EMPLOYÉS ET OUVRIERS
Popalalioa
Mortalité
Proportion pour 100
On voit, par ce tableau que, malgré Tabondance des pluies, malgré la cherté des vivres, malgré Tinfluence sur ralimentation de Tépizootie qui avait régné en Egypte, malgré les influences épidémiques dont la ville avait reçu quelque atteinte, la mortalité sur les européens n'avait été que de 0,84 0/0, alors que Tannée précédente elle avait été de 1,40 0/0.
Kantara. — La circonscription de Kantara formait un groupe intermédiaire «ntre le climat humide du littoral et le climat sec du désert.
La réputation de salubrité de Kantara ne s'était pas démentie pendant Tannée : malgré les influences climalologiques (pluie, froid, humidité), malgré la mauvaise alimentation due à la cherté des vivres, malgré les influences épidémiques du typhus et de la petite vérole, la santé y avait été meilleure que sur tous les autres points de Tintérieur de Tlsthme.
La moyenne de la population permanente européenne avait été de 348 habitants sur laquelle il y avait eu deux morts, soit 0,51 0, 0. D'autre part, le chiffre total des contingents employés pendant Tannée avait été de 24.261 (moyenne mensuelle de 2.022), et la mortalité, de 10 dans Tannée, soit 0,49 0/0 Cette faible mortalité paraissait devoir être attribuée aux diverses causes suivantes : à la facilité pour la population de se procurer à Kantara, par suite de sa situation, de la viande de bonne qualité, du poisson, etc. ; aux maisons en briques ; & Tabondance de bois de chauffage dans les environs. En ce qui était spécialement des arabes, leur bonne santé était due à ce qu'ils venaient directement et sans fatigue de leurs villages situés dans la province de Mansoura. La circonscription de Kantara était restée l'une de celles où, proportionnellement, il y avait toujours le moins de malades. Pendant Tannée, le typhus et la petite vérole qui régnaient épldémiquement en Egypte y avaient fait, il est vrai, leur apparition : chez les arabes, 10 cas de typhus, dont 4 morts, et 8 cas de petite vérole, dont un mort; chez les européens, un seul cas de typhus, mortel ; mais ces maladies, grâce à quelques précautions sanitaires, s'étaient éteintes naturellement, comme si la localité n'était pas favorable à leur développement.
Ismaïlia, El-Guisr, Toussoiim. — Les trois circonscriptions d'ismaîlia, El (juisr et Toussoum, par leur situation au centre de Tlsthme, sur le pourtour du lacTimsah, se trouvaient dans les mêmes conditions de climat, d'alimentation, de nature du sol ; aussi les maladies et la mortalité y étaient-elles sensiblement les mêmes.
Ismatlla. — La circonscription médicale d'ismaîlia fut installée au mois de mars 1863.
TABLEAU DE LA MORTALITÉ PENDANT l'aNNÉE 1863-1864
Européens
l»OrULATION
MORTAUTé
Arabes sédentaires
Arabes des contingents
Le nombre total des ouvriers des contingents employés pendant l'année avait été de 19 à 20.000 hommes.
Un recensement du 1*' mai 1864 donna pour la population sédentaire d*Ismaîlia h cette date, femmes et enfants compris, les chiffres de 885 européens et de 1.720 arabes.
La mortalité exceptionnelle d'Isuiallia, comparée à celle des deux autres circonscriptions, tenait bien probablement à ce que, souvent, des travailleurs des chantiers voisins venaient se faire saigner à son hôpital.
El Guisr. — La circonscription du seuil d'El Guisr fut réorganisée en juillet 1863. On avait pensé d abord pouvoir faire le service d'Ei Guisr conjointement avec celui d*lsmaïlia; mais Téloignement obligea & renoncer à cette combinaison, Tentrepreneur des travaux du Seuil étant venu s'installer a El Guisr.
Les malades de la carrière du plateau des Hyènes, principalement exploitée par des grecs, étaient transportés à Thôpital d'EI-Guisr.
La population moyenne du Seuil avait été pour les européens d'environ 340 et la mortalité avait été de 6, soit 1,78 0/0. Les contingents arabes avaient fourni 3.500 hommes et la mortalité avait été nulle.
Toussoum. — La population européenne avait été en moyenne de 167 et la mortalité avait été nulle.
Les contingents employés pendant Tannée avaient été de 33.000 hommes et la mortalité de 37, soit 1,30 0/0.
Cette mortalité exceptionnelle des hommes ^es contingents fut due aux décès qui se produisirent dans le courant de juin et juillet sur les hommes du contingent de Keneh-Esneh, auxquels on renonça immédiatement dès que furent connues les conditions dans les({uelles ils se trouvaient à leur arrivée -dans risthme.
En décembre, le service de Toussoum fut réuni à celui d'El Guisr.
Chalouf-Suez. — Après Tachèvement de la branche de Suez du canal d'eau douce (à la fin de 1863), les hommes des contingents furent de suite installés sur le canal maritime, à Chalouf, à lu kilomètres de Suez; 500 hommes seulement des contingents restèrent pendant les mois de janvier et février au parachèvement du canal d'eau douce.
