INTRODUCTION
Dans l’étude des cancers de la langue, le cancer de la base mérite une place à part, à la fois par son évolution clinique et par sa thérapeutique, bien différentes, comme nous allons le voir, de celles des néoplasmes développés sur la partie antérieure de l’organe. En effet, du paint de vue clinique, la base de la langue se rattache beaucoup plus au pharynx, dont elle constitue la paroi antérieure, qu’à la langue proprement dite, qui, elle, fait partie de la cavité buccale. Les cancers de cette région ont une évolution de type pharyngé, ce sont vraiment des cancers du pharynx ; ils s'opposent ainsi nettement aux cancers de la partie antérieure de la langue, qui eux, sont des cancers buccaux.
Ces derniers sont facilement visibles à l’examen direct, par simple ouverture de la bouche, ils sont d’autre part assez facilement accessibles, soit au chirurgien qui veut les extirper, soit au radiothérapeute ; au contraire, le cancer de la base ne peut être vu à la simple inspection buccale, il faut pour le découvrir, employer le miroir laryngoscopique ; c’est donc un cancer qui relève du spécialiste, plus que du chirur-
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gien ; et qui, du fait de cette situation profonde et cachée, est très difficile à atteindre par les moyens thérapeutiques habituels. Son diagnostic est plus difficile, ou tout au moins plus tardif que celui des cancers antérieurs ; étant plus longtemps méconnu, sa thérapeutique en est plus malaisée.
Situé dans une région particulièrement riche en formations Ilymphoïdes, incessamment brassée par les contractions des muscles linguaux, il donne toujours des métastases ganglionnaires précoces, souvent bilatérales. Ces métastases ganglionnaires sont, non seulement, comme dans les cancers buccaux, cervicales ou sous-maxillaires, par conséquent extirpables chirurgicalement, mais parfois plus haut situées, en pleine région rétro-pharyngienne, qui, elle, est inaccessible à la chirurgie.
Le cancer de la base de la langue a donc un pronostic très sombre, une évolution rapidement mortelle ; sa guérison définitive est rare, quel que soit le procédé thérapeutique employé ; il doit être placé, de même que les autres cancers du pharynx, parmi les néoplasmes les plus graves de l’organisme.
Ces quelques constatations anatomo-cliniques dont certaines concernant l’envahissement ganglionnaire rétro-pharyngien, sont d'acquisition assez récente ; le fait d’autre part, que la technique radiothérapique et les sources productrices de rayons X ou gamma, sont en perpétuelle amélioration, font que les grandes lignes de la thérapeutique du cancer de la base linguale ont été modifiées au cours des ces dernières années : modifications en faveur des agents physiques,
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au détriment de la chirurgie. D’autre part, dans presque tous les ouvrages concernant le cancer de la langue, le cancer de la base est considéré comme une simple variété topographique du néoplasme lingual, au même titre que le cancer apical ou le cancer mésomarginal, par exemple — alors que nous venons de voir qu’il serait certainement plus juste de le décrire avec les cancers pharyngés.
De même, beaucoup de statistiques rapportant des résultats de traitement de cancer de la langue, sont des statistiques globales ne mentionnant pas les pourcentages séparés de guérison des diverses localisations ; ce qui est fâcheux, car la proportion de guérison des cancers de la base est certainement plus faible que celle des cancers antérieurs.
Ce sont ces diverses raisons qui nous ont conduit à grouper dans ce travail les quelques notions anatomocliniques et thérapeutiques que nous possédons actuellement sur le cancer de la base de la langue.
Nous étudierons d’abord l’anatomie de la base de la Jangue en insistant surtout sur la disposition des lymphatiques. Nous esquisserons ensuite rapidement l’évolution anatomo-clinique du cancer de la base de langue, pour en arriver au chapitre de la thérapeutique : traitement de la lésion locale et traitement de l’'adénopathie. Après avoir rappelé les différentes méthodes thérapeutiques employées jusqu’à ce jour, et les résultats obtenus, nous verrons comment on traite actuellement le cancer de la base de la langue, au centre anticancéreux de Lyon.
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