CHAPITRE lY
Une œuvre aussi grandiose et aussi hardie que celle du Yun ho demandait, sous peine d'être bientôt détruite, de ^constants travaux d'entretien ; sans eux en effet, les lits devaient bientôt se remplir de limon, les digues s*ébrécher, les chaussées s'afTaisser, les écluses s'ébouler, les anciens cours d'eau disparaître, tandis qu'il s'en formerait de nouveaux, et que les tempêtes et les inondations bouleverseraient tout. Ces cause» multiples de changements exigeaient le travail actif et intelligent de Thomme, pour conserver son œuvre.
Les mandarins chargés de la double administration du fleuve Jaune et du Canal impérial sont très nombreux et forment une hiérarchie à part. A la tête de la seconde, se trouve le T^ao^yun tsong-'tou ift* M flî 'tf Gouverneur général du transport du tribut. Sa dignité est égale à celle de Vice-roi. Il a sa résidence à Ts'ing-kiang p^ou ^ f[t W aiïïsi que son premier Assesseur, qui a le titre de Tao-t'ai, Tsao-Zio t'ai f§ i^ ^, Intendant du tribut (et des canaux). Sous leurs ordres, de nombreux ofliciers subalternes se partagent les diverses sections des ponts et chaussées qu'ils doivent entretenir en bon état. Lorsqu'il y a une grande réparation à faire, le Gouverneur, avec ses conseillers, étudie soigneusement le devis et le cahier des charges, et fait un mémoire qu'il adresse à TEmpereur. Le prince fait examiner le projet au ministère des travaux publics, puis sur son rapport il l'approuve ou le rejette. S'il doit être exécuté, le Gouverneur du canal s'occupe à recueillir l'argent nécessaire, Les mandarins et les notables se cotisent; on ordonne des souscriptions forcées, on impose les contribuables, on exige la corvée, on demande, on presse, on urge, et habituellement les dépenses sont couvertes sans les secours du gouvernement.
Les Chroniques de chaque sous-préfecture ont toutes un chapitre qui traite de l'entretien des canaux ou autres établissements publics. Je vais en extraire quelques passages pour donner une idée du système.
L'Histoire générale des Ming, T'ong-kien j} fg, rapporte que Tch'eng'tsou Wen hoang-ti )^Jli'$C M, ^ troisième empereur de la dynastie, qui donne à son règne le nom de Yong^lo ^ ^
«éternelle félicité» (1403-1424), était à peine monté sur le trône, qu'il transporta la capitale de Nan-king à Choen-Vien ^ ^, autrement dit Pé-king, Lorsque la cour y fut installée, se fit bientôt sentir de nouveau la difficulté de s'y procurer des vivres. Deux conseillers de l'empire, Tchou et Tchang, :^ j§ ^ Ja» exposèrent leur sentiment. «I-l y a, dirent-ils, deux routes pour faire venir du Kiang-min le tribut annuel : l'une par la mer, l'autre par le Canal. Sou-tcheou jp ji], T'ai'ts'ang -j^ ^ expédient le leur sur des bateaux de mer qui prennent le fleuve à T'aUkou :fc fS" ^^ arrivent à Pé-king. Chaque année devrait apporter par cette voie deux millions de charges de riz. Mais une grande quantité est ensevelie dans l'Océan par les tempêtes.» Clieou ^ et Han |^, deux autres ministres d'état, proposèrent de creuser un canal de Tong-p*ing tcheou "^ 2]i j^«|, se dirigeant vers le nord, jusqu'à Liri'tfi^ing gg ^. C'est une étendue de deux cent cinquante h'. On l'alimenterait par les eaux du Wen ho ^ ^ et du Wei ho m J^. «Primitivement, dirent-ils, lorsque les Mongols creusèrent leur canal, qu'ils appelèrent Hoei-i'ong ho % %^ \v^^ ils ne Je firent ni assez large ni assez profond, pour que des barques bien chargées y pussent naviguer. Par cette voie, la capitale ne reçoit que quelques centaines de mille tan (piculs) de riz. L'empereur s'est établi à Pé-king, et les approvisionnements se font par le Canal et par la mer ; mais la voie maritime est longue et périlleuse. Les greniers publics y perdent beaucoup. D'un autre côté le Yun ho arrivé à Yang-ou ^ ;^ est devenu impraticable. Il y a un portage de cent soixante-dix H; et pour diriger les bateaux sur le Wei ho ^ |p[, il faut des travaux surhumains.» Le mandarin de Tsi-ning tcheou ^ ^ jii\^ P'an Chou^tcheng ^ ^ J£ demanda la reprise du Hoei-t'ong ho.
