‹ Le canal de SuezChapitre 178 sur 207 · DBS ACTIONNAIRES DU 1*' AOUT · texte numérisé non relu

DBS ACTIONNAIRES DU 1*' AOUT

Le Service du transit et des transport» se trouvait maintenant cuinplétement organisé. La livraison du matériel de ce service (toueurs, remorqueurs et chalands) était terminée K

Le louage, pour lequel la Compagnie se félicitait d*avoir adopté le système Bouquié, fonctionnait régulièrement d'ismaîlia à Suez et dans des conditions telles que la rapidité des transports équivalait à une augmentation d un tien sur le matériel disponible qui avait été préparé.

J^s recettes pendant les six premiers mois de 1867, s'étaient élevées à la somme brute de 521.381 francs ; le nombre des tonnes transportées avait été de 9.506, et celui des voyageurs, de 20.

Les opérations du transit, à peine commencées, tendaient à se développer sur une importante échelle.

L'installation à Port-Saïd des services réguliers des Messageries impériales, de la Compagnie russe, de la Compagnie Fraissinet, liait désormais les iotérèts de ces Compagnies aux progrès du transit pair le canal.

La Société maritime anglaise Bombay and Bengal steam Navigation était en pourparlers avec la Compagnie afin d'adopter la voie du canal pour ses transports dans Tlnde. Des négociations étaient également entamées avec le Lloyd autrichien et avec la Compagnie égyptienne Azizié pour des escales régulières k Port-Saïd, avec la Compagnie Péninsulaire et Orientale pour le transport de ses charbons à Suez.

La Marine impériale de France avait été la première à apprécier les avantages du transita travers Tisthuie : des chaloupes à vapeur de dimensions trop grandes pour être transportées par les chemins de fer égyptiens avaient été remorquées de Port-Saïd à la mer Rouge en quarante-huit heures; le transport de l'Etat, le Bucép/iaUy était venu prendre à Port-Saïd les colis de Siam et de la Cochinchine destinés à l'Exposition universelle ; le 8 juin, la frégate française l'Eldorado apportait à Port-Saïd un chargement de 5.000 colis pour le ravitaillement des troupes et de la marine en Cochinchine: ce chargement, débarqué le 8, en cinq heures, partait de Port-Saïd le 9, sur les chalands du transit et était embarqué le 12 sur la frégate française la Sarthe^ dans la rade de Suez.

Les fournisseurs de la Marine impériale & Suez avaient également employé les transports de la Compagnie pour leurs approvisionnements. La Société soufrière de la mer Rouge avait déjà fait transiter un brick, le Primo^ de

1. Le 1"^ mai 1867, la Compagnie publia, au sujet du transit entre la Méditerranée et la mer Rouge, un « avis au commerce » ainsi conçu :

« La Compagnie du Canal de Suez se charge de transporter directement les marchandises de Port-Saïd (Méditerranée) à Suez (mer Rouge) et vice-cersa, aux conditions suivantes :

€ La tonne :

« Pour toutes marchandises, excepté les charbons, 25 francs;

« Pour les charbons, 21 francs (20 francs pour les chargements de 300 tonnes].»

Cet avjs fut en même temps, par lettre circulaire, adressé aux présidents et membres des principales Chambres de commerce des Etats dont les noms suivent : Allemagne, Autriche, Belgique, Brésil, Danemark, Espagne, Etats américains du Sud, Etats-Unis, France et Algérie, Grande-Bretagne, Grèce, Italie, Indes anglaises, Pays-Bas, Portugal, Russie, Suède et Norvège, Suisse.

SO tonneaux, un remorqueur à vapeur, le Prince Ibrahim^ de 50 tonneaux, un catter, le StrombolU également de 50 tonneaux.

Tous ces faits affirmaient d'une manière péremptoire que l'exploitation provisoire du transit répondait à des besoins multiples. La voie était désormais ouverte au commerce, et la Compagnie avait coniiance dans les résultats qu'elle devait en obtenir >.

