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et, surtout, que combattu à temps il puisse être conjuré, pour qu’il importe d’ avertir ceux qu’il peut menacer. Si cet avertissement est discret, donné de façon non à susciter de fausses terreurs, mais simplement à amener les gens à s’occuper de leur santé, nul n’y pourra contredire.
Aussi bien, ceux à qui nous avons à nous adresser se groupent-ils en deux catégories : ceux qui savent, qui du moins songent à l’avenir qui leur est réservé ; ceux qui ne savent pas, qui du moins demeurent en ce qui regarde leur santé future dans la plus complète insouciance.
Les premiers se rencontrent surtout parmi les intellectuels, parmi ceux qui, de par la tendance moderne à la vulgarisation scientifique et particulièrement à la diffusion de notions médicales, superficielles et mal comprises, se découvrent facilement des maux qui n’existent pas et se créent des soucis purement imaginaires. Et combien plus, en matière de cancer, s’ils se connaissent à un degré quelconque un cancéreux dans leur famille1. Ils ignorent, ces pseudo-savants, que le dogme de l’hérédité du cancer est aujourd’hui, comme je l’ai rappelé plus haut, fortement battu en brèche. Cette hérédité est pour j eux certaine et ils se croient fatalement voués à la terrible maladie.
Pour gens de cette espèce un enseignement préventif, mettant en lumière les signes prémonitoires du cancer, serait évidemment j fâcheux ; il ne pourrait qu’augmenter le trouble de leur esprit. Il est bien certain au reste que ceux-là sauront recourir au médecin à la moindre alerte.
De tels malades sont l’exception. Légion, au contraire, sont les ignorants et les indifférents dont l’éducation doit être faite. Mais 1 encore faut-il, comme je le disais, y apporter mesure et discrétion.
Il suffit d’ailleurs de faire pénétrer dans les esprits quelques notions bien simples,
Et tout d’abord celle-ci que, contrairement à l’opinion courante, le cancer est une maladie curable ; qu’il est au début une lésion
i. Je voyais, ce derrnèr hiver, entrer dans mon cabinet une dame jeune encore, ji resplendissante de santé, ne se plaignant d’ailleurs d’aucun trouble physique ou fonctionnel quelconque. Mais sa mère était morte d’un cancer utérin, et, elle venait me demander si je ne pourrais découvrir chez elle en quelque point du jf corps, et particulièrement du côté de l’utérus, un indice, si faible qu’il fût, permet- J tant de supposer que l’affection qu’elle devait fatalement tenir de sa mère n’était ’\ pas en évolution ou en germe. Je pus heureusement la rassurer, ajoutant, par surcroît, que l’hérédité du cancer n’était pas vérité aussi démontrée qu elle semblait le penser.
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locale qui peut être complètement enlevée ; mais, d’autre part, que cette période favorable est courte ; qu’il importe donc de reconnaître le mal dès son apparition1.
A cet effet, sans entrer dans le détail de la symptomatologie du cancer des divers organes ou régions, on se bornerait à exhorter hommes et femmes à tenir leur corps en bon état, à ne pas se désintéresser de telle petite plaie d’apparence insignifiante, de tel « bobo » qui tarde à guérir; à ne pas laisser s’éterniser des écoulements muqueux ou purulents, se renouveler des hémorragies, s’accentuer quelque saillie anormale, etc., sans consulter non la commère voisine, ni le charlatan du coin, mais le médecin, seul compétent; à ne pas attendre pour cela que « ça fasse mal » ou que l’état général soit atteint, les maux les plus graves pouvant évoluer un certain temps Isans douleur et sans altérer la santé.
En somme, combattre une idée fausse — ou qui doit, du moins len pratique, être considérée comme fausse — l’hérédité du cancer; (montrer que le moindre trouble de santé, pour peu qu’il se prolonge, vaut que l’on s’en occupe; et, enfin, si l’on parle de cancer, iffirmer qu’une opération complète et faite à temps peut procurer me guérison définitive — à ces quelques termes doit selon nous se )orner l’éducation du public.
Le jour où ces vérités seront suffisamment répandues, la lutte [contre le cancer aura fait un grand pas.
Et que l’on ne se laisse pas arrêter par là crainte de créer la phobie lu cancer. Assurément le mot devra souvent être prononcé. 11 vaut )resque mieux qu’il le soit, ne fût-ce que pour souligner l’importance les conseils donnés.
Mais ceux-ci ne dépassent pas, on l’a vu, les bornes d’une hygiène l’igoureuse. Que demandons-nous, en somme, sinon la prise au érieux du vieux dicton, mens sana in ccnyore sano , que je traduis : |e mettre l’esprit en repos en veillant à l’intégrité du corps?
A quoi bon en dire plus? Pourquoi, comme pour la tuberculose,
i. Cette manière de voir a été particulièrement mise en relief dans ces derniers 3mps. Voyez entre beaucoup d’autres publications :
A. W. Mayo Robson. The Bradshaw lecture on the treatment of cancer. Brit. med.
190/I, II, i5oi. — A. Pinkus. Zur Erkennung und Bekâmpfung der Krebsïrankheit (Krebs-Merkblatt). Broch. i4 p., Berlin, 1905 (Publication de la Commis- Ion centrale des Caisses d’assurances contre les maladies, de Berlin et environs. — Willems. Le cancer est curable s’il est reconnu et opéré à temps. Presse mèd. îlge, 1909, 967-975. — C. Childe. The control of a scourge ; or how cancer is irable. i vol. in-8°. Londres, 1906, Methuen, édit., 299 p. — P. Grilly. Cancer id its earlv treatment. Lancet, 1910, ti juin, I, 1646.
