‹ Le Cancer de l'Estomac À Forme AnémiqueChapitre 18 sur 28 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

(Service de M. le professeur Hayem, à l’hôpital Saint-Antoine) In thèse de Blanc, Paris 1901.

Francois B..., qui occupe le lit n° 18 de la salle Bazin, est âgé de 59 ans. Imprimeur sur papiers peints depuis l’âge de 7 ans, il a manié la céruse, le chromate de plomb, le vert de Schweinfurth. Il s’est même servi, il y a 5 ans, d’une poudre verte lui imprégnant les mains au point qu’il ne pouvait s’en débarrasser par un lavage prolongé. Il a eu de nombreuses co. liques saturnines. Fait intéressant à noter, ce n’est guère que depuis 1890 qu’elles sont survenues, mais avec une telle fréquence, qu’il en aurait eu deux et trois par mois depuis ces temps derniers. L

À 17ans, il fut atteint de fluxion de poitrine avec pleurésie. En 1892, il eut le choléra, à la suite duquel il resta faible, malgré une convalescence de huit mois et, en 1894, la grippe. En 1895, il fut même considéré comme tuberculeux et traité par la créosote. Après avoir tenté de travailler de nouveau, il fut repris de coliques saturnines et demanda son admission à l'hôpital.

C’est un homme de haute taille, autrefois très robuste, aujourd’hui pâle, amaigri, sans forces. Les masses musculaires sont molles ; la peau a une teinte bistrée ; les muqueuses sont

décolorées. Le malade a des vertiges, des bourdonnements

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d'oreilles, une tendance marquée aux syncopes, au point qu'ici même, on a dû lui faire respirer plusieurs fois de l’éther et de l'oxygène. Sa faiblesse est telle qu'il est obligé de garder le lit sous peine de défaillance et de chute. :

Le pouls est régulier, peu fréquent et faiblit dès qu’on lève le bras. [l estbondissant, mais non soutenu. C’est un type de pulsus celer.

La pointe du cœur bat derrière la 5e côte et le choc en est assez fort. À l’auscultation on entend, au-dessus de la poitrine, un souffle systolique, doux, augmentant d'intensité vers la base ; le deuxième bruit est claquant.

L’examen de la poitrine dénote un certain degré de rudesse respiratoire au niveau des sommets, sans râles, sans matité.

À son entrée dans le service de M. Brissaud, d'où il est venu dans nos salles, le malade urinait 3 litres 500 par jour, donnant 44 grammes d’urée et se relevait jusqu'à dix ou douze fois par nuit. Actuellement qu’il est au régime lacté. les urines sont encore claires et abondantes, bien qu'elles ne dépassent pas 2 litres.

On y trouve 28 grammes d’urée. 9 grammes de chlorures. 0,50 d’acide urique, 2 gr. 62 d’acide phosphorique, enfin une acidité normale. L'examen du fond de l'œil a montré une anémie rétinienne très accusée, sans hémorragie, sans trouble de la pupille. 1 existe un peu de bonffissure des paupières, mais il n’y à pas trace d’œdème des jambes.

La langue est saburrale et, sur la sertissure des dents, on voit un liseré grisâtre qu’entretient sans doute l’état défectueux de la dentition. Depuis 1894, date de la grippe, lé malade a eu constamment de mauvaises digestions. Il n’a eu ni vomissement alimentaire, nihématémèse, ni melæna, mais son appétit est toujours resté faible, capricieux, accompagné d’un profond dégoût pour la viande.

Depuis cette époque, il éprouve une douleur fort vive, mais continue, dans la région de l’épigastre. Enfin il est très constipé

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et les sellès sont très douloureuses. L'examen direct de l’abdomen ne donne guère de renseignements préeis.

