Voir Tome IV, p
PÉRIODE d'ÉTUDE8 (1854 A I808) 5
s'était chargé à forfait au prix fixé par le chiffre d'estimation de l'avant-projel.
Nous donnons ci-dessous, à titre de simple document historique des préliminaires des travaux, un résumé de ce programme d'exécution.
11 fallait tout d'abord, — disait M. Mougel Bey — profiter de la crue du Nil qui allait remplir les canaux et, en particulier, le Zaffranieb, pour transporter sur remplacement des écluses la pierre de taille, les moellons et la pierre à chaux ainsi que le combustible nécessaire pour la cuisson des briquée et de la chaux. Si tous ces matériaux n'étaient pas transportés à leur destination avant le 1**^ décembre, TexécuUon du canal serait forcément retardée d'une année.
II fallait aussi assurer Tapprovisionnement d'eau douce pour fournir à tous les besoins des travailleurs ; et, sous ce rapport, il serait avantageux de diviser le travail en deux opérations successives : la première consistant à creuser le canal depuis le N il jusque dans l'Ouadée, sur une longueur d'environ 110 kilomètres; la seconde comprenant le reste du canal ainsi que la rigole alimentaire allant jusqu'à Suez.
Dans la première partie, ou obtiendrait facilement l'eau douce en creusant des puits espacés de 5 kilomètres au plus. Ces puits seraient pourvus chacun d'une noria en fer mue par un bœuf ; chaque noria, élevant l'eau à 8 mètres en moyenne, fournirait par journée de douze heures 180.000 litres d'eau, quantité suffisante pour alimenter 15.000 ouvriers A raison de 12 litres par ouvrier. H faudrait en tout 22 puits ; mais, comme on trouverait certainement de l'eau dans les nombreux villages sis à proximité du tracé, on n'aurait, en réalité, que 6 à 8 nouveaux puits à creuser. H importait de faire à ce point de vue une reconnaissance attentive des lieux ; et, dès que l'on aurait déterminé les points où devraient être creusés des puits, on y transporterait les matériaux nécessaires en même temps que l'on ferait la commande des norias à Marseille.
Pendant que l'on creuserait la première partie du Canal, on disposerait une conduite d'eau en tuyaux de poterie de grès, depuis l'Ouadée jusqu'à Suez, en s'arrangeant de manière que celte conduite fut prête à fonctionner dès l'achéveuient des premiers travaux de creusement. La longueur totale de la conduite à établir devrait être, comme celle de la première partie du canal, d'environ 110 kilomètres. Avec une conduite continue, le calcul montrait ([ue, pour fournir à Suez un volume d'eau de 200 mètres cubes en douze heures, il serait nécessaire d'élever l'eau à 20 mètres, au départ, et avoir des tuyaux de 25 centimètres de diamètre; et comme un volume de 200 mètres cubes ne pouvait guère alimenter que 16.000 hommes, il faudrait, en outre, augmenter le diamètre des tuyaux depuis l'extrémité jusqu'à l'origine de la conduite, aGn de pouvoir fournir sur tout son parcours de l'eau aux travailleurs. Pour réduire autant que possible la dépense et faciliter tout à la fois rétablissement de la conduite et la surveillance des fuites, au lieu de faire une conduite continue, on diviserait la longueur totale de 110 kiloniètres en sept parties, d'une longueur que la disposition des lieux obligerait à faire iné^'alc, et qui formeraient autant de conduites successives indépendantes séparées par des bassins, à chacun desquels serait installée une machine élévatoire pour Talimentation de la portion de conduite suivante. Sauf à l'origine de la conduite, où Ton adopterait une double locomobile avec turbine élévatoire, les autres machines élévatoires consisteraient en pompes mises en mouvement par des
moulins à vent du système Amédée Durand. En adoptant la solution qui Tient d'être indiquée, on pourrait se contenter de tuyaux d'un diamètre de 25 centimètres à Torigine de la conduite, et faire ensuite décroître progressivement ce diamètre, en passant d'une conduite à la suivante, jusqu'à 1.0 centimètres. Les tuyaux n'auraient d'ailleurs pas à supporter une pression de plus d'une atmosphère et demie correspondante à une charge d'eau maximum de 16 mètres. Enfin, le nombre des manchons devrait être de moitié en sus du nombre des tuyaux de chaque espèce. H importait de faire le plus tôt possible la commande des tuyaux avec leurs manchons et celle des machines élévatoires. M. Mougcl Bey faisait remarquer d'ailleurs que, lorsque la rigole alimentaire serait terminée jusqu'à Suez, il suffirait de démonter les conduites d'eau pour les rétablir sur la ligne du Canal maritime du lac Timsah à Port-Saïd, à moins toutefois qu'une étude comparative ne montrât qu'il y aurait avantage à recourir également de ce cAté à une conduite entiément neuve. Une fois la ligne du Canal maritime entièrement pourvue d'enu douce sur tout son parcours, on pourrait, quand on le voudrait, y entreprendre les travaux.
