‹ Le canal de SuezChapitre 57 sur 207 · ETUDES ET RECHERCHES · texte numérisé non relu

ETUDES ET RECHERCHES

Etudes. — Pendant les premiers mois de Tannée, les études hydrographiques furent poursuivies sans interruption par M. Larousse sur la côte du golfe de Péluse, depuis Oum Fareg jusqu'à Foum Gemileh, et ces études permirent, ainsi qu'il a été expliqué, de fixer définitivement le point de débouché du Canal maritime dans la Méditerranée.

[Le boghaz de Gemileh ne présentait guère qu'une profondeur de 0",70. Cette profondeur s'accroissait d'une brasse à l'époque des hautes eaux.]

Des échelles de marée furent placées le long de la côte afin de pouvoir déduire des observations Tétablissementdu port.-

On s'occupa ensuite d'une reconnaissance hydrographique du lac Menzaleh et de la fixation définitive du tracé du Canal à travers le lac. Mais cette partie des études ne put recevoir qu'un commencement d'exécution à cause des basses eaux : il y avait des espaces considérables où le lac ne présentait pas plus de 10 à 20 centimètres de proTondeur d'eau et au milieu desquels il était impossible de naviguer ou de se faire porter à dos d'homme à cause de la vase. La suite des études dut en conséquence être renvoyée à l'époque de la crue du Nil, c'est-à-dire au moment où le lac deviendrait praticable dans toute son étendue. En attendant, M. Larousse se rendit à Suez pour y faire le relevé hydrographique de la baie.

Ainsi qu'il a été mentionné précédemment, des marégraphes furent installés à Port-Saïd et à Suez. En outre, chacun des deux ports fut muni d'instruments d'observations météorologiques. A Port-Saïd, ces observations étaient confiées aux soins du médecin récemment installé; à Suez, aux soins d'un agent spécial.

Les études dans l'intérieur de l'Isthme étaient faites par cinq brigades d'opérateurs :

La première brigade refaisait le nivellement de TIsthme ;

La seconde étudiait le mode d'exploitation des carrières de TAttaka et de Gebel-Géneffé ;

La troisième était occupée à la découverte et à la construction des puits ;

La quatrième faisait des recherches géologiques pour les matériaux de ^ronstruction ;

La cinquième enfin, faisait des sondages sur la ligne du canal, de kilomètre en kilomètre.

Il était important, pour pouvoir se fixer sur le choix des moyens d*exécution des terrassements, de connaître exactement la nature des terrains que le canal devait traverser. Les forages faits au moyen de la sonde n'ayant pu donner que des indications assez incertaines, on avait commencé à faire sur les points les plus importants de véritables excavations descendant jusqu'au plafond du canal ou jusqu'à la rencontre de Teau. A la fin de Tannée, les alentours du lac Timsah étaient déjà explorés de cette façon, et l'on avait commencé le même mode d'exploration sur le seuil d'Ël Guisr où les excavations devaient être faites tous les cent mètres.

Carrières. — En outre des deux grandes carrières de l'Attaka et de Oebel-Géneffé qui furent explorées dès le début des opérations de la Compagnie, les recherches dans l'Isthme, — ainsi qu'il a été expliqué précédemment à la description des bâtiments et abris, — avaient fait reconnaître Texistance, sur certains points, de carrières secondaires qui avaient pu fournir les moellons et la pierre à chaux nécessaires à la construction des maisons des «ampements voisins. Parmi ces carrières secondaires, il convient de citer spécialement le plateau bordant la rive nord-est du lac Timsah, où se trouvaient des bancs importants déroches calcaires. On verra plus loin que les excellents matériaux fournis en abondance par cette carrière, — désignée soas le nom de carrière du plateau des hyènes^ ■— ont reçu pendant tout le cours des travaux de fréquents emplois dans les diverses constructions : maisons d'ismallia, écluses du canal d'eau douce, enrochements de protection des berges du canal, jetée Est de Port-Saïd, etc. ^

1. Exploration du cap Cassius. — On avait espéré trouver des pierres pour les constructions de Port-Saïd au cap Cassius, situé dans l'est de Péluse, eotre la mer et le lac Serbon. Malheureusement, rexpioration des lieux fit reconnaître que les éminences de terrain que l'on désignait sous le nom de c«p Cassius, n'étaient formées que de sables amoncelés; les sommets les plus «levés atteignaient presque une hauteur de 100 mètres, et la ligne de ces grandes dunes s'étendait sur une longueur de 3 à 4 kilomètres; le talus du côté du large était d'environ 45 degrés; le sable coulait lentement du sommet à la base, et était ensuite retroussé par le vent, en sorte que les parties qui lemblaient rongées par la mer, se reformaient graduellement.

