‹ Le cancer considéré comme souche tuberculeuse (volume 2)Chapitre 8 sur 81 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

LE TUBERCULE ISSU DE CANCER (1

« J’ai trop vu de ces choses, et j’y ai trop pensé, pour ne pas en parier beaucoup. »

(Pidoux.)

Dans les premières années de ma carrière médicale, il y a vingt-sept ans déjà, un fait grave m’avait frappé et d autant plus attristé que je le voyais suivi de conséquences fâcheuses, et enveloppé d’une obscurité profonde que personne ne m’aidait à pénétrer.

Ce fait le voici : Dans ma clientèle, j’avais à traiter bon nombre de tuberculeux ; chez quelques-uns, je pouvais facilement remonter à l’origine de cette affection, soit par l’hérédité directe, soit par les causes prédisposantes, qui devaient contribuer à la développer.

(1) Mémoire lu à I Académie de médecine dans la séance du 19 avril 1809.

BURDEL.

LE TUBERCULE ISSU LU CANCER

Mais chez beaucoup d’autres je ue trouvais aucune trace héréditaire, je ne rencontrais rien d’analogue dans aucune ligne ascendante; car, le plus souvent, j’avais encore sous les yeux les parents eux-mêmes, en apparence pleins de vie et de santé.

Dans plusieurs familles, j’avais vu m'échapper successivement jusqu’à cinq et six enfants; les uns atteints de méningite tuberculeuse, les' autres de tubercules pulmonaires, sans que rien m'indiquât quelle était la source d’où sortait cette terrible maladie.

Les années se succédant, les mêmes faits se renouvelèrent; mais alors je pus constater que quelques-uns de ces parents que, dix ou quinze ans auparavant, j’avais vus sains et robustes, succombaient à des affections cancéreuses. La répétition de ces faits fut pour moi un trait de lumière, et il me sembla tenir le fil qui devait me guider dans ce dédale.

Dès lors chaque nouveau cas qui s’offrit à moi fut analysé, enregistré, examiné sous toutes ses faces, et, ajoutant observation à observation, je laissai au temps le soin d’apporter la solution que lui seul était capable de donner. Mais déjà il m’était permis d’établir que la diathèse cancéreuse pouvait être considérée comme un des ancêtres les plus féconds de la tuberculisation.

Quelle parenté peut donc exister entre le cancer et le tubercule ?

Cette question étonnera peut-être, car lorsque pour la première fois je l’ai posée à de savants confrères,

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vieux praticiens déjà., presque tous n’ont pu cacher un mouvement de surprise. Mais lorsque, pénétrant avec eux dans le cœur même de la question et faisant appel à leurs souvenirs, je les priais de fouiller dans l’histoire des familles auxquelles pendant leur longue carrière ils avaient donné des soins ; lorsque je les mettais en demeure de suivre du doigt les descendances de plusieurs de leurs clients morts cancéreux, presque tous finissaient par reconnaître qu’il pouvait exister une certaine corrélation qui d’abord les surprenait, mais dont l’évidence semblait s’accroître à mesure qu’ils l’envisagaient plus à loisir.

D’autres et parmi ceux-ci, un membre éminent de 1 Académie m’a répondu : « Je ne m’étonne pas de ce que vous avez vu et observé, car M. Pidoux a dit avec le pittoresque qui lui appartient : « La phthisie n’est pas » une maladie qui commence, c’est une maladie qui « finit. » Je suis de son avis, ajoutait-il ; la phthisie est bien la consommation nécrobiotique de tous les épuisements organiques et physiologiques, et elle a, je le pense, de nombreux ancêtres en collatéralité. »

J ai interrogé, compulsé tous les ouvrages traitant des causes de la tuberculisation ; or, bien que tous les auteurs fassent une longue énumération des causes prédisposantes ou occasionnelles de cette affection; bien que tous à peu prés admettent implicitement l’hérédité et indiquent vaguement l’épuisement constitutionnel des parents, je n’en ai vu aucun parler de la relation

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directe qu’il m’a été donné d’observer entre le cancer et le tubercule.

A M. Pidoux appartient le mérite d’avoir nettement défini, non pas toute la part qui revient au cancer dans la transmission tuberculeuse par l’hérédité, mais l’influence immense qu’ont les maladies chroniques pour jeter dans l’organisme cette phymogenèse.

Aussi depuis que je rassemble mes observations, les analysant dans leurs parties les plus intimes, retranchant ce qui me semblait douteux, que de fois il m’est arrivé, au milieu du silence et de l’isolement dans lesquels nous vivons, nous, praticiens de la province, d’abandonner mon travail ; puis, lorsqu’il surgissait un fait qui me semblait irrécusable, de le reprendre avec plus d’ardeur.