1. Au commencement d'octobre arriva à Port-Saïd, pour transiter par le canal, le steamer Prompt, destiné au service de l'Amirauté anglaise dans la mer Rouge. Ce bateau, construit à Glasgow, d'un tonnage de registre de 58 tonneaux et d'une force de 40 chevaux, avait une longueur de 28"',60, une largeur de 5*,27 et un tirant d'eau à la mer de l'*,50.

Toutes dispositions furent prises pour réduire son tirant d'eau en eau douce à i",20. Le bateau, parti de Port-Saïd le 10 octobre, arriva a Ismallia le 13, sans avoir éprouvé aucun accident ni avarie, ayant simplement été entravi'^ dans sa marche par la rencontre de nombreux grands appareils de l'entreprise Borel Lavalley et C'*, partis avant lui pour aller prendre position dans le lac Timsah. Le bateau repartit d'Ismaîlia le 17, et arriva le lendemain dans ia mer Rouge, après un trajet de trente-deux heures.

Egalement dans les premiers jours d'octobre, arriva à Port-Saïd un navire à voiles porteur de 572 tonnes de charbon Cardiff devant transiter par le canal à destination de la Bombay and Bengal Company dont les paquebots desservaient la ligne de Suez à Bombay. Ces 572 tonnes de charbon furent distribuées sur neuf chalands du service du Transit réunis en un seul convoi, qui, parti de Port-Saïd le 20 octobre, arriva à Suez le 24.

Compte rendu sommaire des travaux exécutés et des réstdtats obtenus pendant la période de juin 1868 à juiUet 1869.

(extrait ou rapport du prksident de l.v gompagxie a l'assemblre généralb des actionnaires du 2 aout 1869.)

Le cube total de terre à déblayer pour creuser le canal maritimo avait été prévu à 75 millions de mètres cubes. A la date du 15 juillet, le cube restant à déblayer était d'environ 6 millions de mètres. La marche des travaux donnant l'assurance que ce travail pourrait être exécuté pour le mois d'octobre, le Président n'avait pas hésité à fixer au 17 novembre l'inauguration du canal et sa mise en exploitation.

A Port-Saïd, les jetées étaient terminées depuis le commencement de Tannée et donnaient au port toute sécurité.

Le chenal d'entrée entre les deux jetées avait été creusé Tannée précédente à 6°, 50 et 7 mètres et avait permis Tentrée à tous les navires à vapeur qui, en grand nombre, étaient venus mouiller dans le port. Les dragues terminaient maintenant le chenal à la profondeur de 8'',50.

De Port-Saïd aux lacs Amers, sur une longueur d'une centaine de kilomètres, le canal présentait depuis plusieurs mois déjà Taspect qu'il aurait à son complet achèvement ; il avait partout toute sa largeur ; ses berges au-dessus de Teau étaient réglées; plus de la moitié de la longueur achevée et creusée h toute profondeur, avait été remise par les entrepreneurs, et tous les jours de nouvelles longueurs étaient présentées à la réception des ingénieurs de la Compagnie. Dans le parcours de cette première partie du canal,

49 dragues, étaient occupées à enlever les dernières couches du fond sur les parties non encore terminées.

Des grands lacs Amers à la mer Rouge, sur la longueur totale d'environ 40 kilomètres de cette partie de canal^ 35 kilomètres avaient été faits entièrement à sec, au wagon ou à la brouette. Ces travaux à sec étaient en voie d'achèvement, et à bref délai les eaux de la mer Rouge pourraient être introduites dans cette longue tranchée pour contribuer, avec les eaux de la Méditerranée, au remplissage des lacs Amers.

Les 5 kilomètres du canal qui avoisinaient la mer Rouge se creusaient à la drague. 11 dragues y étaient employées.

Le chenal depuis le débouché du canal maritime jusqu'à la rade était à peu près terminé.

