HISTORIQUE
Si l’anémie est d'observation courante et si les auteurs les plus anciens ont plus ou moins insisté sur ses modalités diverses, du moins ce sont les recherches hématologiques modernes qui en ont éclairci la complexité, et c'est à M. le professeur Hayem qu’il revient d'avoir séparé les anémies en deux grandes familles distinctes : les anémies essentielles d’une part, les anémies symptomatiques, secondaires, de l’autre.
De plus, parmi ces dernières, le syndrome anémie a pu éclater si clairement aux yeux des observateurs qu’il a été, dans l’évolution clinique de certaines maladies, le signe dominant, primordial même.
L'anémie a donc pu sommuniquer à telle affection, dont elle n’est qu’un symptôme, révélateur pariois, un caractère assez net pour qu'on ait créé, à juste titre, un type clinique spécial, défini, basé sur elle, un type anémique en un mot.
L'anémie cancéreuse, connue depuis fort longtemps en médecine, est un exemple de ces considérations d’ordre général ; et tandis que d’une part elle venait s’ajouter plus ou moins marquée, au complexus symptomati-
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que plus ou moins variable, de la tumeur maligne; d’au tres fois dans l’évolution d'un cancer spécial, celui de l’estomac, elle prenait une si grande importance, prédominait à tel point sur tout autre signe, qu’elle seule attirait de prime-abord l’attention, et du malade, èt de l'observateur.
C’est ainsi, sans doute, que M. le professeur Hayem (1) fut amené, en 1898,à distinguer un type clinique qu'il nomma : forme anémique du cancer de l'estomac, nom que lui ont conservé les cliniciens français et qui parle plus clairement et plus justement à l’esprit que celui de cachexie sans tumeur, sous lequel l'affection a été décrite par quelques uns.
Si on remonte rapidement le cours de l’histoire de l’'anémie cancéreuse, on voit que les travaux ont porté soit sur l’anémie du cancer, soit sur la forme anémique du cancer, cette dernière plus tardivement étudiée, du reste.
Tantôt le globule rouge et ses variations de nombre et de forme, sa teneur en hémoglobine, font l’objet d’études histologiques et physico-chimiques ; tels sont les travaux de Hayem, ceux de Haberlin, de Boas, de Siegl, de Lyonnet, de Lépine.
Tantôt, c'est du côté du leucocyte que l’attention se porte, servie par des techniques, de fixation, de coloration, de plus en plus parfaites ; témoins la thèse d’Alexandre (2) sur la leucocytose dans le cancer, les discus-
(1) Presse médicale, 27 août 1898.
(2) Thèse de Paris, 1887.
de és
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sions sur la prédominance de la polynucléose, de la mononucléose, les observations d’éosinophilie, ete. plus récentes encore. |
Enfin, tandis que le type chnique de Hayem est accepté de tous et que des observations en sont publiées, de plusieurs côtés, des hypothèses, des discussions s’élévent Sur la pathogénie de cette anémie cancéreuse spéciale, et séparent actuellement, sans qu'une solution soit encore intervenue, l'opinion des auteurs.
Si un processus d’anémie post hémorrhagique peut être parfois invoqué, il ne répond certainement pas à la totalité des faits; force est donc de chercher ailleurs une cause plus applicable a la généralité des cas, et justifiant mieux l’anémie toujours extrême constatée dans ces néoplasies gastriques.
Ÿ a-t-il destruction, usure précoce du globule (hémolyse)? Y a-t-il arrêt ou entrave dans la production des éléments sanguins (anhématopoièse)? et dans chacune de ces alternatives, quel est l'agent du processus, la cause cachée ?
À tout cela, les réponses ne sont encore qu'hypothèses et nypothèses souvent bien divergentes.
Quoiqu'il en soit, Hayem, en 1898, et tout récemment encore (1), Blanc dans sa thèse (2), Ménétrier et Aubertin (3), Sergentet Lemaire (4), apportent des arguments
(1) Archives générales de médecine, sept. 1904.
(2) Thèse de Paris 1901. Forme anémique du cancer de l'estomac. (3) Archives yénérales de médecine, juin 1902.
(4) Société médicale des hôpitaux, 23 octobre 1903.
et des faits à à un oblene qui nous paraît certainement encore à résoudre et dont nous chercherons ici: à donner ‘je un (RPose plutôt qu ‘une solution. | |
ETIOLOGIE
Il ne paraît pas que la forme anémique du cancer de l'estomac ait une étiologie particulièrement intéressante ; nous n'y trouvons rien d'assez différent de l’étiologie générale des néoplasmes stomacaux pour être mis en valeur.
Le sexe n’a aucune influence ;
L'âge sauf le cas de Blanc (Obs. IV), où il s’agissait d’un malade de 31 ans, est toujours supérieur à 40 ans : les malades de M. Hayem ont en effet respectivement 41, 59, 61, et 63 ans; celui de M. Méñnétrier, 43, et la malade de Sergent 68.
La profession n’a aucune importance, et si quelquesuns des malades exercent des professions sédentaires, telles que garçon de bureau, coiffeur, imprimeur, susceptibles de les anémier, d’autres ont un genre de vie plus actif (distributeur de prospectus, charretier).
Peut-être étant donné le signe prédominant de l’affection qui nous occupe, l'anémie, est-on en droit de rechercher des causes spéciales à cette anémie et d'accorder une certaine importance, au moins comme cause prédisposante, à toute atteinte antérieure profonde de l’organisme, a toute infection, à toute intoxication exogène,
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ou endogène ayant pu déjà altérer la crase sanguine. La première observation de Hayem, portant sur un malade nettement saturnin ayant présenté plusieurs crises de coliques de plomb, vient à l’appui de cet ordre d'idées. Comme le fait remarquer l’auteur de l'observation, le malade était déjà anémié avant l’apparition de son néoplasme gastrique, et on conçoit assez aisément que le sang d'un sujet déjà touché et dans le nombre de ses hématies, et dans leur teneur en hemoglobine, puisse être plus facilement, plus profondément modifié par un cancer, que celui d'un homme antérieurement sain.
De même pourrait-on invoquer la présence, dans les antécédents de la plupart des malades, d'’atteintes infectieuses, dont l'influence serait de même nature : Le premier malade de M. Hayem eut une fluxion de poitrine avec pleurésie, le choléra, la grippe, et fut même considéré un instant comme tuberculeux. Le malade de l'observation II eut aussi une fluxion de poitrine, puis une bronchite tenace. Dans l'observation VI on note la variole, la fièvre jaune, et aussi une toux persistante pendant la saison froide. Le malade de Blanc (obs. IV) avait eu une pleurésie, la malade de Sergent une congestion pulmonaire. Plus vague serait l'influence exercée par des privations et la misère physiologique consécutive (obs. IIT), la vie sédentaire en air confiné (obs. IT), mais le rôle d’antécédents pathologiques aussi communs, nous parait quand même bien secondaire dans l’étiologie de l'anémie intense du cancer qui nous occupe, et, pas plus que les auteurs qui se sont occupés de la
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question, nous ne pensons qu'il faille leur attribuer une importance réelle.
De la cause directe du cancer, enfin, que dire dans l'état actuel de nos connaissances ? Le cancer reste Ich ce qu’il est partout: un champ largement ouvert aux hypothèses.
Et nous en aurons fini avec l'étiologie de l'affection quand nous aurons dit qu’il s’agit ici d’épithélioma banal pour la majorité des auteurs, mais auquel MM. Ménétrier et Aubertin nous paraissent avoir récemment décrit un type histologique particulier.