INTRODUCTION
donne naissaneeÀ toutes les tumeurs conjoixtives ou musculaires (Lancereaux, Kind(leisch).
Il est vrai que les recherches modernes tendent à prouver que le feuillet moyen dérive soit de l'ectoderme (Kolliker), soit de l'endoderme (Herlwig), et que sa spécificité n'est pas par conséquent tirs rigoureusementétablie ; mais une fois la différenciation accomplie, les trois feuillets séparés, les éléments propres à chaque feuillet, pestent immuables dans leur forme et dans leur destinée : dès lors les cellules des feuillets périphériques ne font que de l'épithélium, celles du feuillet moyen que du tissu conjonctif et ses dérivés.
Lorsque Thiersch eut démontré l'origine épithéliale du cancroïde de la peau, et que Waldeyer eut généralisé cette loi de l'origine épithéliale du cancroïde en l'étendant aux autres formes de cancer, celles-ci représentèrent fatalement des néoplasies, provenant, comme tout tissu épilhélial, d'un des feuillets limitants du blastoderme.
Toutefois, cette simplification si grande dans la conception des tumeurs en général ne fut admise qu'après des luttes ardentes. Nombre de médecins se basant sur ce que la notion de cancer était essentiellement clinique, se refusèrent à la séparer do son corollaire irréfragable) la mali-
7? HISTOGENÈSE DU CANCER
gui té. Or, les considéralions histologiques précitées rangent parmi les cancers des tumeurs dont là malignité est fort douteuse et même certaines tumeurs essentiellement bénignes. Pour ces cl iniciens, le cancer étant toujours malin et les tumeurs épithéliales étant pour la plupart bénignes, le cancer ne pouvait être une tumeur épithéliale; le cancer devait donc continuer à englober, dans sa sphère sans contour délimité, toutes sortes de néoformations hélérogènes, allant du sarcome vrai aux Jymphadénomes.
Ces objections n'eurent pas de peine à être repoussées : les caractères cliniques, fugaces, mobiles, capricieux, ne suffisent point, en réalité, à délimiter des chapitres pathologiques. Si le carcinome est malin, le sarcome l'est aussi et pourtant les deux tumeurs diffèrent, à bien des points de vue; on ne peut donc les décrire dans une même famille, de même qu'on ne saurait additionner des unités de nature différente.
Théorie de l origine conjonctive. Expose cl disrussion. — Dès lors la recherche de l'histogenèse s'impose : Virchow fut et est encore peutêtre, le grand défenseur de Yorigine conjonctive du cancer, du carcinome proprement dit. Il donne une description microscopique minutieuse
THÉORIE CONJONCTIVE '
du cancer, amas de cellules polymorphes entourées d'une charpente conjonctive puissante; ces cellules affectent pour tous les cancers, une forme épithélioïde ; mais celle-ci ne saurai!, pour Virchow, impliquer la nature épithéliale du tancer; pour cet auteur, le tissu conjonclif, qui forme la matrice de tous les produits cellulaires d'ordre pathologique et notamment des néoplasies, engendre également les tumeurs cancéreuses. Il ne lui paraît donc pas nécessaire d'admettre que les cellules épithélioïdes des carcinomes descendent des cellules épithéliales, leur aspect pouvant être dû à une transformation des cellules du feuillet moyen.
Cette théorie de la nature mésodermique du cancer ou de la métaplasie conjonctive se répandit rapidement, protégée par la grande autorité de Virchow.
Les formes hizarres des cancers endothéliaux, la ressemblance des cellules néoplasiques malignes avec des élémenls embryonnaires, les modifications apportées à la conception des trois feuillets blastodermiques (dont le moyen devenait une simplo émanation de l'un des deux autres ou de tous les deux), semblèrent donner raison aux partisans de l'indifférence cellulaire.
Mais, depuis que des nouvelles méthodes his-
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tologiques ont permis de différencier le carcinome, même du sarcome à grosses cellules, la démonstration de l'indépendance absolue des lissus a été faite.
Les divers tissus, tout eu contribuant à former un même organe, ne peuvent se remplacer ni au point de vue fonctionnel, ni au point de vue générateur. Une cellule épithéliale ne saurait provenir que d'une cellule épithéliale et jamais d'uu globule blanc du sang ou d'une cellule conjoix tive.