L'empereur donna en conséquence des ordres à Song Li ^ jBî Président au Kong-pou X HP? Ministère des travaux publics, prescrivant d'exécuter le projet. Selon le conseil d'un vieillard de la contrée, il réunit les eaux du Wen ho -^ \p^ et de plusieurs autres affluents en un point culminant, appelé Nan^v;ang ]§ fj£. Là elles se divisent en deux voies suivant la pente du terrain; l'une, se dirigeant vers le nord-ouest, est alimentée par les trois cinquièmes des eaux des lacs, que lui servent dix-sept écluses, et l'autre allant vers le sud-est, reçoit par vingt-et-une écluses le reste des eaux du Wen ho. C'est le passage le plus difficile de tout le Canal. On l'appelle ordinairement Fen-choei ^ 7JC «Partage des eaux». Sur le rivage s'élève un temple dédié au Roi -dragon de la division des eaux, Fen-choei Long-wang miao ^ M^ f| ï J^ (^)-
(1) Le P. de Magaillans {Xoiiveïîe reUifion de la Chine. Paris, 1688. pp. 14J, 144.) rend bien compte de l'itinéraire créé par ces travaux, au point de vue hydrographiqueaLe canal, dit-il,conimence h. la \'ille de Tum dieu (T^ong-tcheou îfi JtI), éloignée de deus lieues et demye de Pé-kin. Il y a une rivière de laquelle on suit le courant, jusqu'à ce
ENTBETIEN DtJ CANAL SOUS LES MING. 27
Lorsqu*après des travaux inouïs, qui durèrent treize ans, l'œuvre fut à peu près finie, on abandonna la voie de mer. Tout le tribut annuel du midi, qui s'élevait à quatre millions de ian de riz, devait passer par le Yun-liang ho. Les barques de transport y devinrent si nombreuses, qu'elles ne pouvaient naviguer qu'avec la plus grande difficulté. On s'ingénia pour augmenter l'eau dans le canal et pour ouvrir, là où c'était possible, des voies latérales dans les lacs. On- créa dans le même but, au moyen de barrages pratiqués en travers du canal, une série de biefs superposés,
qae près de la mer elle entre dans une autre (Wei Jio fH 7P[)i que l'on remonte durant quelques joui'S (jusqu'à Lin-ts^ing tcheou EË in /hj* On entre ensuite dans un canal fait à 1a main, et après y avoir navigué vingt ou vingt-cinq lieues, on trouve un temple appelle Jb^uen vùi meaô (Fc7i-choci îfiiao yr /f^ w)» c'est-à-dire, Temple de l'esprit qui divise les eaux. On va jusques-U sur le canal contre le courant de l'eau ; mais quand on est arrivé vis-à-vis de ce Temple, on commence à décendre et à se servir des seules rames. . . Ij*explicatioD de cet énigme consiste en ce que du côté de l'Orient, à une demy-joumée de chemin, il y a un grand Lac entre de hautes montagnes, dont les eaux formaient une assez grande rivière (Wcn ho *i$ tPT) qui courait vers la mer du côté de l'Orient. Les Chinois bouchèrent c'btto sortie, et ayant coupé la montagne, ouvrirent un canal par lequel ils dérivèrent les eaux jusqu'au Temple. En cet endroit ils creusèrent deux antres canaux, l'un vers le Septentrion, et l'autre vers le Midy ; tout cela avec tant de proportion et un niveau si juste, que l'eau arrivant au milieu devant le temple, décend également de par et d'antre vers le Nord et vers le Sud, ainsi qu'on peut le voir dans la Figure suivante." — Entré dans la Province de Nan kini, le canal "se décharge dans cette grande et rapide rivière que les Chinois appellent, jaune Hoang ho ^ iR| • On navigue dessus un peu moins de tleuxjoumées(jusqu'à Sou-Vsien {q 3S)' ^t Ton entre dans une antre rivière qu'on remonte environ deux portées de mousquet, au bout desqueUes on trouve un canal que les Chinois ont ouvert au bord Méridional de cette dernière rivière, et qui court vers la Ville de Hoâi-ngan. . .'*
