MESURES ADOPTEES PAR LA COMMISSION
La Commission, dans une réunion tenue le lendemain 24 avril, « après quatre jours de campement près du lieu désigné par la Commission internationale pour l'établissement de Port-Saïd au débouché du canal maritime dans la Méditerranée », adopta les propositions du directeur général des travaux et décida, en conséquence, qu'il y avait lieu de procéder le plus tôt possible à l'exécution des Iravaux suivants :
1^ Achat des sabots, boulons et outils nécessaires à la construction de Tappontement et à Térection de la charpente du phare.
2* Invitation à Tentrepreneur de faire commencer de suite, pour la continuer au fur et à mesure des besoins des travaux, la fourniture à Port-Saïd de 10.000 mètres cubes de pierres des carrières du Mex, près d*Âlexandrie, pour laquelle il avait traité éventuellement avec le sieur Lucovitch au prix de 13 fr. 50 le mètre cube rendu sur place.
3* Approvisionnement des moellons, des briques et de la chaux nécessaires pour la fondation du massif de maçonnerie destiné à supporter la charpente du phare.
4* Commande de deux grues complètes, d^nn pont à bascule et de six balances pour le pesage et la vérification des matériaux livrés à la Compagnie.
5^ Approvisionnement des mêmes matériaux que ceux employés pour le phare et commande, à Damiette, d'une charpente pour Tinstallation de l'appareil distillatotre.
6*^ Procéder immédiatement au creusement dans le cordon littoral, sur le tracé du canal maritime, d'une tranchée destinée à mettre les établissements provisoires à proximité des eaux du lac Menzaleh, afin d'assurer par ce moyen, dans tous les temps, une communication intérieure, prompte, facile et économique entre les établissements provisoires, le cours du Nil et la ville de Damiette.
7® Construction de baraquements provisoires recouverts de nattes de joQcs pour le logement et Tabri des 200 fellahs nécessaires à Texécution de ce travail.
S"* Achat d'un cauot marin pour les opérations hydrographiques de
20 HISTORIQDE DE l'eXÉGUTION DES TRAVAUX
M. Larousse, de deux djermes ou barques du pays pour les transports et les mouvements sur rade, d'une barque plate pour la circulation sur le lac, de 12 chameaux, Tacquisition de ce matériel devant être beaucoup plus économique que la continuation des locations déjà nécessaires pour ces divers services.
9^ Approvisionnement de 250 tonnes de charbon pour le chauffage de l'appareil distillatoire et des forges et ateliers.
10® Établissement d'un atelier de construction et de réparation pour le montage et Tentretien des dragues commandées et les besoins des travaux ultérieurs.
11» Établissement d'une scierie mécanique pour le débit et la préparation des bois de Tappontement et autres constructions.
Les dépenses successives résultant des achats et commandes seraient imputables sur le crédit voté par le Conseil d'administration en vue de l'exécution immédiate des travaux préparatoires devenus indispensables pour la bonne gestion des intérêts de la Compagnie.
Les dispositions et la construction des établissements provisoires de Port-Saïd, étudiées par l'ingénieur en chef directeur général des travaux, avaient été arrêtées par lui suivant des plans concertés avec l'entrepreneur.
Conformément aux décisions antérieures du Comité de direction, les travaux préparatoires seraient faits par M. Hardon pour rentrer dans les conditions générales de son traité, lorsqu'une décision du Conseil d'administration l'aurait rendu exécutoire. Dans le cas où le traité viendrait à ne pas avoir de suite, les travaux faits par M. Hardon seraient réglés dans les conditions des travaux faits en régie.
La Commission approuvait la proposition faite par le Président de nommer agents de la Compagnie : à Suez, M. Basili Costa, ancien viceconsul de France; à Damiette, M. Surur, vice-consul de France à cette résidence. La nomination d'agents sur les deux points indiqués était indispensable pour assurer les bonnes relations de la Compagnie avec le commerce et avec les autorités locales. Les deux titulaires remplissaient déjà les fonctions d'agents depuis deux mois.
