RIGOLE DU LAC TIMSAH A SUEZ
Francs
A 7 m. de largeur moyenne au plafond :
80 kilomètres de longueur à 86.000 francs le kilomètre, pour terrassements et travaux d'art 6.880.000
Le Directeur général des travaux, M. Mougel Bey, avant d'aborder l'exposé des vues de la Compagnie au sujet de l'exécution du Canal maritime, fit observer tout d'abord que, dans les prévisions du projet primitif, l'achèvement du Canal d'eau douce devait précéder la constitution même de la Compagnie, et rappela au Conseil que, dans une séance précédente, il avait été mis au courant des circonstances qui avaient empêché jusqu'alors l'exécution de ce canal. Si l'on voulait, concluait-il, que la communication entre les deux mers ne fût pas retardée d'une manière fâcheuse pour le commerce et pour les intérêts de la Compagnie, il importait de ne pas subordonner le commencement des travaux du Canal maritime à l'achèvement du Canal d'eau douce. M. Mougel Bey exposa ensuite le programme que la Compagnie se proposait d'adopter pour la mise en train des travaux, programme pouvant se résumer comme suit :
Des chantiers seraient organisés à bref délai aux deux extrémités de la ligne.
A Port-Saïd, on installerait un appontement suivant l'alignement de la jetée destinée à former le côté ouest de l'arrière-bassin. Sur cet appontement, où viendraient accoster les bâtiments chargés de matériaux, on établirait des voies de fer pour transporter directement ceux-ci dans des magasins spéciaux.
Afin de pourvoir plus facilement à l'alimentation . des ouvriers de Port-Saïd, on ouvrirait un canal avec une écluse en bois qui, faisant communiquer le Nil, au-dessus de Damiette, avec le lac Menzaleh, permettrait de faire arriver
jusqu'aux chantiers des barques portant des vivres, de l'eau et même quelques matériaux.
Un phare fixe en fer, avec pieux à vis, et un feu mobile qui se déplacerait à mesure de l'avancement de la jetée permettraient aux bâtiments de se diriger avec sûreté. Dès que la jetée serait suffisamment avancée, elle formerait un commencement de port pour abriter le matériel flottant.
Les chalands d'un faible tirant d'eau pourraient se réfugier dans le lac Menzaleh où ils entreraient par le boghaz de Gemileh. Peut-être même pourrait-on fermer le boghaz et le rapprocher de l'extrémité du Canal.
Quant à la construction de la jetée, on commencerait par employer tous les matériaux qui pourraient être apportés des carrières du Mex, situées près d'Alexandrie. On examinerait d'ailleurs quelles ressources pourraient être tirées des îles de la Grèce ; mais on devait compter surtout sur les matériaux qui seraient fournis par les carrières de TAttaka r près de Suez, aussitôt qu'on aurait mis les deux extrémités en communication par un canal de petite dimension.
Du côté de Suez, on installerait à l'Attaka un grand chantier et tous les appareils nécessaires pour l'exploitation des. carrières, le transport et l'embarquement des matériaux.
Enfin, l'exposé du programme indiquait les moyens qui seraient employés pour l'alimentation en eau douce de tous les chantiers.
La première question à résoudre par le Conseil, relativement aux phases d'exécution du Canal maritime était celle des moindres dimensions suivant lesquelles il conviendrait d'ouvrir tout d'abord un premier canal destiné à mettre promptement en communication les deux extrémités de la ligne et qui, seul, permettrait d'imprimer aux travaux une grande activité avec toute l'économie possible.
Le Conseil reconnut que ce canal, destiné à faire l'office de Canal de service, devrait satisfaire à la condition d'offrir un passage toujours facile pour des chalands de 6 mètres de
PROJET DU CONSEIL SU PÉRI Kilt DES TRAVAUX (l85h-iî>5t)) 9&
largeur sans que le travail des dragues eut à souffrir d'interruption; que sur des chantiers où toutes les ressources de matériel et de personnel étaient, pour ainsi dire, à créer, il importerait de n'employer que les appareils usités (dragues) d'un entretien et d'une réparation faciles ; enfin, que pour remplir ces conditions, il paraissait nécessaire de donner au Canal de service une largeur de 12 mètres au plafond, avec les talus adoptés dans le projet de la Commission internationale et une profondeur de 2 m ,50.
