BRIQUETERIES
Les briques employées aux constructions de Port-Saïd provenaient de Damiette. C'étaient des briques cuites provenant elles-mêmes de la démolition d'anciennes constructions du gouvernement et dont la cession — ainsi qu'il a été expliqué précédemment — avait été faite à la Compagnie par le gouverneur de Damiette au prix de 5 francs le mille pour une fourniture pouvant s'élever â plusieurs millions de briques.
Pour les constructions de Timsah, on installa d'importantes briqueteries dans le bassin de Hhamsès. On avait projeté d'abord d'y fabriquer des briques cuites ; mais le combustible était rare sur les lieux mêmes, et celui venu du dehors coûtait très cher. On dut donc se résigner à ne faire que des briques crues; et encore celles-ci rendues à Timsah revenaient-elles à un prix très élevé.
TRAVAUX ACCESSOIRES
Télégraphe éleclHque, — Dans le courant de l'année, une ligne télégraphique fut établie entre Zagazig et Tiuisah, avec un poste intermédiaire à Tel-el-Kébir.
La longueur de la ligne était de 85 kilomètres.
(La ligne télégraphique a été prolongée sur Port-Saïd et sur Toussoum dans le courant de Tannée 1863, et sur Suez dans les premiers mois de 1864.)
SERVICE DE SANTÉ
DU 1" MARS 1862 AU 1*' AVRIL 1863 (extrait du RAPPORT DU MÉOECIN EN CHEF)
Port-Saïd. — Le service de la ville et des environs était fait par deux médecins et un pharmacien chargé de l'économat.
L'hôpital comprenait trois pavillons (chalets montés sur rez-de-chaussée en maçonnerie) : l'un consacré aux malades ; un autre destiné aux sœurs hospitalières qui arrivèrent au commencement de 1863 ; dans le troisième se trouvaient la pharmacie et les logements du pharmacien et de l'un des médecins» L'autre médecin demeurait à proximité des chantiers. L'ambulance arabe était dans un bÂtiment à part.
Douze lits avaient été installés pour les européens et dix pour les arabes, ce qui avait été suffisant : sur une population d'environ 1.200 européens, il n avait été soignée l'hôpital que 95 malades; et, à Pambulance, que 30 Arabes seulement sur une population d'environ 2.500 habitants. En générêd, les soins se donnaient à domicile. Chacun usait d'ailleurs largement de la consultation.
Les médecins constatèrent qu'à mesure du développement des remblais du terre-plein de la ville, il y avait eu diminution dans le nombre et l'intensité des affections rhumatismales et des diarrhées.
La mortalité chez les européens avait été de 1,40 0/0.
Cette faible mortalité était surtout â noter en présence de nombreuses affections de toute nature qui avaient frappé ia population grecque. Cette population, venue de divers points, s'était établie dans un village que, malgré les avis des médecins, elle avait construit sur le lido, à l'est de la jetée ; entassée dans des chambres étroites, au milieu de bardes et de débris de toute sorte, elle se trouvait dans des conditions déplorables de salubrité, et, se nourrissant mal, avait fourni le plus grand nombre de malades. Le village avait été heureusement détruit et remplacé par des habitations spacieuses, et leffet de cette mesure s'était fait immédiatement sentir. Il en avait été des nouvelles habitations pour les Grecs comme des remblais pour toute la ville : k nombre des malades avait immédiatement diminué.
Damielte. — Le service était fait par un médecin et un aide-pharmacien. Ce service fut supprimé dans les premiers mois de 1863, lors de la translation de la Direction générale des travaux à Ismaïiia.
Ras-el-Ech. — Un médecin résidait sur place pour le service du campement et des dragues voisines. Les malades étaient soignés à domicile ou dirigés sur l'hôpital de Port-Saïd.
Kantara. — Le service était fait par un médecin européen ayant sous ses ordres un aide-pharmacien et un aide-médecin arabe (effendi). L'hôpital du campement recevait les malades qui ne pouvaient pas être traités à domicile.
Lorsque les travaux étaient éloignés, Taide-médecin demeurait sur le chantier où des tentes d'ambulance étaient dressées.
