APPROVISIONNEMENTS DE DENREES ET DIVERS
Observations générales. — Le nouveau service des transports et approvisionnements, ainsi que l'avait fait espérer l'Intendant général après sa prise de possession du service, était à peu près complètement organisé dès le début de l'année 1862, et il continua de s'améliorer pendant tout le cours de Tannée.
En ce qui était du service des approvisionnements en denrées alimentaires et autres objets rentreuit spécialement dans les attributions de Tlntendance. il fut constamment assuré, non pourtant sans quelques À-coups résultant, soit des retards apportés dans les envois de France, soit des difficultés des transactions en Egypte.
Les services d'exécution des travaux n'avaient pu parvenir encore, jusquelà, ni h établir des prévisions générales, base indispensable des approvisionnements à réaliser, ni à fixer le stock à entretenir dans les magasins. L'absence de ces éléments avait beaucoup nui à la bonne marche du nouveau service. L'intendant général était obligé de baser ses opérations sur les prévisions locales qui, faites mensuellement pour le mois suivant, devenaient insuffisantes en ce qui concernait les objets à tirer de l'extérieur, lesquels ne parvenaient en Egypte que quatre ou cinq mois après les commandes.
Les achats en Egypte avaient lieu ou sur ordres d'achat ou par marchés. Il était souvent difficile d'obtenir des indigènes qu'ils se soumissent aux formes administratives et aux conditions pénales à insérer dans les marchés. Il en résultait qu'un grand nombre d'achats devaient être faits de la main à la main, sans obtenir toujours une facture et un acquit. Et ceci se produisait, non seulement dans les rangs inférieurs du commerce local, mais également parmi les pachas dont les denrées étaient recherchées de préférence comme étant plus soignées et plus nettes.
Le système des adjudications en Egypte n'était d'ailleurs pas sans danger. Si on l'appliquait aux denrées que produisait le pays et aux objets qui s'y fabriquaient, comme chaque corporation avait à sa tête un cheik qui la dirigeait et en disposait librement, toute concurrence était impossible. Si, d'un
autre côté, on devait recourir aux négociants européens pour ces denrées et objets, on ne les obtenait que de deuxième ou de troisième main, et par conséquent à des piix plus élevés.
Les denrées principales telles que biscuits, fèves, paille, orge, faisaient Tobjet de marchés; le beurre et Thuile arabes, les lentilles, etc., étaient achetés sur place au moment des arrivages de la Haute-Egypte.
L'achat sur place de beaucoup d'autres articles avait nécessairement lieu, soit par suite de demandes d urgence, soit par suite de nouveaux besoins surgissant dans les différents services.
Magasins. — Le service général des magasins comprenait treize établissements (dont cinq d'une grande importance), savoir : Alexandrie, le Mex, le Caire, Damiette, Port-Saïd, Ras-el-Ech, Kantara, El Guisr, Timsah, Toussoum, Canal d eau douce, Zagazig et Samanoud.
Ces magasins comptaient ensemble 66 agents. Leur stock normal était d^environ 3.500.000 francs. Leur mouvement annuel atteignait en entrée comme en sortie 8.600.000 francs.
Certains des locaux affectés aux magasins réclamaient des améliorations :
Le magasin d'Alexandrie était insuffisant pour les nombreuses réceptions qui s'y faisaient; les denrées et objets qui y étaient livrés ou débarqués restaient exposés aux intempéries :
Au Caire, le magasin de Boulac avait besoin d'importantes réparations ; le mauvais état de toute une façade du bâtiment ne permettait pas de se servir de la partie correspondante, et il en résultait un encombrement fâcheux dans les autres parties ;
La suppression prochaine du magasin central de Damiette devait faire refluer une grande partie des approvisionnements sur Port-Saïd, ce qui, joint à l'entretien normal du stock nécessaire, semblait devoir exiger de nouveaux agrandissements de ses magasins. Il restait aussi à pourvoir à la sécurité des approvisionnements en fers, bois et matériaux divers qui occupaient des emplacements favorisant la fraude et le vol sans qu'aucune surveillance pût s'y opposer.
 Ras-el-Ech et à Kantara, on travaillait à la translation des magasins sur la rive Afrique.
Le magasin d'El Guisr, à la fin de Tannée, avait perdu presque toute son importance et demeurait par conséquent suffisant.
A Timsah, presque tout était encore à faire. A défaut d'installations suffisantes, l'Intendant général fit construire des caves, dites à la Rigot, creusées dans le sable, avec murailles et avec couverture en roseaux, pouvant contenir 50 hectolitres de vin. [Ces caves ne furent terminées qu'à la fin de mars de l'année suivante.]
Dispositions arrêtées le !•' octobre 1862 par Vlntendant général au sujet des principaux approvisionnements nécessaires pour la prochaine campagne de travaux avec des contingents de 40.000 hommes.
Conformément à l'esprit d'une décision prise par le Conseil d'administration, dans sa séance du 25 août, sur les propositions qui lui avaient été soumises pour l'exécution des travaux de la prochaine campagne, le Président de la Compagnie s'était empressé de faire présenter au Vice-Roi la demande de contingents réguliers de 40.000 hommes à partir du 1" novembre, et cette demande avait été favorablement accueillie >.
