HISTORIQUE
.. Avant 1879, il n’est fait mention au cours de l’histoire des malades atteints de tumeurs cancéreuses de l’anse iléo-cæcale, que de rares interventions palliatives pratiquées pour parer à des accidents d’occlusion. On ne connaît pas l’histoire clinique du cancer du cœcum, qui bien souvent n’est diagnostiqué qu'à l’autopsie. Ce n’est qu’en cas d'arrêt des matières et des gaz, mettant en danger immédiat les jours du malade qu’on le confie au chirurgien. À ce moment, une opération rapide doit être faite ; il faut donner issue aux matières fécales ; seul l’anus de Nélaton en amont de l'obstacle sur une anse g faté anormalement dilatée,
soulage le malade et l’aide à attendre la mort.
: Avec Kraussold qui pratiqua en 1879 la première résection du
cæcum pour cancer, s'ouvre la période chirurgicale. Elle est
d’abord meurtrière car les malades auxquels s'adressent les opé-
rateurs sont pour la plupart des malades chez qui de nos jours
on refuserait de tenter l'ablation de la tumeur. Des 8 malades
chez qui la résection fut pratiquée de 1879 à 1885, 5 suüccom-
bèrent ct l'opéré de Maydl ne dutson salut qu'à ce que ce chirur-
gien après la résection de la tumeur aboucha les deux bouts de
l'intestin à la peau et dans une opération ultérieure fit l’entéro-.
LE CANCER DÙÜ COCUM 81
anastomose. En 1884, Von Bergmann et Billroth obtiennent deux succès et résèquent une tumeur du cœcum en rétablissant dans la même séance la continuité du tube intestinal par une entéro-anastomose. UT
Dès cette date la mortalité opératoire diminue en même temps
que se multiplient les pbservations et que se précise la technique
chirurgicale. En 1890; Senn substitue aux sutures intestinales
dont se servaient jusqu’à ce jour les chirurgiens allemands, des plaques d'os décalcifié résorbables et le premier il abandonne l’enterorraphie circulaire pour une enterorraphie par implanta-
tion latérale. Son heureuse initiative fut suivie d'un plein succés. Cependant ce n’est qu'en 1894 que nous retrouvons employées
par Ilott ces mêmes plaques de Senn qui ne paraissent pas avoir
joui d’une grande vogue. :
. Mais dérivant de la méthode de Senn on voit alors apparaître
toute une série d'anneaux, de éylindres et de tubes faits de
matières résorbables dont l'application au traitement du cancer
du cœcum ne semble pas présenter de particularité. D'ailleurs
la méthode de Senn fut rapidement détrônée par le bouton de
Murphy (1892-1895) qui occupe encore de nos jours une place importante dans la techniqué opératoire des entéro-anastomoses consécutives à la résection du cœcum cancéreux.
Ce n’est qu’en 1888 à notre connaissance que Bouilly publia en France la première résection du cœcum cancéreux, il fut bientôt suivi par Péan (1891) et Théophile Anger (1893). Et M. Hartmann inspirait en 1894 à Baillet sur la résection de l'anse iléo-cœcale une thèse dans laquelle est retracée la technique opératoire suivie par l'Ecole Française. On y retrouve rapidement exposées les diverses méthodes d’enterorraphie que nous avons à étudier. Mais l'auteur ne fait qu'une très courte mention des méthodes palliatives (entéro-anastomose et iléo-colorraphie
simple -sans résection). En 1895 dans un excellent article sur les
tumeurs de la régioniléo-cœcale, Kôrte, se basant sur ses observations personnelles expose sa technique opératoire pour Hà
‘résection du cœcuin dans lé cancer et la tuberculose. Et abor-
dant l'étude des cas inextirpables, il combat l'entéro-anastomose
au profit de la nouvelle méthode d'exclusion intestinale qne Salzer vient de décrire en 1891 et 1892 et qu'Hochenegg et Von Eiselberg ont déjà acceptée pour les inflammations cœcales. En 1897 Tuffier inspire à son élève Carel sa thèse sur la résection du cœcum. Les indications du traitement palliatif du cancer du cæcum sont à nouveau reprises dans la thèse de Lardennois et dans le travail de de Bovis, mais on n’y trouve rien de bien spécial. Ce qui a traitau cancer du cœcum n'y est pas particulièrement mis en relief. Cumston en 1902 n’étudia que la résection du cœcum cancéreux et négligea les opérations palliatives qui ne sont qu’à peine indiquées. Cependant la grosse mortalité opératoire consécutive à l’ablation du cancer du colon et en particulier de PS iliaque invitait les opérateurs à une modification technique dont Mickuliz se fit le défenseur. Au lieu de réséquer la tumeur et de faire du même coup l’entéro-anastomose, on proposa de scinder cette méthode en deux temps. Nous n'avons pas à entrer dans les considérations cliniques sur lesquelles se basaïent les défen- ‘ seurs de cette méthode. On ne tarda pas à appliquer à l’anse iléo-cæcale ce procédé opératoire et l'on vit alors une opération qui d’abord n'avait été qu’une opération de nécessité, devenir après de longues années une méthode réglée. Il suffit de rappeler comment les premiers opérateurs (Maydl et Billroth) pour gagner du temps. laissaient dans la plaie les deux bouts de l’intestin qu’ils se proposaient de réunir ultérieurement. Mais les procédés préconisés n'ont plus rien de semblable à l'anus de nécessité que faisait Maydl ; on applique les méthodes palliatives comme premier temps d’une extirpation du cœcum cancéreux et Schloffer dans un excellent article dans Beitrage für Klinesche Chirurgie de 1903 établit en parallèles les avantages et les inconvénients de la méthode en deux temps.
La question à l'heure présente n’est pas encore tranchée et nous nous proposons dans nos conclusions de revenir sur ce point. Ce que nous tenons à ajouter en terminant cet historique c’est que l'Ecole Française ne cède en rien le pas aux Allemands et aux Américains dans l'étude du cancer du cœcum. Longue serait la liste des travaux publiés à Paris et dans les facultés de
province sur cette intéressante question. — Outre les thèses de * Baiïllet, de Carel ; outre les travaux de Lardennois et de de Bovis dans lesquels, quoique un peu perdu dans la multiplicité des
faits, le cancer de l’anse iléo-cœcale est cependant mentionné, il nous faudrait citer les noms de beaucoup de nos maïtres qui | apportèrent à la Société de Chirurgie durant ces dernières En années, le résultat de leur technique dans la cure radicale du " cancer du gros intestin (Terrier, Quénu, Lejars, Tuffier, Monod, ‘ ‘h Arrou, Guinart, Richelot, Théophle Anger, Souligoux, Morestin, etc., etc.). Dans les congrès de chirurgie la question est à l’ordre du jour, la technique de l’entéro-anastomose: et de l’exclusion y est longuement traitée. |
Une si vaste question ne peut être épuisée dans les quelques notes rapides d’un historique forcément écourté et nous nous ss proposons en étudiant les opérations palliatives de signaler au passage les travaux les plus importants parus sur ce sujet de 1900 à 1908.