Il y avait eu sur les chantiers jusqu'à 6.000 hommes ; les travaux en avaient occupé pendant l'année près de 20.000, parmi lesquels il n'y avait eu que 19 morts, ce qui représentait 0,60 0/0 sur une population sédentaire. .\ucun décès ne s'était produit parmi la population européenne composée de 60 personnes.
Seuil d'Kl Guisr. — La circonscription du seuil d'El Guisr, de 15 kilomètres de longueur, fut celle qui réunit pendant l'année le plus grand nombre de travailleurs et où le Service de santé avait été le plus actif. En dix mois, environ 175.000 hommes avaient passé sur les chantiers et exécuté 4 millions de mètres cubes de déblais. La petite ville d'El Guisr, centre des travaux, comptait jusqu'à 300 européens et 1.500 arabes en résidence fixe.
Le Service de santé comprenait deux médecins européens, deux médecins arabes, trois aides-médecins arabes, un pharmacien-économe et un aide-pharmacien. [De tout ce personnel, il ne resta plus à la fin de Tannée — après l'achèvement de la rigole maritime (18 novembre), — qu'un médecin chargé du service de la circonscription ; le reste du personnel avait été transféré à Ismailia, Toussoum et Gène lié.]
280 HISTORIQUE DE l'eXÉCUTION DES TRAVAUX
L'hôpital pour les européens et les arabes était installé à El Guisr; sur les^ chantiers, il y avait deux ambulances. Les arabes malades étaient traités dans les ambulances; on n'envoyait à Thôpital que les arabes blessés. On disposait de 10 lits pour les européens et de 50 pour les arabes. Il n'y eut pendant Tannée que 50 malades européens à l'hôpital. Parmi les arabes des contingents, il n'y eut que 1 .127 malades.
Les arabes sédentaires et les européens étaient principalement traités à domicile ou k la consultation.
Pendant l'exécution de la tranchée du Seuil, un grave incident était survenu, dont les adversaires du canal avaient tenté de se servir pour élever des doutes sur la salubrité de l'Isthme et la bonne organisation du travail, tandis que cet incident avait achevé, au contraire, de démontrer l'un et l'autre.
En mai, à l'arrivée du contingent de Kéné (Haute-Egypte), un assez grand nombre d'hommes de ce contingent tombèrent subitement malades. Les médecins reconnurent promptement le caractère typhoïque de la maladie, se présentant sous une forme particulière à la race et au climat. On apprit d'ailleurs que le contingent avait laissé en route des malades et des morts; on avait été avisé, dès le mois de février précédent, qu'une épidémie de typhus ou de fièvre typhoïde régnait dans sept villages des environs de Kéné ; on avait appris, enfin, que la même maladie, avait régné à la même date de l'année, dans les mêmes villages, chacune des deux années précédentes. Or, c'étaient ces villages qui avaient fourni le contingent infecté.
La maladie avait donc, de toute évidence, été apportée du dehors sur les chantiers du Seuil. Toutes précautions furent prises pour éviter la contagion : les malades furent disséminés sous des tentes et dans des hangars; le contingent qui avait apporté la maladie, sans être mis en quarantaine, fut isolé et distribué sur un vaste espace ; des mesures de propreté et de ventilation furent prises, et la maladie entra immédiatement en décroissance. Le contingent de Kéné comptait 1.825 hommes, les autres contingents, 20.600. Bien qu'il n'y eut pas eu séquestration, les hommes de Kéné, seuls, furent atteints : 512 d'entre eux, plus ou moins malades, entrèrent à l'ambulance; il n'y eut que 21 morts. En dehors des gens de Kéné, le Service de santé, seul, fut douloureusement frappé : un des médecins européens succomba à la maladie ; un des médecins arabes et le pharmacien furent gravement atteints ainsi que quatre arabes infirmiers servants.
En résumé, la maladie apportée au Seuil par le contingent de Kéné s'était éteinte sur le Seuil même sans pouvoir se répandre, ce qui était une preuve nouvelle et irrécusable de la salubrité du désert.