PROCES-VERBAL DE LA DERNIERE SÉANCE DE LA COMMISSION TENUE A PORT- SAID LE 25 AVRIL. — RAPPORT DE LA COMMISSION SUR LES RÉSULTATS DE SON EXPLORATION DANS l'iSTHME ET SIR l'iNAUGURATION DE L'oUVERTURE DES TRAVAUX A PORT-SAÏD.
Le 25 avril, à la fin de son séjour à Port-Saïd, la Commission tint une dernière réunion dont lecompte rendu donna lieu à la rédaction du procès-verbal ci-dessous accompagné d'un rapport de la Commission faisant connaître les résultats
de soa exploration dans Tisthme et rendant compte de la cérémonie d4nauguration de Touverture des travaux à Port-Saïd.
Procès-verbal de la dernière séance de la Commission tenue d Port-Saïd le 25 avril 1859. — Au début de la séance, le Président exposa à la Commission que, d'après le plan général du golfe levé en 1855 par M. Larousse, ingénieur hydrographe de la Marine, sous la direction de M. Lieussou, la Commission internationale avait placé Tembouchure du canal maritime sur la saillie formée par la côte entre la baie de Péluse et la baie de Dibeh. Atin de fixer définitivement remplacement des jetées et de choisir un point convenable pour rétablissement de Tapponteroent et du phare dont le Conseil d'administration avait décidé la construction à Port-Saïd, M. Larousse, maintenant attaché au service de la Compagnie, avait été chargé de reprendre ses premiers travaux et d'opérer la reconnaissance détaillée de cette partie du littoral. Grâce à Taclivité et au zèle de cet habile ingénieur, les sondages exécutés par ses soins pour cette vérification venaient d'être terminés. L'ingénieur en chef directeur général des travaux avait été invité à en constater les résultats et à faire jalonner de suite le tracé du Canal et la position du premier établissement de Port-Saïd.
Le travail avait été fait la veille de la séance de la Commission. Les ingénieurs étaient actuellement réunis sur le terrain et se tenaient à la disposition de la Commission pour donner le premier coup de pioche et inaugurer l'organisation des chantiers.
Le point fixé par le directeur général des travaux pour le débouché du canal, d'après les nouveaux sondages de M. Larousse, était à 12.000 mètres à l'Est de latourde Gemileh. Ce point, situé à TOC mètres environ à l'Ouest de celui qui avait été indiqué sur la carte générale du golfe par la Commission internationale, ofTrait l'avantage de réduire de deux à trois cents mètres la longueur des jetées : Ainsi, la jetée de l'Ouest, qui, dans l'ancien emplacement, devait avoir une longueur de 3.500 mètres pour atteindre les fonds de 10 mètres, atteindrait les mêmes fonds à 3.200 mètres seulement du rivage ; celle de l'Est, qui devait avoir 2.500 mètres pour atteindre la profondeur de 8 mètres, l'atteindrait à 2.300 mètres. Dans cette position, et sans rien changer aux excellentes conditions nautiques qui avaient motivé le choix fait parla Commission internationale, de l'embouchure du canal sur la saillie de la côte séparant labaiede Péluse de la baie de Dibeh, le directeur général des travaux déclarait que la Compagnie réaliserait pour la construction des jetées une réduction de 2 à 3 millions sur le chiffre des dépenses prévues. Il était à remarquer, en outre, qu'en cet endroit, le lido ou cordon littoral qui sépare le lac Menzaleh de la
22 HISTORIQUE DE l'eXÉCUTION DES TRAVAUX
Méditerranée se rétrécissait notablement. Lorsque les eaux du lac étaient hautes, elles étaient à 300 mètres au plus du rivage de la mer ; la tranchée destinée à amener ces eaux jusqu'aux établissements provisoires de Port-Saïd pour donner à ces établissements les précieuses ressources d'une communication intérieure avec le Nil et Damietle, en créant, par tous les temps, des moyens de transport faciles et économiques, serait donc creusée en quelques jours et sans nouveaux frais, cette tranchée formant Tamorce du Canal maritime lui-même.
