‹ Le canal de Suez (volume 4)Chapitre 12 sur 80 · PREMIÈRE RÉUNION DE LA COMMISSION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE RÉUNION DE LA COMMISSION

La Commission tint une première réunion à Paris, au siège de la Compagnie, les 16, 19 et 20 juin 1884.

Le Président de la Compagnie et les membres du Comité de direction, le Secrétaire général, ringtînieur en chef des travaux en Egypte, le Chef des travaux à Paris et le Chef du service du transit et de la navigation assistèrent aux séances de la Commission.

Au début de la première séance, tenue le 16 juin, lecture fut donnée de Texposé suivant du Président de la Compagnie à la Commission, destiné k bien définir Tobjet de la mission qui lui était confiée :

érUDE DES PROJETS D^ AGRANDISSEMENT DU CANAL i07

Exposé du Président de la Compagnie

Messieurs, la première Commission înterDationale, réunie en 1856, avait eu pour mission d'examiner et de résoudre les questions d'art relatives au Canal à creuser entre la Méditerranée et la mer Rouge, et d'émettre un avis sur les conditions pratiques de l'exécution de la voie maritime et des poi*ts.

Le Rapport de cette Commission, œuvre éminente de prévoyance, monument scientifique contre lequel aucune critique n'a pu prévaloir, est demeuré le programme de l'entreprise jusqu'à l'achèvement complet des travaux. •

La première Commission internationale avait nettement pressenti Fesser que le creusement du Canal maritime de Suez allait imprimer à la grande navigation, et toutes ses délibérations, largement conduites, avaient eu pour but de rendre l'accès du Canal facile, les traversées rapides, en réservant l'avenir complètement, par une sage disposition des ouvrages des ports, par la simplicité même du plan de la tranchée sans écluses ni endiguements. L'œuvre achevée, toutes les améliorations que les développements du commerce, l'augmentation des dimensions des navires pourraient exiger dans l'avenir, se trouvaient pour ainsi dire facilitées, prévues, dans le premier programme d'exécution.

Les prévisions de la Commission internationale de 1856 étant devenues des réalités, nous devions reprendre son œuvre, aviser aux moyens de permettre le libre croisement des navires en marche sur toute la longueur du Canal.

Alors que nous vous convoquons, Messieurs, après vingt-huit ans d'intervalle, comme les représentants éclairés de la science, du commerce et de la navigation, pour vous demander votre avis sur les meilleures dispositions à adopter pour réaliser le grand progrès qui sera le couronnement de l'œuvre tracée par vos éminents prédécesseurs, nous devions leur exprimer nos sentiments de reconnaissance et d'admiration.

Et nous sommes particulièrement heureux de voir siéger au milieu de vous M. Larousse, qui fut adjoint, dès l'origine, à la Commission de 1856, et vos autres collègues, MM. de Fourcy, Pascal, Voisin Bey, Laroche, ingénieurs des Ponts et Chaussées de France, qui, depuis la première heure, n'ont cessé de nous apporter le concours de leur science éclairée.

C'est avec ces dévoués collaborateurs que notre Compagnie, depuis 1869, c'est-à-dire depuis l'ouverture du Canal à la grande navigation, a constamment, et d'année en année, amélioré la voie nouvelle.

Nous avons, successivement :

Redressé et élargi les courbes de plus faibles rayons que le type des bâtiments de la première période avait d*abord permis d'établir ;

Agrandi les gares disposées latéralement pour faciliter les croisements;

Gréé de nouveaux bassins de stationnement;

Augmenté et perfectionné le balisage, les moyens d'amarrage;

Complété Téclairage des ports.

Nous satisfaisions ainsi, graduellement, aux exigences du développement progressif du trafic.

Ce progrès continu de la navigation, marchant de pair avec Taugineiitalion du volume des navires, prit de grandes proportions en IS^ô. Nous dûmes alors songer à consacrer aux travaux spéciaux d'amélioration des sommes plus considérables, et, conformément aux termes d'un accord intervenu le 21 février 1876, avec le Gouvernement de Sa Majesté Kritannique, un programme d'améliorations successives fut arrêté pour être exécuté en 30 années^ moyennant une dépense annuelle fixe d'un million de francs.

Ce programme visait principalement :

L'agrandissement des gares existantes, qui devaient être successivement portées de 500 à 750, puis à 1.000 mètres de longueur, et à 15 mètres de largeur en dehors de la ligne propre de navigation ;

La création de nouvelles gares;

De nouvelles rectifications de courbes ;

L'élargissement de la cuvette du Canal dans la branche de Suez;

La création de nouveaux bassins de stationnement dans les ports;

L'enrochement des berges, etc.

