III. — Nouveau programme de la ± n phase
d'exécution
(mai 1860)
On a vu précédemment que, d'après le programme des cinq phases d'exécution du projet de la Commission internationale arrêté en novembre 1858 par le Conseil supérieur des travaux, les efforts de la compagnie pendant la 1" année devaient être principalement consacrés à l'ouverture du Canal d'eau douce.
Le Conseil, dans sa dernière séance tenue le 16 mai 1860, fut saisi de l'examen d'un rapport très circonstancié du Directeur général des travaux en date du 1 er dudit mois faisant connaître la situation des travaux entrepris jusquelà dans l'Isthme. Ce rapport, qui avait été porté par le Président de la Compagnie à la connaissance des actionnaires à leur première réunion en assemblée générale du 15 du même mois, se terminait par les conclusions suivantes :
(( Le but que Ton avait actuellement en vue étant de réunir par le moyen de la rigole de service la mer Méditerranée au port intérieur de Timsah, il convenait de procéder aux travaux suivants dont l'exécution était déjà commandée 1 :
« 1° Création des jetées d'une partie du bassin de Port-Saïd pour former sans délai un port extérieur et offrir un abri parfaitement, sûr à tous les bâtiments;
« 2° Approfondissement du lac Menzaleh et du lac Ballah au moyen des dragues : l'inspection du profil en long mon-
1. On vem plus loin, au chapitre concernant la construction du Canal provisoire d'eau douce de Zagazig à Ismaïlia, que le nouveau programme de la première phase d'exécution, qui mettait en première ligne la construction de la rigole maritime de Port-Saïd au lac Timsah, n'a pas été rigoureusement maintenu, la nécessité ayant été bientôt reconnue de poursuivre parallèlement la construction du Canal provisoire d'eau douce ; de telle sorte, qu'en fait, l'eau douce est arrivée au lac Timsah à la fin de janvier 1862, alors que la rigole maritime n'a pu être terminée qu'en novembre de la même année.
trait à quel point ce travail serait rapide et peu dispendieux, puisque le terrain naturel était en moyenne à plus d un mètre en contre-bas du niveau moyen de la Méditerranée, et qu'on arriverait ainsi jusqu'au pied du seuil d'El Ferdane ;
« 3° Ouverture d'une tranchée dans les seuils d'El-Ferdane et d'El-Guisr, sur une longueur de 15 kilomètres, jusqu'au grand bassin du lac Timsah : l'importance des travaux était telle, qu'avec les moyens dont on disposait, il ne faudrait pas moins d'une année pour les accomplir.
« Le travail de Tannée suivante consisterait à continuer la rigole dans la partie sud de l'isthme, de Timsah à Suez, et à compléter ainsi la jonction des deux mers. La dépense présumée, d'après les devis, pour effectuer cette communication dans le délai de 18 mois, était évaluée à la somme de 13 millions. »
Avant d'exprimer son opinion motivée sur ces conclusions, le Conseil fit observer :
1° Qu'il serait indispensable d'être renseigné d'une manière complète sur la nature des terrains qu'on rencontrerait dans le percement du canal, et cela tant au point de vue de leur dureté et des moyens à employer pour opérer les déblais, que de leur perméabilité et de la quantité d'eau qu'ils pourraient consommer par absorption; qu'à cet efTet, il importait au plus haut degré d'effectuer tout d'abord à des distances suffisamment rapprochées des sondages qui seraient toujours conduits au moins jusqu'à laprofondeur du plafond du canal définitif;
2° Qu'il était également nécessaire de présenter un profil en long et des profils en travers de la rigole de service qui formerait la première phase des travaux et d'établir, par des calculs précis, que le débit de cette rigole serait suffisant pour conduire, avec une vitesse médiocre, dans un temps qui ne fût pas trop long, et pour maintenir, malgré l'évaporation et l'absorption, un tirant d'eau de 2™, 50,
tant dans la rigole même que dans le lac Timsah et dans les lacs Amers.
En ce qui concernait les travaux à faire pour établir promptement à Port-Saïd un abri sûr pour les bâtiments, et sous toute réserve des explications qui pourraient être formées par le Directeur général des travaux, le Conseil estimait :
Qu'on pourrait se borner à conduire la jetée de l'ouest jusqu'aux fonds de 3 œ ,50 h 4 mètres, ouvrir derrière cette jetée une passe de 40 à 50 mètres bordée à l'est par un simple talus, puis, en arrière de cette passe et de la jetée, creuser le bassin définitif dans les limites d'étendue et de profondeur qui seraient jugées nécessaires pour satisfaire aux besoins à mesure qu'ils se feraient sentir ;
Que, dans tous les cas, avant de commencer la jetée de l'est, il conviendrait d'examiner si, pour économiser sur les dragages, et afin d'assurer plus de calme dans le bassin, il n'y aurait pas lieu de réduire sur une certaine étendue, à partir de leur origine, l'écartement des jetées fixé h 400 mètres dans Tavant-projet de la Commission internationale.
DISPOSITIONS DES TRAVAUX DE PREMIER ÉTABLISSEMENT ADOPTÉES EN EXÉCUTION
Les dispositions qui ont été finalement adoptées enexécution diffèrent très notablement de celles qui avaient été primitivement arrêtées, d'abord par la Commission Internationale, plus tard par le Conseil supérieur des travaux.
Nous passerons successivement en revue toutes les parties des projets primitifs en faisant connaître et en motivant au fur et à mesure les modifications qui y ont été apportées en exécution.
OANAL MARITIME
Avant de faire connaître les dispositions qui ont été finalement adoptées en exécution pour le Canal maritime, il est utile de rappeler tout d'abord celles auxquelles s'étaient respectivement arrêtés, en premier lieu, la Commission internationale, trois ans plus tard, le Conseil supérieur des travaux, les unes et les autres dispositions naturellement conçues en vue de répondre aux besoins, tels qu'ils étaient alors prévus, de la future navigation de transit.
On a vu précédemment, d'une part, que la Commission* internationale (dans son rapport de décembre 1856) avait adopté pour le canal la profondeur de 8 mètres de l'avantprojet des ingénieurs du Vice-Roi « jugeant cette profondeur suffisante pour les plus grands navires de commerce allant de l'Europe dans les mers de l'Inde, par exemple pour les clippers de 3.000 tonneaux » ; et, en ce qui était de la largeur à donner au canal, que la Commission avait pensé que cette largeur devait être déterminée par la condition de se trouver suffisante, non seulement pour laisser