‹ Le cancer du seinChapitre 39 sur 51 · AUTEURS · texte numérisé non relu

AUTEURS

Butlin (1894-1898) . .

W. Cheyne (1896-1899)

Dowd

Halsted ....

Jœrss

Rotter . . . .

Total.

SANS RECIDIVES LOCALES

on o 00,0

OU

COMPARAISON AVEC d'aUTRES STATISTIQUES 73

Par exemple dans le premier tableau (opérations sans ablation des pectoraux), les récidives locales sont représentées par 52,5 0/0, les morts sans récidive locale par 13,1 0/0. Or dans le deuxième tableau (opérations avec ablation plus ou moins complète des pectoraux), les récidives locales ressortent à 25,9 0/0 et les morts sans récidive locale à 29,3 0/0. Dans la statistique de Halsted figurent, d'après M. Gestan, 48,3 0/0 de morts sans récidive locale.

De pareils chiffres, cette transposition évidente dans les proportions observées antérieurement, donnent à réfléchir. Il semble que la maladie, en dépit de l'extirpation totale de sa première manifestation, poursuive son œuvre d'une façon insidieuse, soit parce que l'organisme est déjà infecté au moment de l'intervention, soit parce que le cancer ne serait pas aussi fréquemment qu'on a de la tendance à l'affirmer actuellement, un mal primitivement local, susceptible cependant d'une prompte généralisation.

Quoiqu'il en soit, ce fait est bien capable de susciter ou de raviver des questions importantes se rattachant à la pathogénie et à l'évolution des tumeurs malignes; à la pathogénie, en fournissant un appui aux théories de la prédisposition et de l'hérédité, à l'évolution, en forçant à envisag-er, sans parti pris, l'opinion encore ancrée dans certains esprits, que l'intervention exerce une fâcheuse répercussion sur

le reste de l'organisme, qu'elle active la mise en jeu de la prédisposition diathésique et le développement des foyers indiagnosticables, existant déjà dans certains viscères.

Il faut reconnaître que la rapidité d'évolution des lésions de généralisation est frappante, on peut dire flagrante, chez certaines malades; l'on se prend à regretter alors d'avoir cédé à de vives sollicitations ou de n'avoir pas suffisamment obéi à des contreindications sinon formelles, du moins assez nettes pour faire hésiter. Mais pour un cas où cette fâcheuse influence de l'opération peut être incriminée à la rigueur, combien y en a-t-il où l'on se réjouit d'avoir pu intervenir à temps et très largement !

Les chiffres les plus récents fournissent une réponse dans ce sens. Dans les deux tableaux déjà invoqués, la proportion des opérées survivantes et sans récidive locale après trois ans passe de 34,4 0/0 à 43,4 0/0. Dans la statistique de Halsted elle serait de 40,5 0/0. C'est ce chiffre que M. Cestan indique dans ses conclusions comme représentant la moyenne à laquelle il sera légitime d'aspirer dorénavant; mais il importe de montrer que les bases sur lesquelles le chirurgien américain a édifié ses pourcentages diffèrent considérablement de celles sur lesquelles j'ai établi les miens. Je ne saurais mieux faire que de reproduire ici textuellement, en une traduction litté-

COMPARAISON AVEC d' AUTRES STATISTIQUES 75

raie, les quelques lignes par lesquelles il fait connaître ses résultats. (Annals of Surgery, 1898, p. 575).

Résultats d'opérations de cancer du sein à V hôpital John Hopkins, de juin 1889 à avril 1898.

« Pendant les deux années passées, mes assistants les Drs Finney, Bloodgord et Cushing- ont exécuté probablement la majorité des opérations sur le sein. Antérieurement à cela (à cette période), presque tous les cancers du sein ont été opérés par l'auteur ; 133 cas ont été opérés, 76 d'entre eux il y a plus de 3 ans. Il y a eu 13 récidives locales (9 0/0 et 22 récidives régionales (16 0/0). Des 76 cas opérés il y a trois ans ou plus, 31 (41 0/0) sont vivants sans récidive locale ou signes de métastase ; 10 moururent plus de 3 ans après l'opération, et un seulement 5 ans et demi ultérieurement ; de ces 10, un présenta une récidive locale. Quarante cas (par conséquent 52 0/0) vécurent plus de trois ans sans signes de récidive locale ou régionale. Certains des 10 cas peuvent avoir présenté à trois ans des signes de métastase ; il m'est impossible de fournir des renseignements précis à cet ég"ard. Trente-cinq cas (46 0/0), moururent dans les trois ans après l'opération, et sept d'entre eux après une récidive locale. »