J’en étais là lorsque, dans ces dernières années, je pus lire les phrases suivantes, écrites par M. Pidoux, dans son Introduction à une nouvelle doctrine de la 'phthisie pulmonaire publiée dans l’ Union médicale :

« La tuberculisation pulmonaire n’offre plus à l’observateur qu’un intérêt médical secondaire, quand on l’étudie indépendamment des autres maladies chroniques. Elle prend au contraire une importance de premier ordre, quand on sait que son apparition dans l’organisme témoigne de dégradations antérieures accidentelles ou constitutionnelles, dont les reliquats spéciaux se mêlent encore à des symptômes propres dans des proportions indéfinies.

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» Sans originalité nosologique, la phthisie ne commence pas la série des maladies chroniques, elle la termine.

» On ne peut donc pas la placer indifféremment ici ou là, dans lecadredes affections constitutionnelles, comme le font des nosologistes sans principe.

» On ne peut davantage la suspendre dans le vide en couvrant d’un -voile son origine, comme le devaient faire les spécialistes, car elle n’est rien moins que spécifique. Elle n’a de signification pour le médecin que par ses origines multiples et ses nombreux rapports, car elle est une maladie commune, sorte de caput mortuum]Ax\s ou moins éloigné de beaucoup d’autres maladies. C’est le contraire pour les maladies spécifiques, syphilis, variole ; nous ne pouvons les attaquer dans leur source éloignée, parce quelles ne naissent que d’elles-mêmes. »

De semblables paroles, venant d’un praticien tel que M. Pidoux, étaient faites pour relever mon courage et diminuer l’étonnement que j’avais d’abord éprouvé en reconnaissant une si grande filiation entre le tubercule et le cancer.

M. Pidoux, il est vrai, généralisait le fait que j’avais renfermé dans un cadre unique, mais j’étais heureux de rencontrer dans ma voie un physiologiste dont l’opinion a une si grande valeur dans la question.

Mes observations reposent donc sur ce fait, savoir: que dans une famille , lorsqu'un père ou une mère suc combent à une affection cancéreuse , le plus souvent , on

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observe dans leur génération directe, ou dans leur génération indirecte, un développement de tubercules, soit longtemps avant, soit après la mort du père ou de la mère ;

Que cette affection tuberculeuse, parcourant les phases qui lui sont propres, se montre, suivant qu’on Y a toujours reconnu, sur les méninges et le mésentère, chez les enfants du premier âge ; sur les poumons dans l’âge adulte et dans le cours de b existence.

Ces faits, je les ai constatés dans plus de cent familles, pendant plus de vingt-sept ans de pratique médicale, dans un pays où je suis né, où j’ai succédé à mon père, et où, par conséquent, il m’a été donné de connaître intimement les personnes et de remonter aussi loin que possible dans l’hérédité des familles.

Tout d’abord, je n’ai voulu considérer ces faits que comme de simples coïncidences, ou comme une hérédité mal suivie ; mais frappé de plus en plus par leur nombre, leur nature et leur précision, force m’a été, après bien des années de méditation, d’y voir autre chose qu’un simple hasard ; et, sans chercher à poser dès à présent une règle absolue sur ce sujet, j’ai cru que je devais le signaler à l’attention des observateurs.

Si, dans l’énumération de semblables faits, je n’avais eu en vue que de montrer une relation de cause à effet, j’aurais pu longtemps encore tenir dans l’ombre mes observations; mais j’ai cru entrevoir une question des plus sérieuses, touchant à la fois à l’humanité et à la

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société. Sans cela ce serait, il faut l’avouer, un bien triste privilège qui incomberait au vieux praticien, de n’avoir, pour résultat de ses travaux, qu’à tirer avec certitude un lugubre horoscope sur l’avenir des générations auxquelles il aurait donné ses soins. Non, tel n’est pas, Dieu merci, le but final de ses efforts. Mais bien comme une vigie attentive qui a vieilli dans les parages et en sait les écueils, il lui est permis, avec unecertaine autorité, de guider les familles dans cette grande et difficile question des alliances ; il peut modifier avantageusement la constitution des descendants, et par là, atténuer et quelquefois même détruire cette terrible prédisposition.