Malgré la circonstance toute particulière du grave incident du mois de mai, la mortalité parmi les contingents ne fut que de 0,43 0/0. Chez les européens la mortalité fut de 1,60 0/0.
Circonscription cVlsmatlia. — La circonscription s'étendait jusqu'à Rhamsès^ sur le canal d'eau douce, et Bir-abou-Ballah.
Le Service de santé se composait d'un médecin européen, d'un effendi aidemédecin, d'un pharmacien-économe et d'un aide-pharmacien.
Deux ambulances de 8 lits chacune, l'une pour les européens, l'autre pour les arabes, furent provisoirement établies en attendant la construction de l'hôpital.
La santé des européens habitant la ville et des arabes travaillant au canal d'eau douce fut aussi satisfaisante que possible ; il n'y eut exception que chez les nègres et les barbarins pendant les mois froids de l'hiver.
A Ismallia, comme au Seuil et dans tous les environs du lac Timsah, on ne connaissait pas les maladies de poitrine : les européens et les arabes, pen* dant les mois froids de l'hiver, en étaient quittes pour quelques rhumes,.
mais leur santé n'était pas ébranlée. Les nègres et les barbarins, au contraire^ étaient victimes de fréquentes pneumonies. C'est que ces malheureux étaient généralement adonnés à Talcool : le soir, ils se réunissaient autour d'un feu, buvaient de Teau-de-Tie, puis s'endormaient; bientôt le feu s'éteignait, et ils étaient saisis par le froid ; le matin, ils toussaient, et sous la première înQuence du mal, ils restaient à la même place ; ce n'était que le lendemain que Ton venait chercher le médecin, et le plus souvent il était trop tard. Des mesures furent naturellement prises pour éviter autant que possible de pareils suicides.
Circonscription de Tovssoum. — Cette circonscription fut organisée à la fin de Tannée, aussitôt après l'achèvement de la rigole maritime, une partie des contingents ayant été reportée sur la section du canal maritime au sud du lac Timsah, l'autre sur la dérivation de Suez du canal d'eau douce.
Le Service de santé, installé à Toussoum, était sous la direction de deux médecins européens, Tun pour le canal maritime, l'autre pour le canal d'eau douce: sur chacun des deux grands chantiers, il y avait une ambulance avec un médecin arabe ; un aide-pharmacien et trois effendis aides-médecins complétaient le service. Les européens et les malades arabes gravement atteints devaient être soignés à Thôpital où il y avait 8 lits pour les européens et 6 pour les arabes.
Circonscription de Géneffé et de Suez. — Le Service de santé de toute la ligne des travaux de Port-Saïd à Suez fut complété le 1" avril 1863, par l'installation d une circonscription médicale ayant son centre près des carrières de Gebel-Géneffé. Un médecin européen, un médecin arabe et un aidemédecin, venant de Toussoum, furent attachés à cette circonscription. Le Service de santé fut d'abord concentré sur le canal d'eau douce, et il devait, après l'achèvement du canal, être transféré aux carrières. Des lits pour les européens et pour les arabes étaient établis sous des tentes.
La circonscription de Suez du canal maritime, qui devait s'étendre des lacs Amers h Suez, ne fut organisée que plus tard. Le personnel très restreint résidant à Suez devait, en cas de maladie, recourir au médecin du gouvernement égyptien.
Circonscription de VOuady. — Un médecin arabe, ayant étudié en Europe et résidant à Tel-el-Kébir, était chargé du Service de santé dans toute rétendue de la propriété. Il surveillait la salubrité et devait donner des soins non seulement aux européens, mais à tous les habitants, fellahs et ai*abes. U vaccinait les enfants. 11 devait, en outre, surveiller les contingents qui se rendaient sur les travaux ou en revenaient. Son service s'étendait, d'un côté jusqu'à Maxama, de l'autre jusqu'à Zagazig où la Compagnie avait des magasins.
Alexandrie et le Caire. — Dans chacune des deux villes d'Alexandrie et du Caire, où la Compagnie n'avait que des employés, un simple service médical était organisé : un médecin de la ville, choisi par la Compagnie, était chargé de visiter les malades; un pharmacien, également choisi, délivrait les médicaments ordonnés.
