CHAPITRE III
NOUVEAU CANAL INPÉRIAL.
Ici il est bon, pour rendre notre récit plus intelligible, de le faire précéder de quelques observations.
Remarquons en premier lieu que Tancien canal était alimenté par le Yang-tse kianrj, qui coulait du sud au nord et mettait en circulation les eaux des lacs, tandis que le nouveau le sera par la Hoai qui coulera en sens inverse. Le nord étant devenu plus élevé que le midi, le courant a naturellement suivi rinclinaison du plan.
Cette variation de relief du sol a pour cause au moins partielle le cours du Hoang ho (1). Ce fleuve qui court près de six mille It (4500 Kilom.) avant de se jeter dans la mer Jaune à laquelle il donne son nom bien mérité, charrie dans son lit une quantité extraordinaire de limon (2). Chaque jour en apporte une nouvelle couche; le lit s'élève et il faut exhausser d'autant les jetées latérales. Plus elles sont hautes, plus est grand pour les habitants de la plaine le danger de voir le terrible fleuve briser ses digues et aller semer dans quinze ou trente sous-préfectures, la désolation et la mort. Lorsqu'il est sorti de chez lui, l'épouvantable voyageur cherche à se créer une nouvelle voie à TOcéan. Souvent il
(1) Il serait difficile de dire si ce cbangoment est dû aussi en partie à l'inégal soulèvement du sol provenant d'une cause soutorraine. Cette hypothèse ne parait pas dénuée de toute probabilité. On pourra lire sur cette question un intéressant article de M. Bickmore, publié en 1868 dans le Journal ofthç IforthChina Branch ofthc lîoyal Aaiatir Society, et Ayant poiy titre : Some remarks on récent élévations in China and Japan. L'auteur admet l'élévation du sol comme actuelle pour le Nord de la Chine: «rSuch a change is aetually taking place,» tandis qu'il la croit momentanément suspendue pour la région du Tang-ite: «The région about the mouths of the Yangtse bas also been lately raised, thougb it may DOW be in a state of rest.» Ces anciens soulèvements des bouches du Yang-fae pourraient servir à expliquer le fait, qui semble bien constaté parles documents historiques, de l'abaissement notable du niveau dans le débit du Kiang, dans les temps modernes.
(2) H. B. Guppy, dans ses a Notes on the Hydrolog^' of the Tellow River» (Journal ^f thé N. Oh. Branch ofihe H. As. 8oe. t881 J n'a malheurensemMit pu nous fournir sur la quantité de sabla charriée par le fleuve Jaune, que le chiffre donné par Rir G. fttanntoii à la êuiie d'tme seuls obêervation. La pioportion serait de plus de 80 graine par pinte, soit
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rencontre et suit un cours d'eau qu'il creuse et élargit à sa taille. Lorsqu'il l'aura rempli de son sable encombrant, il cherchera ailleurs. Du fleuve Blanc ^ f^ au fleuve Bleu ou Kiang le fleuve Jaune -jf fpf promène ainsi ses flots boueux sur une étendue de 1400 li (800 Kil.). Partout il élève le territoire qu'il arrose et produit des changements considérables dans les cours d^eau.
Le Hong-tché'hou ^ ^ jj^ est un des grands lacs tlu Kiangsou. Il mesure, disent les auteurs chinois, quatre-vingts li de long sur vingt de large. Il se trouve au sud-ouest de Chàn^yang hien ^] 1^ a HoaUngan fou, A l'est il touche au territoire de Kaoyeou et de Pao-yng; soixante-douze montagnes lui envoient du Honan, du Ngan^hoei ^ 4K et autres provinces, le produit de leurs eaux par la Hoat fH ^ et autres rivières plus ou moins importantes. Ce lac, dans lequel se décharge la Hoai, en aval de la sous-préfecture de Ou^ho 5 J^, et dont les eaux s'écoulent au nord-est et au sud-est par le Canal impérial, va devenir pour le département du Yang-tcheou fou et les voisins une source de grande fertilité, mais parfois aussi d'épouvantables cataclysmes.
