CANCER A ÉL'ITHKLIUM GLANDULAIRE
ADÉNOME
s*accompagnant d'une prolifération plus ou moins accusée des culs-de-sac glandulaires.
Le slroma conjonclif dans l'adénome vrai est très peu abondant. En outre, les corps glandulaires ne sont pas simplement distendus par des cellules épithéliales multipliées; leur paroi pro pre se trouve extrêmement amincie1, prête à se rompre et à donner issue aux éléments nouvellement formés. Ces phénomènes sont, dans certains cas, tellement accusés, qu'il est extrêmement difficile de reconnaître l'adénome, pour ainsi dire noyé dans la masse totale de la glande envahie.
L'adénome, étant une tumeur qui se développe toujours aux dépens du tissu glandulaire, peut se produire partout où il y a des glandes. La peau n'échappe pas à cette néoformalion, et, là, ce sont tantôt des glandes sébacées (Broca, Balzer), tantùtdes glandes sudoripares (Filtrer, Verneuil), que l'adénome choisit comme siège.
Pour les glandes sudoripares, toutefois, l'accord
Fig. 8. — Adénomes des glandes sudoripares (d'après Jacquet et parier. Annales de Dermatologie, 1S87).
n'est point encore fait. On se demande si les lésions décrites sous le nom d'adénomes sudoripares ne sont pas de véritables épithéliomes s étant propagés aux glandes sudoripares ; môme lorsque leur point de départ semble être une glande sudoripare, Darier hésile à les considérer comme des adénomes vrais el leur donne le nom d 'épi tb él iome adé 1 1 1 û'de.
Fig. 9. — Adénome des glandes sudoripares (d'après Jacquet et Darier. Annales de Dermatologie).
Les adénomes de la glande mammaire, dont il existe fort peu de cas authentiques, sont des tumeurs de petit volume, nettement enkystées el séparées du reste de la glande. Ils sont constitués par un stromaconjonclif contenant des bourgeons épithéliaux irrégulièrement disposés ; mais la prolifération, soit conjonctive, soit épithéliale, de
ADÉNOME oo
ces tumeurs est limitée ; il n'y a ni infiltration èpithéUale, ni hyperplasie conjonctive.
Dans le foie, de môme que dans le rein, les adénomes forment des tumeurs nodulaires, dont la surface de section est d'un blanc crémeux.
Au microscope, ces tumeurs se distinguent des hvperplasies glandulaires simples par ce fait que, si le 1 issu adénomateux rappelle la disposition glandulaire, il n'arrive jamais à donner l'illusion d'une glande typique.
Les adénomes se rencontrent très souvent dans le foie cirrholique. Sabourin attribue leur production à une prolifération irritative des cellules hépatiques sous l'influence de la cirrhose, qui représenterait ainsi la lésion primitive.
Les adénomes du rein seraient dus à un mécanisme analogue.
Ilanot et Gilbert, dans leurs remarquables (•Indes sur les maladies du foie, ont donné la véritable signification des adénomes du foie. Les cellules glandulaires, qui forment les cordons adénomateux du foie, diffèrent des cellules hépatiques normales, par leurs dimensions presque toujours plus petites, par la faible quantité de leur protoplasme, par son aspect moins granuleux et ses réactions colorantes.
Ces adénomes sont donc constitués, dans les
54 CLASSIFICATION DES N'ÉOPLASIËS CANCÉRKUSËS
glandes comme les épitliéliomes dans les tissus de revêtement, et nous trouvons dans cetle conclusion un argument de plus en faveur de noire conception que l'adénome est un cancer. D'ailleurs les adénomes de l'ovaire, qui nu ressem-
jBjf», m, — Adénome cylindrique êa rei-ium (préparation de Nicolle reproduile par Quénu).
Lient en rien h des follicules de Graaf, et qui rappellent plutôt, parleur caractère embryonnaire, les cordons de Pfltiger, sont, comme lr fait si judicieusement remarquer Quénu, des tumeurs épithéliales embryonnaires.
ADÉNOME
Quanl aux adénomes des muqueuses, ils sont Irès difficiles à distinguer des carcinomes proprement dits. Ce sont des tumeurs molles, se détruisant facilement et infiltrant le tissu de soutènement.
Ménétrier, dans son travail sur les polyadé* nomes de l'estomac, a pu observer, deux fois, la transformation directe de ces sortes de polyadénoines en ulcérations carcinomateuses, dont les métastases hépatiques prouvaient la malignité. Lorsqu'on examine au microscope l'adénome ulcéré d'une muqueuse, on ,. . . .
