RAPPORT DE M. VIOLA
Je remarque d’ailleurs que, dans presque tous les cas relatés par M. Burdel, les enfants destinés à la phthisie ont été engendrés par des parents qui ne sont devenus cancéreux que douze ou "quinze ans après, et même plus tard. Ces mêmes parents, à la naissance de leurs enfants, avaient une apparence de santé florissante. N’y a-t-il pas lieu de s’étonner que ce germe latent, embryonnaire en quelque sorte du cancer, s’il existe déjà, puisse produire la phthisie dans la descendance? S’il est vrai, comme le dit M. Pidoux, dans son langage pittoresque, et comme je suis disposé à le croire, que la phthisie ne soit pas une maladie qui commence, mais qui finit, qu’elle puisse procéder de toutes les diathèses, n’ est-ce pas à la condition que celles-ci aient perdu de leur vitalité et soient en quelque sorte en déshérence? Il n’en est pas de même dans les conditions signalées par M. Burdel, où le cancer n’est qu’à l’état naissant, et pour ainsi dire en puissance. Mais je m’aperçois que la théorie m’emporte sur ses ailes rapides et que je ne suis pas loin des nuages; revenons à la doctrine plus positive du mémoire de M. Burdel, appuyée par des chiffres qui ne sont pas à dédaigner.
Que faut-il pour démontrer cette proposition nouvelle, que la phthisie des enfants procède du
RAPPORT DE M. VIGLA.
cancer à venir, latent, occulte, des parents? D’abord, que le fait se soit produit un grand nombre de fois; cette condition me paraît remplie; les observations citées sont dans une proportion qui mérite d’être prise en sérieuse considération. Ensuite, que la phthisie n’existe pas concurremment dans les ascendants ; M. Burdel a établi d’une manière suffisante que cela n’a pas eu lieu dans les faits invoqués par lui. J’ai dit que le diagnostic porté sur les malades 11e peut laisser prise au doute. Due faut-il donc encore pour consacrer F exactitude de la coïncidence nouvelle signalée par Fauteur? (Jue ces mêmes faits soient reconnus exacts par d’autres observateurs, dans d’autres pays. Or, c’est précisément cette confirmation que demande M. Burdel, son travail est un appel à de semblables recherches, plutôt qu’une proclamation prématurée d’une nouvelle loi étiologique, et nous concluons comme lui, en le louant de sa réserve.
Nous 11e pouvons, en effet, conclure autrement. Toute proposition nouvelle contraire aux idées reçues paraît d’abord étrange. Dans une question de faits et d’observations comme celle-ci, il appartient à ] expérience seule de prononcer le jugement définitif. Mais, ce que nous pouvons déclarer dès aujourd’hui, c’est que les idées de M. Burdel ne
RAPPOR DE M. V1GLA.
sont pas de celles que Ton doive rejeter sans examen ; que le mémoire où il les expose est conçu dans un excellent esprit d’observation ; qu’il est difficile de pousser plus loin la recherche d’une influence héréditaire ; que la méthode adoptée par lui peut être proposée comme un excellent guide dans les investigations de ce genre.
La commission a donc l’honneur de vous proposer :
1° D’adresser des remercîments à Fauteur et de Finviter à continuer ses recherches ;
2° D’adresser le travail de Fauteur au comité de publication ;
3° D’inscrire M. Burdel sur la liste des candidats au titre de membre correspondant de l’Académie.