Un avait trouvé quelques ruines au sommet du cap.

La végétation des environs, tout à fait analogue à celle qui existait dans Hsthme, était assez vigoureuse ; on y distinguait d'assez grands arbustes et même quelques petits dattiers. Le pied des dunes ayant été creusé à 2 mètres àt profondeur, fournit de l'eau potable n'ayant qu'un très faible goût saumâtrc.

Cette observation de la présence de l'eau douce au pied des dunes d'une certaine hauteur, avait été signalée à diverses reprises lors de l'expédition française : elle semblait pouvoir être attribuée à la propriété du sable de déterminer la condensation d'une certaine quantité de la vapeur d'eau répandue dans l'atmosphère.

Les constructions assez nombreuses rencontrées dans ces parages étaient formées de blocs de plâtre de 80 centimètres sur 30 de parement, et de 50 cen- I timètres de queue; la texture de ces blocs était crevassée par suite d'une cristallisation confuse. Une certaine quantité de briques crues, d'une conservation parfaite, entrait également dans ces constructions.

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Briqueteries. — Des briqueteries, — ainsi qu'il a été dit déjà, — furent installées à Port-Saïd, et dans un certain nombre de campements de Tintérieur de risthme.

Combustibles^ etc. — Dans les lacs Amers (forêt d'EI Ambak), dans le lac Ttmsah et ses ramifications, dans les lacs fiallah, dans les environs de Kantara, il existait de vastes espaces couverts d'arbres de tamarix dont les troncs, sans s*élever à une grande hauteur, étaient gros et noueux et fournissaient un excellent charbon pour les besoins des forges. Une partie de ces boisétatent également utilisés pour la confection des toitures légères des maisons du désert et pour la construction de gourbis.

Les lacs fournissaient en abondance des roseaux servant à la confection de nattes dont il était fait grand emploi pour la couverture des maisons et pour la construction des gourbis.

A Port-Saïd, les plantes du genre Salzola, croissant surles bancs des lagunes du lac Menzaleh, avaient été extrêmement utiles. Elles servaient comme fascinages pour consolider les remblais de sable ; et, comme on Ta vu précédemment, elles avaient été utilisées pour le chauffage des machines des appareils distillatoires et pour le chauffage du four à cuire le pain.

Bois de Caramanie. — Nous signalerons, enfin, qu'un agent de Tentrepreneur était allé visiter les forêts de la Caramanie pour juger du parti que Ton en pourrait tirer pour les bois de charpente, et que Fun des grands propriétaires de ces forêts avait déjà fait des offres pour d'importantes fournitures.

SERVICE DE SANTE

Peu après Tinauguration de l'ouverture des travaux à Port-Saïd, un service de santé fut organisé dans Tlsthme par les soins du D' Aubert-Roche chargé, en qualité de médecin en chef, de la direction de ce service.

Dés la première quinzaine de juin, un médecin, pourvu de tous les médicaments et instruments que doit contenir une pharmacie de campagne, fut installé à Port-Saïd. Vers le milieu de juillet, la Commission déléguée du Conseil d'administration décida Tinstallation d'un service médical à Toussoum, « où le nombre des employés et des ouvriers européens s'élevait à plus de vingt ».

Le médecin de Port-Saïd, peu de temps après son installation, tout en constatant le bon état sanitaire du campement, avait signalé pourtant l'existence de quelques affections gastriques qu'il attribuait au mélange incessant d'une petite proportion de sable que le vent projetait dans les aliments pendant leur préparation et aussi à Thumidité du sol. Pour remédier le plu"< promptement possible à ce double inconvénient, on s'empressa de recouvrir, avec les bois du chantier, le terrain sur lequel étaient installées les tentes. Dès que les ouvriers purent être logés dans des baraques bien closes et que la cuisine ne se ûi plus en plein air, les deux inconvénients signalés furent très atténués.

On avait reconnu aussi la difficulté de conserver en bon état les approvisionnements de biscuits, et, comme il a été mentionné précédemment, un four en briques à cuire le pain fut construit au grand profit de la santé générale.

Compte rendu sommaire des travaux exécutés et des résultats obtenus pendant la période du 15 avril 1860 au 15 avril 1861.