Les crues énormes auxquelles ce lac est soumis deviennent en effet pour les populations riveraines dudit canal un danger incessant, depuis que par suite de l'exhaussement de ses fonds, le fleuve Hoai s'est vu transformé en rivière ayant son principal écoulement par le canal. Dans ces moments critiques, la rupture accidentelle de la digue orientale du canal devient fatale à tout un peuple qui habite la contrée dite Hia^ho f ^, immense polder, qui s'étend jusqu'à la mer.
Le nouveau Canal de transport du tribut impérial n'est pas sorti tout d'un coup du cerveau d'un ingénieur habile et ne peut nullement être comparé aux canaux d'Europe, creusés régulièrement d'un fleuve à un autre : ce sont les circonstances qui l'ont imposé; c'est l'œuvre de plusieurs Siècles. Que d'essais, que de changements avant d'arriver aux limites actuelles ! Que de millions d'ouvriers y ont laissé la vie ! Qui comptera les milliers de mandarins qui y ont perdu leur bouton honorifique, pour n'avoir par prévenu les désastres des inondations? Ce n'est que vers la fin du règne de K'ien-long ^g jH (1736-1796) que le Yun ho eut un cours définitivement réglé. Après beaucoup de tentatives et de changements, on parvint enfin à un bon aménagement des canaux, des arches, des petites et grandes écluses, qui fonctionnent du nord au midi et de l'est à l'ouest. La nécessité de la lutte pour la vie pouvait seule déterminer le peuple à ne pas renoncer à son entreprise et à recommencer cent fois ce qu'il savait n'être que de courte durée.
Le niveau de l'eau subit de grandes variations. Les ingénieurs du Yuu'-liang ho ont su pratiquer dans la digue orientale plusieurs espèces de déversoirs qui servent à arroser les campagnes du Hia-/io ou à soulager les digues qui bordent le Canal,
à répoque des grandes crues. Les Chroniques de Kao^yeou en indiquent de trois sortes; le long ^, le tcha ^, et le pa ^. Il est bien important de les connaître pour pouvoir suivre la présente étude.
Le long est une bouche de décharge, d'un à trois pieds et de forme quadrangulaire. Cette petite ouverture est assez élevée dans la jetée; Teau qui s*en échappe va faire mûrir le riz. Il n'est pas nécessaire de la fermer. Car à sa hauteur il y a suffisamment d'eau pour le service des barques.
Le tcha tient à la fois du barrage et de Técluse européenne. Mais au lieu de se présenter en travers du canal, elle est pratiquée dans la digue qui le borde, ou le long du canal luimême. On peut rouvrir ou la fermer à volonté par le moyen de gros madriers superposés horizontalement, que l'on fait glisser dans les coulisses creusées le long des massifs de pierre qui composent le corps de l'ouvrage. Ces tcha servent à retenir l'eau en tout ou en partie, suivant la hauteur à laquelle on place les madriers. A l'époque des hautes crues; on les ouvre, et Teau qui passe se précipite en bouillonnant dans un canal qui la conduit à travers les campagnes basses où Ton cultive le riz.
Le pa est bien plus considérable que Técluse. C'est une partie de la digue de l'étendue de plusieurs centaines de pieds, faite de roseaux et de terre, susceptible de s'enlever et de se refaire assez facilement. Elle est assise sur un seuil de pierres de taille, limitée par des joues également en pierres. Lorsque les eaux sont tellement grandes qu'il y a danger que la digue ne se brise quelque part, on ouvre le pa, en enlevant au centre seulement une ou deux fascines de roseaux, qui composent cette digue volante. Bientôt l'eau se précipitant par cette petite issue, l'agrandit, et en vertu des lois de l'hydraulique, entraîne avec elle roseaux, terre, gazons, etc. ; ses flots se précipitent, en tombant avec fracas comme une cascade, dans un vaste canal creusé pour les recevoir, et vont remplir les milliers de rigoles dont la campagne du Hia-ho est sillonnée. Si après la moisson on ouvre seulement un pa, les cultivateurs sont très contents, car les eaux déposeront dans leurs champs un précieux limon qui est un véritable engrais.
