CHAPITRE V
Ces désastres et beaucoup d'autres infortunes marquèrent la Gn de la dynastie des yfing (1644). Mais sous les Ts'ing JJ les fléaux continuèrent. La 4^ année de Choen-tche jg ^ (1647) amena h la 6^ lune des pluies torrentielles qui produisirent une grande inondation. On ouvrit deux nouvelles écluses. Tune à Ting-i et Tautre à Pé'-kin, et Teau diminua. Deux ans après, à Kao^ycou la digue fut rompue sur uue étendue de plusieurs centaines de toises. 'Les riches de la ville distribuèrent quantité de boisseaux de riz pour empêcher les pauvres de mourir de faini.
En 1656 un tigre parut sur le territoire de Kao-yeou : selon les idées du peuple, c'est un présage de grands malheurs. Le terrible animal franchit les lacs; il fut pris et brûlé à Tcheng^kouo-che. En 1659 toute la campagne fut sous Teau.
La 1^^*^ année de K'ang-hi (1662) ne fut pas plus heureuse. On dut ouvrir sur le Hong-tehé^hou une nouvelle écluse que l*on nomma Tcheou-k^iao^tcha j^ 4lt ^ et les digues du canal furent ébréchées en maints endroits. En 1665 un vent de tempête jeta les eaux des lacs sur Kao^yeou; dans les rues de la cité, elles avaient plus de dix pieds d'élévation. Les vagues grossissant en descendant avaient vingt pieds de hauteur aux portes de YanÇ" tcheou. Heureusement on parvint à les fermer solidement.
En 1668 le Canal perdit ses digues à Lou^kin J^jji- On les répara Tannée suivante et on fit en pierres les parois de T^ien-fei" tchn et de plusieurs autres écluses, souvent en mauvais état par la malveillance de quelques riverains qui se permettaient de les ouvrir ou de les fermer à volonté. A la 6* lune de la même année eut lieu une furieuse tempête accompagnée d*une pluie torrentielle. Elle dura dix jours sans discontinuer Le vent jeta vingt pieds d*eau .dans la ville de Kao-yeou; les murs et les portes furent entraînés par le torrent, ainsi que les bourgs de la campagne ; le nombre des morts fut incalculable. L'empereur fit distribuer a Kao-yeou vingt mille tan de riz.
L'année 1669 ne fut guère plus heureuse : l'inondation se renouvela, parce que l'écluse de Tcheou^k'iao n'avait pas encore pu être fermée à l'époque de la crue des eaux. La famine et la mortalité continuèrent.
En 1670 le HoaUho déborda de nouveau : Técluse Tcheouk'iao céda «encore et toute la contrée redevint un^ mer d'eau douce. Le gouvernement fît distribuer vingt sept mille tan de riz aux affamés de Kao-yeou,
L'année suivante les mômes désastres se renouvelèrent et Kao-yeou obtint un subside de vingt mille tan de riz. L'empereur fit recreuser le Canal et réparer les écluses; on en ferma quelques unes et on en ouvrit plusieurs nouvelles.
En 1672 à l'époque d'une terrible inondation qui détruisit toutes les récoltes, il parut subitement dans les canaux une si grande quantité de poissons qu'on les achetait une sapèque la livre; mais le phénomène ne dura que dix jours.
La 16* année de K'ang-hi (1677) les chaussées du Hong* tské-hou furent grandement endommagées à Ou-^kiateng, Kao^ kia-yen et autres localités, au nombre de seize « L'année suivante dessécha les rivières : on en profita pour faire les réparations urgentes. A Ts'ing-chceUt^an les remous avaient creusé des fosses si profondes qu'on dut changer le lit du Canal. La nouvelle voie, tracée dans le lac de Pao-yng, prit le nom de Yung-ngan ^ -î^f, «Éternelle tranquillité». On recreusa aussi le Ftin-hang ho de Hoai-ngan jusqu'au fleuve Bleu. Sur le Hong^tché-hou on changea en pa l'écluse Tcheou-k'iaoAcha et on refit trente li de digue. L'expérience avait démontré qu'à l'époque des grandes crues, les eaux ne trouvant pas de passage tout préparé, brisaient tous les obstacles et renversaient toutes les chaussées faites à. grands frais. On voulut remédier à cet inconvénient. En 1680 on commença à construire sur le bord oriental du grand lac, six pa, ou grandes écluses bouillonnantes.
