès constant de la mécanique et des constructions. La vapeur tendait à y remplacer définitivement la voile. La transformation, déjà presque accomplie dans la marine militaire, ne pouvait tardera s'accomplir de même, quoique plus lentement, dans la marine marchande. Or, pour la navigation h vapeur, la nouvelle voie offrait des avantages incalculables. Mais la navigation à voiles elle-même ne trouverait-elle pas un immense avantage à pouvoir abréger sa route de moitié, sauf à emprunter s'il le fallait le secours de remorqueurs qui

ne lui manqueraient point au détroit de Gibraltar et à profiter des moussons favorables dans la mer des Indes?

L'ouverture du Canal de Suez était donc rendue nécessaire parle développement progressif des relations entre l'Europe et l'Asie. Le moment n'était pas loin où la marine commerciale, transformée pour ces longs voyages, réclamerait avec une énergie irrésistible la voie nouvelle qui devait lui être si aisée et si lucrative. Ce n'était pas le Canal de Suez qui pousserait à cette transformation ; ce serait au contraire la navigation à hélice qui exigerait le percement de l'Isthme. Il n'était pas possible qu'un obstacle aussi insignifiant que celui de ce sol tout uni, de 30 lieues à peine, s'opposât longtemps encore à un progrès aussi certain et aussi profitable.

La Commission ne pensait pas qu'il lui appartint de juger quels étaient les motifs de diverse nature qui pouvaient retarder l'accomplissement d'une telle œuvre. Mais elle croyait n'être que l'écho de l'opinion universelle en disant que tout retard était fâcheux, du moment que Ton avait pu rendre une décision réfléchie en cette matière. Pour elle, son but avait été d'éclairer de son mieux les gouvernements et les peuples. Elle leur soumettait avec confiance les résultats définitifs de son examen, formulant le vœu que son travail pût hâter le moment où toutesles difficultés autres que celles qui provenaient de la nature même des choses, seraient aplanies et où le Bosphore artificiel de Suez pourrait être ouvert à la marine de toutes les nations.

fROJET DU CONSEIL SUPÉRIEUR DES TRAVAUX ' (1858-1859)

I. — Programme d'exécution des travaux du projet de la Commission internationale

(novembre 1858)

Conseil supérieur des travaux, dès sa constitution, : été chargé d'arrêter, en vue de la réalisation du projet i Commission internationale, un programme d'exécution travaux tel que, sans compromettre l'accomplissement ilif de l'œuvre tout entière, on obtint le plus tôt possible résultats productifs.

Conseil consacra à 1 étude de ce programme plusieurs :es dans les derniers jours du mois.de novembre 1858. i allons présenter une analyse de ses délibérations et

connaître le programme dont il proposa l'adoption.

CANAL D'EAU D0UCK

Conseil fut informé par le Président de la Compagnie l'engagement pris précédemment par le Gouvernement tien d'exécuter à forfait le canal lluviatile de jonction rrigalion, d'après tes évaluations de l'avant-projet, avait lepuis, être rompu d'un commun accord; et 'ce, à la parce qu'on avait trouvé prématuré d'exécuter un travail aisait partie intégrante du percement de l'Isthme avant l'accomplissement du travail entier fût complètement é; et parce qu'il importait de laisser à la Compagnie

■n ut des attributions du Conseil supérii livlif{l. 1", p. 130). — On rappelleras.

t ristrvéla présidence de ce Conseil.

future une entière liberté d'action pour adopter les dispositions qui lui paraîtraient les plus convenables au point de vue de la prise d'eau et des irrigations.

La question du Canal d'eau douce restait donc entière. Il y avait lieu de fixer pour ce Canal, à la fois les bases d'un projet normal devant satisfaire à toutes les éventualités, et celles d'un projet plus restreint qui serait exécuté tout d'abord en vue de pourvoir aux nécessités du présent ou d'an avenir de plusieurs années.

L'étendue totale des terres concédées à la Compagnie était de 133.000 hectares dont 63.000 hectares seulement au-dessous du niveau des inondations. Sur les 70.000 hectares non inondables, quelques portions pourraient peut-être, dans quelques circonstances particulières, être fertilisées par l'irrigation artificielle, mais on devait admettre que la presque totalité serait exclusivement utilisée par des semis analogues à ceux des Landes de Gascogne. Quant aux 63.000 hectares inondables et, à plus forte raison susceptibles d'irrigation, les eaux devraient y être portées, soit directement par le Canal d'eau douce, soit par des dérivations de ce Canal, soit parle prolongement de la branche pélusiaquede Salahieh. Ces dérivations et ce prolongement ne paraissaient pas devoir figurer dans les dépenses de premier établissement; on devait les faire rentrer dans les frais de culture des terrains concédés, soit que la Compagnie voulût ultérieurement les exploiter elle-même, soit qu'elle se décidât à les aliéner.

