APERÇU CLINIQUE SUR LES CANCERS D'ORIGINE GLANDULAIRE
Symptômes. — La description clinique des cancers d'origine glandulaire est essentiellement différente suivant qu'il s'agit de l'épithéliome enkysté, Y adénome, ou de l'épithéliome diffus, c'està-dire le carcinome.
Uadéno?ne, est d'une manière générale, une tumeur bénigne ; sa tendance à s'encapsuler est tellement accusée, qu'il a été souvent pris pour un fibrome. Dans l'ovaire, il est le point de départ de formations kystiques, qui sont susceptible de se généraliser au péritoine. Dans l'intestin, l'adénome se pédiculise et affecte la forme d'un polype.
Les adénomes du foie et du rein peuvent prendre un tel développement qu'on les trouve dans toutes les parties de l'organe, sous forme de tumeurs saillantes à la surface ou comprimant
CARCINOME HO
exccnlriquement, clans les parties profondes, les lissus normaux avoisinantes.
Ces néoformations glandulaires peuvent dans l(> foie envahir les veines (Sabourin, Gilbert) ou les ganglions lymphatiques (Brault) et réaliser de cette manière les termes de Iransilion aboutissant au carcinome, dont l'un des principaux caractères est précisément la généralisation.
Le début du carcinome est presque toujours insidieux; quand le malade s'en aperçoit, la tumeur existe déjà à un degré assez avancé de son développement; pour les carcinomes superficiels ou accessibles à l'exploration, les caractères des parties qui les recouvrent ont une certaine importance : à la mammelle, par exemple, la peau, normale d'abord, ne tarde pas à contracter des adhérences avec la néoplasie sous-jacente ; elle se ride, s'immobilise, et finit parfaire corps avec la tumeur. Celle-ci se trouve ainsi fixée à la peau, en attendant qu'elle contracte également des adhérences avec les parties profondes sur lesquelles elle repose. Lorsqu'il infiltre le tissu musculaire et osseux, le carcinome ne peut plus « lie mobilisé dans aucun sens.
Arrivée à ce degré, la prolifération épithéliale ulcère les organes envahis. La peau détruite
CmrzMAN — Lfl Cancer 5
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laisse sortir des bourgeons purulents ou sanieux qui, dans cerlai ries localisations, utérus par exemple exhalent une odeur d'une fétidité repoussante.
A celte période de son développement, le carcinome peut provoquer de la douleur; car, dans l'immense majorité des cas, le cancer au début n'est pas douloureux; cette remarque toutefois, ne s'applique pas aux néoplasies épitbéliales siégeant sur des organes dont elles entravent le fonctionnement ; c'est ainsi que le cancer de la bouche, de la langue, des oriÛces gastriques, du rectum, de la vessie, gène le fonctionnement de ces organes, et en contact continuel avec des subslances irritantes il devient rapidement douloureux ; mais, en général, le cancer n'est pas une affection douloureuse, et le nombre des cancers latents, véritables surprises d'autopsies, est relativement grand.
C'est d'ordinaire l'ulcération du carcinome qui marque le début des phénomènes douloureux. Ceux-ci peuvent être locaux ou irradiés, et lorsque le processus ulcératif intéresse de gros troncs nerveux, l'intensité des douleurs devient te plus souvent intolérable.
Le carcinome est le plus souvent le siège d'hémorrhagies, légères dans la plupart des cas ; mais leur répétition à des intervalles très rap-
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prochées finit par épuiser le malade ; généraleiiicnl, celui-ci ne larde pas alors à entrer dans la période ultime, dans la phase cachectique.
Celle cachexie est une des manifestations les plus constantes du carcinome. Le malade maigrit, mais cet amaigrissement n'est pas toujours proportionnel au degré d'évolution de la tumeur; et Bième il y a des cas, où le malade succombe cachectique mais non amaigri, comme dans l'anémie pernicieuse progressive.
Quoi qu'il en soit de l'amaigrissement, la teinte jaune paille de la peau, qui survient même lorsque le malade n'a presque pas perdu de sang, est absolument caractéristique du carcinome. On ne la renconlre dans nulle autre affection. Cette cachexie est toujours identique à elle-même, quels que soient d'ailleurs le siège et la forme du carcinome ; le teint devient jaune paille légèrement foncé; la peau, sèche, paraît d'abord décolorée, ensuite elle semble avoir été enduite d'une teinte ocreuse claire.
La malignité du carcinome se manifeste, en dehors de la cachexie déjà décrile, par l'apparition conslante de noyaux secondaires dans les différents organes et appareils de l'économie. Nous ne parlons pas ici des ganglions lymphatiques, dont est tributaire le territoire organique envahi
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par la néoplasie carcinomaleuse. Ces ganglions sont toujours pris, et cela à un moment très rapproché du début de la tumeur (six mois en moyenne à partir de son apparition d'après certains auteurs). Cette infiltration carcinomateuse rend les ganglions plus ou moins gros, les durcit cl les immobilise en progressant.
Les métastases organiques se traduisent par des sensations douloureuses au niveau d'une région plus ou moins éloignée du siège initial de la tumeur. Divers symptômes fonctionnels et douloureux, autres que ceux provoqués par la présence du carcinome primitif, viennent assombrir le tableau clinique. Lorsque le système osseux est pris, des fractures peuvent survenir au moindre mouvement exécuté par le patient; immobilisé dans son lit, le malade peut à peine attendre la fin naturelle de ses tortures.
