INOCULATIONS PRATIQUÉES SUR DES LAPINS
Le 27 octobre 1866, j'inocule six lapins avec du pus provenant d'un cancer fibreux de la face. Les inoculations sont pratiquées à la base des oreilles chez quelquesuns avec la lancette chargée de pus, chez d'autres, en introduisant sous la peau une petite boulette d'ouate imbibée du même pus.
Le 5 novembre je sacrifie un premier lapin màle devenu très-maigre quelque temps après l'inoculation et n'ayant jamais, malgré une nourriture abondante, repris son premier embonpoint; le poil est terne, peu soyeux.
On trouve un semis tuberculeux (1) eu chapelet, tout le long de la courbure de l'estomac, et présentant à leur centre un point jaune opaque. Le péritoine intestinal renferme quelques traînées de tubercules de la grosseur d'un grain de millet.
Les poumons, qui ne remplissent pas exactement la cage thoracique, offrent une grande quantité de granulations siégeant au-dessous de la plèvre partiellement soulevée; une coupe faite dans le parenchyme le montre parsemé de tubercules jaunâtres.
(1) Pnr tubercules, nous enlendons cette quantité de petits abcès à lornie tuberculeuse que tout d'abord nous eussions facilement pris pour de vrais tubercules sans une attention des plus jurandes.
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Le tbie hypertrophié, mais non graisseux, présente à sa surface 4 à 2 tubercules arrondis, dont la coupe laisse apercevoir une aréole intlammatoire.
Une grande quantité de granulations dont le trajet se dessine par des traînées lactescentes sont semées le long des vaisseaux pancréatiques.
Les reins, anémiés, n'offrent aucunes lésions remarquables.
La rate est saine.
Lo 20 novembre un des lapins inoculés dont l'amaigrissement augmentait à vue d'oeil, est trouvé mort et réduit à l'état de squelette, quoique ayant continué à bien manger, car à l'autopsie l'estomac est trouvé plein d'aliments.
Le semis tuberculeux est plus consiilérable encore que sur le premier lapin ; ces tubercules s'observent princij)alement dans la substance du foie et sur la rate.
On remarque encore tout le long de la grande courbure de l'estomac, ce chapelet composé d'une sorte de vésicule grosse comme un gros grain de chènevis au centre de laquelle on remarque encore un corps opaque purulent. Le péritoine renferme quelques traces de tubercules de la grosseur d'un grain de millet.
Toute la différence ({u'il y a entre l'autopsie de ce second lapin et le premier, c'est que la présence des tubercules est plus considérable et qu'ils sont ramollis, tandis que dans le premier ils étaient crus et durs.
Le parenchyme du toie en est plein, et dans quelques
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points ils tbrnient comme des traînées semi-purulentes. Le 29 novembre un troisième lapin est sacrifié; il est très-maigre aussi, un peu moins cependant que les deux premiers. Jusqu'à sa dernière heure il mangeait bien, et ni les uns ni les autres n'avaient de diarrhée.
A l'autopsie on retrouve les mêmes caractères que chez le premier lapin sacrifié ; par conséquent une tuberculisation moins marquée que le second qui est trouvé mort, mais cependant un semis tuberculeux plus étendu que chez les premiers ; les tubercules sont durs et crus. Autour de la grande courbure de l'estomac, on retrouve toujours les mêmes chapelets vésiculeux renfermant un grain opaque semi-purulent. — Ce mêmejour 29, j'inocule un nouveau lapin avec la substance tuberculeuse prise sur celui-ci.
Le 15 décembre un des derniers lapins inoculés est trouvé mort et très-amaigri. Chez cet animal on rencontre les mêmes désordres, c'est-à-dire l'apparition de petits grains tuberculeux dans les poumons, le foie et la rate ; mais on trouve de plus, dans la séreuse péritonéale, une masse énorme de petits grains d'apparence tuberculeuse, mais réunis eu si grande quantité, qu'ils me semblent être d'une nature autre que celle du tubercule. — J'adresse un spécimen de cette altération pathologique à M. Robin. — Ce savant me répond : « Que les petites masses d'un gris jaunâtre sous-péritonéales que je lui ai adressées, ne sont pas des tubercules, mais bien des petits abcès multiples, pleins d'un pus concret , à leu-
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cocytes bien déterminés, tels qu'ils se rencontrent souvent chez les rongeurs. »
Les deux lapins restant de cette série sont restés indemnes à l'inoculation.
Le 24 décembre j'inocule six autres lapins ; deux avec du crachat purulent de tuberculeux, puis quatre avec du pus de cancer.
Le 16 février je sacrifie deux lapins; un de chaque série, c'est-à-dire inoculés l'un avec des crachats purulente de phthisique, l'autre avec du pus de cancéreux.
A l'autopsie de ces deux animaux qui, tous deux présentent un amaigrissement aussi marqué, quoique se nourrissant toujours bien, nous trouvons des altérations pathologiques pour ainsi dire analogues et n'offrant entre elles que très-peu de différence ; si ce n'est que chez le premier animal le semis tuberculeux est plus abondant dans le foie.
Le 26 février je sacrifie un second lapin, inoculé avec (lu pus de cancéreux; sauf un amaigrissement encore plus marqué que chez les deux premiers, nous trouvons un semis tuberculeux aussi abondant. — Les poumons et le foie sont les organes on les rencontre en plus ii;randc quantité.
Le 24 mars je sacrifie encore un lapin de chaque sé-* rie et nous retrouvons cette même analogie d'altérations pathologiques; avec cette différence encore: c'est que chez le lapin inoculé avec du pus cancéreux^ le semis tuberculeux est accompagné d'une quantité notable de
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ces petits abcès concrets multiples ii leucocytes déjà remarqués chez les lapins de la première série. Dans plusieurs points ils sont tellement confondus avec les tubercules, qu'il devient difficile de distinguer le véritable tubercule de l'abcès concret. C'est ce que j'avais observé déjà chez un de mes malades atteint à la fois d'une dégénérescence du testicule et de tubercules pulmonaires, ainsi qu'on a pu le voir dans la /i° observation.
Rien, en effet, ne ressemble plus au tubercule que ces petits abcès concrets qui ont à la fois la forme, la grosseur et la couleur du grain de millet, sans com])ter la résistance qu'ils offrent sous la coupe du scalpel.
Les deux autres lapins de cette série sont restés réfractaires à l'inoculation et paraissent être aujourd'hui pleins de vie et de santé.
En résumé, — par ces inoculations j'ai pu reproduire, chez presque tous les lapins qui y ont été soumis, des altérations pathologiques qui m'ont semblé identiques avec ceux résultant de l'inoculation tuberculeuse. Chez quelques-uns, avec les tubercules, j'ai trouvé, ainsi que je l'ai fait remarquer, les semis tuberculeux mélangés à une multitude de petits abcès concrets, pour ainsi dire métastatiques, ou du moins qui semblaient être le résultat d'une sorte de résorption purulente.
Enfin, ce que je ne dois pas oublier de signaler, c'est que je n'ai jamais, par V mocu /a fioîi cancéreuse \}ra{\([iwv chez mes lapins, pu reproduire le cancer im-même.