ORGANISATION D UN SERVICE SPECIAL DES TRANSPORTS ET DU TRANSIT
(extrait du RAPPORT DU PRÉSIDENT DB LA COMPAGNIE A l'aSSEMBLIÎE GÉNéRALB DBS ACTIONNAIRES DU 1*' AOUT 1866}
Le Conseil d'administration de la Compagnie avait décidé que le régime des transports dans l'Isthme serait Tobjet d'une organisation nouvelle devant permettre de donner satisfaction aux besoins les plus urgents du commerce, en attendant la livraison définitive des travaux du canal maritime.
Au moyen des écluses qui mettaient en communication le canal maritime de Port-Saïd à Ismailia avec le canal d'eau douce débouchant dans la mer Rouge, les marchandises pouvaient transiter d'une mer à l'autre à des conditions plus avantageuses pour les expéditeurs que par tout autre mode de transit, en promettant à la Compagnie un bénéfice légitime.
En vue du nouveau service, un matériel de traction à vapeur avait été commandé, ainsi qu'un certain nombre de chalands, sur lesquels seraient transbordées les marchandises à leur arrivée dans les ports de Suez et de Port-Saïd 1.
DÉTAIL DES COMMANDES DE MATÉRIEL POUR L'INSTALLATION ET LE FONCTIONNEMENT DU NOUVEAU SERVICE
Il avait été décidé d'abord que des essais de louage seraient faits sur le canal maritime en même temps que le louage serait établi sur le canal d'eau douce (branche de Suez), et l'on avait commandé, pour lesdits essais, 15 kilo* mètres de chaîne qui devait être posée entre Port-Saïd et Ras-el-Ech ; mais, sar les observations de MM. Borel, Lavalley et C'% signalant les embarras qne pourrait leur causer la chaîne de touage en se prenant dans les chaînes d'avancement et de papilionnage des dragues, on renonça à appliquer le louage sur le canal maritime pour s'en tenir au système du remorquage.
Remorqueurs pour les transports sur le canal maritime, — Les canots remorqueurs précédemment construits par la maison Gouin ayant été reconnus insuffisants pour le nouveau service, 6 grands remorqueurs à deux hélices* de la force de 30 chevaux de 225 kilogrammètres, furent commandés à la Société des Chantiers et Ateliers de l'Océan. Ces remorqueurs, en route libre, sans remorque, avaient une vitesse de 7 à 8 nœuds. En service ordinaire, on les attelait 4 14 chalands du type Gouin, de 20 mètres de longueur et 3",66 de largeur, chargés d'environ 560 tonnes. La vitesse était alors de 4 kilomètres 4 Tbeure. La durée moyenne du voyage do Port-Said à Ismaïlia et retour
Pour le matériel de traction affecté au canal d'eau douce, on avait adopté le système de touage, qui était reconnu par la science et par Texpérience comme donnant le plus de force utile, le plus de régularité dans la marche, le plus d'économie dans son application.
' Cent kilomètres de chaîne seraient noyés dans le canal d'eau douce avant la fin de Tannée, et cinq toueurs, dont chacun pourrait remorquer 1 .000 tonnes de marchandises, à la vitesse de 3 kilomètres à Theure, seraient en fonctionnement à la même époque- Dans le canal maritime, 14 kilomètres de chaîne, avec un seul toueur, étaient
était de quarante heures. Le prix de revient du remorquage de la tonne kilométrique était de fr. 015.
Matériel de louage sur le canal (Veau douce (branche de Suez). — Le système de touage adopté fut celui connu sous le nom de l'inventeur, M. Bouquié. Six loueurs à vapeur de la force de 18 chevaux de 75 kilogrammètres furent commandés à M. Bouquié et furent exécutés dans les ateliers de MM. Claparède et C'*, à Saint-Ouen. Us devaient remorquer 1.000 tonnes chargées sur 12 chalands de 30", 50 de longueur et 4 mètres de largeur à une vitesse de 3 kilomètres à Theure. Leurs dimensions étaient les suivantes : longueur, 22",20 ; largeur, 3-,60; creux, 2'»,20; tirant d'eau en pleine charge, 0",75.
Cent kilomètres de chaîne furent commandés pour la ligne d'Ismaîlia à Suez. La chaîne pesait 6^«,8 par mètre courant; elle était calibrée de manière à engrener avec la roue à empreintes du treuil.
La moyenne du tonnage remorqué était de 870 tonnes ; la durée moyenne du voyage, aller et retour, était de cinq jours, avec quarante heures seulement de marche effective; le retour se faisait généralement à vide. Les toueurs faisaient de quatre à cinq voyages par mois. La tonne kilométrique revenait à fr. 02, non compris les frais généraux, ni l'amortissement, ni l'entretien. Le service prit naturellement fin le jour de l'ouverture du canal maritime à la navigation.
Chalands en fer. — En vue du nouveau service, la Compagnie fit la commande de 70 chalcmds en fer, dont 35 à MM. Forrester et C'*, constructeurs à Liverpool, et 35 à la Société des Chantiers et Ateliers de l'Océan.
Chaque commande comprenait 10 grands chalands et 25 petits.
Les grands chalands, dont 2 étaient couverts de panneaux mobiles pour abriter les marchandises de valeur et les matières altérables, avaient les dimensions suivantes : longueur, 30",50; largeur, 4",05; creux, 1",80; largeur de la partie plate du fond, 3 mètres.
Les petits chalands, dont 2 également étaient couverts de panneaux mobile;^, avaient, de leur côté, les dimensions suivantes : longueur, 25 mètres ; largeur, 2",65 ; creux, 1»,30 ; largeur de la partie plate du fond, 1",90.
