‹ Le cancerChapitre 2 sur 8 · ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL · texte numérisé non relu

ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL

me contente de dire que, en pratique, le médecin, quelle que soit son opinion scientifique sur ce point controversé, doit considérer le cancer comme pouvant être héréditaire, c’est-à-dire compter parmi les suspects tout malade à manifestation de nature douteuse, ayant dans son ascendance un cas de cancer avéré.

Il va sans dire — et j’y reviendrai dans un instant — que ce sentiment le médecin le gardera pour lui; qu’au malade il tiendra un tout autre langage, faisant bénéficier celui-ci de l’opinion inverse, partagée d’ailleurs par les meilleurs esprits.

Suspects aussi, comme le montrait récemment le professeur Hochenegg d’après quelques cas personnels 4, ceux qui ont été antérieurement atteints et opérés de cancer — non pas seulement à cause d’une récidive locale possible, mais parce que, par une sorte de véritable prédisposition, ils sont plus que d’autres exposés au développement d’une affection semblable, de siège tout différent.

Que dirai-je de ce que l’on pourrait appeler les prédispositions acquises, de l’influence que les conditions extérieures de milieu ou encore le mode d’alimentation peuvent avoir pour provoquer ou faciliter l’apparition du mal — maisons à cancer2, habitation dans des lieux humides3, contagion possible4, aliments défectueux ou incorrectement préparés5, exercice de certaines professions °, etc., questions d’ordre encore purement scientifique dont le praticien averti, isoucieux de ne laisser échapper aucun indice pouvant l’aider à idépister à temps l’ennemi caché, devra cependant, en quelque mesure, tenir compte 7.

x. J. Hochenegg. Notwendigkeit propbylaktischer Massnahmen bei erwiesener jKarzinomdisposition. Antritts-Rede anldsslich der Uebernahme der II chir. Klin. Uw Wien am 13 mai 1904. Vienne,* 1904, p. 16-27.

2. P. Juillerat. Les maisons à cancer de Paris. Bull, de l’Assoc. fr. pour Vètude vlu cancer, séance du 21 février 1910, III, 61-66. — Cf. Menetrier. Le Cancer, trav. \cité, p. 507 (ind. bibl.).

3. Haviland in Menetrier. Le Cancer, trav. cité, p. 5oo. — M. Foucault (de Fontainebleau). Étude statistique sur la mortalité cancéreuse. Rapport par Ch. Perier.

I Bull, de V Acad, de médec., 1904, 3e sér., LI, 449-455. — K. Kolb. Der Einfluss bon Boden und Haus auf die Hdufigkeit des Krebses nacli Detailuntersuchungen pi Bayern. Munich, 1904, i46 p., mit 9 Kartcn-skizzen.

5. C. B. Keetly. The prévention of cancer regarded as a practical question ripe for solution. The Lancet, 1906, p. 993-995.

6. R. Behla. Krebs und Tuberkulose in beruflicher Beziehung. Medïzinalsta- I istische Nachrichten, Berlin, 1910, Hft I, p. 114-248, avec 20 tabl. et 12 graphiques.

7. On consultera avec intérêt, à ces divers points de vue, le travail ci-dessus lité de Behla, dans lequel l’auteur, en s’appuyant sur de nombreux relevés stalistiques, étudie l’action que les circonstances extérieures et en particulier les professions peuvent avoir pour favoriser le développement du cancer.

CONFÉRENCE INTERNATIONALE DU CANCER ( PARIS, IQlo)

Mieux démontrées sont les prédispositions locales.

Et tout d’abord les états morbides précancéreux dont nos collègues Menetrier et Darier, dans deux remarquables communications faites, en 1908, à notre Association1, se sont efforcés d’établir scientifiquement l’existence — sous bénéfice des réserves d’ordre théorique présentées par Pierre Delbet2.

Pour Menetrier « le cancer n’est pas une forme morbide primitive, mais un aboutissant d’états pathologiques multiples, antérieurs et préparatoires ».

Le fait paraît démontré pour la leucoplasie bucco-linguale, comme aussi pour certains papillomes cutanés, pour les nævi, pour les adénomes glandulaires (ceux du sein en particulier), pour les polyadénomes gastriques, pour l’ulcère simple de l’estomac, etc.

Bien plus, toute lésion inflammatoire chronique, toute irritation locale, mécanique, chimique ou physique — ulcérations ou ulcères divers, anciens trajets fistuleux, dermites professionnelles — semblent pouvoir être le point de départ d’une prolifération qui, par des degrés insensibles, peut aboutir au cancer.

D’où cette conclusion pratique, pour les médecins de famille, que toute manifestation chronique locale doit être prise en sérieuse considération, surtout dans la seconde moitié de la vie; guérie si possible, fût-ce au prix d’une intervention chirurgicale; en tout cas, surveillée de près et opérée au moindre signe de modification offensive, quelque peu importante que la lésion ait paru jusqu’alors.

Menetrier écrivait que « dans une certaine mesure, on peut dire que toute tumeur bénigne enlevée est un cancer possible guéri 3 ». Avec la même réserve, on pourrait donner à ce précepte une plus grande extension en l’appliquant à tout processus pathologique; local, quels que soient son siège et sa nature A

Gardons-nous cependant de toute exagération. Il ne peut d’ailleurs s’agir ici que d’indications très générales. En fait, médecin et chi-; rurgien sauront et devront, en toute science et toute conscience, ne.

1. P. Menetrier. Des états morbides précancéreux et de la formation du cancci à leurs dépens. Bull, de V Associât, fr. pour l’élude du cancer , 1908, I, 29-57. —J J . Darier. Des affections précancéreuses de la peau et des muqueuses. Ibid., 69-71

2. Pierre Delbet. Remarques sur les états précancéreux et leur traitement. Ibid., 71-76.

Cf. L. Longuet (de Rouen). Chirurgie préventive de l’épithéliome appendij

culaire et de l’épithéliome mammaire. Progrès mêd., 1907, XXIII, 67.

Page 1