Dans la lecture de nos Chroniques on rencontre souvent les caractères Hiaho f fpf, Chang-ho Jt fpf. Hia-ho signifie inférieur au canal, et Chang-ho supérieur au canal. Chang-ho est le nom donné au territoire situé à l'ouest de la digue occidentale; il est ainsi appelé, parce qu'il est plus élevé que le lit du canal. Au contraire la région que se trouve à l'est de la digue orien^le, est nommée Hta-/io, parce que son sol est inférieur au lit du canal. Du sommet de la digue il faut descendre quinze à vingt marches avant d'arriver au niveau du sol (1). Le Hia-ho qui est limité au
(1) Dans le Voyage de l'ambassade hoUandaise (Philadelphie, 1797 p. 312), van Braam
midi par le Canal du transport des sels, comprend la majeure partie du Yang-tcheou fou. Cinq de ses sous-préfectures y ont leur chef-lieu. Il compte notablement plus de deux millions d'habitants.
Pour compléter les lignes générales du régime des eaux de cette contrée, il nous reste à parler de plusieurs autres travaux entrepris à l'est du Canal impérial, et tout d'abord d'une digue maritime qui courant le long de la côte, parallèlement au Yun ho, borne le Ilia-ho du côté de la mer. Cette digue appelée Fan-kong ^^ ?S S ^ commence au nord de Yen^tch'eng, descend vers Hing~ hoa, Tong-t^ai, T'ai tcheou, puis s'infléchit vers le sud-est et s'étend jusqu'au delà de T'ong tcheou. Elle mesure une étendue de (582) cinq cent quatre-vingt-deux H, Elle remonte à la dynastie des T'ang J^. Dans les années de règne Ta-fi :^Jg, /^i Tcheng ^^ en commença les travaux dans le district de Tchou tcheou ^ j^\^ maintenant le HoaUngan fou, et les continua jusqu'à Hai-ling i^ f^ ou T'ai tcheou. On voulait protéger les habitants du Hia^ho et leurs propriétés contre les marées de l'Océan. Le projet était bon; aussi fut-il repris sous la dynastie des Song, La b^^^ des années de règne T'ien-cheiig ^ |g (1027), Fan Tchong^yen ?Ê ftjl :^, mandarin de Hing-hoa, prit à cœur cette œuvre grandiose. Il s'entendit avec les autres sous-préfets ses voisins, réunit les fonds nécessaires et refît la première digue maritime sur une étendue de (143) cent quarante-trois H.
Il lui donna trente pieds à la base, dix pieds à la superficie, et quinze pieds de hauteur. Plus tard elle fut continuée sur le même modèle dans le territoire de Jou^hao j|| J^ et de (Nan) T'ong tcheou jj| j|t|. Partout elle porte le nom de Fan^kong ti, digue du Seigneur Fan. Les toen ^, ou éminences de vingt à trente pieds de hauteur, que Ton voit encore le long du rivage de la mer, étaient des lieux d'observation. On en comptait quarantetrois. A chaque poste étaient deux soldats qui devaient surveiller soigneusement et observer ce qui se passait dans le lointain. Ils se servaient de feu et de fumée pour annoncer l'arrivée des pirates ou des hautes marées. On a parlé ailleurs (1) des terribles
constatait à la date du 10 mars, que vers Chao-pé «les terres sur le cûté oriental du canal sont de dix pieds plus basses que la superficie do l'eau, et toutes d'une nature excellente pour le labourage.» A notre époque M. Alabaster dans le récit d'un voyage cité par le Col. Yiile (vol. II. p. 136.) écrit qu'à «Kao-yeou la contrée à l'est dn Canal est de 20 pieds environ au-dessous du niveau du Canal.))
Cette variété d'estimation dans la différence des niveaux est due surtout à ce que les observations ont été faites à plusieurs époques de l'année. On verra plus loin en effet l'influence remarquable des crues sur le débit du Canal, surtout dans cette portion qui est tributaire du Iloai-ho.
(l) Variétés sinologiques ii« 1. L'Ile de TeoTiff-min^, par le P. H. Havret, 8. J, XTIII. Les tempêtes.
PU FLEUVE BLEU A TSING-KlAh Hydrognphia 'féoérmle.
