CHAPITRE IV
Généralités sur la cellule normale. — La cellule spécifique de Lebert, la cellule caudée, se trouve aujourd'hui remplacée par la celluleépi thé lia le cancéreuse, qui, prise isolément, présenle une grande ressemblance avec la cellule épithéliale normale. l\lais, les fonctions de ces deux sortes de cellules étant essentiellement différentes, leur morphologie doit différer également, et de nouvelles méthodes, appliquant les belles recherches d'Allman sur les « granula » des cellules normales, indiqueront peut-être dans quelles voies il faudra chercher ces différences morphologiques.
Pour exposer nettement la question, il est utile
GÉNÉRALITÉS
ici d'esquisser rapidement les caractères d'une cellule normale; cette étude nous permettra de suivre les dérogations de la cellule cancéreuse aux lois qui régissent la vie cellulaire en général et celle des cellules épilhéliales en particulier.
La cellule normale se caractérise morphologi quementpar sa structure relativement complexe : la membrane cellulaire enferme une masse de substance protéique, le protoplasma, au centre duquel on trouve l'élément reproducteur de la cellule, le noyau. Mais la membrane cellulaire, qui n'est en somme qu'une condensation périphérique du protoplasma, manque souvent. Son existence n'est nullement indispensable et des cellules hautement différenciées, comme la cellule hépatique par exemple, en sont totalement dépourvues.
Le protoplasma est une substance protéique essentiellement uniforme qui naît d'un proloplasma préexistant, et dans sa reproduction on retrouve la filière historique de tous les éléments organisés. La nutrition, les échanges respiratoires se font par le protoplasma ; dans ces différentes fonctions celui-ci reste immuable ; seules, les granulations qu'il englobe subissent des modifie;.! i,,ns appréciables, ce qui a fait dire a Herlwig que le protoplasma proprement dit est
Critzma!» — Le Cancer 7
une subs lance permanente, alors que les substances qu'il englobe sont des matériaux de consommation. Ceux-ci sont représentés par des gouttelettes de graisse, des grains d'amidon ou encore des granulations pigmentaires, etc.
Le protoplasma proprement dit serait constitué, d'après Altmann, par une série de granules, absolument distincts des granulations précitées et réunis par une substance amorphe plus consistante que l'eau, la substance intergranulaire. Le granule, ou bioblaste, qui est la partie essentielle et vivante du protoplasma, représente l'unité morphologique de toute matière organisée ; c'est à lui qu'il faut ramener, en dernière analyse, toutes les considérations biologiques.
Quant aux granulations protoplasmiques, qui ne sont point des bioblastes, elles forment dans la cellule un réseau, dont les mailles conliennent une substance fondamentale amorphe et homogène.
Le noyau apparaît le plus souvent sous la forme d'une vésicule claire. Entouré d'une enveloppe cuticulaire, la membrane nucléaire, le noyau est constitué par deux substances : la nucléine ou chromatine, qui retient énergiquement certaines matières colorantes (carmin, couleurs d'aniline) surtout au moment «le la
GÉNÉRALITÉS
reproduction cellulaire, et la para nu oléine ou pyrénine, substance protéique ne réagissant pas en présence de solutions colorantes acides.
Au sein du protoplasma cellulaire on voit, le plus souvent à coté du noyau, un petit corpuscule qui joue un grand rôle dans la division cellulaire : le corpuscule polaire; il constitue généralement dans la cellule un centre, vers lequel sont orientées les parties constitutives les plus diverses de la cellule (Hertwig) ; mais lorsque le noyau est au repos le corpuscule central se confond avec lui.
La cellule se multiplie par division ; celle-ci est dite directe lorsque le noyau d'abord et la cellule ensuite se partagent en deux parties, sensiblement égales; lorsque le réseau nucléaire commence par grouper ses filaments dans un sens déterminé par des lois précises, la division ou cytodiérèse est dite indirecte ou mitose et prend le nom de karyokinèse. Cette forme de reproduction cellulaire ne réalise que deux noyaux ; la présence de trois noyaux ou davantage, dans une même cellule, est presque toujours un fait pathologique.
Pabre-Domergue a en outre montré que, dans les épithéliums de revêtement aussi bien qne dans lésépithéliums glandulaires, l'axe de division cel-
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lulaire est presque toujours perpendiculaire à la couche basilaire et le plan de division Ionjours parallèle à cette couche.
Description de la cellule cancéreuse — La
description succincte que nous venons de donner de la cellule normale, nous facilitera L'étude de la cellule cancéreuse. Celle-ci se dislinguet-elle de la cellule normale? Il y a-t-il dans sa biologie ou dans sa multiplication des caractères qui puissent nous indiquer qu'il s'agit d'éléments anormaux? Certes, il est fort difficile de résoudre d'une manière complète ces deux problèmes de physiologie pathologique ; mais les travaux publiés jusqu'à ce jour nous autorisent déjà à admettre certaines différences essentielles entre ces deux formes cellulaires.
Si la cellule épi théliale normale, constituée par un protoplasma nettement délimité et pourvu d'un noyau, manque souvent d'enveloppe, les cellules épilhéliales cancéreuses en manquent toujours; leur protoplasma est fortement granuleux et leur novau, nucléolé dans tous les cas, se distingue par son volume et son contour, plus accusés que dans la cellule épiihéliale normale. Il est fréquent de rencontrer dans une cellule cancéreuse plusieurs noyaux»