Car s’il est possible aujourd’hui, ainsi que l’attestent des faits incontestables, d’obtenir la guérison d’un certain nombre de phthisies confirmées, que ne peut-on pas à plus forte raison contre quelques-unes de ces prédispositions éloignées, surtout lorsque le médecin a pu s’assurer que dans la descendance de ces familles il existe un germe^d’ altération qui souvent doit éclore sous l’influence delà cause la plus légère. Si ce qui précède ne suffisait pas à persuader, c’est encore à M. Pidoux et à son expérience que j’emprunterais mes affirmations.

« La phthisie, ajoute-t-il, est la moins incurable de toutes les affections chroniques. 11 y a surtout un nombre assez grand de tuberculeux non phthisiques, qui ne le deviennent jamais, et qui guérissent, pour qu’on doive espérer que leur nombre augmentera chaque jour.

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» Or, le meilleur moyen d’atteindre ce but, est de se placer au point de vue de la médecine de l’espèce, et la médecine de l’espèce consiste à prévenir la maladie chez h individu.

» Eh bien, cherchez ce qui distingue un tuberculeux non phthisique d’un tuberculeux dont tout l’organisme a consenti à la tuberculisation, et vous verrez que la résistance que le premier oppose à l'infection et aux tabes tuberculeux, vient presque toujours de ce que quelque autre maladie chronique, latente ou manifeste, mais d’un ordre moins grave, fait antagonisme à cette généralisation et à cette consomption. Si cela est, quel intérêt n’a pas le médecin à le savoir, pour s’en faire une arme contre les dégradations des maladies chroniques qui vont aboutir au tubercule pulmonaire? Quel intérêt n’y ont pas aussi la société et l’hygiène sociale, pour se diriger et dans les mariages et dans l’éducation physique des enfants? »

Le sujet que je traite rentre donc dans la grande et vaste question de l’hérédité morbide ; et, disons-le en passant, cette question nous semble aussi évidente, aussi manifeste que l’est, pour l’horticulteur, la transmission des dégénérescences des plantes par les graines provenant de végétaux maladifs ou épuisés.

La possibilité de la transmission des maladies par l’hérédité n’est plus l’objet d’aucun doute ; mais dans l’intérêt de la prophylaxie, a dit notre regretté maître M. Michel Lévy, il faudrait que la science pût répondre

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à la question suivante : Sur un nombre donné de cas de maladies déterminées, combien de fois cette maladie s’est-elle montrée chez des individus nés de parents qui en ont été atteints? Combien de fois la-t-on observée chez des sujets issus de parents qui en ont été exempts ? • La solution de ce problème ne peut sortir que d’une

statistique étendue et exacte.

Or, c’est cette statistique que j’ai tâché d’établir depuis mon entrée dans la carrière médicale; par là, j’ai voulu non plus seulement démontrer l’hérédité morbide de ces terribles affections hétéroplastiques, essentiellement transmissibles, appelées cancer et tubercules, mais encore et surtout rendre évidente la transformation dans les lignes descendantes de la première en la seconde.

La phthisie est héréditaire, ai-je dit, en ce sens que des parents phthisiques peuvent engendrer des enfants phthisiques; mais, me fondant sur mes observations, j’ajoute, dans un sens plus large et non moins commun, que des parents cancéreux engendrent souvent des enfants phthisiques. D’où résulte pour la phthisie un double mode de transmission héréditaire; l’un direct, l’autre indirect : le premier, de la phthisie par elle-même; le second, de la phthisie par le cancer.

Bien que. dans mes nombreuses observations, j’aie pu noter ce qui paraît fondé dans la nouvelle doctrine delà phthisie deM. Pidoux, proclamant que la phthisie peut sortir de bien des maladies différentes, qui en préparent

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lu îormation ot dont elle 110 serait, dit-il, que \di scorie plus ou moins organisée , je dois à la vérité de dire que, parmi les affections chroniques, le cancer transmet presque aussi souvent la phthisie, que la phthisie par ellemême; la différence que j’ai pu constater est de 60 à 80 pour 100, — De même que sur 100 parents cancéreux, j’ai vu 75 fois sortir le tubercule, tandis que je n’ai vu que 15 fois sur 100 le tubercule transmis par d’autres affections chroniques.

Et encore je dois expliquer que, parmi ces dernières, c’est de l’herpétisme que j’ai vu le plus souvent sortir la phthisie, comme plusieurs fois aussi j’ai vu l’herpétisme venir se terminer dans le cancer. — Par contre, il ne m’a jamais été donné de voir le cancer sortir du tubercule ; ce qui vient confirmer l’opinion de M. Pidoux, exprimant que la phthisie ne commence pas la série des maladies chroniques, mais qu’elle la termine.