Le cancer devient ainsi une prolifération atypique des cellules épilhéliales, et son aspect alvéolaire, jadis indispensable au diagnostic, s'explique, d'ailleurs, aisément : les proliférations épithéliales , se poursuivant énergiquement, excitent d'une part le tissu conjonctif, mais d'autre part refoulent ses faisceaux en les dissociant et donnent ainsi naissance au réseau alvéolaire.
Malassez, tout en gardant une prudente réserve, nécessaire à l'époque où il énonçait cette opinion, dit expressément, que le mot épilhéliorne caractérise la nature de l'élément prédominant dans une espèce de tumeur et que le mot carcinome, au contraire, indique une disposition spéciale qu'ont prise des éléments cellu-
THÉORIE CONJONCTIVE Ti
laires, encore en discussion an point, de vue de leur nature. Or, la nature épithéliale de ces éléments cellulaires est à l'heure qu'il est indiscutable. Le premier aphorisme de Malassez indiquant qu'un opilheliome peut revêtir la forme
Fiij. 17. — Épitheliome du poumon (Malassez).
carcinomateuse reste debout; au second, qu'un carcinome peut être de nature épithéliale, il convient aujourd'hui d'appliquer le correctif suivant : « le carcinome est toujours de nature épithéliale ».
Tout-à- l'ait opposé àjees vues, Robin, au lieu
HISTOGENÈSE DU CANCER
de rattacher à l'infection épithéliale la cause des noyaux de cancer secondaire, attribuait ceux-ci à une sorte de genèse aberrante, tout en montrant qu'au sein des ganglions lymphatiques envahis, on voit naître des tubes glandulaires ramifies, c'est-à-dire des productions essentiellement épithéliales.
Or, les recherches sur la régénération des épithélium ont toujours prouvé que les solu lions de continuités se réparent, quant à l epithélium, par la prolifération des cellules épithéliales de de la périphérie de la lésion. Jamais on n'a rencontré dans des cas semhlables une genèse de cellules épithéliales aux dépens des globules blancs ou des cellules fixes du iissu conjonclif. Les petites cellules rondes, si abondantes dans le carcinome, ne sauraient être considérées comme une forme intermédiaire entre le globule blanc et la cellule cancéreuse ; ce sont des éléments inflammatoires, qui témoignent de la réaction énergique du tissu conjonctif en présence de la prolifération épithéliale infiltrante.
D'ailleurs, les cellules épithéliales n'ont aucune solidarité avec les faisceaux conjonclifs des alvéoles, et c'est même un des meilleurs signes microscopique du cancer signalés par Virchow.
Aussi, l'hypothèse d'un développement pri-
THÉORIE CONJONCTIVE
SI
mitif du cancer dans le lissu conjonctif se rencontre-t-elle de plus eu plus rarement, depuis que l'on recherche rigoureusement l'origine de ces néoplasies.
.Même le carcinome primitif du médiastin, considéré longtemps comme le cancer conjonctif par excellence, paraît avoir également une origine épithéliale : il semble se développer, en effet, aux dépens des débris du thymus, organe doué à un moment donné d'un épithélium caractéristique (Letu Ile). Les formations kystiques, voire carcinomateuses, des os maxillaires sont dues, comme l'ont démontré les travaux de Malassez, à la présence de débris et de prolongements épithéliaux des follicules dentaires dans les alvéoles. Enfin, Recklinghausen a insisté sur le fait qu'un petit nodule cancéreux, développé dans un tissu épi thé liai, peut passer inaperçu, surtout lorsqu'on se trouve en présence d'un puissant développement de noyaux métastatiques.
Théorie de l'origine épithéliale. Exposé et discussion. - Ces considérations font entrevoir déjà la nécessité de se conformer, dans toute conception de la carcinogénèse, aux données de l'embryologie. Or, d'après Waldeyer, toutes les cellules proviennent en somme de l'ovule; mais rien ne prouve que ces cellules puissent,
Critzuan — Le Cancer 6
82 HISTOGÉXÈSK l>U CANCER
après une différenciation effectuée, subir une métaplasie rétrograde, malgré les analogies de forme qui surviennent dans certaines circonstances ; déjà il est, à cet égard, intéressant de faire remarquer, ici, que dans les observations portant le titre de cancer, il s'agit presque loujours d'épithéliomes. Mais L'intérêt dë< celte base embryologique ressort plus nettement encore après l'analyse des travaux récents sur l'origine épithèliale du cancer.