(extrait du rapport du président de la compagnir a l'assemblée générale

des actionnaires du 15 mai 186i)

L'entreprise embrassait deux ouvrages principaux : le canal maritime destiné h unir les deux mers et le canal d'eau douce joignant, à travers la vallée de Gessen, le Nil au lac Timsah, port central du canal maritime.

Le canal maritime, d'après les derniers tracés adoptés, avait une longueur totale d'environ 150 kilomètres. Sur celte longueur totale, on trouvait environ 100 kilomètres où le terrain était à peu près au niveau de la mer ou audessous, et qui constituaient par conséquent la partie des travaux qui pouvait être exécutée avec le plus d'économie et de facilité. Les 50 autres kilomètres comprenaient le seuil d"El Guisr, dont la plus grande hauteur au-dessus du niveau de la mer était de 19°, 10, le seuil du Sérapéum, dont la plus grande hauteur était de 10°, 51; enfin, la plaine de Suez, dont la plus grande hauteur (au seuil de Chalouf) était de 8°, 36.

El Guisr et le Sérapéum étaient donc les deux principaux obstacles à la prompte jonction des deux mers.

La description qui précède expliquait et justifiait Tordre qui fut adopté dans la marche des travaux.

Port de Port-Saïd, — 11 fallait d'abord prendre position sur le rivage de la Méditerranée qui devait mettre l'entreprise à portée des ressources dont abondent les pays

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baignés par cette mer. C'est ce que Ton fit à Port-Saïd, tète •du canal. Port-Saïd était maintenant une ville contenant une population de plus de 2.000 âmes, des habitations pour les Européens, un village pour les Arabes, des magasins, une scierie mécanique, des ateliers de forges, d'ajustage, de montage, des machines à distiller Teau de mer, un bassin dont le chenal s'achevait, un appontement avec les appareils propres au débarquement des cargaisons.

A la date du 15 avril, la rade du nouveau port avait déjà reçu 135 bâtiments jaugeant ensemble 29.000 tonneaux.

Une grande partie des forces, restreintes encore, dont on disposait, avait dû se concentrer pendant plusieurs mois à Port-Saïd sur les travaux de terrassements nécessaires aux remblais du sol sur lequel s'élevaient, à mesure de l'espace •conquis sur les eaux du lac Menzaleh, les maisons d'habitation des ouvriers, les hangars, les magasins et toutes les servitudes de ce principal établissement de l'entreprise. Quatorze voies ferrées avaient été établies à partir du cordon littoral formant le sol étroit de Port-Saïd pour créer, en l'élargissant vers les lagunes du lac, les superficies de terrain indispensables : les remblais étaient faits avec le sable de la plage.

L'importance et Tutilité de la rade de Port-Saïd donnaient un haut intérêt aux opérations destinées à fortifier Tappontement et à le prolonger par un système d'enrochements. Dans ce but, il avait été nécessaire d'organiser l'exploitation de la carrière du Mex située près d'Alexandrie, au bord de la mer, en attendant que le canal de service fît communiquer Port-Saïd avec la carrière plus riche de Gebel-Géneffé. La mise en exploitation de la carrière du Mex était déjà des plus satisfaisantes. La carrière était ouverte sur une étendue de plus de 500 mètres ; les blocs détachés par les mines étaient enlevés par trois grandes grues à vapeur, chargés sur des wagons et traînés sur des voies ferrées ; deux jetées, dont l'une, la jetée de l'Est, en arc de cercle, de

275 mètres de longueur, et Tautre, la jetée de TOuest, normale à la côte, à peine ébauchée, de 40 mètres de longueur, formaient une darse dans laquelle huit navires pouvaient s'amarrer en toute sécurité par des fonds de 3'",50 à 4",50 ; les navires se plaçaient bord à quai, à portée de grues établies sur la grande jetée et au-dessous desquelles venaient s'arrêter les wagons chargés.

Canal maritime, — Les dispositions indispensables qui viennent d^être indiquées, — dispositions pour ainsi dire préparatoires, malgré leur caractère de stabilité, — ne devaient pas faire négliger la partie fondamentale du programme de l'entreprise, à savoir : l'exécution du canal ouvrant l'Isthme au petit cabotage, c'est-à-dire la jonction la plus prochaine possible des deux mers.

