‹ Le Cancer en TunisieChapitre 18 sur 22 · RAGE · texte numérisé non relu

RAGE

Une des théories étiologiques du cancer qui a eu le plus de retentissement ces dernières années, est celle émise par Borel, de l'inoculation du cancer par les piqûres d'ecto-parasites ou de parasites intestinaux. Cette théorie paraît avoir trouvé sa justification dans l'observation des tumeurs rencontrées chez iles animaux ayant pour point de départ la présence d'un parasite (en particulier le cysticercus fasciolaris chez le rat). Des faits de cette nature ont élé observés en Tunisie par Bridré et Conseil. \ais ils sont, d’un autre côté, en contradiction avec nos statistiques. Il suffit aussi d'avoir vécu quelque temps au milieu des indigènes lunisiens pour avoir été frappé du nombre-incalculable et varié de parasites du corps chez l'Arabe (lies, puces, poux, punaises, moustiques, sarcople de la gale). Il en est de même des parasites intestinaux. Nous avons la preuve dans les nombreuses autopsies pratiquées à l'hôpital Sadiki par Ch. Garin, préparateur de parasitologie à la Faculté de Lyon, et qui avaient pour but la recherche des parasiles intestinaux. Toutelois, nous n'entendons pas conclure à la non-existence d'un parasite à l'origine de l'affection cancéreuse, du moins en ce qui concerne les parasites du tube digestif. Nous aurons, dans les quelques pages qui suivent, l'occasion d'en reparler à propos de l'influence de l'alimenlation sur l'évolution et la fréquence du cancer.

Reste la théorie infectieuse du cancer. On a essayé d'établir un rapprochement entre la marche du cancer et celle de la tuberculose. Ces deux affections ne nous paraissent pas évoluer de pair, du moins en ce qui concerne les indigènes musulmans, chez lesquels la mortalité par luberculose est très élevée, Elle serait en concordance.

Pa 00 Des

au contraire, avec la même théorie en ce qui concerne les Israélites qui offrent une immunité remarquable à l'égard du bacille de Koch (Musulmans, 466 décès par tuberculose sur 10.000 habitants: Israélites, 95 décès par tuberculose pour le même chiffre). D'ailleurs, dans sa dernière statistique, Bertillon fait remarquer que dans tous les pays du monde ayant une statistique, le cancer semble augmenter et que la tuberculose recule partout. On pourrait peut-être admettre que le cancer se développe peu là où sévit la tuberculose: ceci serait vrai si l'Israélite, qui est atteint si rarement de tuberculose, présentait une morbidité cancéreuse élevée: or, nous l'avons vu, il n’en est rien. Il nous semble donc logique de conelure que, des deux affections, l'une n'exclut pas l'autre et que la rareté de l’une n'est pas facteur de la fréquence de l’autre.

Après la tuberculose, il est une affection qui doit tout particulièrement atüirer notre attention : c’est la syphilis. Il est de notoriété publique que la vérole est extrêmement répandue en Tunisie. Qu'elle soit héréditare ou acquise, elle sévit de facon étonnante. La question de la syphilis comme cause essentielle ou prédisposante du cancer est déjà depuis longtemps l'objet de bien des discussions et de nombreuses recherches. Delbet a défendu l'origine infectieuse du cancer: cet auteur s'exprime ainsi: « I y a, et j'ai cherché à le démontrer, des tumeurs envahissantes, récidivantes, se comportant uniquement comme des sarcomes et qui sont dues à la tuberculose et la syphilis. »

R.-D. Horand, dans sa thèse inaugurale (Lyon, 1907) (1), intitulée « Syphilis et cancer », établit égale-

(4) R.-D. Horanp. — Thèse, Lyon, 1907 (Syphilis et cancer).

AU ment un parallèle entre ces deux affections. Pour cet auteur, lorsque le cancer survient dans un organisme à syphilis en évolution, il étouffe les lésions syphilitiques qu'il englobe dans sa masse. Les conclusions de Horand à ce sujet sont nettes :

« 1° La syphilis appelle le cancer, lui sert d'amorce.

« 2° La syphilis est un facteur de première importance dans les localisations cancéreuses.

* 3° La syphilis est une cause prédisposante dont 1l faut Lenir compte dans l’étiologie du cancer. »

Ce serait done surtout une cause prédisposante du cancer qu'il faudrait voir dans la syphilis et non, comme le voudrait Delbet, la maladie infectieuse cause de l’affection cancéreuse. |

Pouvons-nous éclaircir la question ? Dans une certaine mesure, peut-être. Nous ne nions pas l'influence de la syphilis ou du moins des lésions telles que les cicatrices laissées par la syphilis sur l'évolution du cancer, mais nous ne saurions non plus y voir la cause prédisposante principale, et cela en nous basant sur les résultats de nos observations personnelles et celles de nos chefs à l'hôpital musulman. Le nombre des malades syphilitiques que nous voyons Journellement et que nous sommes appelés à traiter dépasse de beaucoup le nombre des svphilitiques déjà très nombreux en Europe. D'autre part, nous l'avons démontré, il y a peu, très peu, de canctreux indigènes comparativement aux autres pays, où la syphilts ne sévit pas particulièrement.

Notre intention, nous l'avons dit, n'est pas de discuter les différentes théories concernant la pathogénie du cancer. Nous venons d'établir un rapport de fréquence entre

Page 1