Le service de santé fut concentré à Chalouf.
Toutefois, un hôpital de b lits fut établi à Suez pour recevoir les européens t-Djployés aux travaux et atteints de maladies assez graves pour ne pouvoir être traitées sur les chantiers mêmes.
l>'octobre 1863 à mai 1864, les contingents destinés au canal d'eau douce ^t au canal maritime furent transportés du Caire à Suez par le chemin de 'er. Une ambulance avait été établie au point d'arrivée pouf recevoir les malades de ces contingents, soit h leur arrivée, soit à leur retour. L'état de la ^anié à Chalouf pendant les cinq premiers mois de 1861 laissa beaucoup à <^ésirer, ainsi que Ton en jugera par les chiffres suivants :
316 HISTORIQDE DE l'eXÉCCTION DES TRAVAUX
Les européens (employés et ouvriers) étaient, en moyenne, au nombre de 94, sur lesquels il y eut 4 morts, soit une proportion de 4,25 0/0. Le nombre total des hommes des contingents employés pendant ces cinq mois avait été de 41.780 sur lesquels il y eut 1.490 malades et 174 morts, soit une mortalité de 3,64 0/0.
La mortalité sur le chantier de Chalouf avait été tout à fait exceptionnelle. Jamais les contingents ne s'étaient trouvés dans des conditions aussi fâcheuses : les pluies avaient été très fréquentes ; le froid avait été des plusvifs; il avait gelé. Malgré tous les efforts pour abriter et chauiTer une population de 10 à 11.000 hommes, on n'y arrivait que difficilement. De mémoire d'homme, il n'avait régné à Suez un froid aussi rigoureux. Une autre cause avait surtout augmenté le chiffre des maladies : c'était le typhus apporté par les contingents de l'intérieur de l'Egypte et qui avait frappé un grand nombre de travailleurs.
Canal d'eau douce, — Pendant les sept mois de juin à décembre 1863, 55.230 ouvriers des contingents avaient été emploj'és à la branche de Suez du canal d'eau douce; la mortalité fut de 60, soit de 1,30 0/0. Le nombre moyen dos européens avait été de 49 et la mortalité nulle.
Au point de vue de la santé dans l'Isthme, l'abondance de l'eau douce avait déjà produit les meilleurs résultats. La présence de l'eau du Nil à Suez avait eu même une action heureuse sur la santé générale en Egypte. Ainsi, lors du pèlerinage de la Mecque, 25.000 pèlerins avaient pu évacuer le Caire où régnait le typhus et venir séjourner à Suez, en attendant le départ des bateaux et des caravanes, échappcint ainsi à la maladie qui sévissait au Caire et dont ils ne pouvaient qu'augmenter les causes. Cette mesure n'avait été possible que grâce à 1 existence du canal d'eau douce. Les années précédentes, l'autorité avait grand soin de ne laisser arriver à Suez qu'un certain nombre de pèlerins en rapport avec la quantité d'eau que pouvait transporter le chemin de fer.
Domaine de VOuady. — Lorsque l'épizootie se déclara dans TOuady, le chef du service agricole secondé par le médecin chargé du service de santés eut assez d'influence pour faire enterrer tous les animaux morts ; aussi,, tandis que partout ailleurs la maladie avait enlevé la presque totalité des. animaux, il en était resté environ le quart dans l'Ouady.
Malgré toutes les précautions prises, l'Ouady ne fut pas exempte de typhus et de lièvre typhoïde. La santé resta excellente chez les européens L
Causes exceptionnelles ayant influé sur Vétat sanitaire dans Vlsthme. — En outre des causes principales et ordinaires influant sur la santé des travailleurs dans l'Isthme, on eut à lutter pendant l'année contre les causes exceptionnelles suivantes qui n'avaient pas encore complètement disparu :
Climat. — L'hiver de 1863-1864 avait été très rigoureux dans toute TEgypte,. extrêmement froid et pluvieux.
Le climat de l'isthme semblait avoir changé : le froid et la pluie avaient
1. Un fait de maladie assez rare se produisit à Tel-el-Kebir en octobre 1863. Une levrette de la Haute- Egypte, appartenant au chef du service agricole, ayant mordu deux bédouins, une gazelle et un petit chien, l'un des bédouins mourut avec tous les symptômes de la rage, ainsi que la gazelle et le chien. Ce fait prouvait que, s'il était généralement admis que les chiens du pays, vivant en tribus et en pleine liberté, ne devenaient jamais enragés — et l'on ne citait effectivement aucun cas — les autres races de chiens pouvaient être atteintes de la rage et la communiquer aux hommes et aux animaux qu*ils mordaient. Les bédouins savaient du reste, parait-il, que la rage se manifestait quelquefois chez leurs lévriers.
commencé dés le mois de novembre 1863 et n'aTaient cessé que Je mois de mai suivant. A t^ebei-Mariam, Je thermomètre était descendu k 3* au-dessous de zéro; à Chalour, Feau avait gelé dans les récipients; à Kantara, il avait neigé. Des pluies fréquentes et de longue durée eurent lieu sur différents points de Tlsthmc.