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raz-de-marée qui sont venus fréquemment désoler cette côte. Inutile dès lors d'en multiplier ici les exemples; un fait tout récent suflira. Il y a une dizaine d'années, une de ces gigantesques marées se jeta de nuit dans le Hia-ho, Des milliers d'individus, surpris dans leur lit, y périrent sans avoir eu le temps de se reconnaître. Les toen ne sont plus gardés. Depuis que les mers sont partout sillonnées de navires à vapeur, les pirates sont devenus rares, et il semble d'ailleurs que les raz-de-marée soient aussi devenus moins fréquents sur cette côte.
Dans la digue maritime sont pratiqués dix-huit barrages ou écluses de décharge. Quelques unes d'entre elles ont une ouverture de plus de vingt pieds. Elles ont pour but, tout en empêchant la marée de pénétrer dans le Hia-ho, de donner une issue vers la mer aux flots des inondations venues de l'intérieur. Autrefois ils s'y portaient par six canaux principaux qui tous coulent vers le nord. Le Sin-yang kiang 1S( W î^ dans le Yen-tch'eng hien ^ m JR 6St le seul qui ait conservé quelque importance. Son embouchure à la mer est à trois cents H de Yen-tch'eng. C'est un lieu très fréquenté. Beaucoup de grands bateaux y apportent des marchandises de toute espèce. Ils s'ancrent au rivage et transbordent leurs cargaisons sur des barques du pays qui les transportent au nord de la cité, où il se fait un grand commerce.
Entre la digue Fan-kong ti et l'Océan, s'échelonnent onze districts salins tch'ang j^, contenant de nombreux fourneaux tsao j^, pour la fabrication du sel. Il s'en fait une quantité considérable. On le met en dépôt dans des gabelles profondes construites à cet effet, ^ jg pao^yiien. Les douaniers en font la visite et exigent les droits du gouvernement. Le sel se vend sur place à raison de deux ou trois sapèques la livre.
Il s'achète à peu près au même prix par des milliers de contrebandiers qui en chargent leurs barques en plein jour et le transportent au loin, sous les yeux des douaniers et des braves défenseurs de l'empire. Plus loin encore du Canal impérial, à Test de la digue, on voit aussi une belle route pour les cavaliers et les piétons, Ma-lou JH ^ commençant sur le territoire de Jou^kao et s'étendant jusqu'à celui de Hing-hoa, C'est une espèce de seconde digue qui protège les terrains cédés depuis des siècles par la mer à l'exploitation des indigènes. Dans ces quartiers les canaux sont généralement à sec et l'on doit user de la voie de terre pour les voyages et les transports.
Le Yun-yen-'tch'oang'tch^ang^ho ?£ H $ J|f fpf est un beau canal creusé à l'occident et le long de la digue maritime. Il reçoit le trop plein des eaux du Hia-ho, et le verse par les 18 écluses de décharge dans les ^canaux qui le porteront à la mer. Une autre de ses fonctions, c'est de desservir les fourneaux salins dont il transporte le produit.
Ces préliminaires achevés, je commence mon récit. Les Chro-
niques du yang-icheou /bu à l'article Canaux nous rapportent ainsi rétablissement du nouveau Canal des transports.