11 était également nécessaire d'établir immédiatement les chantiers pour la fabrication des briques, attendu que ces matériaux devaient entrer, non seulement dans la maçonnerie des écluses du canal d'eau douce, mais encore dans celles des ouvrages des ports. Si les dispositions prises pour cette fabrication étaient bien entendues, on pourrait obtenir, par l'emploi des briques, de grandes économies dans l'exécution des travaux. M. Mougel Bey estimait qu'il faudrait établir trois grandes briqueteries : la première dans les environs du Caire, la seconde un peu avant la tête de l'Ouadée, la troisième le plus près possible du lac Timsah. Le constructeur aurait à soumettre un plan détaillé à l'examen de la Compagnie, et, aussitôt l'approbation, on ferait la commande de tout le matériel.
11 fallait aussi des hangars pour magasins et pour logements d'ouvriers, attendu que l'argile manquant presque partout dans l'isthme à la surface du sol, on ne pourrait créer des villages le long de la ligne du Canal maritime, qu'après que l'on aurait commencé les excavations. On jugeait nécessaire de commander immédiatement 20 hangars en charpente très légère, recouverte en toile gommée, de la fabrique Gagin et ayant les dimensions suivantes : 20 mètres de longueur, 10 mètres de largeur et 3 mètres de hauteur. Cette commande paraissait pouvoir être confiée avantageusement, à M. Fréret, de Fécamp, qui aurait à soumettre au préalable ses plans et devis à l'approbation de la Compagnie et qui devrait ensuite exécuter la commande dans un délai d'un mois à six semaines.
On devait pourvoir, enfin, aux fournitures d'outils pour les travailleurs. Les outils en fer seraient commandés en France, et la commande à faire serait de 50.000 houes (fass arabes), 10.000 pioches et 30.000 pelles, tous ces outils emmanchés, avec un quart de manches de rechange. Quant aux couffes et aux nattes, qui se fabriquaient en Egypte, il était indispensable de hâter la commande pour ne pas éprouver de retards : il faudrait au moins 300.000 coufTes pour les terrassements et 30.000 nattes pour couvrir les briques.
M. Mougel Bey, après avoir signalé, pour mémoire, la nécessité de faire étudier sur les lieux mêmes, par un homme très compétent, la question si importante de l'exploitation des carrières, terminait l'exposé de son programme d'exécution en proposant de demander au Vice-Iloi l'autorisation de conclure les divers marchés relatifs aux fournitures mentionnées dans ledit programme ; et, aussitôt l'autorisation obtenue, de conclure ces marchés en accordant les termes les plus restreints de livraison.
PÉRIODE d'études (i85& A 1858) 7
Dès le mois d'octobre 1856, en exécution d'une partie des propositions contenues dans le programme de M. Mougel Bey, des commandes furent faites, pour le compte du Gouvernement égyptien : d'une part, de baraques et maisons mobiles ; d'autre part, de la totalité des tuyaux en poterie de grès jugés nécessaires pour l'établissement de la conduite d'eau depuis l'Ouady jusqu'à Suez^
La commande des tuyaux avec leurs manchons était répartie comme suit entre deux fournisseurs, savoir : à une maison anglaise, 38.000 mètres de tuyaux de 25 et 20 centimètres de diamètre ; à une maison de Marseille, 72.000 mètres de tuyaux de 16,5, 15, 12 et 10 centimètres de diamètre.