Le Président demandait à la Commission de constater ces importants résultats qui, au moment où elle terminait son exploration, venaient compléter d'une manière si heureuse les observations qu'elle avait déjà faites depuis le commencement de son voyage sur les avantages de la concession et les facilités que les dispositions naturelles des lieux assuraient à l'exécution de l'entreprise.
La Commission remercia le Président de son intéressante communication et estima qu'il y avait lieu, à cette occasion, de résumer et de préciser, en attendant le rapport détaillé du directeur général des travaux et les propositions de l'entrepreneur, les observations générales qu'elle avait faites dans le cours de son voyage. Elle indiqua, en conséquence, dans le rapport ci-dessous les points essentiels qui avaient attiré son attention.
Rapport de la Commission sur les résultats de son exploration, — Pendant son séjour au Caire, la Commission avait, en premier lieu, examiné les diverses questions qui se rattachaient à la prise d'eau du Canal de jonction au Nil. Elle s'était transportée sur place, et elle avait reconnu, sur les indications judicieuses de l'ingénieur en chef, que si les travaux de routes et de chaussées exécutés parle Gouvernement égyptien à Kasr-el-Nil et à Boulac aux environs de la prise d'eau de Tancien canal ZafTranieh, depuis la concession qui avait été faite de cette prise d'eau et de ce canal à la Compagnie, avaient créé des difficultés particulières à l'établissement du canal de jonction au Nil en cet endroit, il était possible et il pouvait, sous certain rapport, être avantageux de porter l'embouchure de ce canal à quelques kilomètres plus bas, en aval de Choubra, un peu au-dessus du canal Cherkaouié, d'oii l'on se raccorderait facilement au tracé primitif en venant rejoindre le lit du Zaffranieh en un point situé près de Messeroud, en face de l'ancienne Héliopolis.
A ce sujet, la Commission avait exprimé Tavis qu'il était urgent de procéder au nivellement des deux tracés et à leur étude comparative; ces travaux étaient en cours d'exécution, et le Président suivrait activement près du Vice-Roi la solution des questions administratives qui intéressaient la Compagnie en ce qui concernait la décision à intervenir. Ses démarches et le rapport du directeur général des travaux mettraient le Conseil d'administration en mesure de se prononcer en parfaite connaissance de cause.
En partant du Caire pour se rendre à Suez, la Commission, accompagnée du directeur général des travaux et de Tentrepreneur, avait successivement visité Abou-Zabel, Bulbeïs, Tel-el-Ouadée, Tel-el-Kebir, Koréîn, Salaïeh, Kantara-el-Khasné, le lac Ballah, El Ferdane, le seuil d El Guisr, le lac Timsah, Bir-abou-Ballah, Rhamsès, Maxamah, Gebel- Géneffé, les lacs Amers, Suez et TAttaka. Elle était ensuite rentrée au Caire pour se rendre à Port-Saïd où elle était venue par Damiette et le lac Menzaleh^
Pendant cette longue exploration, qui n^avait pas duré moins de cinq semaines, la Commission avait donc suivi le tracé complet des deux canaux, étudié leurs variantes et parcouru, dans toute leur étendue, les terrains compris dans la concession. La Commission avait été frappée de la richesse, de la salubrité et de l'étendue de ces terrains ; elle avait constaté la facilité de leur irrigation et Timportance de leur mise en culture ; elle avait reconnu que la superficie des terres non cultivées dont la Compagnie pouvait, aux termes de son acte de concession, s*assurer la propriété par Tirrigation, n'atteindrait
1. La Commission s'était mise en route le 21 mars. Elle voyageait en caravane et couchait sous la tente. A la fin de la première partie de son exploration, elle prit à Suez le chemin de fer pour rentrer au Caire où elle était de retour le 5 avril.
