PENDANT LA PÉRIODE DE JUIN 1804 A
(extrait du rapport du président DB la COMPAGNIE A l'assemblée GéNÉRALB DES ACTIONNAIRES DU 5 OCTOBRE 1865)
Entreprise Dussaud frères pour la construction des jetées de Port-Saïd en blocs artificiels, — L'installation des chantiers des entrepreneurs était complètement terminée depuis la iin de juillet. Cette installation comprenait :
1* Le chantier de fabrication du mortier, composé de 10 broyeurs mis en mouvement par une machine de 60 chevaux.
Chaque broyeur était capable de fournir 35 mètres cubes de mortier par jour, ce qui donnait pour les 10 broyeurs une fabrication journalière de 350 mètres cubes de mortier, produisant 35 blocs de 10 mètres cubes chacun, soit pour un travail minimum de vingt jours par mois, une production annuelle de 8.400 blocs.
Le chantier était établi sur une plateforme élevée, en charpente, sous laquelle venaient se placer les wagons destinés à recevoir le mortier pour le conduire ensuite sur le lieu de fabrication des blocs. 11 était desservi par deux chemins de fer en rampe aboutissant au magasin de dépôt de la chaux et au quai d'approvisionnement du sable. L'ascension des wagons amenant ces matières se faisait au moyen d'un treuil puissant mis en mouvement par la machine de 60 chevaux ;
2" La plateforme de fabrication des blocs où ceux-ci étaient méthodiquement rangés par lignes parallèles.
Cette plateforme pouvait contenir i .900 blocs. Elle était (à la date du rapport) complètement remplie. A mesure que les blocs étaient enlevés pour être conduits à la mer, ils étaient remplacés par de nouveaux blocs fabriqués, qui devaient rester sur place pendant trois mois environ pour acquérir une dureté suffisante. Ces blocs, de 10 mètres cubes et pesant 20 tonnes étaient en mortier composé de 325 kilogrammes de chaux hydraulique du Theil en poudre sèche pour 1 mètre cube de sable et fabriqué à Teau de mer ;
3** Les appareils de levage, de transport et d'embarquement des blocs.
Il fallait, pour soulever et faire mouvoir ces masses énormes, de puissants appareils mus par la vapeur. Ces appareils fonctionnaient de la manière la plus satisfaisante ;
4* Enfin, les grands chalands pontés, destinés à conduire les blocs sur les points où ils devaient être immergés.
Les entrepreneurs possédaient en outre 2 remorqueurs à vapeur et 10 chalands pour le service des déchargements en rade de leur matériel et de leurs approvisionnements.
Le sable destiné à la confection des blocs était fourni par les déblais du chenal du port en vertu d'une convention passée entre MM. Dussaud et les entrepreneurs de dragages. Ce sable était amené au point de déchargement sur des chalands qui le recevaient dans des caisses à la sortie du couloir de la drague; l'enlèvement et le déchargement des caisses s effectuaient ensuite au moyen d'une grue tournante à vapeur.
Un grand hangar capable de recevoir 5.000 mètres cubes de chaux, des maisons d'habitation pour les employés elles ouvriers, des bureaux, des magasins de vivres et de matières diverses, un atelier de réparation et d'autres constructions de moindre importance complétaient l'ensemble des installations.
330 HISTORIQUE DE l'eXÉCUTION DES TRAVAUX
L'immersion du premier bloc avait eu lieu le 9 août(t865). Le nombre des. blocs immergés à la fin d'août était de 148. A bref délai, le chenal du port, dans lequel travaillaient deux dragues, devait se trouver assez large et assez profond pour permettre de conduire l'immersion de manière à marcher parallèlement avec la fabrication des blocs.
Dès l'hiver précédent, les entrepreneurs avaient déjà coulé à l'extrémité de Tappontement (partie construite avec des pilots en fer) 204 blocs de 4"%50 pour former un musoir de protection, qui devait naturellement se trouver englobé dans le massif de la jetée définitive.
Résiliation du marché qui avait été passé avec M. W. Alton pour l'exécution du l**" lot de dragages [de Port-Saïd au seuil a' El Guisr), — Le premier lot de dragages comprenait, indépendamment du chenal et des bassins de Port-Saïd, la première partie du canal maritime sur une longueur de 60 kilomètres et demi. Il comportait un déblai de 21.700.000 mètres cubes.