Le P. du Halde (Paris. 17S5. T. I. p. 33. et T. II. p. 156.) donne à peu près les m^mes détails, qui ont été vérifiés par lesrécits des divcrsesambassadc s hollandaises et anglaises. Depuis que le fleuve Jaune a transporté son cours au Nord de Tsi-ning (9t 9^/' plusieurs voyageurs ont examiné les modifications apportées par ce cataclysme, au régime du Grand canal. Les notes d'un de ces voyages de Pékin à TchefoUy parle Rév. A. Williamson (Cet. 1865), ont été publiées par le Journal of the N.-C. B. H. A. Society. Dec. 1866. Celles d'une double exploration, faite en mai 1867 et fin 1868 par M. N. Elias, à l'ancien et au nouveau oours du fleuve Jaune, ont paru dans le m^me Journal, en Dec. 1867 et 1868. Le Rév. Williamson avait conjecturé que *'since the récent change in the Tellow River, (the classic river, the Wen ko) is of littlc service" (l. cit. p. 11), et il ajoutait à tort : "I believe (that it) now flows entirely to the south." M. Elias qui, trois ans après, visitait ces lieux, affirmait au contraire que *'à 25 milles N. environ de Tsi-ning tcheou, près d'une petite ville Appelée Nan'Wang (^ fSj^ on atteint le niveau le plus élevé du canal. — "It is hère, oontinue Texploratenr, that the river Wcn falls into the canal, a portion of its waters flowing to the south, and the rest to the north... The Wen is a smaU stream, scarcely twenty ymrds broad ai the confluence. . . The currents of both are very inconsiderable ; oertaiuly ander one mile a hour." (l. cit. p. 261.)
destinés à retenir les eaux, et unis par des plans inclinés (1).
Le passage du Hoang ho et l'entrée dans le Tchong-ho étaient particulièrement difficiles. Pour les faciliter on construisit la fameuse écluse T'ien-fei-tcha 5Ç iC RB- ^^^® n'aurait dû s'ouvrir que pour aider les bateaux h atteindre l'autre rive, mais leur nombre était si considérable qu'elle restait presque constamment ouverte. Durant quelques dizaines d'années, la navigation se fit « ■ ' >
(1) Ces travaux, appelés et chinois tcha ^ j comme les écluses latérales que nous ayons décrites plus haut, ont reçu des Européens les noms plus ou moins impropres de ''digues, écluses, cataractes, sauts", etc. Ainsi que le remarquait l'éditeur français du P. deMagaillans(p. Ii6),le8 chamhres d'écluses semblent (^tre jusqu'ici inconnues anx Chinois, qui en sont restés au système primitif et périlleux de ces déversoirs si souvent décrits par les voyageurs. Nous nous contenterons de reproduire ici un passage du P. de Magaillans
"Ce canal a en divers endroits, tant pour diminuer le courant de l'eau que pour la rendre plus profonde en la retenant, soixanie-douze écluses, que les Chinois appellent Ch<l, Elles ont de grandes portes faites de grosses pièces de bois qu'on ferme la nuit et qu'on ouvre le jour, pour faire passer les harques. On passe la plupart de ces écluses avec beaucoup de facilité : mais il y en a quelques-unes qu'on ne peut passer qu'avec bien de la peine et du danger, et une entre autres que les Chinois appellent Tien Fi Cha, c'est-à-dire, la Beine et la Maîtresse du Ciel... Quand les barques vont contre le courant et qu'elles sont arrivées au bas de cette écluse, on attache à la prouë quantité de cables et de cordages tirez de part et d'autre du Canal, par quatre cens ou par cinq cens hommes, on même par un plus grand nombre, selon le poids et la grandeur de la barque ; d'autres travaillent en m6me temps avec des cabestans placez sur les murailles de l'écluse, qui sont fort larges et bâties de pierres de taiUe. Outre les cordes dont nous avons parlé, il y en a d'autres fort grosses qu'on entortille à de grandes colonnes de pierre ou de bois, afin de retenir la barque, si les antres cordages vendent à se rompre. Quand toutes ces cordes sont attachées, on commence à tirer peu à peu, au son d'un bassin qu'oi\ frappe au commencement fort lentement et de loin ; mais lorsque la moitié de la barque pour le moins est élevée à la hauteur du Canal supérieur, comme le courant fait alors plus d'impression, on frappe le bassin avec grande vitesse, tous en mesme temps poussent de grands cris, et font ensemble un tel effort, qu'en un moment la barque achevé de monter et est mise en seureté dans l'eau morte qui se trouve entre les cotez du Canal et le milieu du courant. On fait décendre les barques avec beaucoup de promptitude et de facilité, mais aussi avec bien plus do danger."
