CONGRÈS
Réunion annuelle de la Société Helvétique des Sciences naturelles. — La Société Helvétique des Sciences naturelles, qui joue en Suisse le rôle d’une académie scientifique et fait d’ailleurs partie de l’Association internationale des Académies, et qui est le centre de tout mouvement d’ensemble dans le domaine des sciences dans ce pays, a tenu sa réunion annuelle à Altdorf, dans le canton d’Uri, les 8, 9 et 10 septembre
La première journée a été consacrée aune Assemblée générale dans laquelle ont été traitées diverses affaires administratives; en outre, dans des conférences générales, MM. les professeurs de Kovalski, Wiechert et Weiss ont résumé les travaux modernes sur les rayonnements, sur l’électricité atmosphérique et sur le rôle des phénomènes magnétiques dans l’étude des conceptions moléculaires et atomiques ; la conférence de M. le prof. Weiss a été particulièrement appréciée.
La seconde journée était consacrée aux séances de sections dans lesquelles ont été présentées un grand nombre de communications sur les mathématiques, la physique, la chimie, la géologie et la minéralogie, la botanique et la zoologie.
Enfin, le dernier jour, une nouvelle Assemblée générale avait lieu, consacrée de nouveau à quelques affaires administratives et à des conférences générales, parmi lesquelles il convient de mentionner de façon spéciale celle de M. le prof. Chodat sur le pigment des végétaux, et celle de M. le Dr Paul Sarasin sur le Parc national Suisse.
La Société Helvétique des Sciences naturelles, fondée à Genève en 1815, a été l’initiatrice d’un grand nombre de services scientifiques importants en Suisse. Elle a successivement créé ou au moins provoqué la création de la superbe carte topographique de la Suisse, des services géologique, géodésique et météorologique, des études systématiques sur les tremblements de terre, les glaciers, Jes rivières, les lacs et les marais. Ces œuvres sont dirigées par des Commissions spéciales, choisies dans son sein, et qui présentent chaque année un rapport sur leur activité. Elles sont subventionnées par le Gouvernement Helvétique; le montant annuel de ces subventions estactuellement de 80.000 francs environ. Au fur et à mesure que ces œuvres se développent et deviennent plus considérables, elles sont généralement reprises parle Gouvernement Helvétique, qui leur donne alors une organisation autonome : c’est ainsi qu’ont été constitués en Suisse les services fédéraux de la topographie et de la météorologie; il en sera prochainement de même du service sismologique, qui, créé et organisé parla Société Helvétique des Sciences naturelles, va passer incessamment dans les mains du Gou¬
vernement fédéral. Dans la réunion d’AItdorf, il a été décidé pai contre la création d’une nouvelle commission cliaigée d organiser des etudes et observations régulières sur l’électricité atmosphérique.
Mais, de toutes les créations récentes de la Société Helvétique des Sciences naturelles, celle qui présente 1 intérêt le plus actuel, tant par son importance que par sa portée, est celle étudiée par sa Commission pour la protection des sites naturels, «rganisée en 1906, et dont les travaux aboutissent à la création d’unsuperhe Parc national, situé dans la vallée inférieure de l’Inn (Grisons), soit dans la partie la plus sauvage des Alpes suisses. Par suite de contrats passes avec la commune de Zernez et diverses communes voisines, un territoire d’environ 100 kilomètres carrés, en un seul tenant, que l’on espère porter prochainement à 200 kilomètres car rés, sera en grande partie complètementsoustrait à l’intervention de l’homme; la flore et la faune qui y sont relativement très riches, — larégion est encore peuplée de chamois, et l’on y rencontre encore quelques ours, — pourront s’y développer librement et évoluer conformément aux lois naturelles. Seuls quelques chemins ou sentiers seront tracés permettant de parcourir les territoires réservés, et quelques blockhaus construits pour réprimer le braconnage, assurer l’interdiction de la chasse et organiser un service d’observations régulières. On pourra ainsi étudier la reconstitution d'une « biocénose » naturelle, et, dans une nature grandiose, on créera un véritable « refuge biologique » du plus haut intérêt.
Les territoires pris a bail par la Société Helvétique des Sciences^ naturelles pour le Parc national des Grisonsl’ont été les uns pour une durée de 25 ans, les autres pour 99; les frais de ces baux, de surveillance et d’observations sont couverts au moyen des ressources fournies par une Ligue populaire, la « ligue suisse pour la protection de la nature » créée sous les auspices de la Société Helvétique des Sciences naturelles, et dont les membres- ordinaires paient une contribution annuelle d’au moins 1 franc, — et les membres à vie une contribution unique d’au moins 20 francs. — Enfin le Gouvernement fédéral a annoncé son intention de demander aux Chambres des crédits annuels réguliers pour soutenir cette grandiose entreprise.
Tous ces détails, empruntés au substantiel rapportdu Comité central et à la belle conférence de M. le DrPaul Sarasin, Président de la Commission pour la protection des sites naturels, démontrent que les naturalistes suisses ont su mener à bien une œuvre importante, le « territoire réservé » des Grisons devant être, non seulement le premier en Europe par son étendue, mais dépasser encore, à certains points de vue, les célèbres «Réserves» américaines qui, on le sait, ne sont que partielles. E. S.