En étudiant un grand nombre de cancers de l'estomac, avec les nouvelles méthodes de fixation et de coupes sériées, Hauser a prouvé que ces cancers provenant toujours de l'épithélium, occupent le centre d'un réseau, qui peut s'étendre très loin, mais qui est toujours en connexion avec les points centraux ; il rejette le développement des foyers épithéliaux clans des cavités closes de toutes parts. Ces délimitations absolues, en réalité ne se rencontrent guère que secondairement dans le squirrhe, ou dans des foyers métastatiques. Dans tous ces cas il s'agit donc toujours d'une pénétration.
D'autre part, les figures karyokinétiques (qu'il s'agisse de la néoplasie primitive, ou de la tumeur secondaire mé tas la tique), sont très nombreuses dans L'épithélium proliférant, surtout lorsqu'on les compare aux quelques mitoses
THÉORIE CONJONCTIVE
parcimonieusement distribuées dans le tissu conjonctif avoisinant.
Si la métaplasie conjonctive formait le tissu épithélial cancéreux, on devrait trouver, dans ce tivsu conjonctif,une prolifération correspondante, pouvant être évaluée d'après le nombre des divisions nucléaires; or, personne n'a encore trouvé une pareille prolifération. Même lorsqu'il s'agit d'un organe essentiellement épithélial, comme le foie, par exemple, les figures karyokinétiques se trouvent principalement dans les cellules métastasiées, alors que les cellules épithéliales autochtones ne présentent presqu'aucuue division nucléaire ; ces cellules ne sont donc pas infectées, ni troublées pendant un certain temps dans leur vie normale.
La théorie de l'origine épithéliale du cancer, conformément aux idées de Thiersch et de Waldéyer, trouve donc une nouvelle démonstration dans ce travail de Hauser, d'autant plus que cet auteur n'a pas constaté, dans le cancer secondaire du péritoine, une transformation des cellules cndnlhéliales en cellules cancéreuses.
Pénétré de l'importance des travaux liistologiques modernes, Morton a pensé pouvoir éclairer la conception des cancers, à l'aide d'une di-
O* HISTOGENÈSE DU CANCER
vision des tumeurs malignes eu tJiéliomes et en sarcomes, les théliomes se subdivisant euxmêmes en épithéliomes, méso thé Homes, et hypothêliomes. Sous les noms d cpithéliomes et d'hvpothéliomes, on comprendrait toutes les tumeurs émanant respectivement de l'épithélium de revêtement ou de l'épithélium glandulaire, les cellules constitutives étant supposées provenir tantôt du feuillet externe, tantôt du feuillet interne du blastoderme ; quant aux mésoihêliomes, ils comprendraient les tumeurs métastaliques et les tumeurs développées aux de^pens des endothéliums des séreuses des vaisseaux sanguins et lymphatiques.
Cette division ne facilite la conception du cancer qu'en ce sens, qu'elle en révèlent nettement l'origine épithélial; mais, le fait d'avoir réservé le nom d'épi Ihéliomes aux tumeurs provenant de Tépiblaste seulement, rend la classification de M or ton inacceptable.
Quoi qu'il en soit, on voit la transformation de la cellule conjonctive en cellule épithéliale se montrer de joui" en jour plus inacceptable ; les trois feuillets blastodermiques une fois différenciés, toute métaplasie cellulaire devient impossible à concevoir.
D'ailleurs, Zahn et Israël ont publié derniè-
THÉORIE CONJONCTIVE
rement des observations de petits carcinomes récents, trouvés par hasard à l'autopsie, où le développement aux dépens des cellules épithéliales n'était pas contestable.
En résumé, L 'histoire histo génétique du cancer peut se réduire aux traits suivants. Au niveau d'un territoire glandulaire ou d'un point du réseau de Malpighi, les cellules épithéliales, sous l'influence d'une cause encore problématique, se niellent à se multiplier par division indirecte. Les nouvelles cellules, ainsi produites, se logent dans le stroma conjonctif, soit sous-jacent, soit continu, et cette invasion du tissu conjonctif varie avec le point d'origine de la prolifération épithéliale (surface de papilles dermiques ou culs-de-sac glandulaires).
