AVANT-PROPOS
L'humanité paie un large tribut aux tumeurs cancéreuses. L'imagination populaire, frappée de l'évolution fatale du cancer, le représente sous la forme d'un animal insatiable, qui, pareil au monstre de Thésée, dévore des victimes sans nombre. Enserrant dans ses membres l'organisme tout entier, le Cancer l'empoisonne, et ne tue sa proie qu'après lui avoir fait endurer d'horribles souffrances ; c'est en vain que les matrones appliquent sur les organes envahis par cette terrible affection, des morceaux de viande fraîche, des pigeons aux chairs pantelantes. Le cancer rongeur acquiert ainsi la signification d'un monstre mystique.
De tous temps, les médecins se sont appliqués à élucider les notions nébuleuses, fournies par l'étude empirique du cancer, et ont essayé de lui enlever son caractère mystérieux, inexorable : pendant des siècles les résultats restent négatifs. La science contemporaine est entrée dans une voie nouvelle, et te but de ce travail est d'exposer les conceptions modernes du cancer.
C'est une tumeur qui, comme (outes les autres tumeurs, possède des caractères précis, une évolution rationnelle, des symptômes propres. Le cancer n'est plus toute tumeur maligne capable de se généraliser. Cette notion clinique, trop compréhensive, n'a pu survivre aux récentes recherches anatomo-pathologiques. Le cancer n'est pas non plus une tumeur alvéolaire, àstroma fibreux, dont les alvéoles, communiquant entre eux, sont remplis par des cellules indépendantes les unes des autres, en suspension dans un liquide plus ou moins abondant. Celle dernière définition ne s'appliquant qu'au carcinome, ne saurait suffire au cancer, dont le carcinome n'est qu'une variété terminale.
Tout concourt à faire admettre que le cancer est une tumeur développée aux dépens d'un épithélium préexistant, et dont les variétés hi s tologiques engendrent autant de variétés tumorales. L'élément fondamental du cancer est la cellule épithéliale. C'est son évolution qui nous guidera dans la description qui va suivre. Elle nous paraît devoir éclairer, effectivement, L'anatomie pathologique et la pathogénie même de l'affection.