En résumé, le Service de santé dans l'Isthme, pour une population de 26.200 habitants (employés et ouvriers) répartis sur de grandes distances, était fait par 17 médecins et pharmaciens, 1 commis-comptable et 32 infirmiers, en tout 50 personnes.
HISTORIQUE DE l'eXÉCUTION DES TRAVAUX
TABLEAU DE LA MORTALITÉ DANS l'iSTIIMB KT SUR LE OOMAIXE DE L'OUADT
PENDANT l'année 1862-1863
Dans r Isthme :
Européens
Arabes sédentaires
Arabes des contingents
Domaine de VOuady :
Fellahs et Arabes
POULATION
TOTALE
MORTALITÉ
PROPORTION POl'R 100
Question des approvisionnements. — Dès le début des travaux, la question des approvisionnements avait toujours été une des plus difficiles et des plus délicates, surtout dans le désert. A partir de Touverturc du canal d'eau douce à la navigation et à la suite de l'organisation définitive de l'Intendance, les approvisionnements devinrent plus faciles, meilleurs et plus abondants, au grand profit de la santé générale.
La liberté du commerce et l'installation d'un village arabe près de chaque centre amenèrent une foule de petits marchands qui procuraient toutes sortes d'objets et de denrées- Des marchés avaient été passés pour la fourniture du pain, du vin et de la viande qui étaient d'une qualité laissant peu à envier aux villes du Caire et d'Alexandrie. En outre, les magasins de la Compagnie étaient restés approvisionnés d'une certaine quantité de denrées, telles que sucre, café, conserves, huile, etc., afin d'empêcher le commerce libre de faire à son gré une hausse exagérée ou bien fournir des marchandises de mauvaise qualité ; chaque jour, le poisson provenant, soit du canal maritime, soit du canal d'eau douce, devenait plus abondant; les légumes frais commençaient même h arriver dans le désert, toutefois encore en quantité insuffisante, par suite de Téloignement des lieux de production ; des hMels, des restaurants avaient été établis, où la nourriture était bonne, mais encore à (les prix élevés.
La surveillance des approvisionnements était exercée par les médecins : dans chaque circonscription, le médecin était chargé de vérifier et constater la qualité des vivres : aliments et boissons.
La liberté du commerce, la plus grande facilité des communications, à côté des précieux avantages qu'ils offraient pour l'alimentation, avaient eu en même temps ce regrettable résultat d'amener sur les chantiers une quantité de débitants d'alcool, d'absinthe, de liqueurs de toutes sortes dont l'usage, et surtout l'abus, d'après les observations des médecins, comptait pour près de moitié dans les maladies et la mortalité des européens.
Compte rendu sommaire des travaux exécutés et des résultats obtenus pendant la période de juillet 1863 à janvier 1864.
(EXTRAIT DU RAPPORT DU PRÉSIDENT DE LA. COMPAGNIE A L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES ACTIONNAIRES DU 1" MARS 1864.)
La situation des travaux h la date du 1" février 1864 était la suivante :
Canai maritime, — Les travaux de creusement du canal maritime, entre Port-Saïd et le lac Timsah, avaient été poussés avec toute l'activité que comportaient à la fois Timportance du matériel de dragage dont disposait la Compagnie et celle de la portion des contingents qui n'étaient pas employés au canal d'eau douce.
Les ouvriers des contingents avaient été occupés à enlever dans toute la largeur normale du canal (largeur de 58 mètres à la ligne d'eau), entre les deux digues formant les berges d'Afrique et d'Asie, les quelques seuils qui existaient entre le lac Menzaleh et l'extrémité sud des lacs Ballah. Ils avaient en outre creusé, à sec, le canal lui-môme, partout où il avait été possible de le faire, jusqu'à 1°,20 en moyenne au-dessous du niveau moyen de la Méditerranée. Le cube total des déblais ainsi exécutés par les contingents, entre Port-Saïd et El Ferdane, avait été d'environ 1.200.000 mètres cubes.
