MONOD. — ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL
conseiller l’intervention que si elle leur paraît vraiment indiquée.
Je n’ai envisagé jusqu’ici que les étals précancéreux. Faisons un pas de plus. Supposons le médecin en présence non d’une affection évidemment bénigne dont la transformation en cancer est possible, mais d’une lésion mal précisée qui est peut-être néoplasique.
Quels sont les moyens dont il dispose pour asseoir son diagnostic?
On sait les tentatives faites pour découvrir quelque réaction biologique qui permettrait d’affirmer l’existence d’un cancer caché ou incertain — tentatives jusqu’ici toutes infructueuses1.
Nous ne sommes pas cependant, pour ces cas obscurs, complètement désarmés.
La biopsie sous ses diverses formes est depuis longtemps, à cet égard, une précieuse ressource. Peut-être n’y a-t-on pas assez souvent recours.
Et je ne parle pas seulement ici des cas les plus simples, du prélèvement au bistouri ou aux ciseaux d’un fragment de tumeur suspecte, ou encore de l’ablation avec un trocart emporte-pièce ou lavée l’aiguille coupante de Tuffier2 d’un débris de tissu suffisant [pour que l’étude sous le microscope puisse en être faite — mais [aussi de l’analyse minutieuse des produits de sécrétion et d'excrétion des organes ou des tissus malades — ou encore des examens |de raclage d’une plaie ulcéreuse ou du curettage d’une cavité.
Je songe en particulier, pour ce dernier point, à l’examen histojlogique des curettages utérins3 auquel le Dr À. Pettit. a consacré un Important travail4.
1. Voyez cependant : Ascoli et isar. Die Meiostagminreaktion bei bôsartigen ■Geschwülsten. Münch. med. Wocliens., 1910, 22 févr.,n°8, p. 4o3-4o5. — M. Lance. fJne nouvelle méthode de diagnostic des maladies infectieuses et des tumeurs ■malignes : la méiostagmie. Gaz. des Hôpitaux, 1911, 4 avril, N° 3g, p. 390 (bibliogr).
2. Th. Tuffier et A. Mauté. La ponction exploratrice des tumeurs solides. uPresse méd., 1907, p. 690.
3. Qu’il me soit permis à ce sujet de rapporter un fait personnel à la fois démonstratif et bien encourageant. J’ai eu l’occasion d’opérer par hystérectomie vaginale, là la demande de mon ami le professeur Bar, une dame, ayant d’ailleurs toutes les Apparences de la santé et ne présentant au col aucune lésion appréciable, chez ■laquelle l’étude microscopique des produits d’un curettage, fait antérieurement pour des métrorragies répétées, avait établi l’existence d’un cancer intra-utérin- |Sur l’organe enlevé, le Dr Macaigne, alors mon chef de laboratoire, reconnut qu’il «agissait bien d’un carcinome épithélial de la muqueuse, mais ayant déjà envahi le ■muscle utérin. L’opération est du 8 mai 1900. La malade est aujourd’hui, plus de |lix ans plus tard, vivante et bien portante. Sans la précaution prise par M. Bar de «aire examiner les débris obtenus par le curettage, cette opération précoce, et par «uite vraiment efficace, n’eût certainement pas été pratiquée.
4. A Pettit. Le diagnostic histologique des curettages utérins. Thèse de Paris, ■1900-1, n® 112, 120 p., 4 pb
(i CONFÉRENCE INTERNATIONALE DU CANCER (PARIS, IQIO)
Des renseignements importants peuvent être également fournis ] par l’examen des crachats, surtout des crachats sanglants qui coïncident parfois avec l’expulsion de fragments de tissu néoplasique, comme dans un cas publié par Menetrier1; par celui du liquide de ponction d’épanchements pleurétiques ou péritonéaux, comme dans un autre cas du même auteur2; par celui des urines sanglantes qui I peuvent aussi renfermer des cellules révélatrices d’un cancer de la . vessie, des uretères ou du rein (Menetrier) 3.
Dans le même ordre d’idées, le conseil a été donné, non sans raison, de savoir se décider, dans certains cas douteux de néoplasme ï gastrique ou intestinal, à pratiquer une laparotomie exploratrice,
— l’intervention — sans danger, d’ailleurs, lorsqu’elle se borne à l’ouverture du ventre — étant poussée plus loin si elle conduit à la découverte d’une lésion qui puisse être enlevée dans de bonnes conditions.
En somme, on pourrait dire que pour le médecin la crainte du cancer est le commencement de la sagesse. Préoccupation intime, personnelle, bien entendu, dont il ne laissera rien paraître à son malade. « Y penser toujours et n’en parler jamais »... à moins qu’on ne puisse parler à bon escient et que le moment soit venu d’imposer t un parti définitif.
Tels sont les faits et les idées dont il importerait de répandre la connaissance dans le monde médical.
Il ne faut guère compter pour cela sur l’enseignement didactique dans les facultés et écoles de médecine. La jeunesse ne prêterait pas j au reste à ces avertissements une oreille assez attentive. C’est parmi | les médecins déjà aux prises avec les difficultés et les angoisses de la ! pratique que la bonne parole doit être portée — soit dans ces excel- j lents cours de vacances dont le nombre va se multipliant, destinés à compléter l’éducation professionnelle des praticiens à une époque i de l’année où ils disposent de quelques loisirs, soit en de courts | opuscules à eux spécialement adressés.
Un important mouvement en ce sens s’est dessiné, dans ces !
1. P. Menetrier. Cancer primitif du poumon. Bull. -de la Soc. anatom., 1 886, f 4e sér., XI, p. 643.
2. P. Menetrier. Kystes multiloculaires des ovaires ; généralisation ; productions . secondaires dans l’estomac, le péritoine et la plèvre ; pleurésie hémorragique oancéreuse. Comm. à la Soc. clin. ; France mèdic., 1886, 1, p. 37 et p. 5o.