CHIMIE APPLIQUÉE
La porcelaine de magnésie. — Sainte-Claire-Deville et Caron, dans leurs recherches aux températures élevées, avaient montré le parti que l’on peut tirer de l’infusibilité et de la stabilité de la magnésie comme matière réfractaire. Par compression de la magnésie fortement calcinée, mélangée d’une faible proportion de magnésie moins cuite, ils obtenaient les creusets et nacelles nécessaires à leurs expériences (C. R. Acad. 1865 et 1868). Dès 1869, les usines céramiques Muller, d’Ivry, appliquaient les revêtement de magnésie aux convertisseurs et aux fours Martin des aciéries, comme soles basiques déphosphoreuses et désulfureuses. M. Th. Scblœsing (C. R. Acacl. 1884), dans une série de mémoires, a indiqué les principes qui ont servi à créer l’industrie des matériaux réfractaires en magnésie, pour les fours de la métallurgie. Cette industrie est aujourd’hui très développée (2). La magnésie provenant du carbonate ou du chlorure est employée seule ou associée au charbon, à la chaux (dolomie), à l’oxyde de fer (7 àSp.iO. Magnésie de Veitsch Autriche), à l’oxyde de chrome, à la silice, à l’alumine.
Il est indispensable, dans la fabrication des briques et des creusets de magnésie, de les porter à une température très élevée pour éviter le retrait. On sait que la densité de la magnésie croit avec la température à laquelle elle a été portée. Calcinée au-dessus de 1600°, cette densité est de 3,65.
Pour l’usage des laboratoires, la manufacture royale de porcelaine de Berlin fabrique, depuis quelques années, des creusets, nacelles, tubes en magnésie pure, dont l’aspect rappelle celui de la porcelaine, ce qui a fait donner à la magnésie ainsi façonnée le nom de porcelaine de magnésie. Tous les chimistes qui s’occupent des réactions aux températures élevées utilisent cette porcelaine de magnésie, en particulier dans les fours électriques à résistance. Cette porcelaine aux températures élevées ne subit pas de retrait. Elle ne convient plus cependant aux températures du four élec-
(1) Phys. Zeitschr ., n° 6, 1912.
(2) Lencauchtz, Bulletin des Ingénieurs civils , 1893.
trique; car, alors elle se brise en nombreux fragments. Pour éviter le retrait, il est nécessaire de réaliser une véritable porcelaine par vitrification de la masse, la porcelaine de magnésie de Berlin n’est qu’une faïence opaque. M. Binet du Jassoneix, pour des recherches sur les borures ( Thèse Paris, 1909), est arrivé à préparer des creusets et nacelles en magnésie pure fondue au four électrique. La magnésie fond au four électrique plus difficilement que la chaux. Il faut prolonger la chauffe pour avoir une fusion complète (Revue de Métallurgie, 1907). A. R.
La distillation pyrogénée des bois. — Trois chi mistes allemands, MM. P. Klason, G. von Heidenstam et E. Norlin, viennent de publier les résultats obtenus par eux dans la carbonisation en vase clos des bois de pin, sapin, hêtre et bouleau. On peut retenir de leur travaux que, à une température maxima de -f- 400°, la distillation se fait à peu près uniquement suivant la formule générale :
2 G4 2 H 60 O28 = 3 C1G H10 02-j-28H20+5 C02-}-3 CO-|-C2SH8 1 0\
dans laquelle Cl2H60O28 représente le bois initial, C16HJ0O2, le « charbon » qui en résulte; et C28 H34 0? englobe les divers sous-produits habituels : alcool méthylique, exclusivement engendré par les groupes méthoxylique de la lignine ; acide acétique, issu des deux sources lignine et cellulose; acétone, goudrons; gaz, etc... ( Zeitschr , f. augew. Chem., 8, 7, XI.)
Le hêtre et le bouleau produisent environ- deux fois plus d’alcool méthylique et d’acide acétique que les bois de pin et de sapin.
Débutant aux. environs de -f- 270°, la carbonisation croit rapidement avec la température et se fait très vite à -f- 300°. La réaction est, du reste, exothermique à ces températures, la chaleur produite représentant sensiblement 6 p. 100 de celle que donnerait le bois brûlant à l’air, et étant supérieure de 10 p. 100 environ à celle de la cellulose pure. Le « charbon » G16 IU°02 est donc le résidu de cette carbonisation exothermique.
Quant aux gaz restant après condensation des produits précédents, ils ne renferment pas d’hydrocarbures aromatiques, parce que, au-dessous de «{- 400°, température maxima de ces expériences, il n’y a pas libération d’hydrogène; ces gaz sont combustibles, mais leur pouvoir calorifique atteint à peine 4 p. 100 de celui du bois dont ils proviennent. F. M.