Sur diverses questions soumises à son examen concernant les premières phases d'exécution, le Conseil émit les opinions suivantes :
Le lac Menzaleh, en raison de sa faible hauteur d'eau et de la difficulté qu'on éprouverait à y pénétrer par le boghaz de Gemileh, ne pourrait fournir aux bâtiments de mer un abri sur lequel on pût compter. D'un autre côté, il ne serait pas prudent de fermer ce boghaz pour essayer d'en rouvrir un autre plus rapproché de l'embouchure du Canal, parce qu'il pourrait résulter de ce déplacement une perturbation fâcheuse dans l'état de la plage qui était satisfaisant. Dès lors, on devait faire tous les efforts possibles pour créer, dans le plus bref délai, un abri suffisant dans l'emplacement même de Port-Saïd. En attendant, la rade foraine, dont la tenue était excellente, permettrait aux bâtiments qui viendraient apporter des matériaux de tenir la mer sans danger.
Il n'y avait pas de précaution spéciale à prendre pour le creusement du Canal dans la traversée du lac Menzaleh. Sans doute les infiltrations de l'eau du lac, dans les fouilles, pourraient entraîner des éboulements ; mais ces infiltrations paraissaient peu à craindre, parce que le fond du lac était couvert d'une couche étanche de limon déposée par les eaux du Nil. Il n'y aurait donc pas utilité h maintenir une communication entre le lac et le Canal. Il paraissait même avantageux de les isoler pour mettre le Canal à l'abri des variations de niveau qui se produisaient dans le lac.
Après avoir arrêté les dimensions du premier Canal de communication à ouvrir entre les deux mers comme moyen d'assurer l'exécution prompte et économique des travaux, le Conseil examina la question de savoir comment les travaux devraient ensuite être dirigés pour obtenir le plus tôt possible un Canal praticable pour la navigation, et il reconnut :
Que ce premier Canal propre à la grande navigation devrait présenter une largeur de 44 mètres à la ligne d'eau, suffisante pour le croisement de deux navires de dimensions ordinaires ;
Que les talus devraient être réglés comme ceux du Canal définitif;
Enfin, quant à la profondeur, qu'il n'y avait pas utilité à se prononcer 'immédiatement sur la convenance d'adopter celle de 6 mètres ou celle de 7 mètres, mais que l'on devrait faire une évaluation de la dépense dans les deux hypothèses, et cela, d'après les indications suivantes : 1° Pour la profondeur de 6 mètres : rien ne serait modifié au projet définitif en ce qui concernait l'entrée du Canal à Suez, si ce n'est que les dragages en avant des jetées seraient arrêtés à la profondeur de 6 m ,50; il ne serait rien changé non plus aux travaux projetés pour le lac Timsah ; les jetées de Port-Saïd seraient conduites, celle de l'ouest jusqu'aux fonds de 8 m ,50, celle de l'est jusqu'aux fonds de 6 m ,50; les terrassements et les dragages seraient évalués en supposant les déblais de toute nature portés en dehors de la ligne du Canal définitif; 2° pour la profondeur de 7 mètres: l'évaluation serait faite d'après les mêmes bases ; seulement on supposerait les jetées de Port-Saïd prolongées jusqu'aux profondeurs de 9 mètres pour la première et de 7 mètres pour la seconde.
Le Conseil reconnut encore qu'il était très important d'avoir au lac Timsah, dès l'ouverture du Canal, des établissements pour le radoub et la .réparation des navires.
Deux projets avec plans à l'appui 1 furent dressés, à la <late du 1 er décembre 1858, par les Ingénieurs des travaux (MM. Mougel Bey et Laroche), conformément aux indications du Conseil supérieur des travaux ; les prix d'application pour l'estimation des dépenses étaient les prix mêmes de la série adoptée par la Commission internationale.