Le lecteur aura peut-être trouvé, comme moi, que cet exposé manque de clarté. En effet, après avoir

dit que, sur ses 133 opérées, 76 ont subi l'opération depuis plus de trois ans, après avoir ajouté que, sur ces 76 cas, les meilleurs de la série, 31 femmes sont vivantes et ne présentent ni récidive locale ni métastase, l'auteur ne fait pas connaître le sort des 57 femmes opérées depuis moins de trois ans. Que sont-elles devenues ? Sont-elles mortes ? Sont-elles bien portantes ? Sont-elles en état de récidive ?

Sur les 76 malades opérées depuis plus de trois ans, il y aurait eu 10 morts après trois ans révolus et 35 morts survenues dans les trois ans après l'opération ; en tout 45.

Les 57 femmes opérées depuis moins de trois ans étant laissées de côté, Halsted calcule le pourcentage des survies avec ou sans récidive au delà de trois ans, et des survies sans récidive ni métastase ég-alement au delà de trois ans, sur le chiffre des 76 opérations faites depuis trois ans, et non sur l'ensemble de ses 133 interventions. Or cette dernière base nie paraît la seule logique, la seule qui puisse conduire à des conclusions exactes.

M. Cestan, adoptant les points de vue de Halsted, a résumé ses résultats de la manière suivante :

« Les récidives locales atteignent seulement un pourcentage de 10,4 0/0 (toujours sur les 76 cas en question, et non sur l'ensemble) ; tandis que 88,8 0/0 des opérés atteignirent le terme de trois ans

COMPARAISON AVEC d'aUTRES STATISTIQUES 77

et 52 0/0 le dépassèrent sans en porter trace, 40,5 0/0 d'entre eux (toujours sur les 76) restant absolument guéris au moment où Halsted publiait son travail. »

En réalité, calculées sur les 133 cas, les récidives locales seraient au nombre de 35 (Gestan), soit

26, 2 0/0, et la proportion des femmes vivantes n'offrant ni récidive ni métastase, opérées depuis plus de trois ans, tombe à 23, 30 0/0, ce qui est bien différent.

De mon côté, sur 53 cas, j'ai relevé, parmi les morts, 25 récidives locales isolées ou coexistant avec des métastases, et parmi les vivantes 2 récidives locales dont je dois porter la responsabilité, en tout

27, soit 51,56 0/0 ; par contre je n'ai que 6 généralisations isolées, soit 11,92 0/0 au lieu des 48,3 0/0 de Halsted (Gestan). D'autre part mes 19 opérées ayant dépassé trois ans sans récidive ni métastase, représentent une fraction de 35,84 0/0 sur mon ensemble, tandis que, du côté de Halsted, le rapport sur les 133 cas est de 30,07 0/0 (40 cas), et si je calculais le pourcentage de ces 19 cas par rapport à mes 26 cas de survie avec ou sans récidive au delà de trois ans, et non par rapport à mes 53 opérations, j'arriverais à 73,07 0/0, proportion beaucoup trop belle pour que cette base d'évaluation puisse être considérée comme exacte.

Enfin pour mes 10 sujets, opérés depuis plus de trois ans et encore vivants en parfaite santé, la proportion par rapport à 53, est de 18,86 0/0, chiffre un peu inférieur à celui de Halsted; en revanche leur moyenne de survie est de neuf ans et cinq mois.

Tirer autant de déductions de chiffres dont la valeur ne peut pas être regardée comme absolue, c'est peut-être tomber dans les abus de la statistique. C'est en tout cas soumettre l'attention du lecteur à une rude épreuve ; mais comment ne pas suivre l'exemple des autres statisticiens et de leur commentateurs? On me pardonnera donc, je l'espère, d'avoir longuement insisté sur cette partie un peu ingrate, mais d'un intérêt indiscutable, de mon sujet.

Page 1