Le foie ne dépasse pas le rebord costal, la matité splénique est à peine appréciable. Il n’y a pas d’ascite. Partout le ventre est souple, sauf cependant dans la zone sus-ombilicale. On perçoit, en effet, un certain degré de résistance au niveau de l’épigastre et c'est tout. Le système ganglionnaire, autant qu'on puisse en juger, ne parait nullement affecjé.

L’anémie est très intense. Jugez-en par le résultat des examens du sang, pratiqués le 9 février et le 2 mars. Le 9 février, on trouvait par millimètre cube de sang 2,728.000 globules rouges, valant seulement 886,500 globules sains en tant qu’hémoglobine. x

Or, le 2 mars, on n'en constatait déjà plus que 1,705,000 valant 701,900 globules ayant une teneur normale en hémoglobine.

Voici les détails concernant les examens du sang :

Numération pratiquée, le 9 février 1896, dans le service de M. Brissaud : | — 2728000 — 886500 0,35 15500 , par M. Lyon:

Les globules rouges sont très inégaux, beaucoup d'entre eux sont petits.

La préparation (dans le liquide A), renferme d'assez nom: breuses plaques yranuleuses, peu volumineuses (plaques cachectiques) englobant parfois un globule rouge.

Sang desséché. — Hématoblastes peu nombreux mais encore en nombre appréciable ; prédominance des globules rouges

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petits, déformés ; quelques globules rouges à noyau de taille moyennes. Il s’est formé de nombreuses cristallisations dans les préparations conservées trois à quatre jours. Les globules blancs polynucléaires sont très abondants ; on voit quelques éléments éosinophiles ; quelques mononucléaires clairs sont hypertrophiés.

Le sang recueilli dans une petite éprouvette se coagule rapidement. Le caillot se rétracte bien ; le sérumestabondant. pale comme de l’eau, il renferme des traces d’hémoglobire. pas d’urobiline.

L'examen du sang renouvelé de 5 mars et le 10 mars au point de vue de la formation du sérum, a donné les mêmes résultats. Le 10 mars, dans le sang pur, on constate des pseudoparasites. |

Examen du suc stomacal. — À jeun, le matin. on a retiré de l'estomac 10 centimètres cubes d’un liquide à caractères particuliers. Il tenait en suspension une multitude de petits grains noirs comme du café. Or ces grains-là sont uniquement l’effet d'hémorrhagies capillaires.

C'était d'autant plus intéressant à constater qu’il n’y a jamais eu de vomissements sanglants ni de melæna.

Le malade étant tombé dans un état syncopal au moment de l'introduction du tube stomacal, on n’a pu faire l’analyse du suc gastrique après repas d’épreuve.

Après une légère amélioration qui s'est produite par une augmentation de poids de 5 livres (le 18 avril 132 livres, le 2 mai 136 livres), le malade s'est affaibli progressivement jusqu'à la mort qui est survenue le 27 Juillet après un vomissement de sang.

Le 24 avril, on a constaté dans le sang des pseudo-parasites en grande quantité. Les hématoblastes étaient de moins en moins nombreux.

Autopsie. — Athérome aortique et artério-sclérose généralisée. Emphysème pulmonaire. Périsplénite fibreuse. Pas d'altération rénale ou hépatique. Adhérences de la surface de l’es-

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tomac à la face inférieure du foie. Infiltration néoplasique du petit épiploon. Cancer de l'estomac de la petite courbure avec bourgeon saillant à la surface interne de la muqueuse. L'infiltration néoplasique est de consistance fibro-cartilagineuse. L'examen histologique a fait voir des traînées de petites cellules épithéliales disséminées au milieu d’un abondant tissu fibro-embryonnaire.

OBSERVATION II (Service de M. le professeur Hayem, à l'hôpital Saint-Antoine. In thèse de Blanc, Paris, 1901.)