La seconde partie de Texploration s'effectua dans les conditions suivantes :
La Commission descendit en barque la branche de Damiette, visitant en passant Mansourah ainsi que d'autres centres de la province de Charkieh afin de connaître les ressources que la Compagnie pourrait en tirer en booBmes et en approvisionnements pour l'exécutioii des travaux. Arrivée & Damiette le 19 avril, elle en partit le lendemain à six heures du matin pour se rendre à Port-Saïd par le lac Menzaleh. Elle s'embarqua dans quatre barques de pèche. Les barques étant à fond plat, ne calant pas plus de O^.iO et profitant des plus légères brises avec leurs grandes voiles latines, avaient permis, malgré la saison des basses eaux, de naviguer toute la journée sans arrêt. Au coucher du soleil, on avait abordé à l'île de Tennis (où se trouvent les restes d'une ancienne ville égyptienne et romaine). Les membres de la Commission passèrent la nuit dans leurs barques. Le lendemain matin, après aToir visité les ruines avant le lever du soleil, la Commission se remit en roate et atteignit le boghaz de Gemileh ù neuT heures du matin. Là, on fit charger les tentes, les bagages et les provisions sur des chameaux, et les membres de la Commission suivirent à pied le bord de la mer, pendant quatre heures, jusqu'au point choisi par la Commission internationale pour le débouché du canal meu*itime.
La Commission constata avec satisfaction, à son arrivée (21 avril], l'existence, autour de la grande tente (système Gagin) de M. Larousse, d'un commencement d'établissement fort animé. Le brick V Union, de Marseille, mouillé à 1.500 mètres de la plage, avait commencé depuis cinq jours son dechai'gementdes bois de charpente destinés à Tappoutement et le terminait ce jour même; tes bois étaient déjà empilés entre la mer et les tentes du campement. Deux autres bâtiments, Hais et la Bretagne, étaient attendus de Marseille. Un navire ottoman, expédié d'Alexandrie avec la charpente et les accessoires du phare, était également attendu.
pas seulement le chiffre de 63.000 hectares primitivement annoncé ^ mais pourrait dépasser beaucoup ce chiffre.
En ce qui concernait la construction des canaux, la Commission, d'après les avis et propositions du directeur général des travaux et de Tentrepreneur, avait acquis la certitude que des économies considérables seraient réalisées dans le cube des terrassements au moyen de quelques rectifications des tracés.
La présence de la chaux, du plâtre et des moellons à fleur de sol sur les coteaux situés au Nord-Est du lac Timsah et sur le versant occidental des lacs Amers ; la beauté des matériaux et la facilité d'exploitation des carrières de Gebel-Géneffé et de TAttaka donneraient aussi, pour la construction des ouvrages d'art, des facilités qu'on n'avait pas supposées.
L'abondance des combustibles fournis par les épaisses végétations qui couvraient le sol de l'isthme viendrait atténuer les dépenses prévues.
Loin de rencontrer les difficultés et les obstacles que les détracteurs du canal de Suez prétendaient devoir s'opposer à l'exécution des travaux, la Commission avait constaté, sur tous les points, l'existence de ressources inespérées qui assuraient le succès et la prospérité de la Compagnie. Elle avait reçu, pendant toute la durée de son voyage, l'accueil le plus sympathique de la part des populations, qui comprenaient fort bien le but de l'entreprise et les avantages dont elle doterait le pays. Partout les autorités s'étaient montrées favorables et avaient protégé ses opérations.