Ainsi donc je reconnais la justesse de l’induction tirée par M. Pidoux, lorsqu’il dit que l’on doit voir, dans beaucoup de maladies chroniques, un des modes d’extinction les plus communs des familles et des générations, quoiqu’à l’origine, les familles et les générations en semblassent le plus éloignées possible.

Mais encore faut-il, dans ce cadre établi par M. Pidoux, distinguer quelles sont, parmi la généralité de ces maladies chroniques, celles qui possèdent le plus haut degré de puissance dans cette collatéral ité tuberculeuse, les spécifier et les classer.

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Le cancer, à ce point de vue, pourrait être placé presque au même plan que la phthisie elle-même ; mais je l’inscris immédiatement après elle, primant, sous ce rapport, toutes les autres affections chroniques.

Au second plan, je place l’herpétisme chronique qui, ainsi que j’ai eu l’occasion de le remarquer, vient souvent se terminer dans le cancer. Au-dessous m’apparaissent les scrofules et enfin les diathèses goutteuses et rhumatismales.

Qu oi qu’on en ait dit, j ’ai rarement vu la syphilis procréer directement le tubercule ; la syphilis donne presque toujours naissance à la scrofule, et ce n est, qu’en second lieu que de celle-ci sort le tubercule.

L’affaiblissement constitutionnel lui-même ne trans¬

met pas héréditairement le tubercule, s’il n’a pas déjà en soi un de ces vices diathésiques dont je viens de parler ; car ces mots affaiblissement, épuisement constitutionnel indiquent presque toujours l’établissement d’une diathèse. Mon existence médicale, passée dans un pays où j ’ai pu observer de très-près une population chétive, épuisée à la fois par l’empoisonnement palustre et par la misère et les souffrances de toutes sortes, me permet d’affirmer que le tubercule ne sort qu’exceptionnellement de ces conditions. Et cependant j ’ai pu constater, ainsi que je me propose de 1 indiquer dans un prochain travail, que si le cancer du tube digestif est commun dans la partie du Berry que j’habite, il est non moins fréquent, si ce n’est davantage, dans nos

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contrées palustres delà Sologne et, comme conséquence, les affections tuberculeuses dans les générations qui suivent.

La mauvaise qualité et l’extrême quantité d’aliments et de boissons ingérées, m’ont paru devoir jouer un rôle plus grand encore que l’impaludation dans le développement de ces affections , quoique à vrai dire l’impaludation répétée et prolongée laisse souvent chez ces malheureux un engorgement chronique, non pas seulement de la rate, mais des viscères abdominaux. Et comme chez eux la vie s’épuise promptement, la dégénérescence s empare peu à peu de ces organes et le cancer y prend domicile. — Aussi Ion ne saurait dire combien la mésentérite tuberculeuse est fréquente chez les enfants à la mamelle ou en sevrage, et combien elle fait de victimes.

Ce qu il y a de positif, c’est que le cancer est commun, carmes observations ont été prises dans plus de \ 00 familles, et, sur ce nombre, j’en ai observé 79 desquelles sont sorties par hérédité directe ou indirecte, deux cent trente-sept tuberculeux !

Dans ce nombre, j’ai vu 17 fois les enfants de ces familles acquérir héréditairement les uns le cancer, les antres le tubercule ; et chez quatre seulement, j’ai vu se reproduire à la fois et le cancer et le tubercule.

Je ne dois pas oublier de signaler un fait qui porte, je pense, sa signification : c’est que sur les cancéreux des 79 familles ci-dessus, 68 étaient atteints de cancers sié-

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géant sur les organes du tube digestif. Chez onze seulement le cancer siégeait soit sur la face, le sein ou l’utérus. ’

Faut-il ne voir dans ce fait que la plus grande tendance qu’aie cancer à affecter les organes abdominaux? Ou bien, ainsi que j’ai cru l’observer, existe-t-il dans ce cas une diathèse générale plus considérable, qui envahit plus facilement l’organisme et jette, par conséquent, dans les descendants, ce germe phymogénétique qui doit éclore tôt ou tard? — Toujours est-il qu’il y a là un rapport que je ne devais point passer sous silence.

Ayant donc résumé les observations qui font l’objet de cette communication et les ayant passées au crible d’un examen sévère, il m’a semblé que là ne devait point finir ma tâche ; et malgré le peu de certitude qu’offrent les expériences tentées sur les animaux, pour produire chez eux, par inoculation, une sorte d’intoxication organique ressemblant de près ou de loin à la tuberculisation, j’ai voulu cependant supposer qu’il devait y avoir, entre ces deux affections, des différences peutêtre plus grandes qu’on ne le croit, et je me suis mis néanmoins à l’œuvre.

