OBSERVATION III
(Service de M. le professeur Hayem, à l'hôpital Saint-Antoine)
In thèse de Blanc, Paris 1901.
I] s’agit d’une femme de 63 ans, journalière, entrée le 11 février 1899 au numéro 11 bis de la salle Moïana pour une anémie profonde compliquée d’ictère léger, déjà atténué.
Cette malade se sent faible et a maigri beaucoup depuis quelques mois. Elle se plaint de tiraillements d'estomac, de pertes d’appétit et a du dégoüt pour les aliments, particuliérement pour la viande. Elle n’a ni nausées, ni vomissements ; elle n’éprouve que de légers troubles digestifs parmi lesquels le plus marqué est la constipation. Lalangue est bonne. Quand elle se lève, elle a du tournoiement de tête, mais elle n’a eu ni bourdonnements d'oreilles, ni lipothymies ; elle dort bien.
La coloration des téguments n’est pas la coloration jaune paille classique, car il y a des traces de subictère ; il existe en outre un peu de cyanose des extrémités, mais pas d’œdème, Cependant, il survient un peu de gonflement œdémateux au niveau des malléoles quand la malade reste longtemps debout. Notons encore l'absence de toute perte de sang; il n’y a eu ni hématémèse, ni melæna.
Le ventre est déformé : une hernie ombilicale épiploique adhérente au sac, forme une saillie médiane, et les flancs sont proéminents et abaissés, tandis que la région épigastrique est déprimée ; il y à done un certain degré de ptose viscérale.
Par la palpation, on constate dans le flanc droit et au creux épigastrique une masse qui descend presqu’au niveau d’une ligne horizontale passant par l’ombilic, c’est le foie dont
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le bord est mousse et qui esthypertrophié, surtout dans la région du côté droit ; le malade n’a jamais eu de douleurs hépatiques, même au moment où l’ictère a apparu. La rate n'est pas augmentée de volume.
L’estomac n'est pas délimitable ; il ne permet pas de produire du clapotage ; on ne sent pas d'accumulation de matière dans les intestins. Rien à signaler au cœur, si ce n'est un léger claquement du second bruit ; dans les vaisseaux du cou, on constate un léger murmure jugulaire intermittent provoqué par la pression du stéthoscope; on ne sent pas de frémissement par la palpation.
L'appareil respiratoire paraît indemne. La vue est bonne et l'examen des yeux ne fournit que des renseignements négatifs. Les ganglions sont normaux, y compris les sus-claviculaires. Les antécédents de la malade sont d’une grande banalité : ses parents sont morts âgés, elle-même a toujours eu une bonne santé. Réglée à seize ans, elle cessa de l’être à quarante-quatre ans.
Elle eut deux enfants dont l’un mourut à treize mois ; l’autre est vivant et très bien portant. Comme maladies antérieures, elle eut une fluxion de poitrine il y a trente ans et une bronchite intense il y a vingt ans ; depuis lors elle tousse tous les hivers.
Veuve depuis dix ans, elle traîne une existence misérable, ne gagnant que vingt francs par mois. Elle n’a jamais fait d’excès de boissons, mais elle s’est très mal nourrie.
Le début de son affection semble remonter au mois de juin de l'année dernière (1898). Elle ressentit tout d’abord une grande fatigue, de l’accablement, puis l'appétit disparut et depuis cette époque elle éprouve une anorexie élective, un dégoût de la viande qui persiste actuellement. |
Vers le milieu de décembre, à bout de forces, elle cesse son travail. À ce moment apparaissent des troubles digestifs plus accentués. Tous les trois ou quatre jours, elle a des vomissements pituiteux qui surviennent d'abord exclusivement le
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matin ; au bout de quelque temps, à ces pituites s’en ajoutent d’autres se montrant dans la journée et caractérisées par le rejet sans effort d’un liquide filant, muqueux, ayant un goût fétide. Elle n'a jamais eu de vomissements alimentaires ni sanguinolents. En janvier elle remarque que ses selles contiennent des membranes; c’est à ce moment qu’apparaît la teinte ictérique dont il reste des traces.
Les matières n’ont jamais été décolorées. L’urine est peu colorée, très pauvre. Une analyse faite le 17 février indique, en effet, une acidité très faible : 4 gr. 50 de chlorures. 2 gr. 63 d'acide phosphorique, ce qui est normal, mais 9 grammes seulement d'urée, une quantité normale d’acide urique ; l'absence de pigments biliaires mais la présence d’urobiline et d’indican en quantité notable. .
L'examen du sang a donné les résultats suivants :
N — 1.054,000 R — 980,000 Ge 10:94 B'= 4500
L'examen du sang sec montre une grande irrégularité dans la forme et dans la coloration des hématies, avec prédominance des formes géantes, et des modifications qualitatives des globules blancs ; les polynucléaires sont moins nombreux qu'à l'état normal et ont un noyau très divisé, les monucléaires sont très abondants, surtout les lymphocytes. Enfin on trouve quelques globules rouges à noyau.
Dans le sang pur, examiné dans la cellule à rigole, on constate que les piles de globules sont petites, formées de peu d’éléments et l’on voit quelques globules mobiles pseudo-parasitaires.
Le sang de la malade renferme un nombre assez élevé d’hématoblastes ; il se coagule d’une manière normale, et le caillot rétractile fournit un sérum abondant et légèrement coloré.
La malade à été incapabie de prendre le repas d’épreuve. Elle à pu avaler le tube la veille au matin, et elle a rendu par