En vertu d'un marché passé le 13 janvier 1864, ce premier lot de dragages, — ainsi qu'il a été mentionné déjà, — avait été concédé à M. W. Alton, entrepreneur de travaux de terrassements sur la Clyde, qui avait offert des prix inférieurs à ceux de ses concurrents, et sur les antécédents duquel les meilleurs renseignements avaient été obtenus à Glasgow. La Compagnie avait mis à sa disposition tout le matériel qu'elle possédait déjà sur les lieux et celui très considérable qu'elle avait commandé en vue de Texécution de son lot. Ainsi que le disait le rapport à l'Assemblée générale des actionnaires du 6 août 1864, M. Aiton, à cette date, était encore dans la phase de première installation oîi il lui était impossible de déployer toute la rapidité d'exécution que la Compagnie attendait de son expérience et de son activité.
M. Aiton avait commencé les travaux avec les ressources que la Compagnie lui avait fournies. Vers le milieu
d'octobre, après avoir sollicité diverses modifications à son traité qui lui avaient été accordées, il avait élevé la prétention d'obtenir le changement complet de son contrat.
Dans cet intervalle, une crise financière survenue dans les principales places commerciales de l'Angleterre avait resserré et fait bientôt cesser les crédits sur lesquels comptait l'entrepreneur; il avait éprouvé en conséquence des embarras financiers et s'était trouvé dans l'impossibilité de payer, non seulement les fournisseurs de machines, les frets du matériel qu'il avait commandé en exécution de ses engagements, mais encore ses propres ouvriers ; ses travaux avaient subi des ralentissements que la Compagnie ne pouvait supporter. C'était dans ces circonstances que M. Aiton avait exigé, sous peine d'une interruption de ses travaux, un mode de mesurage des déblais contraire à son traité et à ceux des autres entrepreneurs. La Compagnie n'avait pu admettre de pareilles prétentions, et M. Aiton avait suspendu ses travaux, plaçant ainsi la Compagnie dans une situation qui pouvait amener de fâcheuses complications.
Après avoir constaté que M. Aiton était sous le coup d'une des clauses du contrat prononçant la résiliation pour défaut d'exécution du cube trimestriel auquel il était obligé, et armée du fait non moins grave de la suspension arbitraire de ses travaux, la Compagnie avait fait signifier légalement à l'entrepreneur la résiliation de son marché.
Mais M. Aiton était détenteur du matériel et la Compagnie ne pouvait se substituer à lui qu'après avoir repris possession de ce matériel. Dans ces conditions, la Compagnie avait dû transiger pour ne pas subir les retards d'un procès dont l'issue pourtant ne lui paraissait pas douteuse. Une demande d'indemnité formulée par M. Aiton avait été jugée exorbitante par le Président qui avait offert comme dernière transaction une somme de 200.000 francs. Cette somme avait été finalement acceptée, et la Compagnie était rentrée en possession de son matériel et de ses chantiers.
332 HISTORIQUE DE l'eXÉCUTION DES TRAVAUX
Entreprise Borel Lavalley et C*' pour V exécution du 1" lot de dragages, — A la suite de la résiliation du marché Ailon, un nouveau marché avait été passé, le 12 décembre 1864, avec MM. Borel, Lavalley et C'* pour Texécution des travaux compris au premier lot de dragages, avec cession du matériel précédemment remis à M. Alton et addition de dix porteurs à vapeur du prix de 150.000 francs chacun. Le délai final de Texécution avait été fixé au l"juillet 1868.
MM. Borel, Lavalley et C* n'ayant pu reprendre immédiatement la suite des travaux de M. Alton, ces travaux avaient été provisoirement continués en régie par les Ingénieurs de la Compagnie jusqu'en avril (1865).
Le matériel remis par la Compagnie aux nouveaux entrepreneurs se composait des appareils suivants :
20 petites dragues ;
20 grandes dragues;
20 grues k vapeur;
120 chalands en fer du port de 50 tonneaux ;
600 caisses à déblais;
10 porteurs à vapeur pour conduire les déblais à la mer.
Les entrepreneurs avaient reconnu la nécessité de faire diverses réparations et modifications à ce matériel pour l'approprier a leur mode de travail. En même temps que s'exécutaient ces opérations de mise en état du matériel, ils avaient eu à consacrer de grands efforts a leurs installations sur toute la ligne des travaux.
En soumissionnant leur nouvelle entreprise du lot de Port-Saïd, MM. Borel, Lavalley et C* avaient dû augmenter en conséquence les commandes qu'ils avaient d'abord faites en vue uniquement de leur lot de Suez.
L'ensemble de leurs commandes pour les deux lots comprenait notamment :
30 grandes dragues nouvelles;
30 appareils élévateurs;
15 grands porteurs à vapeur pour la conduite des déblais à la mer ;
42 porteurs à vapeur pour la conduite des déblais dans les lacs ;
90 chalands pour transport des caisses à déblais ;
15 bateaux à vapeur pour transports de charbon et de matériel sur toute la ligne des travaux;
20 locomobiles sur roues;
4 canots à vapeur.
Une grande partie de ce matériel était déjà montée ou en voie de montage à Port-Saïd.