En même temps qu'étaient faites les commandes cidessus au compte du Gouvernement égyptien, le Vice-Roi prescrivait à ses ingénieurs de procéder promptement aux études définitives du canal d'eau douce, de faire piqueter le tracé sur le terrain, de dresser les plans cadastraux. M LinantBey s'occupa avec activité de toutes les études préparatoires ; M. Conrad , membre de la Commission internationale, avait été chargé par Son Allesse, de fixer d'accord avec lui le tracé définitif du canal. On sait, qu'à la suite de
1. Par suite de la modification du programme d'exécution de M. Mougel Bey résultant tout à la fois, ainsi qu*il a déjà été expliqué précédemment et qu'il sera rappelé sommairement ci-après : d'une part, de ce que, par suite de laccord intervenu, vers le milieu de Tannée 1851, entre M. de Lesseps et le Vice-Roi, la construction du canal d'eau douce était maintenant réservée à la future Compagnie du Canal maritime et se trouvait ainsi forcément ajournée ; d'autre part, de ce que, plus tard, les travaux du Canal furent exécutés dans des conditions autres que celles primitivement prévues, les tuyaux en poterie de grès ne reçurent pas l'emploi auquel ils avaient été destinés. Ainsi qu'il sera expliqué, le moment venu, on chercha, dans les premiers mois de l'année 1861, à utiliser ces tuyaux pour l'étahlissement d'une conduite d'eau qui, partant d'un réservoir installé à Bir-Abou-Ballah, devait aller alimenter les chantiers de terrassements du Canal maritime à la traversée du seuil d'El Guisr; mais cet essai d'utilisation fut malheureusement infructueux : la conduite devait fonctionner sous une pression assez forte, et les joints des tuyaux et des manchons, malgré tout le soin apporté à leur confection et à leur entretien, laissaient échapper Teau en si grande abondance qu'il fallut renoncer à conserver la conduite.
8 HISTORIQUE DE l'eXÉCCTION DES TRAVAUX
leurs études, le tracé de l'avant-projet fut profondément modifié h partir de TOuady jusqu'à Ismaïlia. MM. Conrad et Linant Bey fixèrent également remplacement des écluses et des divers ouvrages d'art du canal.
On était prêt à mettre la main à l'œuvre dès le mois 'de février 1857. Les baraques et maisons mobiles qui avaient été commandées en France pour être installées le long du canal étaient d'ailleurs arrivées à Alexandrie et avaient été immédiatement réexpédiées sur les lieux ; le fournisseur et ses ouvriers se trouvaient sur place pour les monter.
Les premiers travaux entrepris consistèrent à creuser sur le terrain, avec quelques centaines d'hommes, des sillons indicatifs du tracé du canal.
Le Gouvernement se préparait à entreprendre les travaux mômes de creusement du canal sur toute la première partie du tracé, du Caire à l'Ouadvjlorsque, en juillet 1857, M. de Lesseps signala au Vice-Roi l'intérêt qu'il y avait à ce que ce fut la Compagnie qui exécutât elle-même les travaux, faisant ressortir qu'il serait prématuré d'exécUter un travail qui faisait partie intégrante du percement de Tisthme avant que l'accomplissement du travail fût complètement assuré. L'accord à ce sujet s'étant établi, les choses, en ce qui était de la partie du canal considérée, restèrent en l'état, c'est-à-dire que tous travaux y furent provisoirement ajournés ^
1. Ce ne fut que beaucoup plus tard, après la Convention du 18 mars 1863^ par laquelle le Gouvernement égyptien se chargeait définitivement d'établir lui-même la portion de canal du Caire à TOuady, que des premiers travaux furent exécutés en 1865 et 1866 sur cette portion de Canal. Par suite de craintes de réapparition du choléra qui avait sévi en 1865, ces travaux furent interrompus en avril 1SG6.
[Par la convention du 22 février de la môme année 1866, rétrocession avait été faite par la Compagnie au (jouvernement égyptien de la seconde partie du canal d'eau douce, de l'Ouady à Ismaïlia et Suez. Le Gouvernement prit défînitivement possession du canal le 12 juillet suivant. Le canal, dans son ensemble, du Caire à Ismaïlia et Suez, reçut alors le nom de Canal Ismaïlieh.]
Les travaux de creusement de la première partie du canal, du Caire à rOuady, avec la largeur de 13 mètres au plafond définitivement adoptée, ne