Dispositions prises par la Commission pour la continuation des opérations préparatoires de la construction. — En présence de la situation si avantageuse qui vient d'être décrite, la Commission considéra qu'il importait au plus haut degré, pour la bonne gestion des intérêts de la Compagnie, qu'aucun retard ne fut apporté à la mise à exécution des décisions prises par le Conseil d'administration pour la continuation des opérations préparatoires de la construction, commencées depuis plusieurs années par le Vice-Roi lui-même jusqu'au moment où la Compagnie a été constituée.
Conformément à ces décisions et à la lettre qu'elle avait écrite au Vice-Roi, en date du 7 mars 1859, pour annoncer la délégation dont elle était chargée en Egypte, la Commission croyait utile de porter actuellement à la connaissance de Son Altesse les résultats de son exploration et les mesures qui devaient en être la conséquence.
D'après les dispositions adoptées par le Conseil et l'approbation déjà donnée par la Commission aux propositions du directeur général des travaux, ces mesures consistaient dans lesopérations préparatoires suivantes ^ :
1. A propos de ce programme des opérations préparatoires, nous croyons devoir revenir encore une fois sur les considérations, — déjà rappelées en
MISE EN TRàlN DES TRAVAUX (PREMIERS MOIS DE 1859) 25
\° Construction d'un appontement à Port-Saïd pour faciliter le déchargement et rapprovisionnement des matériaux destinés à rétablissement des ports et des jetées ;
^ Érection d'un phare pour assurer la route et le mouillage des navires dirigés par la Compagnie sur cette partie de la côte ; création des ateliers et autres établissements nécessaires à la préparation des chantiers;
3° Creusement d'une tranchée dans le cordon littoral pour amener les eaux du lac Menzalehà proximité des établissements provisoires de Port-Saïd et créer une communication intérieure avec le Nil et Damiette ;
4^ Prolongement de cette tranchée comme rigolede service jusqu*au lac Timsah et Suez pour le transport et Tapprovisionnement des charbons, pierres, matériaux et appareils divers sur toute l'étendue de la ligne du futur canal maritime ;
5« Ouverture et préparation des carrières de TAttaka, à Suez, de Gebel-Géneffé, aux lacs Amers, et du Mex, à Alexandrie, que la Compagnie était autorisée à exploiter pour le service de son entreprise^
partie ci-dessus (Voir p. 10), qui avaient décidé la Compagnie à ajourner provisoirement la construction du canal d^eau douce pour consacrer tous ses efforts à la construction d'une rigole maritime entre Port-Saïd et Suez.
Dans Tavant-projet des ingénieurs du Vice-Roi, on avait jugé nécessaire de commencer par amener Teau douce du Nil au milieu de Tisthme au moyen du canal de communication destiné à relier le fleuve au Canal maritime et de se mettre ainsi à même, en dirigeant Teau potable, d'un côté vers Suez, de lautre côté vers la Méditerranée, de satisfaire abondamment aux besoins des l^randes agglomérations d'ouvriers. Le canal de communication paraissait donc devoir être la condition préliminaire du canal maritime.
Mais les recherches auxquelles on s'était livré dans Tisthme avaient fait reconnaître Texistence d'un certain nombre de points d'eau capables de fournir nne eau assez bonne et assez abondante pour satisfaire aux premiers besoins; on avait reconnu également la possibilité de compléter le système d'alimentation en eau douce des chantiers du désert au moyen d'une dérivation du lac IMaxamah.
D'un autre côté, la Compagnie avait senti impérieusement le besoin de répondre sans retard, d'une manière victorieuse, k toutes les objections des adversaires du projet, en opérant dans le plus bref délai possible la jonction des deux mers au moyen d'une rigole de service qui ne devait pas avoir seulement pour effet d'imposer silence aux incrédules, mais encore de faciliter considérablement les transports et de permettre ainsi d'utiliser tous les maté- Haax de construction qui se rencontraient sur divers points de Tisthrae.
