INAUGURATION DU MONUMENT FERD. DE LESSEPS A PORT-SAÏD
Discours (le S. A. le Khédive
« Messieurs,
i< Vous connaissez tous l'histoire du percement de l'isthme de Suei et les avantages multiples que le monde entier en a retirés.
Il y a maintenant trente ans, Ferdinand de Lesseps arrivait, grûce à sa haute intelligence et à son infatigable activité, à mettre dans In domaine des réalités, un rêve caressé longtemps avant lui, celui de relier la mer Méditerranée à la mer Rouge.
Dans une fête dont l'éclat et la splendeur sont encore présents à toutes les mémoires, Ferdinand de Lesseps recevait les félicitations et les remerciements du monde civilisé. C'était une digne apothéose d'une si grande œuvre. Néanmoins, après sa mort, on lui devait d'honorer sa mémoire on transmettant ses traits à la postérité.
Je suis heureux de voir que la Compagnie du Canal de Suez s'esl acquittée de ce devoir, et je remercie Messieurs les Administrateurs de m'avoir donné l'occasion, en m'invitant à cette cérémonie, de continuer, envers ce grand homme, les traditions de mes illustres aïeux en venant personnellement m'associer aux hommages que vous êtes venus rendre à sa mémoire en lui élevant ce monume'nt. »
M. le prince d'Arenberg, prend place sur la tribune et prononce le discours que nous reproduisons ci-dessous :
Discours de M. le Prince Auguste d'Arenberg
« Messieuhs,
« En terminant le beau discours prononcé à l'Académie française, M. Anatole France disait : «< Ferdinand de Lesseps acheva de mourir le « 7 décembre 4894... ce qu'il a fait est immense et bon. A l'Occident « resserré dans des limites trop étroites, il a ouvert une issue. Il a « frayé aux énergies des voies nouvelles, donné aux volontés des « causes d'agir utilement dans la concorde et l'harmonie. Un tel « homme n'a qu'un juge: l'Univers. Il a servi les intérêts de Thuma- « nité, l'humanité reconnaissante lui gardera le nom de bienfaiteur et « d'ami. Et son image dressée à Suez sur les berges du Canal sera « saluée à travers les siècles par les pavillons des Nations. »
L'image prévue et annoncée dans ces termes éloquents est aujourd'hui devant vous, et elle est le monument élevé par la reconnaissance et par l'admiration à l'homme qui a su accomplir l'une des œuvres les plus utiles et les plus considérables dont le monde civilisé garde le souvenir.
Ferdinand de Lesseps naquit à Versailles en 180'i, et il serait facile de retrouver chez ses ancêtres quelques-unes des qualités dont il devait
faire lui-même un si noble usage et qui ont illustré son nom. En feuilletant rhistoiro de ceux qui Tont précédé, on rencontre à chaque page les preuves du dévouement et de Ténergie de ces Commissaires et de ces Consuls qui depuis plus de deux siècles représentaient les intérêts de la France et qui portaient le nom de Lesseps. Sans remonter plus haut qu'une génération, le père de Ferdinand, M. MatUiou de Lesseps débutait à dix-neuf ans dans la carrière des consulats. Il passe du Maroc à Tripoli, à Cadix, au Caire, à Livourne, àCorfou,à Philadelphie ot à Alep, et il meurt à Tdge de cinquante-huit ans, après avoir rendu partout où il a été envoyé des services nombreux et après y avoir laissé des traces que le temps n'a pas encore effacées. Je ne retiendrai de cette carrière si bien remplie que deux faits qui se rattachent à celle de son tils. Mathieu de Lesseps était à peine âgé de vingt ans lorsqu'i écrivait un rapport daté de Tanger dans lequel il faisait ressortir d'un manière saisissante le grand intérêt que l'Europe avait dans la pénétration de l'Afrique. A l'époque des Uené Caillé et des Mungo Park, il avait jeté un clair regard sur ce que les Livingstono, les Monteil, les Ringer et tant d'autres devaient accomplir un siècle plus tard, et il montrait Tombouctou comme un centre si important qu'il fallait à tout prix y établir des relations. Qui aurait pu prévoir alors que le moment n'était plus éloigné où le drapeau français flotterait sur les murs de la Cité sainte? Son tils, lui aussi, sera l'un des plus ardents à favoriser par tous les moyens dont il dispose la découverte du continent noir et, parmi les premiers, il affirmera la nécessité de la conquête.
Une autre partie de la carrière de Mathieu de Lesseps a exercé une influence sur l'avenir de son fils et sur le grand rôle que celui-ci a été appelé à jouer. Les troupes françaises venaient de se retirer de l'Egypte ♦•n 1804, lorsque l'Empereur nomma un Commissaire général avec mission de combattre l'influence des Mamelouks. Avec une rare sagacité, Mathieu de Lesseps eut vite découvert le jeune colonel qui devait être le fondateur de la dynastie égyptienne et il a été l'un des principaux instruments de l'élévation de Méhémet-Ali. Co grand prince ne l'oublia jamais.
L'histoire do Ferdinand de Lesseps a été résumée d'une façon merveilleuse par M. Anatole France, et nul mieux que lui n'a retracé l'existence de ce conquérant d'un genre si particulier.
Si les bruitsde guerre et si les chants de victoire donnentaux hommes un renom qu*atteignent rarement les autres célébrités, est-il un guerrier fameux ou un chef militaire victorieux dont le nom sera aussi souvent prononcé et mieux conservé à travers les siècles que celui de Ferilinand de Lesseps?
C'est pendant une quarantaine imposée dans le lazaret d'Alexandrie que l'idée de réunir la Méditerranée à la mer Uouge a surgi dans son esprit, en lisant le rapport écrit par Lepère, sur l'ordre de Moniie, après