Tous les chalands étaient divisés par des cloisons étanches en un certain nombre de compartiments ; les gaillards d'avant et d'arrière servaient au logement des matelots et à l'emmagasinement des cordages, etc.
La question de la navigation par canots à vapeur sur le canal d'eau douce pour le service postal et le service d'inspection sur les deux lignes d'Ismaîlia à Zagazig et à Suez fut reprise par le service du transit. On essaya, sur la ligne de Zagazig, un canot à vapeur à hélice, système OrioUe, auquel on dut bientôt renoncer : ses arrêts étaient fréquents et son entretien difficile. Sur la ligne de Suez, on essaya un autre type, qui ne donna pas de meilleurs résultats. La question de la navigation par canots à vapeur sur chacune des deux branches du canal d'eau douce fut alors abandonnée. On comptait sur la construction prochaine du chemin de fer de Zagazig à Ismaïlia et à Suez.
destinés à faire Tessai des mêmes moyens de traction sur le. parcours de Port- Saïd à Ras-el-Ech.
Comme il importait de concilier la plus gi'ande facilité pour le transit avec la meilleure marche possible des travaux, on attendrait le résultat de cet essai avant d'appliquer le système de touage sur tout le parcours actuel du canal maritime. Jusqu'à Tissue de cette épreuve, des remorqueurs à hélice feraient le service de la traction entre Ras-el-Ech et Ismaïlia.
Les chalands qui étaient en construction, ajoutés à ceux que possédait déjà la Compagnie, sufOraient pour transporter, dès le début de l'exploitation, 300 tonnes de marchandises par jour de Port-Saïd à Suez, soit 1.000 tonnes à l'aller et au retour.
Il serait facile d'augmenter progressivement le nombre de ces chalands, suivant le développement qu'exigerait le trafic.
Quant aux moyens de traction, ils étaient assez puissants pour remorquer, s'il y avait lieu, des trains de 1.000 tonnes. Un train partant de Port-Saïd, un autre de Suez, pourraient suffire à un transit journalier de 2.000 tonnes.
En vue de ce résultat possible, la Compagnie n'avait pas hésité & transformer son service des transports dans l'Isthme et à exploiter provisoirement le transit, qui servirait de prélude et de préparation définitive à l'exploitation du canal maritime.
Aussitôt que la livraison des travaux permettrait d'organiser le transit par la grande navigation sans transbordement, le matériel construit pour la phase provisoire dans laquelle on entrait trouverait son emploi immédiat. Les toueurs seraient appliqués au remorquage des navires de mer, les remorqueurs au service des ports et des rades, et les chalands transporteraient les marchandises de l'intérieur de TÉgypte, par les canaux du Nil, jusqu'au canal maritime.
On n'avait pas à craindre que le commerce tardât à profiter de la nouvelle voie qui lui était ouverte. Les Compagnies françaises et anglaises avaient déjà fait des propositions à la Compagnie pour le transport des charbons destinés à la consommation du port de Suez, pour le transit des produits manufacturés de l'Europe à destination de l'Indo-Chine, ainsi que pour des retours de cotons et autres matières premières.
Le transbordement des marchandises n'offrait à Suez aucune difficulté, grâce à la sécurité constante du port et de la rade. A Port-Saïd, les déchargements s'opéraient avec des facilités de plus en plus grandes à mesure de l'avancement de la jetée d'abri et de l'approfondissement du chenal d'entrée et des bassins intérieurs du port.
Au moyen de la traction à vapeur, la distance d'une mer à l'autre serait franchie en deux jours et demi par la grande vitesse, et en quatre jours par la petite vitesse.
Ces éléments de succès, préparés par les progrès successifs de l'entreprise, avaient déterminé l'Administration à décider l'exploitation provisoire du transit. Cette exploitation commencerait dès que le matériel aurait été livré par les fournisseurs, c'est-à-dire avant la fin de l'année K
1. On rappelle qu'un service rudimentaire de transit entre les deux mers avait été organisé dès le commencement de 186o; qu'avant l'achèvement des écluses d'ismaïlia et de Suez, un transbordement avait été nécessaire à Ismaïlia et un autre à Suez ; uiais qu'à partir de l'achèvement des écluses (2* quinzaine d'août), le transit put se faire d'une mer à l'autre sans transbordement, et dans des conditions déjà satisfaisantes de rapidité.
A la suite de la communication du Président à l'Assemblée générale des actionnaires du 1*' août 1866 faisant connaître les dispositions arrêtées par la
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Compagnie pour assurer le fonctionnement régulier du transit provisoire, MM. Bazin et C'*, de Marseille, qui, dés le début de Tannée, s'occupaient de Torganisation d*un service de transports et d'escales dans la mer Rouge, prenant Tinitiative parmi les maisons de transports maritimes, firent publier dans les journaux l'avis maritime suivant :
« MM. G. et A. Bazin et G'* ont Thonneur de prévenir le commerce qu'un service régulier de transit par les canaux de Tisthme de Suez devant être prochainement établi, leurs maisons de Marseille, Alexandrie, Port-Saïd, Suez et Zagazig recevront les marchandises destinées à prendre cette nouvelle ▼oie.
« Ils se chargeront de soigner les opérations d'embarquement, de débarquement et de transit, et de réexpédier lesdites marchandises sur (elles destinations qui leur seront désignées. ">
Compte rendu sommaire des travaux exécutés et des résultats obtenus pendant la période de juin 1867 à juin 1868.
(extrait du rapport du président de la compagnie a L*ASSEMBLÉE