Ce chenal, aboutissant à l'extrémité du golfe de Suez où il n'y avait pas de courant parallèle au rivage, où le fond était de gravier et d'argile et où la lame n'était jamais forte, n'avait pas eu besoin d'être protégé comme à Port-Saïd par des jetées latérales. Le brise-lame en enrochements construit sur le banc du sud bordant l'entrée du chenal et le terre-plein créé sur le banc du nord suffisaient à la protection du chenal même et de l'entrée du canal maritime. Ces travaux étaient terminés.

L'opération du remplissage des lacs Amers avait été confiée à MM. Borel, Lavalley et C*. Au mois de mars dernier, l'ouvrage établi au débouché de la partie nord du canal dans les lacs pour permettre et régler l'entrée de Teau de la Méditerranée avait été ouvert en présence du Khédive et du prince et de la princesse de Galles. Dès les premiers jours, le fond du bassin avait été rapidement couvert et l'on avait pu s'assurer que la quantité d'eau absorbée par le sol et par Tévoporation était inférieure à ce que Ton avait calculé. Depuis plusieurs semaines la montée de l'eau dans le lac était de 3 à 4 centimètres par vingtquatre heures.

426 HISTORIQUE DE l'ëXÉCUTION DES TRAVAL'X

La Compagnie se proposait de fêter le 15 août dans risthme par l'ouverture du déversoir de la mer Rouge qui ferait plus que doubler la rapidité du remplissage des lacs. [Ainsi se trouverait réalisé un événement que prévoyaient les vieilles légendes orientales : l'union des eaux de la mer des Perles, (mer Rouge et golfe Persique) et de la mer du Corail (Méditerranée).]

C'était au mois d'avril 1867 que le Président avait 6xé la date du mois d'octobre 1869 pour l'achèvement du canal (3"* acte additionnel du 13 avril 1867). Il restait alors plus de 50 millions de mètres cubes à extraire, le matériel des entrepreneurs à compléter, les bassins des lacs Timsah et des Incs Amers à remplir, une gi^ande marge à l'imprévu. Des difficultés nombreuses et inattendues s'étaient en effet présentées : les terrains, sur beaucoup de points, s'étaient trouvés beaucoup plus durs que les sondages ne l'avaient fait prévoir; dans la plaine de Suez, notamment, 10 kilomètres du canal avaient dû être faits à sec après que tout avait été disposé pour qu'ils fussent creusés à la drague, après môme que quelques portions avaient été ainsi attaquées sous l'eau; il avait fallu changer brusquement l'organisation des chantiers, faire des épuisements difficiles, commander des milliers de wagons, des kilomètres de rails, de nombreuses locomobiles, des pompes puissantes, rassembler des ouvriers terrassiers et installer des chantiers dont le travail quotidien s'était élevé à 15.000 mètres cubes de terre ou de rochers exigeant plus de 1.000 kilogrammes de poudre. Malgré tous ces obstacles, les entrepreneurs finiraient presque à jour fixe.

Éclairage du canal maritime et des ports, — La Compagnie avait eu à s'occuper dans le courant de cette année delà question fort importante du système d'éclairage et de balisage sur le canal maritime et dans les ports, et des conditions nautiques à prévoir pour donner toute sécurité à la navigation. Cette question, après avoir été l'objet d'études

très sérieuses de la part des ingénieurs de la Compagnie, avait été soumise à Texamen d'une Commission composée d'ingénieurs des ponts et chaussées et d'ingénieurs des constructions navales, d'officiers généraux et supérieurs de la Marine impériale.

En même temps, la Compagnie des Messageries impériales, consultée, faisait connaître Topinion collective de ceux de ses habiles commandants qui avaient pu étudier la question sur les lieux.

Le rapport de la Commission avait été publié.

Le système d'éclairage et de balisage définitivement adopté par la Compagnie, après de longues études et des expériences multipliées, ne pouvait manquer d'être satisfaisant. Les appareils avaient été commandés. On s'occupait activement des installations. Ils seraient en place avant l'ouverture du canal.

