‹ Le cancer considéré comme souche tuberculeuseChapitre 40 sur 58 · DES DIVERSES PIÎBIODES QUI PRÉCÈDENT · texte numérisé non relu

DES DIVERSES PIÎBIODES QUI PRÉCÈDENT

« M"'" D... était folle depuis environ six mois, lorsqu'elle commença à tousser et à maigrir; puis les symptômes caractéristiques de la phthisie survinrent, et à mesure que l'affection pulmonaire fit des progrès, la raison se rétablit. La mort la trouva en pleine lucidité d'esprit. C'est du reste un fait connu en psychiatrie que la tuberculose peut substituer l'aliénation mentale, et réciproquement. »

Étant donnée une aliénation mentale substituée par une tuberculisation pulmonaire ou une diathèse cancéreuse, déterminer la nature de la première :

Tel serait le problème, ajoute-t-il.

On est conduit naturellement à penser que l'une et l'autre manifestation, l'affection psycho-cérébrale et l'affection pulmonaire, sont contenues dans la même unité morbide ; en d'autres termes, que l'aliénation mentale était tuberculeuse comme l'affection pulmonaire.

Est-ce à dire qu'il y eût des tubercules dans le cerveau ou autour du cerveau ?

Non, car il fiiudrait supposer que les tubercules cérébraux ou péri-cérébraux se seraient résorbés. Mais la vérité, c'est que cette folie holopathique n'était autre que le réveil de cette période larvée diathésigm dont je viens de parler, c'est-à-dire la fermentation des troubles organiques avant la manifestation de la diathèse.

Parmi les observations que je possède et qui se ra])portent k ce fail. j'extrais les deux suivantes, comme

LA DÉGÉNÉUESCENCli TUBERCULEUSE. 77

I caractérisiinl de la manière la plus nette cette période larvée :

En 1844, à l'époque où je venais de débuter dans la carrière médicale, je fus appelé en consultation avec un de mes confrères, déjà vieux praticien, afin de voir M. P..., âgé de quarante-deux ans, dont la santé à peine altérée en apparence causait cependant de vives inquiétudes à sa famille.

Regardé comme hypochondriaque par son médecin, M. P... offrait en effet les symptômes par lesquels ou a voulu caractériser cette affection, c'est-à-dire qu'il était morose, d'une humeur noire et chagrine, et qu'il semblait exagérer comme à dessein tous les malaises qu'il éprouvait.

Si j'avais été vieux praticien, plus éclairé par l'expérience, j'aurais émis des doutes sur la nature de tous ces symptômes, mais alors le mot hypochondrie était pour nous le synonyme de maladie imaginaire, ou du moins lie troubles nerveux sans gravité ; aussi, je dus me conformer à l'opinion de mon confrère et ne voir dans cet état qu'une hypochondrie.

Que de fois, en interrogeant M. P..., je me suis représenté être en face de notre maître Rostan, alors qu'il nous ftiisait procéder à l'interrogatoire du malade, afin d'habituer ses élèves à étabhr un diagnostic. Et alors je me figurais l'entendre, de sa voix railleuse et spirituelle, nous dire en jouissant de notre confusion, lorsqu'après avoir interrogé, ausculté et percuté le malade atteint

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d'une névrose par exemple, nous ne trouvions aucun organe de lésé : « Allons, messieurs, voilà un malade qui n'a pas de maladie. »

M. P... avait conservé de l'appétit, quoique inégal et capricieux ; la circulation et la respiration semblaient normales; le pouls était parfois calme et parfois élevé. Mais ce dont M. P... se plaignait le plus, c'était d'éprouver dans la région abdominale des douleurs tantôt brûlantes comme si on lui injectait de l'eau bouillante dans le ventre, tantôt au contraire il lui semblait ressentir un refroidissement glacial dans cette même région.

Aussi, après nous être arrêtés sur le diagnostic hijpochondrie^ nous conseillâmes comme traitement la distraction, les bains et toute la série des antispasmodi([ues en usage.

Cet état dura dix mois, pendant lesquels M. P... alla demander à Paris une consultation au professeur Chomel, lequel diagnostiqua de son côté une dyspepsie avec névrose lomho-ahdominale .

Bref, après plus de deux ans de soujQFrances qui devinrent de plus en plus intolérables, M. P... maigrit, cessa de prendre une nourriture suffisante; puis survinrent des vomissements, d'abord éloignés, se répétant de plus en plus, consistant en matières alimentaires non digérées, accompagnés de mucus filant sans odeur, et enfin se caractérisant par leur couleur chocolat, marc de café et mélaniques. Au fur et à mesure que M. P... maigrit davantage, on put constater la présence d'une

I,A DÉGÉNÉRESCI'NCE TUBliRCULEUSK. 79

iiimour bosselée exislcant vers le creux épigastrique et

-s t'tendant vers l'hypochondre droit.

La diathèse cancéreuse était confirmée, la cachexie ( tiiblie : M. P... mourut d'un carcinome occupant le

duodénum et une petite portion du jéjunum.

Ce ne fut que plus tard que j'appris que la mère de M. P... était morte d'un cancer à l'utérus, et en continuant à donner mes soins à la famille, je pus constater

lia dégénérescence tuberculeuse transmise par hérédité ;

icar, huit ans après, mademoiselle P..., sa fille unique,

I mourait atteinte de phthisie pulmonaire, à l'âge de

' vingt-neuf ans.

Ainsi, cette affection caractérisée d'hypochondrie, de

(dyspepsie avec névrose lombo-abdominale, n'était en

: réalité que la période larvée, ou pour mieux dire, que le réveil de la diathèse cancéreuse, laquelle, d'amorphe qu'elle était, commençait à opérer sa transformation.

L'observation qui suit se rapporte à une diathèse tuberculeuse dans cette même période.

Dans cette seconde observation, il s'agit de mademoiselle L..., âgée de trente-deux ans, dont le père ne mourut d'un cancer encéphaloïde du rectum que quinze ans plus tard. Mademoiselle L... fut atteinte, en 18/17, d'une hyperesthésie extraordinaire, d'une sensibihté extrême ; on ne pouvait toucher la peau de ses bras et de la région antérieure de la poitrine et du ventre sans provoquer des spasmes; aussi, portait-elle sur ces régions une quantité de fourrures.

80 DiiS BIVliRSliS PÉRIODES QUI PRÉCÈDENT, ETC.

L'auscultation et la percussion ne révélaient rien d'anormal du côté du cœur et des poumons. Une insomnie que rien ne pouvait vaincre et qui épuisait la malade était le symptôme le plus saillant d'une affection que je ne pouvais parvenir à caractériser. La malade mangeait peu, mais les fonctions digestives étaient régulières.

Après huit mois de cet état, les époques menstruelles disparurent, la malade fut prise d'une toux sèche et opiniâtre, la peau devint brûlante, acre au toucher, elle maigrit, et cinq mois après l'établissement de ces derniers symptômes, une hémoptysie se déclara, la respiration devint obscure et sourde au sommet des pou- • mons, et enfin une granulation tuberculeuse envahissant i les deux poumons mit fin à ses jours.

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