La l^''^ à Tcheou-k'iao avant 14 toises d'ouverture (1).
La 2^™e à Kao^liang-kien en avait 10,2.
La 3ème i Ou'^kta-teng en avait 10.
La 4^^"® à Tang-heng en avait 48.
La 5^™® à Test de Kou^heou en avait 34,5.
La 6^™® à l'ouest de Kou-keou en avait 43,5.
Ces six grandes écluses, lorsqu'elles étaient toutes ouvertes en môme temps, fournissaient à l'écoulement des eaux un passage de plus de cent soixante-dix toises.
La 23° année de K'ang^hi (1684), le fameux Tartare, Cheng-tsou Jen-hoang-ti M Ift t S '^^ visitait les provinces méridionales de son empire. Du bateau qui le portait sur le Canal im- .périal, il voyait flotter pêle-mêle dans le Hia-ho les maisons, les animaux et les hommes. Son cœur fut vivement ému d'un spectacle si navrant. Il demanda à son Ministre Kin Fou Igf |||, Gouverneur général des canaux, pourquoi Teau restait ainsi dans
(1) La toise, 3C trhang est de dix pieds, /^ tch^Cj et le pied a environ 35 centimètres.
les sous-préfectures de Kao-^yeou, de Pao^yng, de Hing-hoa, et de T'tii'^tcheou, Kin Fou lui répondit : «Les sous-préfectures de Kao-yeou, de Pao-yng, de Hing-hoa et de T'ai-tcheou ressemblent à une assiette. Autrefois des canaux conduisaient naturellement les eaux des lacs à la mer orientale; mais depuis longtemps ils n'ont point été curés, ils sont remplis de limon et complètement obstrués. Maintenant pour éviter le séjour des eaux dans le Hia ho et le désastre des inondations, il faudrait recreuser les anciens canaux.»
L'Empereur demanda : «Combien de liang, (onces d'argent), faudrait-il dépenser pour recreuser ces anciens canaux?»
Le Ministre, après avoir tenu conseil avec ses principaux conseillers, vint donner sa réponse au monarque : «Sire, dans si peu de temps, nous ne pouvons fixer exactement le chiffre, nous pensons qu'il faudrait environ un million de liang. (ÎTn liang vaut 37,32 grammes d'argent; c'est le taël du Trésor public J!^ 2p.)
L'Empereur reprit : «Si le peuple faisait lui-même ces travaux, combien de temps lui faudrait-iiy» — «Majesté, répondit Kin Fon, il lui faudrait plus de dix ans.»
«C'est attendre trop longtemps, dit le monarque, il vaut mieux employer l'argent des contributions et commencer tout de suite les réparations. Je ne puis supporter que mon peuple reste dans une semblable détresse. Pour l'en tirer, je veux faire tous les sacrifices. Allez donc et agissez en conséquence. Dans dix jours vous viendrez me rendre compte de vos observations.» / iSan^f-wo ^ m PHj et autres mandarins des ponts et chaussées allèrent avec les sous-préfets locaux visiter les canaux et bien examiner leur état. Au jour fixé, ils étaient de retour dans le cabinet de l'empereur. Ils confirmèrent la première information : les eaux des sept sous-préfectures du Hia ho devaient naturellement couler à l'est, suivre les canaux Tch'é^lou ^ 0, Pè^l*ou â ^ et autres, se rendre dans le Yun-yen-'tch'oan^tch'ang ho % Si $ ^ 7^ ?^' dessert toutes les salines, en sortir par les bouches de Pé-kiu È 19. Ting-hi "J* g|, Ts'ao-yen % jg et autres, au nombre de plus de dix, toutes pratiquées dans la digue maritime, appelée Fan-korfg-ti ^ ^^, et aller se perdre dans l'Océan. Mais tous ces canaux sont remplis de vase, de sorte que là, le terrain est plus élevé qu'à Kao-yeou. Le qu'il y a à faire, c'est de les recreuser et de les élargir, les eaux s'écouleront comme auparavant, et les habitants du Hia ho seront délivrés des fléaux qui les anéantissent.