On avait enlevé également à sec, bien que le terrain fût en contrebas du niveau de la Méditerranée, un banc de pierre à plâtre qui, dans une certaine étendue, formait le fond du lac Ballah. Le cube total de blocs de pierres de gypse fourni par ce travail avait été de 131.000 mètres
284 HISTORIQUE DE l'eXÉCUTION DES TRAVACX
cubes. Les pierres, déposées sur la berge, constituaient une réserve importante d alimentation des fours à plâtre pour l'époque où les villes de l'Isthme prendraient leur développement inévitable.
La portion du canal maritime qui était en voie d'exécution, en juin 1863, entre le lac Timsah et le plateau de Toussoum, avait continué de recevoir, encore pendant quelques mois, une partie des contingents, après quoi tous les ouvriers avaient été reportés sur le canal d'eau douce. La longueur de celte portion du canal maritime déjà entamée était de 6.300 mètres, le cube extrait, de 2.150.0(X) mètres cubes.
Dès le milieu de décembre 1863, une partie des contingents avait été portée sur le seuil de Chalouf. On avait établi sur ce point des constructions et des magasins pour en faire le siège d'une section de la division de Suez. Le travail du percement de ce seuil était maintenant très vigoureusement attaqué. De Chalouf jusqu'au grand bassin des lacs Amers, le canal pourrait être creusé complètement à sec. La portion restante jusqu'à Suez devrait être creusée à la drague.
Canaux de jonction, — Deux canaux dérivés du canal maritime avaient été creusés et ouverts, l'un pour le service d'une carrière de pierres, dite du Plateau des Hyènes, à l'est du lac Timsah ; l'autre au débouché du canal dans le lac, au pied du chalet du Vice-Roi, pour faire communiquer le canal maritime avec le canal d'eau douce à Ismaïlia.
Canal d'eau douce, — L'un des résultats les plus importants de la campagne avait été l'achèvement du canal d'eau douce. Une véritable branche du Nil venait maintenant se jeter dans la mer Rouge, formant une excellente voie navigable qui mettait en communication facile le port de Suez avec Port-Saïd et l'intérieur de l'Egypte. Ce canal enlevait désormais à la Compagnie toute préoccupation sur
ANNÉE i863-i864 285
la grave question d'alimentation d'eau douce pour les grands chantiers de travaux qui devaient être échelonnés sur la ligne du canal maritime entre Suez et le lac Timsah.
La branche de Suez présentait entre Néfiche et la mer Rouge une longueur de 89.700 mètres. Son exécution avait donné lieu à un mouvement de terres de 3.347.000 mètres cubes ; on y avait employé treize mois.
Quelques travaux d'amélioration avaient été exécutés sur la branche principale du canal d'eau douce entre TOuady et Néfiche, dans des endroits où existaient des sinuosités et des rétrécissements préjudiciables à la navigation aussi bien qu'au libre écoulement des eaux. On avait construit un canal de 1.400 mètres de longueur contournant le lac Maxama et destiné à remplacer la navigation difficile à travers le lac. Enfin, des travaux d'endiguement avaient été exécutés dans le bassin de Rhamsès où un lac s'était formé. L ensemble de ces travaux secondaires avait donné lieu à un mouvement de terres de 75.000 mètres cubes.
Conduite (Teaii douce, — Les travaux de la conduite d'eau douce entre Ismaïlia et Port-Saïd étaient sur le point detre achevés. Déjà, la conduite arrivait à Ras-el-Ech, h 16 kilomètres de Port-Saïd, elle fonctionnait donc sur un parcours de 64 kilomètres; elle avait été constamment utilisée, à mesure de son avancement, pour l'alimentation des chantiers de travailleurs.
Pori de Port-Saïd, — Quatre dragues et deux grues à vapeur avaient continué d'être affectées au creusement des bassins du port. Les terres extraites étaient toujours utilisées pour la confection des remblais du terre-plein de la ville.