Le canal de communication qui, plus tard, devait apporter Teau nécessaire à la mise en culture des vastes terrains concédés, et qui établirait des relations directes entre le Caire, toute la Basse-Egypte et les établissements de la Compagnie, n'avait donc pas semblé devoir faciliter les opérations dans one mesure assez prépondérante pour faire différer la jonction des deux mers, but essentiel, principe et fin de toute l'entreprise tant au point de vue moral qu au point de vue industriel.
26 HISTORIQUE DE l'EXÉCUTION DES TRAVAUX
par application de Tarticle 13 de Pacte de concession du 6 janvier 1856 ;
6^ Nivellement et cadastre de toute retendue de la concession pour la détermination des tracés définitifs des canaux et la prise de possession des terrains irrigables, n*appartenant pas à des particuliers, qui étaient concédés à la Compagnie ;
1^ Détermination, d'accord avec Tadministration égyptienne, de la prise d'eau, au Caire, du canal de jonction au Nil et creusement immédiat dudit canal ;
S^ Etablissement, dans le but de pourvoir aux premiers besoins d'alimentation des ouvriers, d'appareils élévatoires ou sakiés sur remplacement des puits ou forages ci-après : Kantara-el-Khasné, Abou-Eurouq, Néfiche, Bir-abou-Ballah, Rhamsès, Saba Biars, El Ferdane, environs duSérapéum, entre Gebel-GénefTé et les lacs Amers, dans l'emplacement de l'ancien réservoir près du bassin des lacs Amers.
La Commission décidait que ces dispositions seraient communiquées officiellement au Vice-Roi et elle exprimait l'avis que le directeur généra] des travaux devait se mettre immédiatement à même de procéder à l'exécution des mesures adoptées.
Inatigtiration de r ouverture des travattx (25 avril 1859). — Après avoir arrêté les mesures énumérées ci-dessus, la Commission se rendît sur remplacement désigné pour le débouché du canal maritime à Port-Saïd.
Elle trouva réunis sur les lieux :
MM. Mougel Bey, ingénieur en chef directeur général des travaux ;
de Montant, ingénieur des ponts et chaussées, désigné pour les fonctions d'ingénieur chef du service central des travaux, à Alexandrie ;
Laroche, ingénieur des ponts et chaussées, désigné pour les fonctions d'ingénieur chef de la section des ti*avaux de Port-Saïd ;
Larousse, sous-ingénieur hydrographe de la marine, désigné pour les fonctions d'ingénieur chef de la section des travaux hydrographiques de la Compagnie;
Aubert-Roche, docteur-médecin, attaché à la Commission pour l'étude de l'organisation du service de santé des travaux;
Hardon, entrepreneur des travaux de la Compagnie ;
Feinieux, directeur des travaux de l'entreprise;
Les agents et employés d'administration attachés à la Commission ;
Et un personnel de 150 conducteurs, piqueurs, marins et ouvriers.
Le Président, après avoir fait déployer, à la tÊte des chantiers, le pavillon égyptien, prononça les paroles suivantes :
« Au nom de la (Compagnie Universelle du Canal maritime de Suez, et 60 Tertu des décisions de son Conseil d'administration, nous allons donner le premier coup de pioche sur le terrain qui ouvrira raccès de TOrient au commerce et à la civilisation de TOccident.
ff Nous sommes tous réunis ici dans une même pensée de dévouement pour les intérêts des associés de la Compagnie et ceux de son auguste créateur et bienfaiteur, le prince Mohamed-Saïd.
« L'exploration complète que nous venons de faire nous donne la certitude que Tentreprise, dont Tezécution commence aujourd'hui, ne sera pas seulement une œuvre de progrès, mais donnera une immense valeur aux capitaux qui l'auront réalisée. »
Le Président, chacun des membres de la Commission, et, après eux, les ingénieurs et employés de la Compagnie, ouvrirent alors la tranchée jalonnée sur le tracé du canal.