Après de nombreuses conférences où les conseillers étaient loin d'être tous du môme sentiment, le président vint soumettre à l'approbation de l'empereur un dernier projet avec les plans et devis. On proposait de réunir les eaux du Hia ho dans un vaste canal qui les conduirait à la mer. On les ferait couler entre deux digues, éloignées l'une de l'autre de cent-cinquante toises, hautes de seize
pieds, dix de plus que le niveau de là marée, et s' étendant de Kao^yeou à la mer, sur un parcours de plus de trois cents li. De plus on voulait fermer plusieurs tcha et pa PJ^i^, ayant ouverture sur le Hia ho, et ouvrir au midi de Chao-pé igjj fg ceux écluses en pierres. Les eaux du Hong^tché hou ^$^^ qui y passeraient, se diviseraient: la moitié coulerait dans le Yang-'tse kiang ^ ^ f£ par le Wang-tao t? ^ jSf le Pé-t'a â ^ JPf ^^ autres canaux ; l'autre partie alimenterait le grand Canal des transports des sels, et irait se jeter dans la mer Jaune à Hai-men. Pour exécuter ces projets, il fallait tirer du trésor public deux millions sept cent quatre vingt deux mille trois cent soixante-dix taëls. ou onces d'argent, somme qui représentait naguère près de (20.000.000) vingl .millions de francs. L'empereur approuva la délibération et commanda h son Ministre des finances de verser immédiatement la moitié de la somme demandée, afin que les travaux pussent être commencés sans délai. Au bout de trois ans Tœuvre était finie.
Quelques dizaines d'années après, les mêmes causes avaient produit les oiêmes effets. Les digues avaient été enlevées par les inondations, les canaux étaient pleins de graviers, les bords de la mer s'étaient encore exhaussés, peu d'eau se rendait à l'Océan et le Hia ho, aux jours des grands cataclysmes, redevenait mer, lac, ou étang.
Je ne veux pas" suivre moiïi auteur d'année en année ; les mêmes faits se. renouvelant trop souvent, mom récit deviendrait monotone. Le règne de R'ang-ki qui dura 61 ans compta dans le Yang-tcheou fou vingt-cinq inondations. Je me bornerai à en signaler les faits les plus remarquables.
D'abord il est bon de noter qu'à l'époque des grandes calamités publiques, les Chinois deviennent dévots, comme les matelots devant la tpmpête. Les mandarins prescrivent des jeûnes de pénitence ; les notables cherchent de l'argent et tous les marchands, grands et petits, se cotisent pour réunir la somme nécessaire afin de promener l'idole en procession : c'est une afTaire de dix à vingt mille taëls. Au jour fixé, les habitants des villes, non moins zélés que ceux des campagnes, se mettent à la suite du dieu, à travers les rues de la cité durant des heures entières, au milieu d'un vacarme indescriptible. C'est ainsi qu'on le prie de détourner le fléau qui détruit le peuple. Parfois on l'expose aux injures de Tair, pour lui faire comprendre qu'il faut la pluie ou le beau temps. Lorsque tous les dieux connus et invoqués jusque là restent sourds aux supplications du peuple, quelque puissant personnage invente une nouvelle divinité. C'est ce qui eut lieu sous le premier empereur des Ming Çg (1368); Hong-^hou §11^ venait de conquérir sur les Mongols, l'empire chinois qu'ils avaient gouverné 88 ans ; il pensait jouir en paix de sa conquête, mais le Ciel sembla se déclarer contre lui. Des pluies torrentielles inon-
daient toutes les provinces. Vainement on avait invoqué tous les génies tutélaires de Tempire; le fléau ne s'arrêtait point. Lieou Pé-wen ^ fiâ S' vacher dans son enfance, îio même que le nouveéu monarque qui en avait fait son premfer Ministre, trouva un moyen infaillible de faire cesser les pluies Avec l'approbation de son maître, il fit couler en fonto neuf bœufs, deux tigres et une poule, munis à Tintérieur d'un cœur d'or et d'intestins d'argent. Il fit placer ces bêtes dans les localités les plus exposées aux désastres des inondations. Chao-pé et 3fci-pon(/-wan, bourgs situés sur le Canal impérial et Kao^liang-kien sur le Hong-tché-hou^ possèdent chacun un bœuf de fer. Un autre bœuf, un tigre et la poule se trouvent dans la pagode de la Reine du ciel à T'ien-feitcha.
