CHAPITRE T
ETIOLOGIE
Il nous est apparu nécessaire, avant d'aborder Les chapitres purement cliniques, de consacrer le premier de ceux-ci à des notions générales qui constitueront, en quelque sorte, le cadre dans lequel viendront se placer ultérieurement Îles éléments de base de la question que nous traitons,
Nous réunissons donc ici les données que nous avons recueillies sur l’âge. le sexe, les antécédents des jeunes sujets atteints de cancer d'estomac,
Le?
L'âge, Sur les 20 observations réunies par M. je Docteur Bouchut en 18 ans dans son service de Médecine générale de l'Hôpital St-Pothin, nous trouvons :
1 cas de 13 ans ; 3 cas ae 29 ans ; 1 cas de 30ans ; 4 cas de 31 ans ; 1 cas de 32 ans ; 1 cas de 33 ans : 2 cas de 35 ans ; À cas de 36 ans ; 1 cas de 37 ans ; 4 cas de 38 ans ; 1 cas de 39 ans : 3 cas de 40 ans.
Nous constatons que d’après nos observations l’affection est fréquente à partir de 29 ans et jalonne ensuite toutes les époques de la vie jusqu’à 40 ans avec cependant une
préférence marquée pour les malades âgés de : 40 ans, 38 ans, 35 ans, 29 ans. Constatons-le simplement, sans en tirer de conclusions pratiques.
IL faut noter cependant ,;mis à part le cas de 13 ans, l'absence totale d'observations de sujets âgés de moins de 29 ans, alors que la thèse de Marinoff en présente 6 cas sur 9 et que celle d'Essard est basée sur 71 observations de malades avant 25 ans ; nous ne pouvons donc pas faire entièrement nôtre, l’idée admise par Essard que la fréquence de l'affection croît proportionnellement avee l'âge à partir de 15 ans.
Il semble done que le cancer gastrique puisse se rencontrer à toutes les époques de la vie des sujets jeunes et qu'ici comme dans l’âge mur, il n’y a probablement pas d’âge d'élection pour ke développement des tumeurs malignes.
Le Sexe. — Le nombre des hommes l'emporte sur celui des femmes : 12 malades du sexe maseulin et 8 du sexe féminin ; cette proportion est également celle que l’on retrouve dans tous les travaux concernant cette question Cest aussi celle du cancer gastrique de l’âge mur.
Les Antécédents. — L'étude des antécédents est aussi décevante dans la forme du jeune âge que dans celle de l’âge mur ; la moitié de nos observations, soit 10, ne coimporte aucun antécédent spécial, et dans les dix autres, nous trouvons à signaler les particularités suivantes : 2 malades ont des antécédents alcooliques (obs. 3-7) ; 2 autres des antécédents tubereuleux, l’un ayant présenté une astragalectomie et une pleurésie, l’autre des lésions pulmonaires nettes mais cicatrisées ; (obs. 8-20) ; un seul
RO
de nos malades accuse un passé pathologique vraiment chargé, son frère est,-en effet, mort d’un cancer du pylore à l’âge de 40 ans, et dans ses antécédents personnels on trouve des adénites cerviales de l’enfance, un éthylisme de 3 litres de vin par jour, un chancere syphilitique de la verge contracté il y à 3 ans et régulièrement traité (obs. 10); enfin pour les 5 autres, on ne signale dans leur vie que des affections banales : dyspepsie vague qu'on ne peut pas traiter d'état précancéreux (obs. 2), cons tipation (obs. 1), bronchite chronique, sans signe clinique de tuberculose (obs. 9), affection hépatique mal déterminée accompagnée d’anémie mais ancienne et d’ailleurs passagère (obs. 5) ; seule l'observation 17 nous fournit un fait qui pourrait être intéressant : le petit malade qui en fait l’objet avait avalé 4 mois avant le début clinique de son cancer gastrique une agraffe métallique.
En résumé, il n’est pas possible de tirer des conclusions de l'étude de ces antécédents car les 2/3 de nos malades n’ont aucun passé pathologique ou bien n'ont présenté que des affections absolument banales dans leurs années antérieures ; quant au dernier 1/5 le nombre peu important d'observations qu’il comporte ne nous permet pas de conclure sur le rôle de l'alcoolisme et de la tuberculose dans le cancer d'estomac des jeunes sujets ; tel est d’ailleurs l’avis d'Essard dans sa thèse, Une seule de nos observations pourrait être intéressante à ce sujet : celle où nous avons signalé ce passé si chargé, car le malade, âgé de 35 ans, a présenté par la suite une forme de cancer à évolution particulièrement rapide ; malheureusement
le cas est unique dans nos observations et perd un peu de son intérêt.
Par contre l'absence de faits saillants dans la plupart des antécédents permet de croire que les grandes affections générales ne paraissent pas, de prime abord, favo: riser particulièrement le cancer gastrique chez les jeunes : c’est le cas de l’alcoolisme, et nous nous trouvons iei du même avis que Vairel dans sa thèse (Cancer gastrique et alcoolisme. Lyon 1932-1953) ; c'est le cas aussi de la syphilis, bien qu'Horand ait admis dans sa thèse la coexistence fréquente des 2 affections. Quant à l'hérédité du cancer, nous n’en avons observé aucun cas dans les antécédents héréditaires et un seul cas dans les antécédents collatéraux de nos malades.
Enfin notons, pour être complet, l’action accélératrice d'une grosses sur l’évolution du syndrôme digestif chez une malade atteinte d'un ulcéro-cancer (obs. #).
. En somme aucun des faits précédents ne vient éclairer le problème de l’étiologie du cancer, et la question reste en suspens aussi bien chez le jeune que dans l’âge mûr.
Rien ne vient expliquer pourquoi cette affection peut quelque fois se développer avant 40 ans chez des sujets. qui semblent, pour la plupart, indemnes de toute tare organique, et toutes les causes invoquées jusqu'alors paraïssent aussi incapables d'expliquer le cancer gastrique des jeunes que celui de l’âge mur.