DOCTEUR CARRIER
M. B... est un jeune homme de vingt-quatre ans, qui, depuis six mois environ, présente des troubles intestinaux discrets. Il souffre de douleurs abdominales vagues, sans caractères nets. sans siège constant, sans acuité, sans horaire précis. Il est tour à tour légèrement diarrhéique; il n’a jamais été ballonné. À deux reprises, il a eu de petites hémorragies rectales de sang rouge, de type hémorroïdaire. Au surplus, il a, depuis quelques semaines, quelques sensations rectales pénibles, faux besoins qui aboutissent à l’expulsion de quelques glaires. Il a de l’anorexie; il a maigri et il est très pâle.
Sa famille, frappée par la mauvaise mine qu’il a prise depuis qu’elle l'avait vu, le fait examiner par un médecin qui l’adresse pour intervention, avec le diagnostic d'appendicite chronique, à un chirurgien.
Celui-ci, que ce diagnostic ne satisfait point, me demande mon avis et, devant l’histoire de cette maladie, avant tout examen local, je songe à la possibilité d’un néoplasme; n’eût pas hésité à envisager ce diagnostic en présence d’un homme plus âgé; seul le jeune âge du malade faisait paraître très osé un tel
diagnostic.
L’examen rectoscopique montra, sur la face antérieure de l’ampoule, l’existence d’une petite masse bourgeonnante et ulcérée, reposant sur une base très dure qui résistait devant le tube rectoscopique. L’aspect macroscopique était incontestablement celui d’un néoplasme; sans doute la morphologie était un peu polypeuse, mais ce n’était point la masse molle d’un simple polype.
Une première biopsie, bien qu’elle ait été faite en bonne place et dans de bonnes conditions, ne montra que des lésions adénomatuses simples, sans signes de malignité. Alors, de nouveau, la notion d’âge intervint et vint faire hésiter le diagnostic. D’autres médecins virent le malade; on parla de mycose, de tumeur inflammatoire banale, d’adénome infecté; on fit une réaction de Wassermann, qui se montra négative. Le malade fut soumis, sans résultat, à un traitement ioduré intensif. Après quoi, je reñs une biopsie et prélevai deux fragments : sur l’un de ceux-ci on ne
vit, comme sur la biopsie précédente que des lésions