Le nombre de ces barrages a varié suivant les époques; et nous donnerons plus baé la liste de ceux portés sur l'édition récente (Ou-tchangfoUj 1863) de la carte des anciens missionnaires. Leur hauteur est aussi très diverse. Il n'est donc point étonnant que d'autres voyageurs en aient compté un nombre moindre. C'est ainsi que le P. Martini (Novus Atlas Sin^isis. p. 54^ en compte seulement "plus de vingt," Cf. ibid. p. 105. — Du Halde. Description de V empire de la. Chine. Paris. 1735. T. I. p. 33. — Trigaut. De expeâit, apud Sinas, p. 332. — P. L. Le Comte. Nouveaux mémoires. Paris 1696. T. I. pp. 229, 230 avec ftg.^Le P. Fr. Jacinto de Deus capucin réformé, dans son ouvrage Vergel de Plantas Flores, publié à Lisbonne en 1690, c'est à dire deux ans seulement après la Belation du P. de Magaillans S. J., n'a guère fait que copier ce dernier, pour ce qu'il dit du Grand canal. — J. NieuhofiF. L'ambassade de la compagnie orientale des provinces unies. Leyde. 1665. chap. XXXVIII. Du Canal Royal de Jun. Diverses écluses, p. 153.
"l îo
«1 ïc
•II" S?ÎS
Ir
iife->«-«^B^4y
rihMMM^
TùV
ainsi assez tranquillement, mais bientôt après le Canal exigea des réparations considérables
En 1^56 on cura le Yun^ho depuis le Hoai-ho jusqu'au Kiang, Le Hoang-ho exigea de semblables travaux, pour rendre à ses eaux un lit convenable. Trente ans plus tard, on creusa de nou veau le canal, de T^ong tcheou au Hoai-ho et du Hoai-ho au Yang^tse-kiang .
En 1494 on compta cinquante jours de neige; il s*en suivit ane inondation sans pareille : toutes les campagnes avaient disparu sous les eaux. Les digues de la partie méridionale du Yun-ho furent complètement détruites; le Gouverneur du canal Wang
I dut les refaire.
En 1569 le Hoai-ho monta de plus de vingt pieds. Les flots rompirent les digues des canaux et les chaussées des lacs, et entraînèrent pêle-mêle hommes, animaux et maisons; tout fut détruit dans le Hia-ho, L'année suivante le Gouverneur des canaux Wong ^, ne voyant pas comment réparer tant de désartres, prit la fuite. Il fut destitué, ainsi qu*un très grand nombre ne ses officiers subalternes. P^an ^ son successeur rétablit la circulation sur le canal.
En 1571 nouvelle inondation au nord du Hoai-ho, Le Canal rompit de nouveau ses digues, et la ville de P'ei tcheou J|5 ji{ disparut. Les jonques impériales furent submergées en grande partie et plus de quarante wan. de tan de riz (400090 piculs) allèrent nourrir les poissons. Plusieurs milliers de soldats, venus pour le sauvetage, périrent misérablement dans les flots. Le Gouverneur P'an fut changé. Son successeur^ après de nombreuses conférences avec ses adjudants, construisit une digue de cinq cent cinquate H, de Tcha-tcheng dans le Chan-tong jusqu'à Ts'ing-kiang-p*ou, Pour la maintenir en bon état, il fixa un poste de dix hommes de trois li en trois h*. C'est cette beUe digue, encore en bon état avec ses postes militaires bien entretenus, que suivent de nos jours, les milliers de chars qui chaque année se rendent de TsHng-hiangp^ou à Pé-king et rice-rersa. Le jour où les Chinois, rompant avec leurs préjugés, voudront établir une voie ferrée dans ces parages, rien ne leur sera plus facile que de poser leurs rails sur cette digue toute préparée pour les recevoir. La ville de P'ei-icheou fut aussi relevée. Tous les travaux terminés, on put de nouveau naviguer de I-tcheng fi[ ^ à Tchang-kia-'wan $ ^ 9. C'est une distance de deux mille huit cents li. Ce long canal n'était pas partout d'un entretien semblable ; la partie voisine du Hoang-ho était de beaucoup la plus diflicile. Des précautions spéciales étaient de toute nécessité pour la sûreté des voyageurs.