A la même date, on aurait placé les poteaux d'amarrage, les bouées et tous autres ouvrages accessoires destinés à faciliter la navigation. Enfin, la Compagnie aurait fait publier une excellente carie hydrographique pour la navigation du canal maritime avec ses deux bassins intérieurs et ses deux ports : cette carte avait été dressée par l'ingénieur hydrographe de la compagnie, M. Larousse, sous la direction du directeur général des travaux.

Éclairage de la cdie d'Egypte entre Alexandrie et Port- Saïd. — En prévision du mouvement marilime qui devait avoir lieu par le canal de Suez, il était indispensable que la côte basse de l'Egypte fût parfaitement éclairée entre Alexandrie et Port-Saïd, l^es études faites par les ingénieurs -de la Compagnie d'un système complet d'éclairage de la côte, après avoir été soumises à une enquête locale, avaient été examinées par le directeur général des phares de France, M. Reynaud, et par les ingénieurs de la Commission permanente des phares. Conformément à l'avis de <îelte Commission, le Khédive avait décidé l'érection de quatre

nouveaux phares de premier ordre sur le littoral de l'Egypte et avait chargé la Compagnie d'en diriger Texécution.

Trois de ces phares, qui devaient être établis aux pointes de Rosette, de Burlos et de Damiette, seraient en fer et avaient été commandés à la Société des Forges et Chantiers de la Méditerranée ; le quatrième phare, érigé à Port- Saïd avait été commandé à la Société des bétons Coignet.

La construction des quatre phares était en bonne voie d'exécution et tout permettait d'espérer que leurs feux pourraient être allumés pour Tinauguration du canal maritime.

(Le phare de Port-Saïd a commencé à fonctionner le jour même de l'inauguration du canal.)

Marche des travaux et modes d'exécution

(annéb 1868)

i»0kts de pokt-saïd vjl de suez et canal maritime

Indépendaninienl des renseignements donnés dans le compte rendu ci-dessus au sujet des divers travaux exécutés à Tentreprise et des travaux du chantier de régie d'El Ferdane pendant l'année 1868, et ainsi que nous l'avons déjà fait à l'égard des travaux des quatre années précédentes, nous renverrons, pour détails circonstanciés sur la marche des travaux et les modes d'exécution, savoir : en ce qui concerne l'entreprise Borel Lavalley et C*«, au tome V; et, en ce qui est de Tenlreprise Couvreux, de l'entreprise Dussaud et du chantier de régie d'El Ferdane aux chapitres spéciaux les concernant qui figurent au présent volume (Voir plus loin).

Nous ajouterons d'ailleurs aux renseignements généraux donnés par le compte rendu sur la marche des travaux les renseignements complémentaires suivants :

Remblais de Port-Sdid, — Construction de 24 chevalets à langle S. 0. du bassin Chérif pour la pose de la deuxième conduite d'eau douce et remblai de protection de cotte conduite. Remblais de protection de la première conduite au nord du réservoir, rue de l'Arsenal. Achèvement des remblais du chemin du cimetière.

Le marché de tâche des remblais du terre-plein fut terminé en février.

A la date de la fin d'avril les remblais de Port-Saïd pouvaient être

considérés comme complètement terminés. Le cube total exécuté était de 628.300 mètres cubes.

Travaux divers exécutés directement en régie par la Compagnie, — A Port-Saïd : Achèvement de renrochement de la berge sud du grand bassin :

Construction d'un appontement.

Sur le ga.nal maritime : Déplacement de la maison du relai du kil. 20;

Travaux d'enrochements des berges dans la section de Ras-el-Ech.

Fermeture de la brèche qui s'était ouverte en 1866 dans la berge Afrique au kil. 52.

Installation déflnitive des bacs de Kantara (un pour les piétons, l'autre pour les caravanes) et de leurs appontements d'accès.

(Voir pour les détails concernant les travaux ci-dessus, t. V, p. 174.) Dans la partie du canal à la traversée du seuil d'El Guisr, commencement des travaux d'abaissement de la banquette de 3 mètres de largeur du talus supérieur de la tranchée, établie à 3 mètres au-dessus du même niveau.

Page 1