Le délai de 30 années assigné à l'exécution du programme se trouva bientôt beaucoup trop long relativement à l'accroissement du trafic qui se manifestait.

Le Conseil d'administration de la Compagnie, sptontanément, en 1882, proposa aux actionnaires, réunis en Assemblée générale, d'exécuter sans interruption l'ensemble des travaux prévus, en y affectant le reliquat disponible de la dotation de 30 millions et dans les seuls délais de temps qu'il ne serait pas prudent de réduire sans s'exposer à créer, du fait même de ces travaux, des entraves au transit des navires dans le Canal.

En même temps, dans des conférences avec les représentants du Gouvernement de Sa Majesté Britannique dans le Conseil, la Direction recherchait et fixait le mode le meilleur par lequel l'exécution des travaux projetés satisferait, dans le Canal, à un mouvement de 10 millions de tonnes.

Et voici, dans l'ordre arrêté de leur exécution, et avec l'indication de la dépense, les travaux d'amélioration qui furent alors décidés :

(Suivait le programme détaillé de ces travaux, dont l'évaluation totale

ÉTUDE DES PROJETS d'aGRANDISSEMENT DU CANAL 109

était égale au reliquat de la dotation de 30 millions, s'élevant à 22.345.531 francs).

En formulant ce programme, notre Commission de travaux exprimait Topinion « qu'en prévision d'un développement du trafic dépas- « sant 10 millions de tonnes par an, il conviendrait dans un avenir « qui ne pouvait être déterminé, d'étudier Vidée du creusement d'une « double voie... »

Les nouvelles réductions de taxes approuvées en principe celte année même, annoncées à l'avance, devant préparer un accroissement de trafic allant au-delà des 10 millions de tonnes prévues, il importe que toutes les mesures soient prises pour que le Canal maritime réponde pleinement aux exigences de ce trafic développé.

C'est dans ce but, c'est pour avoir votre avis sur les questions techniques, multiples, de travaux et de navigation, soulevées par le problème lui-même, que nous vous avons convoqués.

II s'agit donc. Messieurs, en vue d'un trafic dépassant 10 millions de tonnes, d'entendre vos avis sur les meilleures dispositions à prendre pour que la voie maritime directe, creusée entre Port-Saïd et Suez, permette le croisement des navires en marche, dans les conditions les plus satisfaisantes possibles de sécurité et de rapidité pour les armateurs, et par le minimum de dépense pour la Compagnie.

Pour répondre à ce programme, nos services compétents ont étudié les trois combinaisons sur lesquelles nous vous demandons votre avis :

A. Doublement de la voie maritime par élargissement pur et simple ;

B. Doublement de la voie maritime par élargissement avec voies séparées ;

C. Doublement mixte ou combinaison des deux premières hypothèses.

En ouvrant cette première séance, en vous priant de constituer votre bureau, je vous remercie en mon nom, au nom de mes collègues du Conseil et au nom des actionnaires pour l'empressement sympathique que vous avez mis à répondre à notre appel.

Vos délibérations, suite des travaux de la grande Commission internationale de 1856, nous permettront de satisfaire, par des décisions opportunes, aux légitimes exigences de l'intérêt universel.

Aussitôt après avoir entendu la lecture de Texposé du Président de la Compagnie, la Commission procéda à la formation de son bureau, qui fut constitué comme suit :

Bureau de la Commission

MM. Lefébure de Fourcy, président (France) ;

Sir Andrew Clarke, Vice-Président (Grande-Bretagne);

iiO COMMISSION CONSULTATIVE INTERNATIONALE DE 1884

.1. Dirks, Vice-Président (Pays-Bas); Voisin Bey, Rapporteur (France) ; Laroche, Rapporteur-adjoint (France).

Dès le début de ses délibérations, la Commission avait résolu de ne prendre aucune décision formelle ni définitive sur les questions soumises à son examen avant de connaître les résultats d'une étude faite sur les lieux mêmes par une Sous-Commission choisie parmi ses membres.

Néanmoins, et comme conclusion provisoire de ses premières délibérations, la Commission tint à déclarer, et cela à l'unanimité « qu'elle inclinait en faveur de l'élargissement pur et simple du Canal sous la réserve de Topinion qui pourrait être exprimée par la Sous-Commission après sa visite dos lieux. »

Avant de clore sa première réunion, la Commission procéda à la nomination de la Sous-Commission, qu'elle pensa devoir être composée de deux membres anglais choisis par leurs collègues de la Grande-Bretagne, de deux membres français et de tous ceux des membres des autres pays qui pourraient en faire partie. La Sous-Commission se trouva finalement être composée comme suit :

Membres de la Sous-Commission

grande-bretagne Sir John Coode;

Sir Charles Hartley.

FRANtlE

MM. Voisin Bey; Tillier.

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