Les Annales des dynasties Han et Wei ^, ^ l|)}, des Tsin ■^, des T'ang J^, et du commencement de celles des Song 7^, racontent les bienfaits des eaux dans le Yang-tcheou fou. Elles alimentaient alors le Canal, sans jamais mettre en péril la vie des riverains. C'est que le Hoang ho n'avait pas encore pris son cours vers le midi, et le Hoai ho, suivant toujours son lit primitif, allait se jeter à la mer. Les deux fleuves coulaient séparément. Mais depuis la 4® annés (Song) Hi-ning^ 5(c M ^ (1071) le fleuve Jaune brisant ses digues changea son cours du nord au midi, puis se jeta vers l'orient dans le Tchang-tché-lo ^ ^ m auprès de Liang-chan ^ llj. Il s'est ensuite divisé en deux branches; l'une suivit le Pé-ts'ing ho :f[j j^ fpj et alla se perdre dans l'Océan; l'autre se confondit avec le Nan^ts'ing ho j^ |p| fpf et entra dans le Hoai ho f^ fpj". Ce fleuve ne pouvait contenir une telle masse d'eau; une partie s'encaissa dans le lac Hongtché hou ^ ^ }i59, qui devint un immense réceptacle. Selon quelques auteurs, le premier qui avait eu l'idée d'endiguer les eaux dans ce bassin, fut Tch^en Teng ^ ^, gouverneur de Koang-ling Jl ^, qui vivait sous les Han ultérieurs vers l'an 230. A son exemple ses successeurs eurent à cœur de consolider et d'étendre les chaussées commencées sur les bords orientaux du Hong-tché hou. Déjà quatre ans avant l'arrivée du fleuve Jaune, CheU'-Tsong jpf ^ avait creusé le lac et l'avait mis en communication avec le fleuve. Ces préparatifs n'étaient point suffisants pour recevoir le Hoang ho. Une partie de ses eaux seulement put suivre par le nord-est le lit du Hoai ho et parvenir à la mer ; l'autre partie se fit un passage direct vers l'est, et alla se perdre dans les basfonds des lacs de Pao-yng, de Kao-yeou, de Chao-pé et autres. C'était le commencement du nouveau Canal des transports. Le Hoai ho descendait dans le Kiang. C'était un phénomène inoui. Bientôt on vit qu'il était de toute nécessité de lui tracer un cours régulier, sinon plusieurs départements allaient disparaître sous les eaux, devenir lacs ou marais.
L'an 1004, l'empereur Tchen tsong 8^ ^ avait fait ouvrir au midi de Fan-leang-hou il| 5 JS9 ^^ nouveau lac qu'il nomma Sin-k^ai hou j0f Pi fSBi ®* Tavait consolidé par une jetée, longue de trente-cinq H; avant lui déjà on avait protégé le bourg de Chao-pé par une semblable chaussée. On multiplia ces digues dont l'expérience avait démontré les bienfaits. En 1194 le fameux ingénieur T'chen Suen-tche ^ ^ i, grand directeur des canaux, pouvait se vanter d'avoir terminé l'œuvre. Le Canal avait une double digue de Yang-tcheou à Hoai-ngan. C'est une distance, dit le géographe, de trois cent soixante [i. Chaque année la voie s'améliorait; ici on la réparait, là on construisait une nouvelle écluse, ailleurs on ouvrait de nouveaux cours pour donner plus d'issues
aux eaux qui parfois précipitaient vers le Kiang leurs flots bouillonnants. La régularisation des canaux de I-tchong ^ ^ et de Koa-tcheou f^ j^\ remonte à cette époque. Souvent on dut les curer, parce qu'ils se remplissaient facilement de gravier et de limon.
La 5* année Ming^tch'nng des Kiii ^ DU ^ (1194) l'estuaire du Ts'ing ho 1^ p^ était obstrué par la boue. Le fleuve Jaune ne coulait plus à la mer, mais reiiuant sur lui-même, il alla mêler ses eaux à celles du Hoai ho, et ils ne firent plus qu'un courant. Le Hoang ho étant plus puissant que son rival refoula une partie de la colonne liquide dans le Ilong-tchâ hou par le lit du Ts'ing ho. Les digues du grand lac n'étant point assez fermes pour résister à une pareille poussée, il fallut les consolider; pour les soulager, on construisit aussi dans la chaussée orientale, des tcha et des pa, de petites et de grandes écluses qui s'ouvraient à l'époque dos fortes crues. Les historiens chinois ont des volumes pour relater les gigantesques travaux, toujours à recommencer à cause des inondations, que nécessita Tentrclien de ces cours d'eau. Mais ils ne sont composés que pour des spécialistes ; peu de lecteurs y trouveraient de l'intérêt. J'y reviendrai cependant plus bas. Nous allons voir maintenant le Canal des transports recevoir son complément.