La période terminale du cancer est assez souvent marquée par l'apparition d'une phlegmatia alba dolens, affection à laquelle Trousseau attachait une si grande importance clinique. L'œdème, qui en résulte, occupe tantôt la face, tantôt un des membres supérieurs, mais la règle est de la rencontrer aux membres inférieurs.
Diagnostic. — 11 nous est impossible d'entrer
CARCINOME
dans une étude détaillée du diagnostic différentiel du carcinome. Chaque organe envahi présente ses réactions propres, qu'on ne saurait généraliser sans s'exposer à une foule d'erreurs. .Mais, on peut se demander s'il y a dans la symptomatologie générale, propre à l'infection cancéreuse, un ou plusieurs symptômes, rendant possible le diagnostic d'un cancer occulte, caché dans les profondeurs de l'organisme et inaccessible à nos moyens habituels d'exploration.
La réponse est difficile : la cachexie, spéciale au carcinome et déterminée par lui, peut manquer, lorsque la tumeur est récente et qu'elle siège dans un tissu ou dans un organe dont le fonctionnement régulier n'est pas indispensable à la vie. Elle ne survient qu'ultérieurement ; mais elle survient sûrement, et sa constatation suffit pour affirmer alors l'existence d'une néoplasie épithéliale diffuse.
Cette cachexie est le résultat direct d'un empoisonnement de tout l'organisme par des substances toxiques sécrétées par la cellule cancéreuse. Pfeiffer, en injectant une infusion de produits rarcinomateux dans l'eau salée, aux lapins, a vu ceux-ci succomber avec tous les phénomènes d'une intoxication ptomaïnique ; plusieurs auteurs ont conûrméces données expérimentales et,
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à l'heure qu'il est, on admet généralement celle sécrétion toxique des cellules cancéreuses.
On ne connaît point, toulefois, la substance loxique elle-même. Adamkievitch voudrait y voir un poison analogue à celui qu'on isole des cadavres; mais personne n'est venu confirmer cetle hypothèse. Les recherches entreprises par Militer, Klemperer, imposent la conviction de l'existence d'une substance toxique dans le sang des cancéreux, et la clinique y trouve un appui solide lorsqu'il s'agit d'expliquer le coma carcinomateux qui constitue une des manières de mourir des cancéreux.
Oppenheim et Siemerling ont trouvé dans la cachexie cancéreuse un léger degré de dégénérescence des nerfs périphériques, comme dans la tuberculose, dans les processus septiques, etc., apportant ainsi un nouvel argument en faveur d'une intoxication organique par les éléments spécifiques.
Certains cancers sont longlemps tolérés ; tel par exemple le cancer du larynx, dont les lymphatiques n'aboutissent qu'à un ou deux ganglions lymphatiques. Le poison s'y trouve enfermé, et ce n'est qu'après une ulcération avancée des parties laryngées, que la cachexie peut se montrer, de larges voies lymphatiques se trou-
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vaut de cotte manière ouvertes à la pénétration des poisons.
Le seul symptôme général, caractéristique, pathognomonique presque du carcinome, est la cachexie; les autres symptômes, tels que la leucocylose, la diminution de l'hémoglobine se rencontrent également dans toutes les tumeurs malignes. Le signe de Rommelaëre n'est pas non plus constant : si dans le carcinome il y a diminution dans le chiffre de l'urée et diminution dans la proportion des phosphates, cela s'observe également dans d'autres affections chroniques; l'hypoazoturie a une grande valeur pour le diagnostic du carcinome ; mais sa constatation manque souvent, et seule, sans la cachexie, l'hypoazoturie ne s'aurait avoir une signification cancéreuse univoque.
En somme, c'est à chaque clinicien dégrouper les symptômes et de les interpréter, pour poser ou rejeter le diagnostic de carcinome.
Ce chapitre ne pourrait avoir d'autre prétention que de signaler les difficultés actuelles du problème et la voie suivie à l'heure présente, en vue des découverts d'ordre toxicologique, susceptibles d'apporter quelque jour un utile appoint au diagnostic précoce du carcinome.
Il CLASSIFICATION DES NKOPLASIRS CANCKH RUSES
Pronostic. — Le carcinome est une maladie incurable ; son évolution, fatale dans presque (ous lès cas, dépend, au point de vue de la durée, de la structure du strorna cancéreux, et de la constitution de l'individu affecté.
Il peut évoluer très lentement, et présenter môme des périodes de rémission complète. L'irruption des éléments carcinomateux dans les tissus avoisinants dépend de la pression intra-néoplasique due à l'excessive multiplication de ses éléments constitutifs, et de l'ulcération de la tumeur.
Le cancer mou, encéphaloïde est malin par excellence ; il tue très rapidement lorsqu'au lieu de débuter sous forme de nodule il se présente d'emblée sous la forme infiltrante du cancer en nappe.
Le carcinome dur, le squirrhe, marche plus lentement ; le tissu conjonctif rétractile, développé dans son intimité, peut même en retarder l'évolution.
L'âge du malade a une grande importance. Le carcinome des vieillards est généralement (<>rpide. La malignité du cancer est en raison directe de la richesse de son parenchyme et en raison inverse de l'âge de l'individu sur lequel il se développe.
CARCINOME
La mort est déterminée soit par les progrès de la cachexie, soit par la localisation carcinomateuse elle-même; le dénouement est quelquefois hâté par des complications hémorrhagiques ou suppuratives.