Les premières petites dragues remises eh activité avaient été employées dans le bassin de Port-Saïd à Télargissement et à l'approfondissement des chenaux qui sillonnaient ce bassin dans diverses directions, en vue de préparer la place pour la mise en mouvement aussi prochaine que possible de grandes dragues desservies par des porteurs.
L'une des petites dragues creusait le chenal d'accès du port en marchant de l'intérieur vers le large; elle fournissait un sable excellent, utilisé pour la fabrication des blocs artificiels de l'entreprise Dussaud frères. Le produit des autref dragues était employé à l'extension des remblais de Port-Saïd, conformément à l'un des articles du marché qui obligeait les entrepreneurs à faire ces remblais, sans augmentation de prix, jusqu'à concurrence de 200.000 mètres cubes.
Une des grandes dragues avait déjà été placée dans le chenal extérieur, entre l'appontement et l'îlot en fer, pour approfondir le chenal en marchant du large vers l'intérieur du port; elle était desservie par deux porteurs. Une seconde drague devait être affectée au même travail, de manière à obtenir sous bref délai un chenal suffisamment large et profond pour permettre, aux navires de moyen tonnage, de pénétrer dans l'intérieur du port, sans gêner la circulation des chalands employés à l'immersion des blocs, ni celle des porteurs qui conduiraient en mer les produits des dragages
du bassin du port et d'une partie du canal maritime.
Entreprise Couvreux pour les déblais de la tranchée du seuil cTEl Guisr. — D'après un premier marché passé avec M. Couvreux le l" octobre 1863, cet entrepreneur avait été chargé de l'ouverture complète du canal maritime à travers le seuil d'El Guisr, sur une longueur de 15 kilomètres; Tentreprise comportait un cube total de 9 millions de mètres cubes, tant à sec qu'à la drague.
A la date du 27 mars 1865, la Compagnie avait, d'un commun accord, passé avec M. Couvreux une nouvelle convention pour limiter son entreprise au percement des grandes hauteurs du Seuil, sur une longueur d'environ 9 kilomètres, et pour retrancher du projet primitif la majeure partie des déblais à faire sous l'eau de manière à lui permettre de consacrer ses efforts à l'enlèvement des déblais à sec. Il avait été stipulé que les travaux seraient dirigés tout d*abord en vue de l'élargissement et de l'approfondissement du chenal de navigation afin de compléter le plus promptement possible entre Port-Saïd et Ismaïlia un canal permettant à la Compagnie, malgré la présence des dragues et des autres engins, de développer en toute liberté sa navigation de transit.
L'entreprise réduite de M. Couvreux comportait un cube de déblais c^ sec de 4 millions de mètres cubes et un cube de déblais sous l'eau de 200.000 mètres cubes.
Plusieurs excavateurs de l'invention de l'entrepreneur, qui avaient bien réussi déjà pour les déblais à sec, étaient appliqués avec succès aux déblais mouillés.
Les chantiers étaient desservis par 30 kilomètres de voies de fer, 10 locomotives, 10 excavateurs à vapeur, 400 wagons de terrassements et par d'importants ateliers de réparation du matériel : 4 nouvelles locomotives avaient été commandées.
Ouverture du canal à la traversée d'El Ferdane et dragages jusfju'au lac Timsah — La portion des travaux retranchée de l'ancien lot Couvreux avait été concédée en presque totalité à MM. Borel, Lavalley et C*' comme continuation de
leur premier lot de dragages. La Compagnie s'était réservée, vu Turgence, pour les exécuter par voie de régie directe, les travaux de déblais à faire immédiatement pour Télargissement et l'approfondissement du chenal de navigation à la traversée des dunes d'El Ferdane sur une longueur de 6.7œ mètres.
Ces travaux comprenaient 300.000 mètres cubes de déblais à sec, dont 130.000 mètres cubes à la brouette et 170.000 à la locomotive, et 200.000 mètres cubes de déblais mouillés.
Les chantiers de déblais à la brouette avaient été promptement organisés avec 600 terrassiers; les chantiers de terrassements à la locomotive et au wagon avaient commencé à fonctionner; enfin, pour les déblais mouillés, 6 excavateurs avaient été commandés en France.
Ces travaux en régie étaient dirigés par l'ingénieur chef de la division d'El Guisr.
Les dragages à exécuter par MM. Borel, Lavallcy et C** dans la percée du seuil et destinés à mettre le canal maritime à sa profondeur définitive de 8 mètres devaient être commencés dès que le niveau des eaux du lac Timsah aurait atteint le niveau de la Méditerranée. Le mode d'exécution devait consister à recevoir les produits des dragages dans des chalands porteurs qui iraient se vider dans certaines parties du lac.