Le froid, en Egypte, avait de graves conséquences : l'européen en était quitte pour des bronchites ; mais, chez le fellah, il engendrait des pneumonies, des pleurésies, et, quand l'homme était fatigué, des dysenteries. A Chalouf, la mortalité avait été causée, non seulement par le typhus, mais aussi par la dysenterie.
Epizootib. — Depuis plus d'un an régnait en Egypte sur la race bovine une épizootie qui avait enlevé au moins 600.000 têtes de bétail. Celte épizootie était dans toute son intensité lors de la crue du Nil. Les cadavres d'animaux morts, au lieu d'être enterrés, étaient jetés dans le fleuve. On pensait qu'ils seraient entraînés à la mer, ce qui eut lieu en effet pour la plus grande partie; seulement, beaucoup s'arrêtaient en route : les uns sur le bord du fleuve, là où il existait des remous; les autres pénétrant dans les canaux où ils subissaient une sorte de macération. Sur le canal de TOuady, par exemple, le chef du service agricole fit enterrer des centaines de cadavres d'animnux qui arrivaient par le Cherkaouieh : le médecin de la Compagnie exerçait la surveillance la plu? active, car c'était par le canal de l'Ouady que s'alimentaient les canaux d'isuiaïla et de Suez.
La surveillance n'avait pas eu à s'exercer seulement sur le canal d'eau douce pour empt^cher la dissolution des cadavres dans l'eau destinée à l'alimentation des chantiers de l'Isthme ; on eut encore à se garantir d'une véritable infection à Port-Saïd. Le Nil, charriant des milliers de cadavres, les avait portés A la mer; là, ils étaient repris par le courant littoral qui rejetait chaque jour sur la plage de Port-Saïd des masses en putréfaction qu'il fallait repousser au large. Pendant plusieurs mois, le vent du large apporta de temps à autre à Port-Saïd des odeurs cadavéreuses.
En présence des graves causes d'insalubrité dues à l'épizootie, on ne devait pas s'étonner que des cas de typhus et de fièvre typhoïde se fussent manifestés sur les chantiers de l'Isthme; mais, en mt^me temps, on ne pouvait que se féliciter qu'une atteinte aussi profonde portée à la salubrité n'eût pas eu de résultats plus fâcheux que ceux qui avaient été constatés.
A LIMENT ATiox. — La première conséquence de l'épizoolie dans toute rEg}'pte fut le renchérissement de la viande et, par suite, de toutes les denrées alimentaires. D'un autre côté, l'extension donnée à la culture du coton avait fait négliger la culture du maïs, principale nourriture du fellah; enfin, l'inondation, par suite de la rupture des digues du tleuve, ayant détruit une quantité de champs de maïs, la récolte avait été peu abondante et la disette s'était fait sentir ; le prix du blé avait doublé ; il avait fallu en faire venir de l'étranger.
Dans le désert, sur toute la ligne des travaux, la viande avait quel(}ucf()is fait défaut, et l'on avait dû se nourrir de conserves. Malgré tous les ellorts delà Compagnie, malgré la liberté du commerce, malgré les encouragements de toutes sortes, l'alimentation fut difficile : les denrées avaient augmenté de prix dans de notables proportions et souvent même elles avaient manqué. Toutefois, à Port-Saïd, le poisson était en abondance, et il arrivait de la viande de Jaffa; à Kantara et Ismaïlia, on pouvait se procurer des bestiaux venant de Syrie.
En résumé, l'alimentation dans l'Isthme n'avait pas été de qualité trop inférieure t\ celle des années précédentes; elle n'avait été que difficile et d'un prix élevé. Cette difficulté de l'alimentation devait être considérée comme la cause principale du typhus et des fièvres typhiques qui s'étaient déclarées sur les chantiers du canal comme dans toute l'Egypte.
HISTORIQUE DE l'eXÉCUTION DES TRAVAUX
Typhus. —Le typhus, qui s'était manifesté dans toute l'Egypte, avait sévi également, comme il est dit ci-dessus, sur les chantiers de l'Isthme. L'influence épidémique s'y était fait sentir dans la plupart des maladies et des indispositions. Sur le chantier de Chalouf, notamment, le typhus avait pris un caractère véritablement épidémique : il y eut 252 cas et 37 morts. Ailleurs, il n'y eut que des cas isolés, généralement peu graves.
Variole. — Parmi les causes exceptionnelles qui avaient pu inQuer sur la santé des travailleurs, on pouvait citer encore la variole, qui avait pris naissance à Suez parmi des esclaves noirs importés de Djeddah, puis s'était manifestée au Caire et s'était ensuite répandue dans différentes localités de l'Egypte. C'était à Suez et au Caire que la maladie avait sévi avec le plus d'intensité ; elle emportait presque tous ceux qui en étaient atteints. Elle avait fait également quelques victimes sur les chantiers de l'Isthme parmi les arabes et les grecs mais ses attaques avaient été généralement assez bénignes.
T.\BLEAU DE LA MORTALITÉ DANS l'iSTHME ET SUR LE DOMAINE DE l'OUADY
PENDANT l'année 1863-1864
Dans Vislhme :
Européens