FEMMES
et
B » F A If T S
POPULATIOI
TOTALE
CONTINGENTS EGYPTIENS
Le contingent de janvier fut réparti comme suit :
Achèvement du canal d'eau douce jusqu'à Timsah et son prolongement en rigole jusqu'au Chantier VI du Seuil d'El Guisr 12.000 hommes.
Seuil d'El Guisr i ^ÎJ^î!^*' ^/^^ ^^'^^^'^^^ * • «*« ~
( Chantier VI 5.000 —
Nombre TOTAL D*Hoii.MBS 18.640 —
La corvée du chantier VI était composée d'anciens soldats envoyés successivement par le Vice-Roi, de la Haute-Egypte où se trouvait alors Son Altesse,
274 HISTORIQUE DE l'eXÉCCTION DES TRAVAUX
sur ses propres bateaux à vapeur, transportés ensuite par chemin de fer à Zagazig, puis dirigés sur le chantier Vi. Ces ouvriers, méconnaissant Tautorité de leurs officiers, en trop petit nombre, après avoir commis quelques méfaits sur la route, s'insurgèrent et désertèrent en grand nombre presque aussitôt après leur arrivée. Par suite de désertions successives, il ne restait à la fin du mois, sur le chantier que 840 ouvriers saldiens qui avaient résisté à la contagion de la désertion et qui s'étaient mis sérieusement à Tœuvre. Ils enlevaient facilement 2"'<,50 par jour, alors que les fellahs de la Basse-Eg}'pte ne faisaient que 1"',50.
Le Vice-Roi, informé par le Président des désertions qui s*étaient produites dans le contingent saldien ordonna des mesures pour en prévenir le retour. 11 fit expédier dans la Haute-Egypte un bateau à vapeur exprès pour prendre dans chaque province de grands cheiks chargés de surveiller leurs hommes aux lieux de départ et d'empêcher leur désertion. Le Ministre de sa maison, auquel il avait d'abord pensé, étant malade, il désigna Ismail Bey, avec un certain nombre de cawas sous ses ordres, pour maintenir Tordre parmi les hommes sur les chantiers.
Ismaïl Bey arriva au Seuil au commencement de février. Le Président veilla personnellement à son installation à El Guisr et il eut une chambre dans chacun des autres campements du Seuil, car il avait ordre de ne pas perdre de vue un seul jour le travail des ouvriers des contingents et de faire enlever par ceux-ci le plus promptement possible la t&che dont 11;^ étaient chargés.
L'arrivée et la présence sur les travaux d'un représentant officiel du Vice- Roi fut un événement des plus heureux pour la Compagnie en assurant, comme les résultats l'ont montré, la discipline sur les chantiers et la bonne marche des travaux i.
Le Vice-Roi avait promis au Président l'envoi régulier, à partir de janvier, de contingents de 20.000 hommes pour être employés à la tranchée du Seuil
1. Le Président de la Compagnie, dans le courant de mars 1863, signala au Vice-Roi qu'un grand nombre d'indigènes et d'étrangers venaient se fixer dans les établissements et chantiers de la Compagnie. Ces territoires étant soumis au Gouvernement égyptien, le Président demandait à Son Altesse de vouloir bien désigner, en qualité de Moudir de Tlsthme, Ismaïl Bey, déjà investi de la surveillance des contingents de travailleurs, et d'adjoindre à celui-ci un vékil (sous-gouverneur) et deux nazirs en résidence, l'un à Ismailia, l'autre à Port-Saïd, ces deux villes comptant déjà plusieurs milliers d'habitants. 11 en fut ainsi que le désirait le Président.
L'Isthme était devenu une province de l'Egypte.
Dans le courant de mars 1868, Mourad Pacha succéda à Ismaïl Bey comme gouverneur de l'Isthme.
Pendant les six années de séjour d'Ismall Bey sur les chantiers de l'Isthme (à partir de février 1862), grâce à sa présence continuelle et à l'énergie de son concours, la Couipagnie avait traversé la période difficile du travail des contingents dans des conditions remarquables d'ordre, de sécurité et de rapidité d'exécution. Lorsque l'Isthme fut devenu province d'Egypte et qu'Ismaïl Bey eut échangé ses fonctions d'inspecteur des contingents contre les attributions de Gouverneur de la nouvelle province, la Direction générale des travaux n'eut jamais qn'.l se louer grandement de ses excellentes relations avec lui : son amour de la justice, son impartialité, sa prudente expérience et son esprit de conciliation lui avaient conquis rattachement en môme temps que le respect de tous et avaient permis, en toutes circonstances, de résoudre le» questions les plus délicates au mieux des intérêts communs.
ANNÉB 1862-1863 275
jusqu'à son complet achèvement ; mais, comme on |le verra par le tableau ciaprès, par suite de manquants à l'arrivée et de désertions pendant le travail, par suite aussi de remploi d'une partie des contingents à des travaux divers urgents, le nombre effectif des ouvriers employés mensuellement au Seuil n'a été, en moyenne que de 17.618 hommes.