Au niveau du tégument externe, les prolongements épithéliaux s'enfoncent dans les espaces inlerpapillaires du derme, et continuent à y pousser d'une manière exubérante, envahissant dans certains cas les follicules pileux et les glandes sébacées ou dans d'autres cas, les glandes sudoripares.
Les corps glandulaires grossissent, leur lumière s'obstrue, les cellules épithéliales pénètrent dans le tissu conjonctif interglandulaire, soit par voie sanguine ou lymphatique, soit par voie
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do dissociation. Le corps cancéreux se trouve ainsi constitué, et sa formation est incontestablement due à la prolifération des cellules épithéliales.
Dès lors, chaque foyer cancéreux continue à vivre et à se développer pour son propre compte, et ce fait explique l'accroissement rapide et la généralisation soudaine de certains cancers. Il signifie que tout foyer cancéreux, quelque petit qu'il soit, est absolument indépendant du territoire qui le contient, et qu'il y vit en véritable parasite. Les cellules épilhéliales de ce territoire envahi par le cancer ne subissent que des lésions mécaniques, elles sont détruites par çompression ou éliminées par destruction ulcéra tive, mais elles n'entrent jamais en prolifération curcinomateuse. Les figures karyokinéliques appartiennent ici presque exclusivement aux cellules cancéreuses immigrées. Les cellules épilhéliales autochtones de l'organe envahi n'en présentent guère.
Quant au stroma cancéreux c'est tout simplement du tissu conjonctif dans lequel les éléments néoplasiésse sont creusé un nid ; lorsque ce tissu préexistant ne suffit plus à loger ces éléments devenus trop nombreux, il se met à proliférer, et les petites cellules rondes qu'on y rencon-
THÉORIE CONJONCTIVE
tre témoignent de celle prolifération conjonctive.
Ce développement cancéreux a été constaté par ^'aldeyer et par nombre d'histologisles, après lui, aussi bien dans la peau que dans la mamelle, l'estomac, l'intestin, l'ovaire, etc.
Pourtant, l'opinion de Virchow ne semble pas s'être modifiée; pour lui, la provenance épithélialedes cellules cancéreuses ne pèse toujours d'aucun poids dans le diagnostic du cancer et le diagnostic microscopique d'une lésion se base, avant tout, sur la morphologie immédiate de ces éléments constitutifs, leur provenance n'olïrant que l'intérêt d'une étude complémentaire.
Mais, le dédain de Virchow se comprend, si l'on songe que la métaplasie cellulaire représente, à l'heure qu'il est, une erreur de physiologie cellulaire et que c'est précisément le génial créateur de la pathologie cellulaire qui l'a commise.
Aussi, lorsque Klebs affirme que, si au début la cellule cancéreuse est une cellule épithéliale, il n'en serait plus de même par la suite, fait-il preuve d'un grand respect pour le vieux maître. Suivant cette théorie conciliante, les cellules migratrices ou fixes, les éléments méso-blastiques, en un mot, pourraient subir une infection épi-
°^ HISTOGENESE DU CANCER
théliale ; le noyau de la cellule carcinomatcn féconderait en quelque sorle l'élément conjonctif, qui deviendrait à son tour cellule cancéreuse. C'est là une vue de l'esprit qui manque encore de toute sanction positive ; mais, elle prouve que l'origine épithéliale du cancer n'est plus mise en doute par la plupart des auteurs, et nous voyons encore ici l'histogénèse du cancer se rédu ire à l'histoire de l'évolution pathologique des élément? ectodermiques ou entlodermiques du blastoderme.
Mécanisme de la prolifération épithéliale cancéreuse. — La notion de l'origine épithéliale du cancer, tout on facilitant la classification nosologique des néoplasmes en général, ne suffit pas à élucider le mécanisme de ce processus et ne montre point comment, à un moment donné, les callules épithéliales se multiplienl avec l'intensité qu'on leur connaît.
Il est difficile, pour ne pas dire impossible, d'expliquer les proliférations cellulaires normales. La vie élémentaire des cellules nous est totalement inconnue ! nous ne savons pas pourquoi l'accroissement d'un tissu s'arrête, juste au moment nu M a atteinl le maximum de dévelopment utile ; mais nous savons que le renouvel-
PROLIFÉRATION KP1THELIAL.K CANCEREUSE 89
lement et les multiplications cellulaires ont un lerme fatal, qu'aucun tissu à l'état normal ne -aurait franchir. Il n'en est plus de môme des proliférations cellulaires morbides.