Je savais que depuis longtemps des essais d’inoculation par le cancer avaient été tentés. M. Broca cite, dans l’article Cancer du Dictionnaire pratique de médecine vétérinaire, les expériences faites par Langenbeck, puis par

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MM. Lebert et Follin qui, ayant injecté du suc cancéreux dans les veines de plusieurs chiens, ont vu, deux fois seulement sur un grand nombre d’expériences, ces injections suivies de la formation de tumeurs cancéreuses dans les poumons.

M. Villemin a inoculé deux lapins avec du cancer fibreux, et, après deux mois et douze jours, dit-il, aucun d’eux n’a offert de traces de tubercules. Un seul présenta, à l’autopsie, trois ou quatre foyers purulents

Deux autres lapins et un chien furent soumis sans résultat aux mêmes tentatives.

Ainsi qu’on le verra à la fin de ce travail, j’ai inoculé, à plusieurs intervalles, seize lapins avec du pus de cancer fibreux. Sur ce nombre, huit, après quatre mois d’inoculation, ont présenté, à l’autopsie, des tubercules siégeant dans les poumons, le foie, la rate et le mésentère. De ces huit, deux sont morts dans un état effravant

de maigreur, quoique mangeant toujours beaucoup. Sur quatre autres, j’ai observé des abcès multiples plus ou moins avancés ou concrets, à leucocytes répandus dans la séreuse péritonéale, dans le foie et la rate, ainsi qu’a pu s’en assurer M. Robin, auquel j’ai adressé un spécimen de l’intestin d’un de ces lapins. Quatre de ces animaux vivent encore (1).

Et maintenant, en soumettant ces observations au jugement de l’Académie et en la remerciant d’avoir bien

(i) Ces quatre lapins ont été sacrifiés quelques mois après, sans présenter aucune altération pathologique spéciale.

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voulu consacrer à m'entendre de précieux moments, je me hâte de le dire : dans cette communication je n’ai prétendu ni faire un travail didactique, ni établir une doctrine ; je n’ai voulu qu’exposer les faits comme je les ai recueillis, dans leur simplicité et leur réalité; car portant avec eux la vérité, ils n’ont pas besoin de commentaires.— Je dis : Voilà ce que j’ai vu depuis mes débuts dans la carrière médicale jusqu’à ce jour, et voilà ce que chacun peut voir. Sur plus de 100 familles cancéreuses, 75 ont fait souche de phthisiques. Que l’on veuille donc chercher, observer, et bientôt, j’espère, on arrivera à reconnaître, comme je crois l’avoir reconnu, que tôt ou tard, directement ou indirectement, une proportion énorme de phthisiques ont pour ancêtres des parents cancéreux ou destinés à le devenir.

Sur ce point ma conviction est telle, que parfois je suis effrayé de l’avenir qu’elle me dévoile ; et soit que je voie la mort moissonner de jeunes enfants sous les yeux de leurs parents encore pleins de vie, laissant au temps de révéler l’origine de leur fin prématurée ; soit au contraire que, voyant s’éteindre les parents dans la lente agonie du cancer, je songe à la destinée réservée à une partie de leurs enfants, la prévision est également douloureuse* Mais si triste que soit cette révélation de l’ expérience, tout ne semble pas perdu puisque, au fond, comme dans la boîte de Pandore, il nous reste l’espérance, et que par l’hygiène et la thérapeutique le mal peut être retardé, atténué ; peut-être même conjuré.

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— Que cette espérance doue et mon intention me fassent pardonner l’imperfection de ce travail, car mon excuse est dans cette parole encore empruntée à M. Pidoux, et que j’ai prise pour épigraphe : J'ai trop vu de ces choses , et j’y ai trop pensé, pour ne pas en parler beaucoup.

OBSERVATIONS

En reproduisant les vingt-sept observations qui suivent et que j'ai choisies parmi le grand nombre que je possède , je tiens, afin d’éviter des répétitions toujours fastidieuses, à déclarer que, dans toutes les familles auxquelles j’ai donné mes soins et que j’ai suivies pendant trois ou quatre générations successives, j’ai remonté aussi loin que possible à l’origine des influences héréditaires qui pouvaient peser sur la descendance, afin de donner un degré de certitude plus grand aux faits que j’ai observés.

J’aurais donc pu augmenter encore leur nombre, autant par les faits qui se sont passés sous mes yeux que par ceux qui se sont produits dans la clientèle de mes confrères, et que quelques-uns ont bien voulu mettre à ma disposition ; mais je tenais, je le répète, à n’avancer que ce que j’avais observé moi-même .

bURDEL.

OBSERVATIONS

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