Les difficultés principales que l'on avait à surmonter pour atteindre ce but avaient été précédemment définies. La première que Ton devait rencontrer dans la marche vers Suezétait le seuil d'El Guisr. C'était donc ce seuil qu'il fallait attaquer le premier, et ce fut en effet sur ce point que se concentrèrent les efforts.

Mais on était en plein désert; il y fallait tout créer, tout y transporter : l'eau douce, les vivres, les abris, les outils, les appareils, les ouvriers.

On avait creusé ou réparé, à proximité de la ligne du canal et sur différents points, plusieurs puits qui assuraient déjà un approvisionnement d'eau. 1.200 indigènes avaient ouvert pendant l'été de 1860 une rigole qui, partant du lac Maxama, à l'extrémité du bassin inférieur de la vallée de Gessen, avait porté l'eau du Nil alimentant ce lac jusqu'à Bir-abou-Ballah. En cet endroit, les eaux se déversaient dans un grand réservoir en maçonnerie, d'où elles étaient élevées dans un château d'eau par des pompes à vapeur pour en redescendre par une double conduite en poterie se dirigeant vers le Seuil. Un second château d'eau et une seconde conduite portaient l'eau du Seuil jusqu'à El Ferdane. Dans

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les intervalles étaient ménagées des prises d*eau avec réservoirs. L'alimentation en eau douce d'un nombre considérable d'ouvriers était donc assurée et se ferait avec facilité et abondance sur tout le parcours du Seuil ^

On avait construit et Ton possédait des abris pour 10.000 travailleurs.

On avait choisi et déterminé les moyens mécaniques par lesquels on comptait donner aux travaux une impulsion vigoureuse et économique. Ces moyens consistaient, on le savait, dans l'emploi des systèmes successifs de la brouette volante (appareils Balan), de la brouette à la corde, de la toile sans fin manœuvrée par un manège ou une locomobile, enfin, de la toile sans fin adaptée à la drague.

On avait, non sans avoir eu à vaincre des difficultés considérables, transporté à travers le désert, les provisions de vivres ainsi que les appareils et les instruments de travail.

On avait installé des ateliers munis de tout ce qui leur était nécessaire.

Le seuil d'El Guisr, d'El Ferdane au lac Timsah, avait été partagé en six chantiers bien organisés; le terrain était divisé en lois préparés pour les indigènes, avec indication en arabe du prix de chaque tâche.

On s'était préoccupé d'assurer à ce contre nouveau d'action, destiné à se prolonger bientôt sur le Sérapéum, les moyens de rendre les relations plus accélérées et les communications de toute espèce moins dispendieuses. Dans ce but, le creusement d'un chenal de service pour les barques avait été résolu et ordonné entre Port-Saïd et Kantara pour se prolonger bientôt jusqu'à El Ferdane, situé au pied du seuil d'El Guisr. Le Seuil serait donc à bref délai mis en

i. On verra, plus loin, t\ la description des travaux exécutés en 1R61, chapitre Alimentation a'eau douce des chantiers^ que la conduite en poterie fut impuissante à rendre les services qu'on en avait espérés, en sorte que l'alimentation en eau douce des chantiers du Seuil, dut être assurée par d'autres moyens.

communication avec Port-Saïd et la Méditerranée, par une route d'eau d'environ 60 kilomètres de longueur. Il n'y avait pas à s'appesantir sur les avantages et les facilités de tout genre qu'assurerait cette voie de communication.

Canal d'eau douce. — Un autre point de Tlsthme méritait de fixer Tattenlion. On savait le rôle considérable réservé, dans Tensemble du projet, au canal d'eau douce d'irrigation et de navigation fluviale : ce canal était destiné à joindre le lac Timsah au Nil.

Le régime récemment amélioré des canaux de Zagazig, que traverse la branche Tanitique du Nil, offrait de grands avantages pour la prochaine ouverture d'un canal navigable joignant Timsah et Zagazig (l'ancienne Bubaste). Tous les établissements de la Compagnie viendraient se relier dans cette ville importante avec le roseau des canaux et des chemins de fer de TÉgypte. Les études de ce canal avaient été faites, et l'on procédait à son exécution. 3.000 ouvriers y étaient employés. L'intention de la Compagnie était de pousser ce travail avec la plus grande activité.

Organisation des services des travaux pendant Tannée 1860^

L'organisation précédente des services des travaux fut l'objet, pendant Tannée 1860, des modifications suivantes :

Les ingénieurs chefs de section reçurent le titre d'ingénieurs chefs de division.

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