On avait dû constituer de vastes terre-pleins pour l'installation des chantiers et ateliers de la Société des Forges et Chantiers de la Méditerranée et de la maison Ernest Gouin et C*% destinés au montage des vingt nouvelles grandes dragues, des chalands, des caisses à déblai, des grues et
autres appareils de dragage que ces Sociétés avaient à livrer à la Compagnie. 11 avait fallu exhausser et étendre les emplacements desdépôts de matériel, de bois et de combustibles de la Compagnie ; enfin, élever des digues de ceinture pour mettre les terrains bas de la ville à Tabri de l'envahissement des eaux du lac Menzaleh. La surface, maintenant remblayée à 2 mètres au-dessus du niveau de la Méditerranée, était de 119.000 mètres carrés.
L'appontement sur lequel s'effectuait le déchargement des barques faisant le service de la rade avait été prolongé de 180 mètres. Cette nouvelle portion d'appontement avait été construite avec des pilots en fer afin de mettre l'ouvrage à l'abri des chances de destruction inhérentes à la présence des tarets.
Le massif d'enrochements de l'îlot en fer fondé en mer, dans la direction de la jetée Ouest, à 1.500 mètres de la plage, était destiné, comme on le savait, à permettre le déchargement direct des navires pouvant arriver dans les fonds de 5 mètres. Ce massif avait été prolongé de 51 mètres vers le large et de 47 mètres vers la terre, de sorle que la longueur de l'abri s'était trouvée portée à 163 mètres, longueur permettant de placer en même temps deux navires en déchargement. Le cube d'enrochements mis en œuvre pendant la campagne avait été de 17.500 mètres cubes.
Canal du Cheik Karpouly. — A partir de l'angle sudouest du grand bassin de Port-Saïd, on avait creusé un chenal d'une longueur de G30 mètres qui devait être encore prolongé de 400 mètres pour atteindre les fonds du lac Menzaleh où naviguaient en toute saison les barques de transport et de pêche. Cette communication avait un double intérêt : d'une part, elle était appelée à desservir les relations de Port-Saïd avec tout le littoral du lac, notamment avec Damiette, relations compromises par la continuité de la berge ouest du Canal maritime depuis Port-Saïd jusqu'à El Ferdane ; d'autre part, elle devait produire dans le bassin
de Port-Saïd, et, par suite, à l'extrémité du chenal vers la mer, des courants alternatifs favorables au maintien d'une certaine profondeur.
Bâtiments. — Tout le personnel des bureaux de la Direction générale des travaux ainsi que l'Agence principale des transports ayant été transférés à Ismaïlia, centre de risthme, il avait fallu construire sur ce point de nombreux bâtiments d'habitation et d'exploitation.
Ligne télégraphique. — La ligne télégraphique qui, au commencement de 1863, ne s'étendait que de Zagazig au seuil d'El Guisr, avait rejoint Port-Saïd, d'un côté, etToussouin, de l'autre. Des postes avaient été établis à Kantara, Ras-el-Ech et Port-Saïd. Les travaux entre Toussoum et Suez étaient en voie d'exécution. A bref délai, l'installation de la ligne serait complète et toutes les villes et chantiers du canal seraient en communication électrique entre eux, aussi bien qu'avec le Caire et Alexandrie, par conséquent avec l'Europe, un fil électrique reliant déjà l'Egypte à Malte et à la Sicile.
Observations générales, — Au commencement de 1863^ le traité en vertu duquel les travaux s'exécutaient par voie de régie intéressée sous le contrôle de la Compagnie avait été, on se le rappelle, résilié dans le double but de ramener l'unité indispensable dans la direction des travaux et d'économiser un double personnel. Cette modification ne pouvait être toutefois qu'un premier pas dans une voie nouvelle. Comme situation transitoire inévitable, les travaux avaient dû continuer, pendant un certain temps, à s'exécuter en régie; mais depuis que les grandes difficultés d'une installation complète dans le désert avaient été vaincues, la Compagnie devait tendre à substituer le plus tôt possible au mode d'exécution directe, celui par voie d'entreprises spéciales à forfait devant donner toute sécurité sous le double rapport des délais et des dépenses d'exécution.