Entreprise Borel Lavalley et C® pour Cexécutioii des travaux de terrassements et de dragages entre le seuil d^El Guisr et la mer Rouge. — Le marché relatif à cette entreprise avait été passé le 26 mars 1864. Il comportait un cube total de 24.500.000 mètres cubes.
MM. Borel, Lavalley et C' s'étaient mis activement à Tœuvre pour l'étude définitive des moyens à employer pour l'exécution de ces travaux.
Des agents expérimentés avaient été envoyés sur le terrain pour combiner et arrêter les divers modes d'exécution. En mùrae temps, les entrepreneurs avaient dû consacrer leurs
eiTorts aux installations des chantiers; ils avaient érigi^ un ensemble de constructions importantes au Sérapéum, principal centre de direction et de ravitaillement pour les travaux à exécuter entre le lac Timsah et les lacs Amers, et à Chalouf-el-Terraba, cheWieu de la section des travaux de toute la partie du canal comprise entre les lacs Amers et Suez.
Le mode d'exécution arrêté par les Entrepreneurs pour la majeure partie des travaux du deuxième lot consistait à profiter du plan d'eau du canal d'eau douce placé à plusieurs mfttres au-dessus du niveau de la Méditerranée, pour effectuer par voie de dragages la plus grande portion des déblais. A cet effet, on devait ouvrir dans l'emplacement même du canal maritime un premier chenal mis en communication avec le canal d'eau douce au moyen d'une dérivation déjà construite dçtns ce but et par laquelle on ferait pénétrer les dragues, ainsi que tout le matériel accessoire et les approvisionnements. D'un autre côté, on utiliserait les bas-fonds existant le long du canal maritime pour créer des bassins artificiels qui seraient remplis avec Teau du canal d'eau douce et où Ton irait verser, au moyen de barques à clapets, les produits des dragages.
Afin de hâter le moment de la réalisation de ce programme, les entrepreneurs avaient, dès Tannée 1864, organisé des ateliers de terrassements à la brouette. Ils comptaient pouvoir, dans un délai de quelques mois, attaquer le seuil du Sérapéum avec des dragues. Un peu plus tard, le lac Timsah, lorsqu'il serait plein, pourrait de son côté recevoir des dragues destinées à l'approfondissement des grandes tranchées déjà ouvertes à toute largeur par les anciens contingents sur un parcours de G. 000 mètres, depuis l'extrémité sud du lac jusqu'au delà de Toussoum.
Sur la portion comprise entre les lacs Amers et Suez, les entrepreneurs n'avaient pas encore commencé les travaux, mais ils prenaient leurs dispositions pour continuer
AH^iÈE 1864-J865 337
vigoureuseraenl l'attaque du seuil de Chalouf déjà entamé par les contingents égyptiens. Mais, avant de songer à employer les dragues, il fallait d'abord enlever un banc calcaire qui présentait une masse d'environ 20.000 mètres cubes et descendait jusqu'au plafond du canal. On espérait pouvoir en faire Textraction h sec. Les pierres qui en proviendraient devaient être réservées pour servir ultérieurement à l'enrochement des berges.
Le tracé primitif du canal dans les lagunes vis-à-vis de Suez avait révélé aux sondages des bancs de roche qu'il y avait intérêt à éviter. Par une nouvelle série de sondages dans cette région, les ingénieurs de la Compagnie avaient été conduits à penser qu'en rejetant suffisamment le tracé vers l'Est, on parviendrait peut-ôtre à éviter les bancs de roche. L'événement avait heureusement justifié ces prévisions. L'ingénieur chef de la division de Suez, M. Larousse, avait arrêté sur le terrain un nouveau tracé sur lequel des sondages très rapprochés n'avaient pas indiqué la moindre existence de rocher. Ce tracé passait à 1.100 mètres à l'est du lieu'dit « La Quarantaine ». Bien qu'il présentât, par rapport au premier tracé, un excédant de cube d'environ 30<).000 mètres, il offrait tant de facilité et d'économie que la Compagnie n'avait pu hésiter à lui donner la préférence.
Canal (Teati douce, — On se rappelait que le Gouvernement égyptien était chargé de la construction de la première partie du canal d'eau douce depuis le Caire jusqu'à rOuady, y compris la prise d'eau au Nil; et, qu'aux termes du contrat passé le 18 mars 1863 avec le Vice-Roi, ce travail aurait dû être terminé au l""" mars 1865.
Le cube total des terrassements pour cette partie du canal, de 70 kilomètres de longueur, était d'environ 7 millions de mètres cubes. Les travaux avaient été entrepris seulement dans les derniers mois de 1864, sur une longueur de 22 kilomètres. Interrompus pendant six semaines à fépoque du jeûne du Ramadan et des fêtes du Baïram, ils