Sous le règne de K'ang-hi le fléau des inondations se reproduisit très fréquemment. Un censeur de Tempire, Tchang P'ong-ho ^ HI ||. dans une requête au trône, en signala la cause : c'est que les bœufs de Hong-hou étaient vieux, couverts de rouille et devenus incapables d'arrêter les pluies. En conséquence, le sage conseiller demandait qu'ils fussent renouvelés, l'illustre Tartare approuva la supplique : de nouvelles bêtes à cornes allèrent predre la place des anciennes qui s'étaient laissé enlever le cœur et les entrailles par des gens avides d'or et d'argent. «Mais les inondations ne cessèrent pas de désoler l'empire.
La 35* année du même règne (1696), le 24* jour de la 7" lune, il s'éleva un vent de tempête des plus violents ; la pluie tomba par torrents, les flots bouillonnaient avec fureur, et l'eau s'éleva de plus de vingt pieds. L'écluse de la porte du midi de la cité de Kao-yeou se rompit et le torrent se précipita par la brèche. Les mandarins firent tous leurs efforts pour sauver les murs d'enceinte. Les habitants quittaient la ville en descendant du haut des murailles par de grosses cordes dans des barques de sauvetage. Le péril était grand: la moindre inadvertance faisait chavirer l'embarcation, et les maladroits disparaissaient dans le gouffre écumant. Le Chang-ho et le Hia-ho avaient pris le même niveau. Au bout de dix jours, l'eau commença à décroître. Le gouvernement dispensa du tribut et distribua des secours aux plus nécessiteux.
Les eaux furent grandes aussi les 37" et 38" années de K'anghi, mais ce fut bien pire la 39*. Le Hoang-ho el le lloai-ho descendirent au midi, et le flux du Kiang remonta au nord, de sorte que les trois grands fleuves se mêlèrent dans le Yang-tcheou-fou. Plusieurs départements étaient devenus une vraie mer ; il y avait quarante pieds d'eau à Chao-pé, On ne fit point de moisson, et Tannée suivante, on ouvrit à douze ou -quinze H de Yang-tchpou deux nouveaux canaux courant vers le fleuve lilcu : l'un fut appelé Jen-(se-/io A '^ pi ^^ l'autre jf^ pj| fpf Wan-rpou-ho, La
38 tB GHANi) CANAL.
40® année de K^ang^hi, TEmpereur dit à son Conseil privé : «Maintenant, les affaires des canaux commencent à s'éclaircir, néanmoins il nous reste beaucoup à faire: les six pa construits la 19* année sont déjà obstrués; les eaux du Hoang ho ne pouvant plus s'écouler, refluent sur elles-mêmes; de plus la jetée de Kao-fetay^^ 1^ ^ ifii n'étant point aesez solide, est en danger de céder. Si elle vient à se rompre, les départements du Yang-tcheou fou et du Hoai-ngan fou seront submergés. Laisser les canaux s'obstruer c'est une faute que Yu Tch'eng-long ^ js£ H n'aurait pas commise. Maintenant que les eaux deviennent grandes, le territoire de Hiu^i hien B}' |^ j|^ et de Se-tcheou ^ ji\ est exposé aux plus grand malheurs. Que je jette les regards vers l'orient ou vers l'occident, je ne vois que des calamités fondre sur mon peuple; ces pensées me poursuivent jour et nuit. C'est à vous de me proposer au plus tôt des moyens efficaces pour remédier à ce triste état de choses.» Le Gouverneur général des canaux, Tchang P^ong-'ho ^ ]Q| ]^, chercha à justifler sa manière de faire, mais l'empereur lui fit de sévères remontrances et l'envoya chercher le moyen de réparer sa faute.
Deux ans après, l'Empereur visitait lui-môme les travaux exécutés sur le Hong^tcliê-hou. Il donna l'ordre de construire sur la rive orientale trois nouveaux jja; l'un, au midi, avait 70 toises de longueur et 6 pieds 8 pouces de hauteur; le deuxième^ au nord, mesurait 70 toises de long et 6 pieds 8 pouces de haut; le troisième n'avait que 60 toises de long et aussi 6 pieds 8 pouces de haut. Lorsque ces grands barrages furent terminés, on construisit en aval, des digues fort élevées pour conduire les eaux au loin dans les lacs inférieurs. On exhaussa aussi la chaussée et on la consolida avec des pierres de taille sur une étendue de 87 li, de Oukia-^k'iao fC ^ >fg jusqu'à Ts'ing-ho Kao-yen ^ Jg.