Le seul projet dont on eût à s'occuper était donc celui du Canal d'eau douce entre le Nil et le lac Timsah (avec la dérivation vers Suez).

La question ainsi posée, le Directeur général des travaux de la Compagnie, M. Mou gel Bey, expliqua que, dans cette partie de l'Egypte, les terrains pouvaient être fertilisés, soit par l'irrigation, soit par l'inondation seulement; que, dans le premier cas, un volume d'eau de 50 mètres cubes par

jour et par hectare devait en moyenne être considéré comme suffisant; et que Ton obtenait de bons résultats en recouvrant les terrains inondables d'une couche d'eau de O B ,70.

Après avoir entendu ces explications, le Conseil admit que le Canal définitif et ses dérivations auraient à pourvoir à l'arrosage de 44.000 hectares pendant les eaux basses; mais que, pendant un certain temps, il suffirait d'assurer l'irrigation de 22.000 hectares, en affectant d'ailleurs aux inondations tout le surplus des eaux qui pourraient être introduites dans le Canal pendant les crues du Nil.

La Commission internationale avait évité de se prononcer sur la question du système de prise d'eau h adopter parce •que, au moment où elle avait eu à formuler son avis sur Tavant-projet des ingénieurs du Vice-Roi, le Gouvernement Egyptien devait exécuter à forfait le Canal d'eau douce. -Cette combinaison étant abandonnée, le Conseil n'hésita pas à se prononcer contre le système de l'avant-projet consistant à porter les eaux dans le Canal par des machines élévatoires. Un volume d'eau qui, pendant l'étiage, atteindrait le chiffre de 28 mètres cubes environ par seconde pour le Canal définitif, et ne devrait pas être inférieur à 15 mètres cubes, même pour le Canal provisoire, lui semblait exclure d'une manière presque absolue l'emploi d'un pareil moyen, qui ne pourrait se justifier que dans l'hypothèse où l'introduction directe des eaux dans le Canal présenterait les plus grandes difficultés. Or, d'après les explications données par M. Mougel Bey, il n'en était point ainsi. Il existait, en effet, -au-dessous du Caire, un Canal Séfi, le Cherkaouieh qui se maintenait bien et n'exigeait que des frais d'entretien assez modérés. En établissant la prise d'eau du Canal à peu de distance en amont, on était à peu près assuré de ne rencontrer que des difficultés ordinaires. Après un parcours de quelques kilomètres, on rejoindrait le Zaffranieh, canal dont le plafond était déjà à la hauteur de l'étiage et qu'on pourrait emprunter en lui donnant une largeur et une profondeur

plus grandes. Cette solution paraissait devoir d'autant mieux être adoptée, qu'elle épargnait les difficultés qu'on rencontrerait en établissant la prise d'eau près du Caire, à travers des terrains précieux qu'il serait difficile d'exproprier ou d'acquérir à l'amiable. Enfin, pour justifier la préférence adonner au canal Séfi, on pouvait invoquer encore les indications de trois profils de fouilles faites récemment par M. Linant Bey sur la ligne du nouveau tracé indiqué, et qui donnaient lieu de penser que Ton ne rencontrerait pas, en creusant le Canal, les sables coulants dont primitivement on redoutait la présence.

Bref, pour l'ensemble des dispositions à adopter, le Conseil formula son avis de la manière suivante :

La prise d'eau du Canal serait faite près et en amont de celle du Cherkaouieh, à la cote de 9 mètres au-dessus du niveau de la Méditerranée (correspondant à 2 m ,50 au-dessous du plus bas étiage du Nil), sauf à relever un peu cette prise d'eau près du Nil, en élargissant le Canal de manière à ne pas modifier le volume d'eau qui y serait introduit ni la pente générale du plafond;

Le tracé serait dirigé de manière à rejoindre auprès de Mesteroud le canal Zaffranieh, à suivre ce canal le plus longtemps possible, enfin à traverser Touadée Toumilat pour se placer sur le versant nord jusqu'au désert;

Le plafond du Canal serait réglé suivant une pente de O m ,045 par kilomètre;

11 y aurait quatre écluses : l'une à la prise d'eau ; les trois autres à peu près dans les emplacements indiqués par i'avant-projet en remontant à partir du lac Timsah 1 ;

Le Canal définitif aurait une largeur de 20 mètres au plafond et des talus à 1 1/2 de base pour 1 de hauteur, ce qui, pour une hauteur d'eau de 2 m ,50, donnerait une largeur à la ligne d'eau de 27 m ,50;

1. Le projet de canal qui fut dressé par les ingénieurs, en conformité des

Mais le Canal provisoire, dont on devait se contenter pour quelques années, n'aurait qu'une largeur de 10 mètres au plafond. Toutefois, les 'écluses seraient construites sur les dimensions de l'avant-projet, de manière à permettre aux bateaux à, vapeur du Nil de se rendre dans le Canal maritime.

L'estimation des travaux, d'après les indications ci-dessus, fut établie ainsi qu'il suit :

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