TOME DEUXIÈME
2 PREMIÈRES ANNÉES d'eXPLOITATION (1870 A 1874^
le règlement de solde avec les Entrepreneurs et pour Tentretetien du canal et la marche des services d'exploitation ;
4° Enfin, le montant des charges administratives, y compris les indemnités accordées au personnel licencié.
L'ensemble de ces dépenses obligées était estimé devoir s'élever h une somme d'environ 30 millions, laquelle se trouvait dépasser de près de 10 millions Tactif disponible du commencement de l'exercice.
On pouvait espérer que cette différence serait couverte par le montant des revenus du canal, pendant l'exercice.
Malheureusement, les armateurs anglais, quidevaient former la principale clientèle du canal, n'ayant eu que bien tardivement confiancedans le succès de l'entreprise, n'étaient encore entrés que fort timidement dans la voie de transformation de leur matériel naval, c'est-à-dire dans la voie, qui s'est depuis développée sur une si vaste échelle, de la substitution des navires à vapeur aux bâtiments à voiles en vue des voyages entre l'Europe et l'Exlreme-Orient par le canal.
Le transit par le canal s'est trouvé ainsi condamné à de très modestes débuts et à une progression assez lente pendant les deux premières années delexploitation.
Les années 1870etl871 étaient d'ailleurs pour le canal, — on le comprend aisément, — de bien défavorables années de début.
En faisant connaître à TAssembléc générale des actionnaires, dans sa réunion du 30 mars 1870, la situation comparée ci-dessus de l'actif disponible au commencement de 1870 et de l'évaluation des dépenses obligées pendant l'exercice, le Président de la Compagnie dut annoncer dans son rapport que ce ne serait que quand on connaîtrait le résultat du l*"" semestre d'exploitation que Ton saurait s'il serait possible de payer le coupon d'intérêt des actions échéant le 1" juillet.
Le 26 juin, un avis publié diu Journal Oy^c/W informa les
intéressés que les produits du canal n'offrant pas les ressources suffisantes pour subvenir au paiement dudit coupon de juillet, ce paiement, tant pour les actions en circulation dans le public que pour les délégations représentant les droits des 176. 602 actions du Gouvernement Egyptien, était ajourné et aurait lieu ultérieurement sur les produits réalisés, dans les termes de Tarticle 62 des statuts, avec antériorité sur tous intérêts postérieurs et sw toutes distributions de dividendes et de bénéfices.
Trois mois plus tard, les obligataires furent informés à leur tour, par la publication d'une délibération du Conseil d'administration de la Compagnie du 15 septembre, que le paiement des coupons d'obligations échéant le 1" octobre était également ajourné.
Voici dans quels termes le Conseil justifiait ia nécessité de ces ajournements :
Le Conseil,
Considérant que, malgré ramélioration des afTaires de la Compagnie et du progrès constant de ses recettes, les graves événements qui troublent la France ont obligé d'ajourner la convocation de TAssemblée générale devant donner son adhésion aux négociations pendantes et aux mesures prises par le Conseil afin de pourvoir à T^quilibre du budget de la Compagnie ;
Considérant que la situation générale des affaires, Tinterruption des communications entre Paris et les départements nécessite Tajournement des opérations de la Compagnie ;
Considérant que, par Teffet de Tétat de crise, la Compagnie trouve des difficultés à opérer le recouvrement de sommes importantes qui lui sont dues ;
Considérant que le Conseil doit faire tous ses efforts pour que cet état de choses soit le moins long possible, et pour que la Compagnie puisse rentrer dans le plein exercice de son fonctionnement aussitôt que les événements le lui permettront,
A résolu :
Le paiement des coupons des obligations de la Compagnie et des lots sortis au tirage du 15 septembre est ajourné jusqu'au moment où les opérations financières pourront reprendre leur cours régulier.
Le Comité de direction est autorisé à convoquer, dans le plus bref délai statutaire, TAssemblée générale des actionnaires dès qu'il en jugera le moment opportun.
4 PREMIÈRES ANNÉES d'eXPLOITATION (i870 A 1874)
!!• — Faux bruits de projets de vente du canal
Le journal de la Compagnie, qui avait cessé momentanément de paraître à partir du 15 septembre 1870 et qui ne supposait pas avoir à reprendre sa publication avant le rétablissemement de la liberté de ses communications avec Textérieur de Paris et particulii^rement avec TEgypte, dut recommencer à paraître dès le commencement de 1871 pour démentir énergiquement de faux bruits qui sVtaient fait jour dans une partie de la presse parisienne et qui auraient pu sérieusement inquiéter les actionnaires du canal. Un journal publiait en effet, le 29 décembre 1870, — et la prétendue information avait trouvé de Técho et soulevé des commentaires dans d'autres journaux, — qu'il avait reru l'assurance que M. de Lesseps se trouvait alors à Londres où il négociait la cession de la Compagnie de Suez à une Société de capitalistes anglais ; que, même, les statuts de la Société nouvelle paraissaient déjà enregistrés au Board of trade. Le journal accompagnait d'ailleurs sa prétendue information des appréciations les plus malveillantes sur la situation de la Compagnie et sur la gestion de son Président.
Le jour môme de la publication de cette fausse nouvelle, M. de Lesseps s'empressa d'écrire au directeur du journal pour la démentir, faisant savoir qu'il n'avait pas quitté Paris depuis le mois d'août et affirmant qu'à aucune époque il n'avait engagé de négociations pour l'aliénation du canal.
La question de prétendus projets de vente du canal fut de nouveau agitée dans la presse et dans une certaine partie du public à la fin de l'année 1871. Le 22 décembre, le Président adressa à ce sujet aux correspondants de la Compagnie la circulaire suivante:
La question du rachat du ranal de Suez a fait l'objet, depuis quelque temps, de demandes de renseignements qui m'ont été adressées par des actionnaires.