Le Président s'adressa ensuite aux ouvriers égyptiens groupés autour de lui.
» Chacun de vous, leur dit-il, va donner son premier coup de pioche, comme nous venons de le faire. Rappelez-vous que ce n'est pas seulement la terre que vous allez remuer, mais que vos travaux apporteront la prospérité dans vos familles et dans votre beau pays.
« Honneur à TEffendinah Mohamed-Saïd Pacha ; qu*il vive de longues années ! »
Les paroles du Président furent traduites aux ouvriers qui les accueillirent par de vives acclamations et qui so mirent avec ardeur au travail sous la direction de Tcntrepreneur et des conducteurs des chantiers.
La Commission s'associa sans réserve, de cœur et de volonté, aux sentiments exprimés par le Président, qu'elle trouva répondre si bien à l'esprit des décisions du Conseil d'administration et à Tobjet de la délégation qu'elle avait reçue de lui pour suivre Texécution de ces décisions en Egypte.
Elle déclara, en conséquence, commencées les opérations
28 HISTORIQUE DE l'eXÉGUTION DES TRAVAUX
préparatoires de la construction du Canal de Suez et invita le directeur général des travaux à en pousser activement l'exécution.
RÈGLEMENT PROVISOIRE POUR L'ORGANISATION ET L'ADMINISTRATION DES SERVICES DE LA COMPAGNIE EN EGYPTE
La Commission du conseil d'administration déléguée en Egypte, par délibération prise à Alexandrie à la date du 16 mai 1859, et sous réserve de décision ultérieure du Comité de direction agissant en vertu de Tarticle 40 des statuts, adopta à titre provisoire, le règlement ci-dessous pour forganisation et Tadministration des services de la Compagnie en Egypte, règlement qui fut immédiatement édicté par le Président de la Compagnie.
TEXTE DU RÉGLEMBNT
§ !•'. — Agence supérieure
Article premier. — Conformément à Tarticle 42 des statuts, Tadministrateur délégué à Alexandrie comme agent supérieur et chef de service « est investi de tous les pouvoirs nécessaires pour l'exécution des travaux et la marche de Texploitation. Il représente la Compagnie dans tous ses rapports avec le Gouvernement égyptien et avec les tiers ».
Art. 2. — En exécution de Tarticle premier ci-dessus, Tadministrateur délégué, agent supérieur, est spécialement chargé de suivre le règlement de toutes les mesures administratives de nature à nécessiter l'intervention du Conseil d'administration et du Comité de direction, notamment de celles prévues aux articles 35 et 40 des statuts. L'administrateur, agent supérieur, se concerte avec l'ingénieur en chef directeur général des travaux, pour toutes celles de ces mesures qui nécessiteraient une appréciation technique. Il contrôle et ordonnance, sur la proposition et la justification de qui de droit, tous paiements et toutes recettes à opérer par la caisse centrale d'Alexandrie.
Les mandats de paiement des dépenses des travaux, dressés par les ingénieurs chefs de section, sont vérifiés par l'ingénieur en chef directeur général des travaux; ils sont ordonnancés sur son visa par l'administrateur, agent supérieur de la Compagnie.
ART. 3. — Les factures, états de solde, mandats de paiement et toutes pièces de comptabilité concernant les ordonnancements faits par Tadmiaistrateur, agent supérieur, sont dressés en double ou triple expédition, selon qu'il y a lieu. Une ampliation de ces pièces est, immédiatement après le paiement ou rencaissement, transmise au Comité de direction à Paris.
ART. 4. — L'administrateur, agent supérieur, propose au Comité de direction la nomination, le traitement et la révocation des employés et agents dépendant du service de l'agence supérieure.
Ce service est centralisé, sous ses ordres, par un fonctionnaire qui prend le titre de cbef du service central de la Compagnie à Alexandrie.
Il est divisé en quatre bureaux, savoir : le secrétariat, la comptabilité, les affaires à Textérieur (mouvement, nolis, douane], la caisse centrale.