1 fjQ 1], — Adénome cylindrique uu
Voit que la base et les rectum. Même préparation vue à i *ii ,, , , un plus fort grossissement.
bords de cette ulcération sont infiltrés de cellules néoformées, et que les tubes glandulaires se trausforment de plus en plus en végétations épithéliales, représentant de véritables bourgeons épithéliaux, comme dans le carcinome (Ziegler). C'est là un type de d'adéno-carcinome, qui ne constitue pas une tumeur distincte de l'adénome, mais qui représente un adénome, surpris en son slade ultérieur de carcinome commun c a n t .
56 CLASSIFICATION DES NEOPLAS1ES CANCEHEUSES
Carcinome. — Celte forme de cancer, qui peut être l'aboutissant de toutes les variétés que nous venons de décrire, se rencontre plus spécialement dans les organes glandulaires. C'est une tumeur plus ou moins volumineuse, à aspect variable et à laquelle on peut distinguer deux parties, a) le parenchyme, b) le stroma.
Le parenchyme est formé par les cellules cancéreuses ; celles-ci, accumulées en amas, portent le nom de corps carcinomateux (Wadeyer) et rappellent, par leur disposition, des glandes en grappe. Cette ressemblance n'est cependant pas absolue. Les cellules d'un corpuscule carcinomateux sont polymorphes, irrégulières, groupées au hasard de l'infillralion, ne limitant aucune lumière, ne débouchant clans aucun canal excréteur. Elles sont pressées les unes contre les autres, en s'aplatissant par compression réciproque ; leur protoplasma est granuleux, surtout dans la cellule adulte.
Dans les jeunes cellules, le protoplasma est fin et transparent, elles noyaux sont volumineux, à contours bien accusés ; certains d'entre eux se trouvent en voie de division mitosique.
Le stroma est formé par un réseau conjonclif alvéolaire, contenant des vaisseaux ; dans les carcinomes vrais, ceux-ci sont très parcimonieu-
CARCINOME
sèment distribués; on met ce fait en évidence en traitant les coupes par le pinceau : les cellules
Fig 12, — Suc cancéreux dissocié, aspect des cellulos cancéreuses
(Quénu).
sont chassées des alvéoles, qui se montrent ensuite comme des creux imparfaitement fermés
F.f/. 13. — Stronia d u carcinome dont les cellules ont été chassées au pinceau (Cornii et llanoier).
et communiquant entre eux à la manière des espaces caverneux.
58 CLASSIFICATION DES NEOPLASIES CANCEREUSES
Celte structure spongieuse est caractéristique du carcinome. En exprimant ou en raclant la surface de section d'un carcinome, on obtient un liquide épais, sortant d'orifices nombreux (coupes des alvéoles), constituant le suc carcinomateux, découvert et décrit pour la première fois par Cruveilhier. Ce suc est formé presque exclu sivement par des cellules carcinomaleuses suspendues dans un liquide peu abondant; ce dernier peut môme manquer totalement; dans ce cas, le suc carcinomaleux se trouve réduit à des sortes de Î&J&*^":$" filaments 1 ilanchâ-
^SS^fBf^K^ très, rappelant le ver- Fig, i4. - carcinome encéphaioïJe micelle ou la matière ^Quùnu) pâteuse qu'on fait
sourdre à la surface d'une glande sébacée obstruée, lorsqu'on la comprime.
Cette courte description de la structure du carcinome, permet d'entrevoir toutes les variétés que la clinique décrit à cette forme de néoplasie.
En effet, lorsque les cellules l'emportent de beaucoup sur le stroma, on se trouve en présence du cancer médullaire ou encéphaloïde. La tumeur est dans ce cas volumineuse, de forme
CARCINOME
irrégulière, bombée, vasculaire, donnant à sa surface de section du suc lactescent en abondance.
Le stroma conjonctif est-il fortement développé, le carcinome, généralement atrophique,
Fifj. J5, — Cancer fibreux do l'ovaire (Quénu).
dans ce cas, prend alors le nom de squwvhe. ('<'st une néoplasie de consistance très dure, criant à la coupe et ne fournissant presque pas de suc cancéreux.
Lorsque les deux parties constitutives du car-
cinonie se développent parallèlement, la tumeur prend le nombre de cancer simple, et tient le milieu entre les deux formes décrites précédemment.
