CHAPITRE PREMIER
La base de la langue constitue la portion postérieure de la partie mobile de l’organe. Rectangulaire et verticale, c’est la partie pharyngienne de la langue ; elle forme la paroi antérieure de loropharynx.
Le Professeur Ducuing, de Toulouse, définit de la manière suivante son rôle physiologique :
« La base de la langue joue un rôle très important dans le fonctionnement du dispositif de « chasse pharyngée » des aliments. Ce dispositif met en jeu tous les muscles qui soulèvent et font reculer la Jangue, ainsi que les muscles constricteurs du pharynx. Au moment de sa contraction, le muscle mylohyoïdien, qui est sans conteste le muscle le plus important de la déglutition pharyngée, agit à la façon d’une sangle brusquement tendue. Il projette avec force la langue contre la voûte palatine, le voile relevé, et la paroi vertébrale du pharynx. Cette projection de la langue en haut et en arrière, jointe à la contraction péristaltique des trois muscles constricteurs du pharynx, réalise par « expression » une véritable « chasse » vis-à-vis du bo: alimentaire. »
Du point de vue embryologique, la base de la langue prend naissance aux dépens de deux bourrelets latéraux qui vont se souder, au niveau du V lingual, ou un peu en arrière, à l’ébauche antérieure connue sous le nom de « tubercule impair de His ». L’existence à la pointe du V lingual du « foramen cœcum » en connexion intime avec le tractus thyréo-glosse et le corps thyroïde nous explique la possibilité du développement à ce niveau de tumeurs d’origine thyroïdienne.
La surface de la base de la langue a, chez l’adulte, un aspect irrégulier et bosselé dû à l’existence des follicules linguaux dont la réunion forme l’amygdale linguale plus ou moins développée suivant les individus. Cette amygdale linguale ferme, en bas, l’anneau lymphatique de Waldeyer.
En contact en haut avec la luette, en bas avec l’épiglotte, la base de la langue est limitée en avant par le V lingual formé par la juxtaposition des papilles caliciformes. La limite anatomique antérieure exacte de la base de la langue est constituée en réalité par un sillon situé à 5 à 8 millimètres en arrière du V lingual, c’est le « sillon terminal », qui, beaucoup plus visible chez l'enfant que chez l’adulte, correspond à la ligne de soudure des trois bourgeons primitifs de la langue.
Ce bord antérieur de la base de la langue constitue le plancher de l’isthme du gosier.
Le bord inférieur de la base de la langue est constitué par un bourrelet transversal situé entre le corps de l'os hyoïde en avant, et la base de l’épiglotte en
arrière; il est réuni à l’épiglotte par trois replis muqueux : « les replis glosso-épiglottiques >» médian et latéraux, qui limitent entre eux les « deux fosses glosso-épiglottiques >» ou vallécules.
Quant aux bords latéraux de la base de la langue, longés par les sillons « amygdalo-glosses », ils sont limités en haut par l'insertion, sur la langue, des piliers antérieurs du voile du palais.
Le squelette fibreux de la base de la langue est constitué par deux membranes : la partie postérieure du « septum lingual » vertical et sagittal, et la membrane « glosso-hyoïdienne » perpendiculaire au septum, insérée en bas sur le bord supérieur de l'os hyoïde, et se perdant en haut dans l’épaisseur de la langue au niveau du V lingual; elle donne insertion par sa face antérieure aux muscles génio-glosses.
La muqueuse de la base de la langue, qui se continue avec celle des régions voisines, a un aspect mamelonné et folliculeux, dû à linfiltration lymphoïde. Par contre elle ne présente que très peu de papilles soit fungiformes, soit hémisphériques; papilles qui abondent, comme on le sait, sur le dos de la langue.
Cette muqueuse contient deux sortes de glandes : glandes folliculeuses et glandes muqueuses.
— les glandes folliculeuses, très nombreuses, sont de véritables petites amygdales, elles sont constituées par des cryptes irrégulières, tapissées d’un épithélium pavimenteux, stratifié, infiltré de leucocytes provenant des nodules lymphatiques sous-jacents.
— Les glandes muqueuses et séreuses sont des
glandes en grappe qui reposent sur le muscle lingual supérieur; leur canal excréteur débouche soit directement à la surface de la muqueuse, soit dans les glandes folliculeuses.
Les bourgeons du goût sont très peu nombreux au niveau de la base de la langue, qui n’est pas, de ce fait, une zone gustative.
La base de la langue est irriguée par une branche de la linguale : l’artère dorsale de la langue, dont les nombreux ramuscules terminaux s’anastomosent autour du foramen-cœcum avec ceux du côté opposé. Accessoirement, quelques rameaux artériels viennent de la palatine ascendante et de la pharyngienne inférieure.
Quant aux veines, elles aboutissent à la veine linguale, qui se jette dans la jugulaire interne.
Les nerfs de la région sont constitués par :
— le grand hypoglosse, nerf moteur;
— le glosso-pharyngien, qui donne la sensibilité à la muqueuse de la base et du V lingual, formant un riche plexus sous-muqueux;
— quelques rameaux sensitifs proviennent également du laryngé supérieur;
— enfin de nombreux filets sympathiques accompagnent l’artère linguale.
Nous allons insister beaucoup plus longuement maintenant sur la disposition du réseau lymphatique de la base de la langue et de ses troncs efférents, car c’est par eux, comme nous le verrons tout à l’heure, que vont se faire les métastases néoplasiques.
Lymphatiques de la base de la langue
Les lymphatiques de la base de la langue ont été décrits d’abord par Sapey; puis Kuttner, Poirier, Most, Bartels, et enfin Rouvière, à l’aide d’injections multiples faites suivant la méthode de Gérota, sont arrivés à définir d’une manière très précise la disposition du réseau lymphatique lingual et de ses efférents.
Avec ces auteurs nous distinguerons, au niveau de la base de la langue, deux réseaux lymphatiques d’origine :
— l’un, principal, le réseau muqueux, superficiel;
— l’autre, moins important, le réseau musculaire, profond.
Nous étudierons ensuite les troncs efférents de ces réseaux et les groupes ganglionnaires auxquels ils aboutissent.