L'an 1280 Che-tsou ift jjjB. le Mongol Koublai Kan venait de s'emparer de l'empire des Song et avait transporté la capitale, de Hang^tcheou ^ *jt| h Choen^'ien |p 5ï ou Pé-hing, Cour du Nord. Il s'agissait de faire vivre sa cour; or les régions septentrionales sont peu fertiles. Il fallait donc faire venir les provisions des provinces du midi. Le cabotage le long des côtes n'était rien moins que certain : les pirates et les tempêtes étaient également à craindre. L'empereur songea à compléter les canaux de ses prédécesseurs pour en tirer un plus grand avantage. La voie des transports du tribut n'était navigable que de Hang-tcheou au fleuve Jaune: il la continua jusqu'auprès de sa capitale. Les travaux commencèrent en 1289 et trois ans après on en faisait l'ouverture. C'était un ruban de plus de (1800) mille huit cents H (plus de 1000 kil.) (1). L'étendue de ce Canal, qui mérite bien d'être
(1) C'est au Livre de Marco Polo que l'on trouve la plus ancienne mention de ce travail, faite par un écrivain européen. Voici en qu^ls tennes le célèbre voyafçeur, contemporain des travaux qu'il décrit, pnrle de «a section supérieure.
«Quant l'en se part de Cundinfu (5? 5Ê T^ai-ting^ hodiè Yen-icheou fou ^ 7f|) «et chevauche l'en trois journées vers midi... adonc treuve l'en la noble cité de Cinguy ma c tu (9 9" fS fiR Tti-ning^ma-VeoUf hodiè Tsi-ning tcheou), qui moult et belle et riche c et degrans marchandises et de grans ars... £t si vous di que il ont un flun duquel ils ont c^fprand proufit, et vous dirait comment. Il est voir que ce grant flun vient de vers midi « jusques <1 ceste dite cité de Cinguymatu. Et les genz Je la cité, si ont fait deux fiuns de « celui grant flun ; car ils font l'une moitié aler vers levant, et l'autre moitié vers ponent.
appelé impérial {Yu ho ^ ^), de Hang^tcheou à Pé-king, mesure près de trois mille H, c'est à dire plus de quatre cents lieues.
«C'est que l'un flun va au Mangi (S T^ ^I^di du fleuve), et l'autre par le Catay (Nord du «fleuve). Et si vous dirai en vérité qu'en ceste cité a si grant quantité de navie, qu'il n'est «nul qui ne le veist, et l'oïst dire qui le peust croire. Et si portent au Manzi {al. Mangi) et «au Catay, ces navies, si grant quantité de marchandises que c'est merveille. Et puis «quand ils s'en reviennent, si retournent chargiez d'autres marchandises. Si que c'est mer- «veille des marchandises qui vont et viennent par ces. ij. fluns.» (Chap. CXXXIV.)
Plus bas vers le Sud, le Canal est coupé par le fleuve Jaune à la hauteur de Hoainganfou. Or «le grant flun de Caramoran (en mongol «fleuve noirD)... est moult grant et «large plus d'un mille. Et si est moult parfont- que grans nés y porroient nag-ier dedans. «Il y a moult de poissons et de moult grans. Sachiez qu'il a bien en cest flun. XV. mille «nés qui toutes sont an grant Kaan, pour porter ses osts es illcs d'Ynde de mer, quant il y «a besoing ; car la mer est près à cest lieu une seule journée. Et si veult bien chascune nef, «l'une parmi l'autre. XX. mariniers; et porte bien chascune. XV. chevaus, et leurs homcmes et leur vitaille et leurs armes et leur bernois. Et ce flun a une petite cité de çà, et «l'autre de là '.[l'une encontre de l'autre. L'une a nom Coguiganguy (Hoai-gnan fou îfl yt */fir ) ®* l'autre Caguy ; l'une est grant et l'autre petite. Et quant l'en a passé ce flun, si «entre l'en adonc en la grant province do Magy (Mangy).# (Chap. CXXXVII.)
«Quant l'en se part de Coguiganguy, si chevauche l'en par selouc une journée, par une «chauciée qui est à l'entrée du Manzi ; et ceste chauciée est faite do moult belles pierres. «Et de l'une part et de l'autre de la chauciée, si a yaue ; ne en la province l'en ne puet en- «trer, fors que par ceste chauciée.» (Chap. CXL.)