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parler de contagion ou d’inoculation possibles, — ou encore de l’influence peut-être nocive de certains aliments ou de certaines habitations? Il s’agit là de points encore mal connus, dont le médecin, je l’ai dit, peut en quelque mesure tenir compte dans les avis à donner à ses clients, mais dont il est vraiment inutile d’entretenir ceux-ci.
fl.es te à savoir par quels moyens ces notions doivent être mises à j la portée du public.
Pour fixer les idées à cet égard, il m’a semblé que nous pourrions chercher à nous rendre compte de ce qui a été fait, dans une voie parallèle, par la Société dite de Préservation contre la tuberculose avec ce sous-titre, dans l’espèce, particulièrement suggestif : Education populaire.
J’ai obtenu sur ce point de l’actif et bienveillant secrétaire général de cette Société, le Dr Weil-Mantou, tous les renseignements désirables.
Il ne s’agit évidemment pas, la situation étant différente, d’une imitation servile.
La Société de préservation contre la tuberculose ne craint pas, j| par exemple, de s’adresser aux jeunes enfants, cherchant à obtenir ;j que les idées défendues par elle trouvent place dans les programmes j d’étude des écoles primaires. Nous ne pouvons songer à faire de même. Le cancer n’est heureusement pas, à de rares exceptions près, | une maladie de l’enfance, et les principes d’hygiène qu’il est bon d’inculquer dès le premier âge ne peuvent guère être enseignés dans les écoles sous la rubrique cancer.
Il en est autrement pour l’enseignement secondaire. Il y aurait | assurément avantage à ce que, dans les lycées, jeunes hommes et jeunes filles, pussent acquérir sur le cancer, comme sur la tubercu- | José, quelques notions pratiques. Cet enseignement donné à des jeunes gens, qui apprendraient en même temps que nul danger ne j les menace actuellement, ne risquerait pas de faire naître des craintes j imaginaires. Ils emporteraient seulement avec eux quelques idées i justes sur l’hygiène et sur l’état de santé parfaite dans lequel le corps jj doit être maintenu — idées dont, plus tard, au cours de la vie, ils 1 pourraient, à l’occasion, faire utile application.
On a justement fait remarquer qu’il importait tout particulièrement i d’avertir les jeunes filles, dès le début de la vie génitale, que tout trouble de la menstruation, tout écoulement vaginal méritent attention, i
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Il ne faut pas, cependant, pas plus pour le cancer que pour la tuberculose, compter, comme me le faisait remarquer M. Weill- Mantou, que l’on tirera grand profit de ce mode de pénétration du public. Les programmes sont si chargés, les maîtres sont en matière d’hygiène ou de notions médicales souvent si incompétents, que l’enseignement dans l’école restera sans doute longtemps encore sans action véritable.
C’est en dehors de l’école, après elle, sur les adultes déjà engagés dans la vie, que l’effort doit surtout porter — et cela, croyons-nous, de trois façons principales : par des conférences, par des brochures, par des articles dans la grande presse.
L’exemple nous vient encore ici de l’Allemagne. Winter* 1 et, après lui, Runge2 n’ont pas craint, pour le cancer de l’utérus, de s’adresser directement aux femmes dans des conférences, publiées ensuite en brochures, largement distribuées. Le sujet était assurément délicat à traiter ; il semble qu’il l’ait été à souhait.
Runge a eu, de plus, l’idée d’ajouter à sa brochure quelques feuillets faciles à détacher où, en une courte page, il résume les instructions pratiques qui découlent de son exposé de la question. Il exhorte ses lectrices à répandre ces feuillets autour d’elles, parmi les femmes du peuple, ouvrières, domestiques, journalières, etc., en ville et surtout à la campagne, où toutes les idées fausses trouvent si facilement créance3 4.
1. L’adresse de Winter aux femmes : Ueber die Gefahren des Unterleibskrebses ; Ein Mahnwort an die Frauemvelt, est reproduite dans le travail déjà cité de cet auteur (p. 49-60).
2. M. Runge. Ber Krebs der Gebdrmutter : Ein Mahnwort an die Frauemvelt. Berlin, 1906, 22 p.
3. Fritz Müller (de Kœnigsberg) a récemment publié ( Münch . med. W ochens. , 1910, 24 mai, n° 21, p. 1127) le texte d’une carte qu’il distribue dans sa clientèle — le même texte étant imprimé au verso des fiches d’identité qu’emportent avec elles toutes les malades de sa polyclinique. Je le reproduis ci-dessous à titre de renseignement :
Avis.
Les troubles se rattachant au cancer de la matrice qui doivent décider une femme à se faire de suite examiner par un médecin sont :
1. Des hémorragies irrégulières surtout à l’époque de la ménopause et après cessation des règles.