En ce qui concerne la cellule cancéreuse, sa prolifération à l'infini serait due, suivant divers auteurs, soit à une augmentation des forces prolifiques de la cellule elle-même, soit à une dimuiutioti de résistance du tissu qui lui sert de matrice.
Les cellules embryonnaires ont précisément pour caractère de se multiplier à l'infini ; les cellules cancéreuses feraient-elles donc retour au type embryonnaire? Cette métamorphose, sans exemple dans la vie cellulaire normale, n'est pas plus admissible que ne le serait la transformation d'un foie embryonnaire en un poumon adulte (Paget) ; d'ailleurs, les métamorphoses régressives ont fait leur temps. Les raisons de la prolifération extrême de l'épi Ihélium cancéreux doivent donc être cherchées ailleurs.
1 n grand nombre d'auteurs ont élé frappés de ce fait, que l'activité du fonctionnement spécifique des cellules diminue en raison directe de la malignité du cancer ; les cellules glandulaires de l'estomac cancéreux, par exemple, ne sécrètent plus que du mucus. La vie végétative
90 HISTOGENÈSE DU CANCER
prend U dessus et les eellules assimilent plus mais sécrètent moins; d'où la grand abondance de chromatine dans ces éléments (Ilauser). Les cellules seraient donc douées d'une plus grande vitalité au point de vue de L'assimilation; et leurs noyaux seraient plus richement nourris en chromatine, par suite de l'introduction, dans leur protoplasma d'autres cellules qui y seraient absorbées. 11 y aurait là une sorte de fécondation de la cellule malade (Klebs), dont la reproduction intensive serait proportionnée à la diminution de résistance des tissus environnants.
Cette fécondation pathologique des cellules a trouvé des nombreux partisans. Certains examens microscopiques ont démontré qu'on peut rencontrer, dans les cellules cancéreuses, une dispersion manifeste de la chromatine nucléaire; ces granulations peuvent facilement émigrer du noyau dans le protoplasma cellulaire et sortir même du corps cellulaire, tout en restant en union G brillai re avec le noyau. On les a rencontrées dans les ganglions lymphatiques en dégénérescence cancéreuse; elles représentent par conséquent, aux yeux de certains auteurs, les agents d'infection et de généralisation à dislance.
Mais l'existence de ces granulations ne signilie
PROLIFÉRATION ÉPITHEUALE CANCEREUSE 91
pas fécondation. Il n'est nullement surprenant de rencontrer de la chromatine en excès dans les cellules cancéreuses, celle-ci étant en voie de multiplication continue. D'ailleurs, la cellule épithéliale devrait, s'il s'agissait d'une fécondation, se reproduire exactement et l'on sait, depuis Malassez, que les cellules cancéreuses sont des cellules épithéliales hypertrophiques, qui ne peuvent jamais atteindre leur développement complet. Elles ne sauraient être identifiées aux cellules embryonnaires, dont la réunion en tissu suit toujours une disposition régulière.
Marshall leur oppose donc, avec raison, l'anarchie qui règne dans le tissu cancéreux et celle anarchie s'explique, d'après l'auteur anglais, par ce fait que {'élément cancéreux échappe au grand régulateiir <[>ii est le i issu nerveux.
Dans un organe, les éléments des différents tissus qui le composent s'accroissent, se reproduisent jusqu'à une limite, qui est le terme du besoin physiologique de l'organe. La reproduction de chaque élément, et par conséquent de chaque tissu, trouve un contre-poids dans les phénomènes identiques des éléments ou du tissu environnant. Cet équilibre s'exerce tant que le fonctionnement d'un de ces tissus n'est pas troublé. Quant à l'apport nutritif, il est réglé par le
W histogenèse du cancer
système nerveux, car la cellule no prend, même lorsque l'apport est trop grand, que la part qui lui est nécessaire. Le système nerveux arrête en même temps les reproductions trop rapides, trop exubérantes.