Dans ce but, les travaux du canal avaient été divisés par lots ; des projets de marchés avaient été préparés ; un appel avait été fait aux grands entrepreneurs de travaux publics en Europe. Cet appel avait été entendu. Des entrepreneurs étaient venus visiter Tlsthme ; ils avaient trouvé à Port- Saïd un port et des moyens de débarquement assurant Tarrivage de leur matériel et de leurs approvisionnements ; des ateliers où ils pourraient réparer leurs appareils ; des voies navigables dans toutes les directions et le long de la ligne des travaux* ; sur les points principaux, de véritables villes bien approvisionnées, où le commerce libre avait déjà pris assez de développement pour subvenir à tous les besoins de la vie ; partout, Feau douce en abondance pour Talimentation des hommes et môme en quantité suffisante pour Talimentation de la majeure partie des machines*; partout aussi la possibilité, prouvée par Texpérience, d'une bonne installation pour les chefs comme pour les ouvriers; un Service de santé, des hôpitaux et des Services religieux parfaitement organisés ; les travaux en pleine activité sur toute la ligne du canal et s'exécutant dans des conditions normales ; enfin, un nombreux matériel tout prôt à fonctionner immédiatement ^, En présence de pareilles conditions d'exécution, telles qu'on pouvait les rencontrer sur les chantiers d'Europe, les entrepreneurs n'avaient pas hésité.
1. La construction de la branche de Suez du canal d'eau douce, qui avait été commencée en novembre 1862 par la Régie intéressée, puis, continuée par la Compagnie (Régie directe), avait été terminée (sauf les écluses, construites plus tard) à la fin de Tannée 1863.
2. La distribution d'eau douce d'Ismaïlia à Port-Saïd, qui avait été utilisée, h. mesure de son avancement, pour Talimentation des chantiers, était arrivée à Kantara dans le courant de novembre 1863, k Ras-el-Ech, le mois de février suivant. Elle arriva à Port-Saïd le 10 avril.
3. Le matériel de dragages, indépendamment de 24 petites dragues provenant de la Régie intéressée, comprenait alors, en plus, 20 dragues plus puissantes, en cours de construction, qui avaient été commandées par le Régisseur, peu de temps avant la résiliation de son traité, ainsi qu'un important matériel de grues, chalands et caisses à déblais destiné à desservir toutes ces dragues.
Plusieurs d'entre eux avaient déjà soumissionné la majeure partie des travaux.
C'était ainsi qu'un premier marché, pour l'achèvement complet du canal maritime aux abords et à la traversée du seuil d'El Guisr avait été passé le 1" octobre 1863 avec M. Couvreux, entrepreneur expérimenté et connu en France par ses procédés de terrassements ; l'entreprise comprenait une longueur de 15 kilomètres du canal, un déblai de 9 millions de mètres cubes, et devrait t^lre terminée en quatre années.
Un second marché avait été conclu le 20 du même mois avec MM. Dussaud frères, entrepreneurs des ports de Marseille, d'Alger et de Cherbourg, pour la construction, en blocs artificiels, des deux jetées de Port-Saïd dans le même délai de quatre années.
Un troisième marché avait été signé le 13 janvier 1864 avec M. Alton, entrepreneur de dragages et de terrassements sur la Clyde, à Glasgow, pour l'achèvement à toute profondeur des 60 premiers kilomètres du Canal, depuis Port- Saïd jusqu'à l'origine du lot Couvreux. L'entreprise comprenait l'enlèvement de 21.700 mètres cubes et devait, comme les précédentes, être achevée en quatre années.
Enfin, plusieurs autres entrepreneurs, d'une grande notoriété au point de vue de l'expérience et de la puissance des moyens d'exécution, étaient de retour de l'Isthme, où ils avaient étudié les travaux de la portion du canal maritime comprise entre le lac Timsah et la mer Rouge ; et des soumissions sérieuses donnaient la confiance que la totalité de ces travaux pourrait être prochainement donnée à l'entreprise avec fixation du même délai d'exécution.
Le système des entreprises partielles à forfait, appliqué à la totalité des travaux, indépendamment de la sécurité et de la rapidité d'exécution, aurait encore cette conséquence heureuse de permettre à la Compagnie de réaliser d'importantes simplifications et des économies dans les services