CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
le carcinome, écrit par le docteur Hénocque, dans lequel je rencontre les passages suivants que je reproduis ici comme note bibliographique de ce qui a été écrit sur ce sujet :
« Quelques auteurs, dit-il, à côté de l'influence héréditaire, ont pensé que le carcinome pourrait être une manifestation résultant de prédispositions diathésiques d'origines variées, plutôt que d'une diathèse spéciale ; c'est ainsi que Hardy et Bazin sont portés à considérer le cancer comme Lianifestation de l'herpétisme.
» Par sa fréquence même, ajoute le docteur Hénocque, la diathèse tuberculeuse devait être étudiée dans ses rapports avec le carcinome, et tandis que certains auteurs ont pu croire que les antécédents de la tuberculose avaient quelque importance par rapport au développement du carcinome, d'autres ont cru à l'antagonisme du carcinome et de la tuberculose, c'est-à-dire que les arguments sont peu concluants de part et d'autre. »
Dans le cours de ce travail, je me suis étendu sur les manifestations diathésiques et les origines variées de ces diathèses, aussi n'en parlerai -je point pour le moment ; mais qu'il me soit permis de dire immédiatement un mot sur le sujet dont parle le docteur Hénocque, touchant l'antagonisme du carcinome et de la tuberculose. Ceux qui ont cru voir cet antagonisme sont tombés, nous le croyons, dans une erreur profonde ou plutôt dans une méprise causée justement par cette tendance qu'a la diathèse cancéreuse à dégénérer en tubercules.
SUll L\ Dl'GlvNlUîESCliNCK TUlSlîRCULKUSb:. 51
En voyant en effet dans les familles chez lesquelles la fliatlièse cancéreuse domine, surgir fréquemment la diathèse tuberculeuse, puis quelquefois, cette diathèse tuberculeuse s'arrêter pour laisser réaj)paraître le cancer; on a été porté à supposer qu'il existait réellement entre ces deux affections un antagonisme, et qu'il s'établissait entre elles une sorte de lutte, dans laquelle il arrivaitque l'une de ces diathèses devait nécessairement primer l'autre.
Mais une observation plus attentive eût démontré, au contraire, que ce que l'on prenait pour antagonisme n'était autre que cette tendance qu'a la diathèse cancéreuse à se transformer en tubercules; et la preuve de ce non-antagonisme, c'est que l'on rencontre à la fois dans les mêmes familles, soit réunies chez le même sujet, soit chez deux sujets différents, les deux diathèses marchant ensemble ou séparément.
Un grand nombre d'auteurs, ajoute encore M. Hénocc[iie, ont montré la coïncidence de la tuberculose et du cancer. J'avoue que ce grand nombre d'auteurs dont il cite le témoignage dans son travail, est loin d'être d'accord sur cette coïncidence ; ou du moins les chiffres statistiques apportés par chacun de ces auteurs sont tellement différents, qu'il m'a semblé difficile de se foire une opinion précise sur ce point. Quoi qu'il en soit, cette statistique établie par ces divers auteurs qui tous ont parlé de cette simple coïncidence à plusieurs points de vue peut-être, est un témoignage trop sérieux, eu égard
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à rimpoi'taiiee du sujet qui m'occupe, pour que je le laisse passer inaperçu.
Aussi je transcris ici cette statistique en y ajoutant seulement les quelques réflexions que m'ont suggérées mes observations personnelles, comparées avec les faits énoncés :
Frerichs a vu clans le foie la coïncidence de tubercules et de noyaux cancéreux.
Diettrich, sur 150 cas de carcinome, n'a observé qu'une fois la tuberculose.
Ces faits tendraient à démontrer la rareté de la coïncidence; mais des travaux plus récents prouvent qu'il en est autrement.
Broca a montré que les tuberculeux avaient autant de chances d'être atteints de cancer que les autres individus, mais pas davantage.
D'autre part, suivant C. Moore, ou trouverait, sur les cadavres des cancéreux, des traces de phtbisie dans la proportion de 3i pour 100.
W. Cooke, au contraire, sur 79 cas de cancer du sein, a noté 31 fois des dispositions h la phtbisie.
Sibley a compté liS fois dans 150 cas les antécédents de phtbisie, et sur 20 d'entre ces cas, la phtbisie s'est manifestée chez plus d'un parent.
« Pour apprécier la valeur de ces chiffres, il fiuil tenir compte de la fréquence de la phtbisie. Or, pour l'AngU^terre, la moyenne des morts par phtbisie est d'envii-on 6 pour 1000 habitants ; pour le cancer elle est de 2
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pour 100 au maximum. Donc pour 1000 cancéreux pris au hasard, il peut y avoir 6 phthisiques, ce qui suppose un nombre relativement plus considérable d'antécédents de phthisie.
» Les données précédentes montreraient ainsi une quantité très- grande de phthisi((ues chez les cancéreux ; mais des recherches plus étendues de Holden présentent, au contraire, une proportion moins grande de cancer dans les familles qui comptent des phthisiques que dans les autres. Sur 7030 individus au-dessous de quarante ans, il note que 103-2 ont eu des antécédents de tuberculose, et 247 ont eu ces antécédents chez 2 ou plusieurs membres de la famille. Parmi ces 1032, on compte 11 cas de cancer, et sur les 7030 réunis, 99. On voit que la quantité relative de morts par le cancer était, de 1,45 pour 100; dans le nombre total de 7030 individus, ellen'aété au contraire que del ,06 pour 100 pour les indivtdus à antécédents tuberculeux. Holden ajoute à ces chiffres que sur 55 cas de mort dans 8*21 familles, il y a eu un seul cas de mort par cancer, 53 par tuberculose ; sur 1000 cas de mort par maladies organiques internes, ayant donné 30 cas de cancer, on n'a trouvé qu'une fois la coïncidence du cancer et" de la phthisie, et une seule fois la tuberculose dans la fiimille (les cancéreux.
» Or ces chiffres montreraient que le cancer entre dans 3 pour 100 des cas de mort, ce qui rentre dans la moyenne générale indiquée par Breslau et (pie nous
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avons admise. Nous ne croyons pas ces déductions Irèsrigourcuses, mais elles montrent combien de documents nous manquent, et, dansions les cas, elles nous mènent à admettre la conclusion de M. Broca. »
6u peut voir par ce document de statistisque, combien sont différents, non -seulement les chiffres émis par ces divers observateurs, mais aussi combien est différent le point de vue que j'ai choisi pour étudier cette importante question .
J'ai désiré envisager, il est vrai, la coïncidence du tubercule avec le cancei', mais une fois cette coïncidence admise et reconnue, j'ai voulu démontrer que cette coïncidence est la résultante de la dégénérescence du cancer en tubercules; en un mot que d'une diathèse cancéreuse sortait fréquemment une diathèse tuberculeuse; que le cancer est, sinon, la souche principale de la pbthisie, du moins la souche la plus productive; que, d'après mes nombreuses observations, le tubercule, par contre, ne donne jamais directement naissance au cancer, et que lorsqu'on le trouve soit isolé, soit associe au cancer, dans la même famille ou chez le même individu, il est presque toujours facile de se rendre compte de ce fait, en remontant dans l'ascendance, comme quand on suit les filons d'une mine pour en trouver le gisement.
Dans quelques journaux de médecine {Uîiion médicale. Tribune médicale, Gazette médicale) qui, après la lecture de mon mémoire à l'Académie, ont fait un