Enfin au Chap. CXLVII,Marco Polo nous parle en ces termes de Koa'4ch4ML \}&. Jmj ) cité aujourd'hui détruite par les érosions du fleuve Bleu, et jadis t6te de ligne du Grand Canal entre le Yang-tse kiang et la capitale du nord : «Cuguy est une petite cité, et est vers «seloo... et sur ce fleuve devant dit. Et en ceste cité se recueillent grant quantité cfe blez, «et de ris, qui se portent à la grant cité de Cambaluc, pour la court du grand Kaan ; pour «ce que de ceste contrée viennent li grain qui ont mestier pour la court du grant Kaan. Et «si vous dy que 11 grans Sires a fait faire telles ordonnances par yaues douces et par lacs, de «ceste cité jusques à Cambaluc, par grans fossés qui vont de lieu en aultre ; si que les grans «nefs toutes chargées peuvent aler de ceste cité de Cucuy jusques à la grant cité de Cam- «baluc. Et aussi y peut aler par terre, car de ces fossez est la terre haulte que l'en va des- «sus, laquelle fu traite des fossez et est mise d'une part et d'autre.»
L'une des dernières phrases de Marco Polo a sans doute inspiré cette affirmation inexacte de Reclus (pag. 362) : «Ainsi que le raconte Marco Polo, l'empereur Koublaï «Khan, à la fin du treizième siècle, n'eut qu'à réunir — par des coupures de peu dUmpor- ^tccncey — rivière à rivière et marais à marais pour en faire un fleuve navigable, le Yun ho ou "rivière des Transports.»
Nous avons emprunté à Pauthier le texte qui précède et les identifications qui l'accompagnent. Le Colonel Tiile (The book of Ser Marco Polo 1875. vol. II.), ainsi que M. H. Cordier (Odoric de Pordenone, pag. 889.), ont reconnu le bien fondé de ces dernières, qu'ils suivent comme nous. Nous croyons avec ces auteurs que le Cinguy matu de Marco Polo est bien la ville de Tsi-ning tcheou, mais nous pensons que le voyageur vénitien applique par erreur à cette ville nue remarque qui ne convient qu'à celle de it»-^*»«f EB în (V. la Carte). Ce "grant flun" qui "vient de vers midi jusques à ceste dite cité" ne peut être le Wen ho^ ni le 5e ^o fQ i>9 ) rivières de médiocre importance et qui desoen-
Le courant du Canal, ainsi que nous l'expliquerons bientôt, n'a point partout la môme direction ; il possède notamment un double versant dont la localité de Fen-choei miao marque le seuil de partage. Ses noms aussi varient beaucoup: nous en connaissons déjà plusieurs. Sur toute retendue de son parcours il est généralement appelé Yun ho ^ fpf «Canal des transports» et Yun-liang ho ^ ^ ^if «Canal du transport du tribut». La partie septentrionale qui commence au nord du fleuve Bleu est de beaucoup la plus importante et la plus fréquentée. Les voyageurs et les géographes la partagent en trois sections : celle du midi, celle du centre et celle du nord. La première, Nan-yun ho ^ ^ fpîf s'étend du fleuve Bleu au Hoai ho la 2^"^^^ Tchong-yun ho; rfi ^ fpf du Hoai ho à Foncj-p'ei g fjjj dans le Chan-tong aux dernières limites nord du Kiai^g-sou; et la troisième, Pè-yun ho 4fc ^ pîf va jusqu'à Pè-t'ong tcheou :|t jS W ^ quarante H de Pèhing. Les Mongols lui avaient donné le nom de Iloci-t'ong ho % ^ Vt' ^® Canal des transports du tribut a pris tout son développement: pour en tirer profit, il faut l'entretenir en bon état. Ce n'est point chose facile, nous allons le voir.
dent de l'est, tandis que le IIV; //o, qui après un cours important rencontre Lin-ts^hig en venant du sud-ouest, répond très bien il la description de Marco l'olo.
D'autres auteurs ont coinmiîi du reste des erreurH auaJoj;ues: ainsi J. F. Davis (traduit par Pichard. Paris, 1837. ï. I. p. 134.) appelle OMeï-7/o la rivière qui aboutit au temple du «Koi-dragon». Comme nous le verrons bientôt, c'est du IfVu liu qu'il a voulu parler.