La construction apparaissait au loin comme une montagne. L'intention du monarque était de diviser les eaux à l'époque des inondations : une partie serait refoulée dans les fleuves Hoai et Hoang; l'autre par un on plusieurs pa ouverts à dessein, s'écoulerait par les lacs inférieurs dans le Canal impérial. Là, dans la digue orientale, étaient aussi pratiqués plusieurs pa correspondants à ceux du grand lac, que Ton devait ouvrir au moment du danger, suivant la crue des eaux. Malgré les inondations qui signalèrent la fin du règne de R'ang-hi, tout ces travaux furent heureusement exécutés. Sous Yong-tcheng ^ JE \e trésor solda l'argent néces-, saire pour les terminer.
Le règne de K'ien-long j^ j^ (1746-1796) compta seize années de grandes eaux. Je me bornerai à extraire des Chroniques ce qu'elles en disent de plus remarquable. En 1742 les 27, 28 et 29° jours de la 6® lune, la pluie tomba par torrent ; l'eau s'éleva de plus de dix pieds. Le 15 de la 7® lune, les cinq pa de la digue de KaO'ijeou étaient ouverls. Pour protéger la cité on boucha
ri. XV.
solidement toips les canaux qni avaient ouverture dans la ville. Le Chang-ho et le Hia^ho furent également submergés. Le gouvernement distribua (500 000) cinq cent mille onces d'argent; les pauvres furent nourris jusqu'à la i^^^ lune intercalaire de Tannée suivante. En 1751 l'empereur visitait ses provinces du midi; il voulut aussi examiner par lui-même les voies de communications et les chaussées. Les eaux du Hong-tché-hou ont pour cours naturel et ordinaire le lit du Tsin-keou vers le nord, ce n'est que pour cause de crues extraordinaires qu'elles se font une route latérale par les lacs de Kao^yeou, Pao^yng et autres. S'étant bien rendu compte de ces faits, le monarque donna Tordre d'ajouter deux nouveaux pa, aux trois déjà construits la 42* année de K'ang-hi, et leur donna les noms de Jen, I, Li, Tche et Sin,
tl) iK* JBf ^i fil 9 (^)* li traça également un règlement pour l'ouverture de ces cinq pa à Tépoque des grandes eaux. Il faut toujour chercher à prévenir les débordements et les pa ne doivent s'ouvrir que dans les cas d'urgente nécessité, pour éviter d'inonder le Chang-'ho, De même il ne faut ouvrir les cinq pa de la digue ' orientale du Yun-^liang ho qu'à la dernière extrémité de peur de submerger le Hia-ho. Lorsque les eaux sont très grandes, ce qu'indique une échelle de graduation, on ouvre les trois premiers pa^ Jen, I et Li, si le niveau se maintient. S'il s'élève de trois pieds 5 pouces, on ouvre encore le Tche^pa; si les eaux ne diminuent pas, on lâche aussi le Sin-pa. L'aiHuence des flots dans le Canal impérial force à faire une opération semblable dans la digue orientale ; on ouvre successivement les cinq jja, suivant Un ordre prescrit; on commence par le Tc/i'ë-^ou-pa J^ jg {^ parce qu'en aval il y a une magnifique tranchée qui conduit les eaux assez loin dans le Hia-ho. C'est ce qui reste des deux fameuses digues élevées à tant de frais la 15* année de R'ang^hi.
Si les eaux augmentent, on ouvre en deuxième lieu ATan- /loan-pa llf H IS > si le niveau ne diminue pas, on ouvre Sin-^pa ISi ifi'y 8Î l6 ^ot ne fait que grossir, on ouvre Tchong^pa rfi jg, le plus difficile à ouvrir et à fermer, parce qu'il est plus bas que les autres. Ces quatre pa sont sur le territoire de Kao-yeou. Le cinquième, rc/iao*àoan-pa B3 HJ^se trouve dans la sous-préfectufe de Kan-'ts'iuen hien "M" j^ JH (2). Le iVan-/toan*pa fut construit en pierres la 41* année de K'ang-hi. Il a 66 toises de longueur sur une hauteur de 7 pieds 5 pouces. En aval se trouve aussi un beau canal qui mène les eaux par Hing^hoa et le Fan^-kong^ti à la mer Jaune.
Le Tch'éAoU'pa fut construit de même la 41* année deK'anghi. Il mesure 64 toises sur une hauteur de 7 pieds 7 pouces. Le Tchong^pa est de la 47* année du même règne. Il a 12 pieds
(1) «Clémence, justice, civilité, pradeuce, sincérité.»
