‹ Le Cancer en TunisieChapitre 17 sur 22 · GI · texte numérisé non relu

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7 4 importance réelle sur l’évolution et la fréquence de l’aftection cancéreuse. La rareté chez les indigènes habitant Tunis depuis longtemps permet d'affirmer aussi une très minime influence de la surpopulation.

Il est très difficile, dans les milieux indigènes de se procurer des renseignements sur les antécédents héréditaires des malades, par là même presque impossible de conclure à l'hérédité possible du cancer. Cette hérédité, d'ailleurs, suivant la plupart des auteurs, n'agirait que comme une diathèse. Nous pouvons donc rechercher l'influence des diverses diathèses sur la fréquence des tumeurs malignes.

Verneuil et ses élèves ont développé l'influence de la diathèse arthritique. Pour eux, toutes les tumeurs béniones où malignes et de toute structure histologique seraient l'expression d'une même diathèse : la diathèse néoplasique, et le fond de cette diathèse ne serait autre que l'arthritisme : « Une mère cancéreuse, disait Verneuil, peut léguer à ses enfants un Hpome, un fibrome, un épithéliome et réciproquement. » De sorte que, pour retrouver l'hérédité cancéreuse, il ne serait pas nécessaire de rechercher le cancer chez les ascendants, un lipome suffit. Nous n'avons pas voulu faire rentrer dans nos staüstiques les tumeurs bénignes, fibromes et lipomes, mais, de notre pratique à l'hôpital Sadiki, de celle plus longue de notre maître, le docteur Brunswic-le-Bihan, nous relirons l'impression que les tumeurs bénignes et, en parüiculier, le hpome, sont, à l'inverse du cancer, d'une fréquence très grande chez l'indigène musulman. Ce rapprochement entre la diathèse arithritique et le cancer ne saurail être soutenable pour la Tunisie; il suffit, en effet,

d'avoir exercé quelque temps dans ce pays pour s'être rendu comple combien l'arthritisme est fréquent chez le Musulman et plus encore chez l'Israélite tunisien.

On à voulu établir un rapport entre le diabète et le cancer (Tulfier, Gilbert et Weil). Le diabète favoriserait l'hyperglycogénie des cellules épithéliales, phénomène habituel des évolutions cancéreuses. Or, les statistiques fournies par le Conseil établissent que le diabète est, au contraire, d'une fréquence très grande dans la population indigène tunisienne; ces statistiques donnent un chiffre de 12,2 décès par diabète pour 100.000 habitants. Cette plus grande fréquence du diabète chez les peuples d'origine sémite a été déjà signalée par Bouchardat et Segen et par Bouchard. Elle tranche nettement avec la rareté de l'affection cancéreuse dans cette même race.

Les actions traumatiques et irritatives locales ont été souvent Invoquées comme point de départ de tumeurs malignes. Les traumatismes violents et brusques ne sont . plus guère retenus comme cause: il nous serait d'ailleurs cfficile de nous procurer des renseignements précis, étant donnée l'impossibilité où nous sommes souvent d'obtenir des commémoratlifs exacts sur les malades. Les irritations et inflammalions chroniques sont, au contraire, bien plus faciles à mettre en évidence et semblent devoir retenir plus longtemps l'attention. On a invoqué en particulier lirritation causée par le tabac, comme un des principaux facteurs étiologiques du cancer de la langue et de la lèvre. Il est de notion courante que les Indigènes, principalement les Musulmans, sont de très grands fumeurs, et c'est aussi d’après nos chiffres, le cancer de la cavité buccale que l'on rencontre le plus rarement chez

eux.

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Si nous envisageons ensuite les causes de l'irritation chronique de la muqueuse stomacale, nous les trouvons nombreuses. Elles résident surtout dans une alimentation particulièrement épicée; les piments frits à l'huile constituent le plat courant de la majorité de la classe ouvrière et du pauvre. Le poivre aussi entre dans une très grande proportion dans tous les mets arabes. El cependant, nous l'avons vu, le cancer de l'estomac et de l'œsophage est pour ainsi dire inconnu chez l'indigène musulman. De plus, ce dernier mange sans soin, croquant les petits os, avalant les arêtes de poisson, enfin, donnant toutes les portes d'accès à une inoculation possible. Pour les autres organes, le même fait se retrouve. La lithiase biliaire, les calculs de la vessie sont de monnaie courante, et cependant le cancer des voies biliaires, celui de la vessie et de la prostate sont presque totalement imconnus.

L'action du soleil comme cause 1rritante prédisposante des cancers de la peau serait, à nolre avis, plus manifeste. I nous a été impossible d'établir à ce sujet une statistique même approximatie. Nous avons toutefois l'avis du docteur Broc, médecin de l'hôpital Sadiki. Le docteur Broc, qui voit environ 150 malades rois fois par semaine à la consultation gratuite de l'hôpital Sadiki, nous a aflirmé qu'à son avis le cancer de la peau se rencontrait plus souvent qu'on ne le croyait, en tout cas certainement plus fréquemment que les autres localisations des tumeurs malignes. Qu'il s'agisse d'influence solaire, ou autre, la question mérite d'être étudiée, et nous espérons que d'ici peu nos observations personnelles jointes à celles du docteur Broc seront assez complètes et nombreuses pour pouvoir être rapportées et amener ainsi un éclair-

to — cissement sur ce point. Une autre affection, le « Xeroderma pygmentosum », qu'on rattache au cancer et qui semble se développer sous l'influence des rayons solaires, a été observée chez trois indigènes musulmans par les docteurs Conseil, Plantard et Cuenod.

Pour expliquer la rareté du cancer utérin chez les femmes juives tunisiennes, Levy, de Tunis, fait entrer en ligne de compte les soins hygiéniques (bains fréquents, épilation, abslention de coït pendant Îa période menstruelle) imposés à ces femmes par leur religion, qu'elles suivent très scrupuleusement, surtout dans la classe moyenne, la plus nombreuse. Nous ne partageons pas cette facon de voir. Tout d'abord, en effet, l'opinion de Levy est en contradiction avec notre statistique, qui nous montre la femme juive tunisienne alteinte surtout par le cancer ulérin. Second argument : les femmes arabes suivent exactement les mêmes règles en ce qui concerne l'hygiène des organes génitaux et le cancer de l'utérus est très rare chez elles. Il ne saurait donc y avoir de loi vraie pour les unes et fausse pour les autres.

Si nous envisageons l'influence des professions sur l'évolution des tumeurs malignes, nous voyons que des comptes rendus allemands ont accusé la plus grande fréquence du cancer chez les jardimiers et d'une façon générale chez les ouvriers travaillant la terre. Cette explication trouverait sa justification en Tunisie pour les Israélites; chacun sait que presque tous sont commerçants. Il est impossible, par contre, d'établir réellement la même relation pour les Musulmans, également peu atteints par le cancer, et qui tous cependant, du moins ceux qui tra-

vaillent, sont ouvriers agricoles.

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