Le chef du service central a autorité sur tous les bureaux : il transmet à chacun d'eux les affaires qui le concernent et en surveille la bonne expédition. Il représente Tagent supérieur absent pour les rapports avec les bureaux de la direction générale des travaux et les administrations locales.
Art. 5. — I/administrateur, agent supérieur, adresse chaque semaine au Comité de direction un rapport détaillé sur la situation financière de la Compagnie en Egypte et lui rend compte de toutes les affaires de nature à intéresser le service.
§ 2. — Direction générale des travaux
Article premier. — L'ingénieur en chef directeur général des travaux est nommé par le Conseil d'administration de la Compagnie, sur la proposition du Comité de direction, conformément aux articles 34 et 40 des statuts. 11 dirige, suivant les plans adoptés, en se renfermant dans les limites des crédits accordés, tous les travaux concernant la concession dont Texécution est décidée par le Conseil d administration et le Comité de direction. Il est chargé de faire toutes études €t de dresser tous devis relatifs à la construction des canaux et ports et à la mise en valeur des terrains concédés. Il prépare les marchés et traités concernant, soit Texécution des travaux, soit Tachât et la commande des machines, des matériaux et engins nécessaires à la construction; il en surveille l'application et propose, quand il y a lieu, les modifications qu'il est utile d'apporter aux plans adoptés.
Art. 2. — L'ingénieur en chef directeur général des travaux a autorité sur tous les ingénieurs et employés à la construction. Il représente l'administration dans ses rapports avec les entrepreneurs et contrôle directement leurs opérations en surveillant et assurant, au besoin, la Ûdèle exécution des contrats. 11 dirige les opérations
30 HISTORIQUE DE l'eXÉGCTION DES TRAVAUX
concernant les mouvements des ports et de la navigation, la police des chantiers et le service des subsistances, des approvisionnements, des hôpitaux et des ambulances. Il pourvoit, en se concertant avec Fadministrateur, agent supérieur, à toutes les mesures propres à intéresser la conservation, Tordre intérieur et Tamélioration des établissements de la Compagnie.
Art. 3. — Les ordonnancements relatifs aux dépenses des travaux sont certifiés et présentés par Fingénieur en chef directeur général des travaux ; ils sont adressés par lui, avec pièces à Tappui, à Fadmi* nistrateur, agent supérieur, qui en assure le paiement conformément à Tarticle 2 ci-dessus.
Art. 4. — I/ingénieur en chef directeur général des travaux adresse chaque mois, sous le couvert du Président, un rapport détaillé au Comité de direction sur la situation des travaux, leur degré d'avancement, l'état des crédits, etc. Un double de ce rapport est transmis par Tingénieur en chef directeur général des travaux à Tadministrateur, agent supérieur.
Art. 5. — L'ingénieur en chef directeur général des travaux a sous ses ordres pour la surveillance, la direction et le contrôle, un personnel dont le cadre, le traitement et les attributions sont réglés, suivant les besoins du service et sur ses propositions, par des décisions du Conseil d'administration et du Comité de direction.
Art. 6. — Les services relevant de la direction générale des travaux sont centralisés à Alexandrie, sous les ordres immédiats du directeur général, par un ingénieur ayant rang d'ingénieur chef de section et prenant le titre d'ingénieur chef du service central des travaux à Alexandrie.
L'ingénieur chef du service central représente, en cas d'absence, ringénieur en chef directeur général des travaux, pour les rapports avec les bureaux de l'Agence supérieure et la suite de toutes les affaires de nature à intéresser le service de la construction.
Art. 7. — L'administrateur délégué, agent supérieur de la Compagnie en Egypte, et l'ingénieur en chef directeur général des travaux sont, chacun en ce qui le concerne, chargés d'assurer l'exécution des dispositions faisant l'objet du présent règlement.