(2) Le Chef -lieu de cet arrondibsenient se confond avoc Ia viUe mAme de Yang-Uheou.
d*éldvation. Voici comment les Chroniques rapportent Torigine du Sin^pa et du Tchào~koan-pa.
La 2* lune de la 22® année de KHen-long, le Bureau des canaux publics exposait ce qui suit dans un rapport à l'Empereur : «Les cinq pa du Honq^tchè-hou donnent à l'eau un passage de 320 toises, tandis que les trois pa de Kao-yeau n*ont ensemble qu'une étendue de deux cents toises. En conséquence, Teau qui vient ne peut toute s'écouler; il est donc impossible d'empêcher l'inondation. II faudrait ouvrir deux nouveaux pa : l'un serait à TchaO'koan et pourvu d'un canal qui conduirait l'eau au delà de la digue maritime, Fan-kong-ti,» L'Empereur traça sur cette pièce les deux caractères : «J'ai entendu», et la fît remettre au Ministère des travaux publics.
Le Ministère des travaux publics fît observer que les eaux des lacs qui entrent dans le Yiin-ho par vingt a trente ouvertures, se divisent en deux voies : les quatre cinquièmes se jettent dans le Hia^ho par les long, les tcha et les pa, s'écoulent par divers canaux, passent en partie par les écluses de la digue maritime, et se perdent dans la mer Jaune. L'autre cinquième entre dans le Canal impérial au midi du bourg de Chao-pê et se précipite dans le Yang-tse-kiang par Koua-tcheou, l-tcheng, Pé-fa-Zio et autres canaux. Néanmoins comme les eaux du HoaUho et autres rivières ne peuvent être contenues dans Vécuelle de Kao^yeou, il est bon de construire les deux nouveaux pa demandés. Ainsi il y en aura cinq dans la digue du Canal, correspondants auv cinq pratiqués dans la chaussée du Hong^tché^hou.
Ces pa existent encore en 1893 et fonctionnent toujours à l'époque des grandes crues, suivant le règlement tracé sous le règne de KUen^long.
Quelques exemples tirés de l'histoire feront facilement comprendre tout le système.
La 43* année de K^ien-long (1778). le Hoai-ho et le fleuve Jaune grossirent démesurément, par suite des crues des cours d'eau du Ho^nan.
Les lacs et le Tsin^keou furent bientôt remplis; l'inondation était générale. On ouvrit les cinq pa du lac et les cinq pa de la digue du Canal,- les deux départements furent sous l'eau durant plusieurs mois.
En 1786, à la 6® lune, une pluie remplit en peu de tems le /foang-/io et le Hoai-ho. On ouvrit d'abord au nord dans le Hoaingari'fou plusieurs pa. L'eau continuant à grossir, on ouvrit aussi les cinq pa du lac et ceux de la digue; le pays était 'devenu une vaste mer.
La 9èi^^« année de Kia-k'ing ^, $^ (1804), à la 8» lune l'eau monta de 13 pieds dans le lac de Pao-yng; à Kao-yeou on ouvrit trois pa, Tch'é-lou-pa, iVan-ftoan-pa et Sin-pa,
L'année suivante la violence du vent et des flots fît rompre
I-pa du lac. Un torrent se précipita sur Xao-yeou ; le 3 de la 5^"»« lune, Tc/i'é-fou-pa, .Van-ftoan-pa, Sin-pa et Tchong^pa étaient ouverts ; on boucha solidement toutes les portes, mais la moitié des remparts s'écroula.
En 1806. sur le lac on ouvrit Tche et Li-pa, k Koa-yeou, Tch'è'lou et Nan-koan-pa.
L'an 1808 amena des phénomènes extraordinaires. A la 5 ' lune on ouvrit Tche et Sin-pa sur le lac. Le Canal débordait, on ouvrit Tch'é-loU'pa et Tenu diminua se perdant dans les marcs et les étangs. A la 0" lune le Canal était à sec. ses barques ne pouvaient plus circuler, puis à la 1^^^ lune les eaux redevinrent tellement grandes qu'on dut ouvrir les cinq pa.
L'an 1810, le 15" jour de la 10'* lune, un vent violent rompit Jen, I et Tche^pa; les flots se ruèrent sur Kao-yeou: bientôt le Canal débordait. Le mandarin consolida ses pa à Texception de Tch'é-lou-pa qu'il fit ouvrir. Dans la sous-préfecture de Kiangtoii-hien (1) on ouvrit tous les pa, les tcha et les long, et les eaux s'écoulèrent dans le fleuve Bleu. Hing Floa, T'ai^cheou, Tongt'ai, Yen-tch^eng, Fcou-ning et autres sous-préfectures ne souffrirent point de cette inondation.