Le malade est un homme de 41 ans, garçon de bureau, venu. il y a un mois, consulter pour des symptômes d'anémie,

Ses antécédents héréditaires sont sans grand intérêt; son père est mort jeune, à 30 ans ; sa mère est morte à 60 ans, de bronchite chronique ; il a cinq frères et sœurs bien portants, Lui-même a eu dans son jeune âge des convulsions et plus tard une croissance lente et pénible, et, peut-être. un peu d’anémie ; mais il n’a fait aucune maladie sérieuse; il n’a pas eu la syphilis.

Il est marié et père de deux enfants.

Il y a quelques années, il a été atteint d’une affection cutanée qu’il désigne du nom d’eczéma génital. Il n’a jamais subi de privations, n’a jamais fait d’excès.

Le début de sa maladie actuelle remonte à décembre dernier: c'est-à-dire à deux mois et demi. C’est à cette époque, du moins. qu'ont apparu les premiers signes d’anémie.

Mais déjà auparavant, vers le mois de juillet, 13 malade avait ressenti quelques maux d’estomac. Il se plaignait d’une sensation de crampes, survenant à des intervalles irréguliers et suivies du rejet d'une plus ou moins grande quantité de salive.

.Les douleurs étaient intenses, l’appétit conservé. C’est en décembre seulement que l'appétit a un peu diminué; mais à aucun moment il n'y a eu du dégoût pour les viandes ni pour les graisses.

Les troubles dyspeptiques sont restés stationnaires. Seule l’anémie a fait des progrès rapides, et, lorsque le malade est venu nous voir pour la première fois en janvier, elle était déjà très intense. |

Aujourd’hui encore, ce sont les signes d’anémie qui dominent.

On constate une décoloration générale des téguments. Le visage est d'une pàleur extrême, les muqueuses sont complètement exsangues.

Le malade a des étourdissements fréquents, des lipothymies. Il se plaint de bourdonnements d'oreilles, surtout à gauche. Et cependant on ne constate aucun signe anémique au cœur; il n’y à pas de frémissements dans les jugulaires, pas de bruit de diable. Le pouls est régulier, plutôt lent. Le murmure vésiculaire est normal. Il n’y aucun signe suspect aux sommets.

A certains moments, le malade se plaint de tortillements, de crampes d'estomac, survenant à des heures très irrégulières, d’une intensité fort modérée et, comme dans les premiers temps de sa maladie, ces symptômes sont suivis de l'expulsion d’une certaine quantité de liquide filant, muqueux, ayant les caractères de la salive, bien qu'il semble remonter de l’estomac, c'est une sialorrhée réflexe intermittente. I] n'y a jamais eu de vomissements.

L'examen du tube digestif ne donne pas grand renseignement.

Les dents sont mauvaises, la langue propre. L’estomac ne paraît pas dilaté. Il existe une certaine sensibilité à la pression dans la région épigastrique, à gauche, au niveau de la partie supérieure du muscle grand droit et l’on constate précisément, en ce point, une certaine résistance à la pression. Mais le mus-

ele est fortement contracté.

La résistane est presque aussi marquée du côté opposé. En

faisant varier la position du malade, la sensation ne devient pas plus nette. Il est donc à peu près certain qu'elle est due surtout à l’état de contracture des muscles de la paroi abdominale, il est impossible de conclure à l'existence d'une tumeur Le foie a son volume normal. En haut, il correspond à une ligne horizontale passant à deux centimètres au-dessous du mamelon. En bas, il dépasse à peine le rebord des fausses côtes. La rate n’est pas hypertrophiée.

Dans le reste de l’abdomen, on ne sent rien d’anormal. Il n’y a pas de ganglions indurés dans le creux sus-claviculaire, les aisselles. les aines.

Bref, on ne trouve à l'examen que des signes d’anémie intense et des troubles dyspeptiques sans caraetères particuliers.

Jamais, enfin, il n’y a eu d’hémorrhagies : hématémèse, melœæna, flux hémorrhoïdaire ou tout autre écoulement sanguin. L’anémie est survenue sans cause appréciable, L'examen du sang, pratiqué le 21 janvier, a donné les résultats suivants :

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