‹ Le Cancer en TunisieChapitre 20 sur 22 · ADES · texte numérisé non relu

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servations cliniques rapportent des faits d'inoculation cancéreuse d'individu à individu, d'homme à homme. La même contagiosité peut se produire d'animal à homme, et c'est alors qu'apparait la grosse question de l’alimentation, non pas comme cause essentielle du cancer, mais comme une cause déterminante et essentielle de première importance. |

L'accroissement des affections cancéreuses dans les pays d'Europe a paru à certains auteurs pouvoir être attribué à la consommation de légumes crus arrosés avec des eaux d'épandage et mal lavés. Pendant notre séjour en Tunisie, nous avons remarqué que les Israélites tunisiens et les Musulmans consomment beaucoup de légumes crus (pastèques, salade, concombres, etc.) et ne leur font jamais subir un lavage sérieux. La preuve, nous l'avons dans la fréquence vraiment extraordinaire du kyste hydatique chez l'Arabe: cependant, ceci mis à part, il n'en découle pas que le genre d'alimentation ne doit pas nous arrêter; nous dirons seulement maintenant que les causes mvoquées de ce côté pour expliquer la fréquence du cancer ne se trouvent pas réalisées. Nous allons voir que d’autres règles alimentaires peuvent fort bien jusqu'à un certain point exphquer également la rareté des tumeurs cancéreuses dans l'Afrique du Nord.

L'Européen émigré en Tunisie a conservé le genre d'alimentation de son pays d'origine, en même temps que nous retrouvons chez lui la même [réquence cancéreuse: l'ndigène musulman ou Juif diffère essentiellement sur ce point de l'Européen.

Nous rappelons ici, tout d'abord, que la statistique cancéreuse des abattoirs de Ja ville de Tunis est presque

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nulle en ce qui concerne du moins les bxufs et les moutons, les seuls animaux dont l'Arabe et le Juif aient le droit de se nourrir. Le cheval et le mulet, souvent cancéreux, nous l'avons dit, sont, au contraire, uniquement destinés à l'alimentation européenne. De plus, il nous a été donné de voir par nous-même combien les [sraélites notamment sont méiiculeux dans le choix de leur viande, en vertu de pratiques et de règles imposées par leur religion. Tout viscère leur est interdit, le train postérieur de l'animal est également prohibé.

La loi religieuse veut que ce soit un rabbin qui procède à la mort de l'animal et cela dans un rite déterminé. C'est ainsi qu'après avoir ouvert le ventre de la bête, le rabbin fait une brèche dans le diaphragme. Par celte ouverture, il passe sa main. Si celle-ci, en cheminant entre les deux feuillets de la plèvre, rencontre une légère adhérence, l'animal est refusé comme n'étant pas « kachir » (sacré). Si de même l'examen des viscères, qui pourtant ne sont Jamais consommés, présente une ulcération ‘ou la trace d'une perforation, même ancienne, la viande ne pourra servir à la consommation. Ce ne sont pas là, à notre avis, que de simples coutumes intéressantes seulement par leur originalité. Elles montrent aussi que l'animal abattu et destiné à l'alimentation de la population israélite est rela- Hüvement sain. On sait également que la viande de porc est absolument prohibée chez les Juifs. D'ailleurs, les Arabes, eux aussi, sont soumis par leur religion à cette même loi. De plus, les Musulmans, toujours en vertu de précepies religieux, sont astreints à ne manger que la viande totalement exsangue.

Cette influence du régime carné a été déjà signalée, Le-

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blanc croyait le cancer plus fréquent chez le carnivore: Béneke attribuait le développement du cancer à une dyscrasie causée par l'abus d'une nourriture trop riche en azote el acide phosphorique. Verneuil accusait également cette même alimentation carnée et il pose même la question de savoir si la viande de porc n'est pas particulièrement nocive. Roger Williams attribue l’'augmentation de la mortalité par cancer en Angleterre à l'augmentation de la consommation de la viande, qui a doublé en un demi-siècle. Bertillon, dans sa statistique (mai 1911), recherche la relation entre la consommation carnée et la fréquence du cancer. Il arrive ainsi à un résultat très démonstratif, puisque, après avoir fait un rapprochement entre la fréquence du cancer et la consommation de la viande dans différentes zones, il conclut ainsi : « On remarquera pourtant le grand nombre de villes qui présentent ce double caractère de consommer peu de viande et d'avoir peu de cancers. » Plus haut, il dit : « Les Juifs, dont nous avons remarqué l'immunilé relative, ne doivent pas manger de la chair de porc. La viande de cet animal doit donc être incriminée ? » (comme l'enseignait, dit-on, le professeur Verneuil).

Nous ne voudrions pas conclure d'une facon absolue. Toutefois, nous nous rangeons à celte dernière opinion. Nous avons remarqué que, d'une part, les Arabes consomment peu de viande: que, d'autre part, aussi bien qu'aux Juifs, la viande de porc leur est sévèrement interdite par leur religion. Ajoutons à cela le fait que les stalistiques cancéreuses des abattoirs de Tunis, en ce qui concerne le bœuf et le mouton, sont pour ainsi dire nulles. Aussi, ne semble-t-il pas qu'il faille voir dans ces faits

di la raison principale, capable d'expliquer la rareté du cancer chez l'indigène tunisien, Nous sommes persuadé que l'alimentation, et surtout l'alimentation carnée, reste la grande cause prédisposante des tumeurs malignes et que de ce côté, il est encore à faire de multiples et utiles recherches.

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