Le tableau suivant fera encore mieux comprendre ce qui a été dit précédemment. C'est un extrait de la dernière édition des Chroniques de Kao-ycou. Il indique les circonstances des principales grandes crues des derniers règnes depuis 1844. On y marque Tannée, le mois, le jour, la hauteur de Teau et l'ouverture des pa.
Aiincc.
Lniip.
Jour.
llniit^nir
\ Ouverture
de 1 eau (J).
des j*a.
pieds
13Jpoiic
Tch'é'loU'pa, 1 Tchong-pa, ,Sm-pa.
Tch'é-lou-pa.
Tch'è'loU'pa.
Sin-pa, Tchong-pa,
iVan-Aoan-pa.
rc/i'é-Zou-pa.
Tchong-pa.
•Van-/foan-pa.
Sin-pa.
(1) lie Chef-lieu de cet arrondissement se confond aussi avi-c l.i ville préleetoralB de Yavff-tchcou.
(2) La lonf(ueur du pied (fi) dési^Mié ici, est d'environ 35 centimètres.
LB aRAND CANAL.
Année.
Lune.
Jour.
Hautenr de l'eau.
Ouverture de8j>a.
pieds
15,6po»<:-
Tch'é'loU'pa.
Tchong-po.
Tch'é'loU'-pa^ Tchong-pa.
Tch'é^loU'pa,
Sin^pa,
Nan-feoan-pa.
Tch'é'lou-pa, Tchong-^pa.
rc/i'é-ïou-pa.
Sin-pa.
Tch'é'lou-pa.
Nan-ftoan-pa.
Tch'é-loU'pa.
Tch'éAoU'pa.
Nan-ftoan-pa.
Sm-pa.
Tc/i'c-tou-pa.
Nan-ftoan-pa.
Le Hia-ho renferme en tout ou en partie le territoire de neuf sous-préfectures et compte trente et un millions d'arpents (||j() de terre; ce qui représente environ deux millions trois cent mille hectares. Quand on ouvre un ou plusieurs pa, il ne s'écoule que peu d'eau à la mer, car il n'y a point de digue pour la maintenir dans les canaux, et les écluses du Fan'kong'-ti, seulement au nombre de dix-huit, n'offrent que soixante-dix toises d'ouverture. L'eau vient rapidement et ne peut s'écouler que lentement, elle se répand donc nécessairement dans la plaine du Hia-ho et couvre une immense surface. Si l'inondation est forte et qu'il vienne à souffler un vent violent de tempête, c'est une ruine universelle. Le pays devient une mer des plus dangereuses; tout le monde se réfugie sur une plage moins inhospitalière. Après la retraite des eaux, heureux celui qui retrouvera sa maison encore debout, quoiqu'il l'ait bâtie sur un tertre de six pieds de haut. Par bonheur ces calamités sont devenues plus rares, depuis que le fleuve Jaune a reporté son cours vers le golfe du TchèAi (1).
(l) Pour compléter cette seconde partie de notre étude, nous donnerons ici le résumé d'un intéressant article de M. H. Plaj-fair (China Review. Juin 1875) sur le tranport du tribut en grain par le Canal. Les sources auxquelles l'auteur a emprunté ses documents {Ta-taing koei-ticn ^TC ]^ W 4K ) Édit. de 1818) conviennent précisément à l'époque qui vient de nous occuper : l'éventuatité d'une guerre avec la Chine et d'un blocus du côté de la mer, pourraient du reste rendre un jour ces notions rétrospectives, d'un intérêt très actuel-
SNtRETIBN DU CANAL SOUS LES T8IN6.
I. Au commencement de ce siècle, le personnel de ce service comprenait outre le Gouverneur général (Jf M Ift^^) et huit Intendants (SlîE). 242 Lieutenants('f"i|j) , Î18 officiers d'escorte (81 flÇ)? et OG.llO hommes de pavillon ÛR T)'
Lie tableau suivant donnera la répartition de ce personnel selon les différentes Iiitcndauccs.
Intend.
Lieuten.
Off. d'escorte
Hommes de pav.
i^lottcs.
Il] M