Après une hémorrhagie, par exemple, les globules du sang se multiplient jusqu'à atteindre leur proportion normale; une fois cette proportion atteinte, le travail réparateur s'arrête. Il en est de même de toutes les restitutions organiques s'effectuànt normalement et en présence intégrale des tissus qui entrent dans la composition de l'organe lésé.
Au contraire, lorsqu'un seul tissu est lésé dans un organe, la charpente par exemple, on voil souvent les éléments parenchymateux proliférer en excès, n'étant plus maintenus en équilibre de multiplication par le tissu lésé. D'autre part, ces multiplications exubérantes d'un tissu peuvent se produire, en dehors de toute lésion prolopathique de l'organe, et traduire dans ce cas une lésion à distance du système nerveux; alors, on est en présence d'un trouble trophique.
\J ordre, dans les renouvellements incessants des éléments cellulaires, fait place à un véritable désordre, et l'état morbide, hypertrophie ou
PROLIFERATION F.PITflÉU ALE CANCEREUSE 93
hyperplasie d'un système élémentaire, se trouve ainsi constitué.
Les proliférations épithéliales cancéreuses nous semblent rentrer dans la classe des hyperplasies désordonnées d'origine irophiqite. Elles naissent surtout à l'occasion d'une insulte inflammatoire ou involutive des organes qui les subissent; l'apparition des carcinomes au niveau d'organes soumis à des traumatismes ou irritations répétés (lèvres, langue, scrotum) trouve une explication plausible dans ce qui précède. . Le système nerveux par son rôle trophique, indubitable, excite les cellules à se multiplier, à se renouveler ; mais il impose en même temps un frein à cette multiplication, en maintenant l'équilibre d'accroissement entre les différents éléments d'un organe, d'un système, du corps animal tout entier.
La cellule cancéreuse, elle, n'a pas de terminaison nerveuse : indépendante de tout, ne subissant ni les incitations, ni les inhibitions qui régissent les manifestations vilalos dos autres éléments, se nourrissant par imbibilion avec une assimilation, dont le règlement éebappe au système nerveux, cette cellule anormale se met à proliférer à un moment de la vie où l'involution sénile commence avec des renouvellements
HISTOfîKiSKSK DU CANCER
cellulaires en souffrance, avec un système nerveux mal irrigué (athérôme, elc), qui n'a la force ni de maintenir, ni de rétablir l'équilibre entre les différentes multiplications cellulaires. Le tissu ainsi frappé n'oppose plus de résistance aux manifestations vitales aberrantes du germe inclus. Celui-ci, en vertu du principe que tout ce qui vit, mange et se reproduit, entre dans une phase active, profite de ce que l'apport d'aliments au tissu qu'il habile n'est qu'indiiïéremment ou nullement réglé par le grand régulateur nerveux. L'élément cancéreux attire à lui, comme le font les amibes, lorsque leur contour protaplasmique est touché par un corps nutritif, l'aliment que les autres cellules ne savent plue absorber, leur terminaison nerveuse étant plus ou moins détruite.
Les barrières que les autres systèmes cellulaires opposaient à la multiplication des cellules cancéreuses étant tombées de par la déchéance trophique du système nerveux, le germe se multiplie et il envoie ses produits partout où leur pénétration ne rencontre pas de résistance.
Il s'étend par voie de contiguïté et par voie vasculaire. Du foyer primitif parlent autant de cellules vigoureuses, jeunes, qui envaliisssnt l'organisme et finissent par le détruire, soit mé-
PROLIFÉRATION ÉPITHÉLIALE CANCEREUSE 95
caniquement par le volume des métastases, soit chimiquement par la matière toxique due aux échanges vilaux des cellules elles-mêmes.
La cachexie cancéreuse, qui n'est que l'expression clinique de cette intoxication, affecte dans presque tous les cas un mémo type ; la cellule cancéreuse sécrète donc toujours le même poison, affirmant ainsi sa personnalité.
En résumé, pour qu'un individu soit frappé de cancer, il faut :
a) qu'il porte dans son économie la cellule épithéliale néoformative ;
b) qu'il soit en état de réceptivité morbide, laquelle est réalisée par l'involution sénile, si favorable à l'éclosion des tumeurs cancéreuses.
Il faut prendre ici l'involution sénile dans son sens le plus large ; car la vieillesse peut être précoce, et l'apophtegme médical, d'après lequel on a l'âge de ses artères, a la valeur d'une loi biologique.