Les chantiers du Seuil présentèrent, à partir de février jusqu'à l'achèvement de la rigole maritime, un aspect des plus saisissants à la fois par la grandeur et par la simplicité du mode d'exécution. Il était difficile, en effet, de voir sans une profonde émotion cette grande agglomération d'hommes travaillant avec ordre et entrain, transportant les débiais à la couffe sur de hauts talus, accomplissant chaque jour un progrès visible dans l'œuvre du canal. Ce mode d'exécution était une excellente solution du problème du creusement du canal; mais celle-ci n'était évidemment possible que dans les conditions où elle était maintenant appliquée : non seulement il fallait avoir une véritable armée de travailleurs; mais encore, et surtout, il fallait que cette armée fût dirigée par un homme intelligent et énergique, recevant son impulsion d'une haute volonté favorable, et capable par sa position et sa légitime iofluence de se faire partout obéir. Telles étaient les conditions dans lesquelles on se trouvait maintenant. Aussi n'avait-on plus que de rares désertions sur les chantiers et les hommes travaillaient-ils tous avec ardeur pour accomplir rapidement la tâche assignée à chaque contingent mensuel.
Le travail moyen par homme et par jour, en février, avait été d'environ i mètre cube. Il avait beaucoup varié d'un chantier à l'autre : ainsi, .alors que les fellahs de la Haute-Egypte, au nombre de 7.348 au chantier VI, firent en moyenne 1*,60, les fellahs de la Basse-Egypte ne firent au chantier V, bien que les conditions de travail fussent à peu près les mêmes, que 0*".73, au chantier IV et au chantier III, 0*,90, au chantier I, 1",20. Le travail moyen resta longtemps de 1 mètre cube; mais, à partir de septembre, les tranchées se trouvant plus profondes, le travail moyen ne fut plus que de 0-,75.
Pendant la majeure partie de la durée des travaux de la tranchée du Seuil, les prix alloués par mètre cube ne furent que de fr. 35 à fr. 45, atteignant rarement de fr. 50 à fr. 60. Ces prix, surtout dans les derniers mois, étaient absolument insuffisants, et ïsmaïl Bey avait, à diverses reprises, exprimé son mécontentement et manifesté avec vivacité son intention de demander que les hommes fussent payés à la journée, ce qui eût été extrêmement onéreux pour l'Entreprise. Pendant les deux derniers mois (octobre et novembre), les prix alloués furent de fr. 40 au chantier III, où la tranchée était peu profonde, et de fr. 80 aux chantiers V et Vï : l'Entreprise avait profité de l'occasion du prochain achèvement de la trancliée pour donner aux ouvriers des derniers contingents un salaire qui les indemnisât vraiment de leurs peines et leur permit de retourner chez eux tout à fait contents.
L'inauguration de l'entrée des eaux de la Méditerranée dans le lac Timsah eut lieu le 18 novembre.
Dans une communication adressée au Vice-Roi dans le courant de février, le Président avait émis l'avis de ne pas faire d'engagements d'ouvriers indigènes pendant le mois de Ilamadan : on n'eût gardé sur les chantiers que les ouvriers nécessaires pour exécuter certains travaux spéciaux, particulièrement la construction de palissades destinées à garantir les tranchées du Seuil des apports de sable ; on eût d'ailleurs profité du chômage du Ramadan pour îipprovisionner à l'avance tous les chantiers en vue d'une reprise des travaux sur une plus grande échelle encore qu'en février, à partir du 1" avril ; le Président désirait obtenir, à partir de cette date, pour pouvoir terminer en quelques mois la rigole maritime, l'envoi de contingents mensuels réguliers. Le Vice-Roi fit prévenir le Président, en réponse à sa communication, d'une part, que des ordres étaient donnés pour faire travailler au canal pendant le Ramadan, en
laissant aux ouvriers le choix d'accomplir leur tâche le jour ou la nuit, et le Président avait, en conséquence, fait conimanderau Caire 1.000 macbalahspour éclairer la ligne des travaux pendant les nuits du Ramadan ; d'autre part, que des ordres avaient été également donnés pour que les hommes fussent changés dans les délais fixés par les instructions données tant aux moudirs des provinces qu*& Ismall Bey, afin que les contingents qui avaient fini leurs tâches fussent immédiatement remplacés par les nouveaux contingents.
Les chameliers de location devaient, à la On de février, quitter les travaux du Seuil pour aller faire prendre le vert à leurs bêtes, en sorte que les chantiers se trouveraient alors privés de 400 chameaux. Il en resterait encore 400 appartenant à l'Entreprise ; mais ceux-ci devraient aller au vert à leur tour, sous peine de périr. Le Vice-Roi, informé de la situation, avait bien voulu envoyer aux Moudirs de Galoubieh (Benha) et de Dakhalieh (Mansoura) des ordres pressants de donner immédiatement en location à l'Entreprise, à des prix débattus, 400 chameaux, puis, plus tard, 400 autres chameaux, lorsque l'Entreprise en ferait la demande.
Le Président, à la fin de février, avait écrit au Vice-Roi pour demander à Son Altesse qu'à l'avenir chaque contingent fût accompagné d'un nombre suffisant de chameaux pour transporter, du lieu de départ au lieu de travail, les bagages et les vivres des contingents, pour servir ensuite, pendant la durée des travaux, au transport de l'eau douce et des autres approvisionnements des contingents auxquels ils seraient affectés, enfin, pour retourner avec ceux-ci dans les villages. Ces nouvelles dispositions commencèrent à fonctionner en mars.
Le tableau ci-après fait connattre l'ensemble des conditions dans lesquelles se sont effectués les travaux de la tranchée du Seuil.
ANNÉE d862-1863
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