ENSEIGNEMENT COMPLÉMENTAIRE DU MÉDECIN
J’ai parlé du médecin ignorant. Je veux croire qu’il n’existe pas.
Mais combien nombreux, par contre, sont les négligents, les trop pressés, ceux que les nécessités d’une clientèle surabondante entraînent à des examens superficiels et à une thérapeutique sommaire, purement symptomatique? N’arrive-t-il pas trop souvent, dans ces conditions, que Ton parle d’hémorroïdes alors que le toucher permettrait de reconnaître un cancer du rectum; de « retour d’âge » alors que le spéculum ou le doigt décèleraient un cancer du col au début; de gastrite, de dyspepsie banale, de constipation opiniâtre, alors que ces troubles du tube digestif ne sont que
CONFÉRENCE internationale du cancer (paris. 1910)
les premiers phénomèmes d’un néoplasme de l’estomac ou de l’intestin ; d’hématurie essentielle et sans importance, alors que le pissement sanguin dépend d’un cancer de la vessie ou du rein... J’en passe et des plus affligeants.
Mais est-il besoin pour corriger ces mauvaises mœurs médicales d’un véritable enseignement complémentaire? Ne suffît-il pas de rappeler à nos confrères coupables les règles de la saine clinique, dont le médecin digne de ce nom ne devrait en aucune circonstance se départir ? Elles se résument à ceci : ne jamais quitter le malade auprès duquel on est appelé sans avoir posé un diagnostic ferme ou, si cela n’est pas possible, sans avoir du moins procédé à un examen ! vraiment complet.
Je ne puis guère préciser davantage dans cette note nécessairement sommaire.
11 est cependant certaines notions concernant la prophylaxie du cancer, son diagnostic précoce et, par suite, son traitement en temps f utile, qui, toutes connues qu’elles soient, sont bonnes à rappeler. I
Je ne ferai que signaler en passant, au point de vue de la prophy- |j laxie du cancer, les tentatives faites pour couper le mal à sa racine par voie d’immunisation. Ces recherches, qui ont abouti à quelques j résultats chez les animaux, sont encore sans application pratique chez l’homme h Souhaitons que les communications que suscitera le pré- »j sent Congrès nous apportent une note moins décourageante.
Mais n’est-il pas des individus prédisposés au cancer qu’il serait utile de surveiller de plus près que d’autres ?
Ces prédispositions existent certainement. Elles sont générales et locales.
Parmi les premières, ligure en tête la prédisposition dite hérédi- | taire. Je sais bien que l’hérédité du cancer est aujourd’hui sérieuse- I ment contestée 2. Je me garde d’aborder cette question délicate. Je j
i. Voyez P. Menetrier. Art. Cancer in Nouveau traité de médecine et de thé- \ rapeutique de Gilbert et Thoinot, Paris, 1908-9, p. 5gi.
5. Voyez P. Menetrier. Le Cancer, trav. citêj p. 5oi et suiv. — R. Ledoux- I Lebard. Rapport sur la question de l’hérédité du cancer. Bull, de V Associât, fr \ 1 pour l’étude du cancer, séance du 16 novembre 1908, 1, 92-112. — M. Guillot (du | Havre). Le problème de l’hérédité cancéreuse en Normandie, Ibid.j 112-120. — | R. De Bovis. L’hérédité en tant que facteur étiologique du cancer. La Semaine I médicale, 22 juin 1910, p. 289-292. — A. H. Collomb. De l’hérédité cancéreuse, Th. J de Lyon, juillet 1910, in-8<>, 54 p. — Duroux et M. Malègue (de Lyon). De lhé-H redite cancéreuse. La Province médicale, 16 juillet 1910, n° 29, p. 3i3-3i4-
MONOD