A la date du 1*' octobre, la Compagnie espérait donc obtenir, au moins pendant quelques mois, l'envoi par le Gouvernement de contingents de
1. Le Directeur général des travaux, dans son rapport, du commencement d'août, accompagnant l'envoi du programme de travaux proposé par lui pour
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40.000 hommes pour le prompt achèvement de la coupure du seuil d'El Guisr et pour la mise en train, en même temps, des travaux, du seuil du Sérapéum et de la branche de Suez du Canal d'eau douce.
L'Intendant gén^Tal eut, en conséquence, à prendre toutes mesures utiles pour assurer les approvisionnements de toute nature en prévision de l'arrivée sur les chantiers de ces importants contingents.
Nous croyons intéressant, pour permettre de juger de l'importance des opérations de Tlntendance générale, de rappeler ici, au moins en ce qui est des principau.x approvisionnements, quelles mesures furent adoptées.
CouFFES '. — Il y en avait 20.000 en magasin à Boulac au 1" octobre. D'après le marché en cours finissant à la fin de Tannée, le fournisseur devait en livrer 40.000 par mois. Un agent intelligent avait été envoyé à Rosette et à Burlos pour faire autant de commandes que possible dans cette partie du pays. A son retour, il devait être envoyé dans le Fayoum avec une lettre du Vice-Roi pour le gouverneur en vue du marché à renouveler pour des fournitures considérables. Enfin, on était en pourparlers avec un négociant d'Alexandrie pour une fourniture importante de couO'es de Tunis, s'il était reconnu par l'expérience que ces coutfes étaient d'un usage commode et avantageux.
la campagne de 1802-1 SG3, avait évalué les besoins en ouvriers comme suit :
Rjjfolc niarilimp 2.'). 000 hommes
Branche de Suez du Canal d'eau douce l'i.OOO —
Uigoirs d'alimentation d'c^u douce 1 .000 —
NoMBRB TOTAL d'ouvrirrs 40.000 homuies
1. An sujet des coufiTcs, nous croyons devoir donner de suite, quoiqu'il se rapporte à l'année 1863, le renseignement suivant :
Dans un rapport daoCit de la dite année, adressé au Président de la Compagnie et traitant de diverses questions dont la solution devait être poursuivie auprès du Gouvernement égyptien, le Directeur général des travaux, en ce qui était de la question spéciale des couffes.
Après avoir rappelé le texte de l'article 10 du règlement sur l'emploi des ouvriers indigènes décrété par le Vice-Koi le 20 juillet 1836 ainsi conçu :
« Toutes les coufîes nécessaires pour le transport des terres et des matériaux seront fournies par le Gouvernement à la Compagnie, au prix de revient, pourvu que la commande en ait été faite au moins trois mois d'avance. »
Faisait l'exposé suivant :
La Conjpagnie avait espéré jusqu'alors pourvoir par ses propres moyens à l'approvi.sionnement des couiTes nécessaires à ses travaux-, mais, depuis plusieurs mois, les marchés qu'elle avait contractés avec des fabricants du Fayoum et de la Haute-Egypte, sur la recommandation du Gouvernement, étaient exécutés de mauvaise foi et en quantités insuffisantes. La Compagnie se voyait dans l'obligation, pour ne pas se trouver dans rembarras, de revenir à l'article 10 précité.
En conséquence, le Président était prié de faire connaître au Vice-Roi, qu'à partir du 1" décembre, il était nécessaire que fussent livrées à l'Intendant général, au Caire, moyennant remboursement au prix de revient, 100.000 coufTes par mois jusqu'au moment où serait donné à Tavance un nouvel avis de diminution ou d'augmentation.
Le rapport du Directeur général des travaux fut communiqué à Son Altesse par le Président.
Pioches arabes. — Un marché avait été passé avec un fournisseur français ^our une fourniture de 5.000 pioches, avec faculté pour la Compagnie d'augmenter ce nombre en reculant les délais de livraison. La commande allait être portée à 33.000 pioches. Au besoin, on ferait les premiers envois par bateau à vapeur.
Biscuits. — II résultait des relevés des derniers mois que la consommation moyenne par homme dans les contingents mensuels était de 10 kilogrammes. Pour 40.000 hommes il fallait donc 400.000 kilogrammes de biscuits par mois. Les livraisons avaient lieu en vertu de trois marchés. Pour le mois d'octobre, on n'avait demandé que 240.000 kilogrammes ; mais, afin d'avoir une réserve, on porterait la commande à 300.000 kilogrammes. Pour novembre et les mois suivants, on obtiendrait aisément la fourniture normale de 400.000 kilogrammes.
Testes. — On avait commandé 190 tentes. Avec celles qui étaient encore en magasin on en aurait en tout 248 sans compter celles qui étaient déjà en service.
Tout permettait donc d'espérer que l'on n'éprouverait dans les travaux aucune entrave du fait des grands approvisionnements indispensables. Les contingents promis de 40.000 hommes pouvaient maintenant arriver : on était prêt à les employer utilement.