Ce qui caractérise le cancer en général, et le carcinome en particulier, ce sont les cellules. Le stroma n'a que la signification d'une charpente vasculaire, dont la contexture ne saurait influer sur la nature de la tumeur. Toutes les formes de tissu conjonctif peuvent entrer dans sa constitution, sans que la néoformation cesse pour cela d'être un carcinome. Les faisceaux contigus aux corpuscules carcinomateux sont pénétrés d'un certain nombre de petites cellules rondes, qui traduisent ainsi l'état inflammatoire ou sub-inflammaloire du tissu conjonctif,en présence d'une prolifération carcinomateuse. Ces cellules peuvent être liés nombreuses et, en pénétrant dans les amas épithéliaux néoplasiques, ellespeuvent donner au carcinome une vague apparence de tissu de granulation. Les faisceaux conjonctifs sont-ils jeunes et mucoïdes, on a sous les yeux le cancer myxomateux ; sont-ils infiltrés de pigment ou de graisse, on a le cancer mélanique ou le cancer llpomateux, etc.
Uévolutioti du carcinome est fatalement pro-
CARCINOME
gressive. Il s'étend d'abord dans l'organe qui lui sert de siège, pour se propager ensuite aux lissus et organes voisins. Les éléments nobles de ces organes sont détruits au fur et à mesure que la néoplasie progresse. Le tissu conjonctif, en raison de sa réaction inflammatoire, est relativement épargné.
L'envahissement des lymphatiques et des
ganglions est de règle dans le carcinome.
En pénétrant dans le torrent circulatoire, lymphatique ou sanguin, les cellules carcinoinases donnent naissance aux métastases, qui peuvent siéger soit dans l'organe primilivemen t atteint, soit dans des points de l'organisme plus ou moins éloignés du siège initial.
Quel que soit l'organe ou le tissu infecté, la tumeur secondaire correspond, au point de vue histologique, au néoplasme primitif, dont elle n'esl qu'une émanation. Une métastase d'un carcinome de l'estomac dans le foie est constitué, par des cellules cylindriques gastriques et non pas
Fit]. 16. — Carcinome du ?pin« Trainéos épilliéliales (Quénu).
par des cellules hépatiques, On a pu suivie, dans les capillaires du foie et du poumon, la marche et la multiplication des cellules careinomateuses mé* tastasiées. L'endothélium vasculaire ne participe nullement au processus carcinomaleux, de même que, dans les ganglions, les cellules des tissus lymphatiques envahis ne présentent presque pas de division indirecte des noyaux. Les figures karyokinétiques ne se rencontrent que dans les éléments carcinomaleux métastasiés.
Les cellules carcinomateuses, pour se disséminer, ne suivent pas toujours le sens du courant sanguin. C'est ainsi que, dans un cas de carcinome du sein, Arnold a trouvé une métastase unique et siégeant dans le sinus longitudinal.
Le tissu osseux n'est pas respecté ; il est très souvent prisa la suite du cancer delà mammelle. Le cas de Létienne est intéressant à ce point de vue : chez une femme, morte d'un carcinome du sein, il trouva, outre des propagations voisines de la tumeur, des métastases disséminées presque exclusivement dans le système osseux.
La marche du carcinome est donc fatale. Tôt ou tard l'individu finit par succomber, soit à sa tumeur primitive, soit aux généralisations secondaires de celle-ci; il existe pourtant desc;is, tics rares il est vrai, on cette évolution inexorable
CÂ RCINOIUF!
présente des moments d'arrêt. Le stroma conjônctif se développe quelquefois tellement que le carcinome semble se rétracter; son contenu se vide ; on peut être tenté de croire à une guérison spontanée : le cancer atrophique de Cruveilhior fournit un exemple de celte allure trompeuse. Les travaux de Waldever ont montré combien sont illusoires ces apparences.
Arrêtées dans un point, les cellules carcinomaleuses continuent leur évolution au centre de la tumeur, et l'individu continue à être exposé à tous les dangers de son affection, aussi bien à la cachexie qu'aux métastases.
Les trames et cellules conjonctives peuvent, dans divers cas, subir la dégénérescence graisseuse ou l'infiltration calcaire, et marquer ainsi des temps d'arrêt dans l'évolution du carcinome.
La suppuration par infection de la tumeur, ulcérée ou non, ne détruit que le stroma conjonctif. Les amas carcinomateux s'y comportent passivement. Mais, à la longue, les cellules subissent la dégénérescence graisseuse ou granulograisseuse et finissent par être éliminées à travers les cratères dont la tumeur est creusée.
Ces métamorphoses régressives déterminant la destruction du carcinome, pourraient en amener la guérison ; mais, cette guérison, si tant est
qu'elle puisse survenir, ne saurait être que locale. Les métastases, continuant leur œuvre finissent toujours par tuer le malade.