La 1*" année de Wan-li K /g (1573) le Gouverneur Wan Kong "^ ^ remit en usage des barques plus légères, capables de transporter seulement un chargement de quatre cents tan de riz.
II améliora aussi la voie. Il fit construire le long de la rive plusieurs
dizaines d'écluses de décharge, qui devaient s'ouvrir à Tépoque des grandes eaux. On en comptait vingt-trois de I-tcheng h T'sing^ kiang-p'ou. Sur la môme étendue, il fît aussi cinquante-et-une bouches de décharge appelées long. Des écluses élevées en travers du canal facilitaient les passages où les eaux n'avaient pas le môme niveau. Le lit fut recreusé plus profond et plus large et les digues s'exhaussèrent d'autant avec le limon qui en provenait: excellent travail qui faisait circuler l'eau et fortifiait les chaussées. La traversée du Hoang ho ofïrait toujours les plus grandes difficultés ; l'écluse T'ien-fei icha ^ iE [^ ^^^ aménagée de manière à mieux régler les courants qui devaient porter les barques à l'entrée du Tchong-yun fio «f El IpI-
Tout le monde se réjouissait de voir ces travaux si bien réussir, mais la joie du peuple se changea bientôt en tristesse. En 1595 le Hoai ho apparut furieux. Ses flots enlevèrent les chaussées du Hong-tché hou et rompirent les digues du canal à Paoyng, Kao-yeou, Ts^ing-choei-t'an, Ting^tse-keou et autres lieux. Se tcheou jfg j^ chef-lieu d'arrondissement, ville bâtie sur la rive occidentale du lac, fut submergée (1).
En 1597 les digues furent de nouveau rompues à Ts'ing^ choei-t'an ^ ^ j^ ®^ ^ Chan-yaiig [J[j ^. A cette époque le Hoait'ong ho "^ ^ ^ vint plusieurs fois mêler ses eaux à celles du Hoang ho et du Hoai ho et il en résulta des inondations épouvantables. Pour y remédier, le Commissire Li ^, en 1604, élargit considérablement le Kia ho sur une étendue de deux cent soixante li,
La 3® année de Tch'ong-^tcheng ^ ijj^ (1630), les pa JJ de Sou^ hia-tsoei j|^ ^ 5f et de Sin-k'eou ^ P furent enlevés par la violence du courant, et les eaux se répandirent sur le territoire de Hoai^ngan fou et sur les sous-préfectures de Kao-yeou, T'ai tcheou et plusieurs autres. Au nord et au midi de la ville de Kao^yeou plus de trois cents toises de la digue avaient disparu, entraînées par les flots. Deux ans après, à la porte du midi de Kao-yeou, récluse du pont suspendu ffy ^ ^ s*écroula; toute la ville fut inondée ; les barques circulaient dans les rues et un grand nombre de personnes, surprises par le torrent, y périrent misérablement.
Le Gouverneur du canal et la plupart de ses subordonnés furent destitués. Lieou Yong-se §l] H g^ son successeur creusa dans la sous-préfecture de Sou-ts'ien S^ ^, un canal qui mettait en communication le Hoang ho avec le Yun-liang ho. C'était une grande faute : il fut cassé et sévèrement puni. Peu de temps après, le fleuve Jaune et le Hoai ho s'unirent dans un même débordement et les digues du Canal furent brisées en maints endroits. C'était une fin de dynastie ; les calamités se succédaient sans cesse. L'année
(1) Voir fH >? flï ^ dernière édition. 8""« année de Koang Siu. KHuen 5. p. 20
1640 apporta une sécheresse désastreuse, suivie de Tépidémie et de la famine. Le teou i(- (mesure de dix livres) de riz se vendait trois ts'ien ^, trois dixièmes d'une once d'argent. A Kao-yeou le mandarin et plusieurs notables distribuèrent deux cents tun de riz: ils donnaient à chaque mendiant une provision pour cinq jours et ils la faisaient porter aux malades qui ne pouvaient se présenter eux-mêmes. L'année suivante la sécheresse amena les sauterelles; la famine continua. Les pauvres cherchaient h prolonger leur existence en mangeant une espèce de pâte faite d'une terre très légère, mais souvent elle se gonflait dans les entrailles et causait la mort au lieu de la prévenir.