‹ Le Cancer en TunisieChapitre 4 sur 22 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Reprenons une définition clinique qui remonte à Velpeau, nous désignerons sous le nom de cancer les tumeurs « malignes », c'est-à-dire celles qui récidivent et se généralisent. Or, c’est le cas non seulement du cancer vrai des histologistes (épithéliums, carcinomes, etc.), mais aussi celui du sarcome.

Mieux étudié, par là même mieux connu, le cancer a paru, depuis quelques années, augmenter de fréquence, du moins dans certains pays. Nombreux sont les auteurs qui se sont efforcés de fournir à ce sujet des statistiques aussi rigoureuses que possible. Celles de Ménétrier et, plus récemment, celles de Bertillon, sont particulièrement intéressantes.

Nous n'avons pas trouvé dans ces travaux de chiffres concernant la Tunisie. Molco, Winberg, Vaquier et Levy ont publié des articles sur la fréquence du cancer en Tunisie. Winberg, dans un séjour qu'il y fit, recueillit les impressions de plusieurs médecins de la Régence, ceux des villes et ceux des campagnes. Molco, Vaquier et Lévy donnèrent le résultat de leur pratique en clientèle. Ces différents travaux sont, certes, très intéressants, et nous aurons, dans le courant de notre thèse, l'occasion d'en parler. Cependant, nous sommes obligé de reconnaître que tous sont basés en grande partie sur des apprécia-

Ré tions personnelles. En un mot, et pour employer l'expression consacrée, ils n'ont pas l'éloquence des chiffres. Conseil est le premier à avoir fourni des données précises, par la publication des statistiques mortuaires officielles concernant les années 1908, 1909 et 1910 à Tunis. Mais il ne faut pas oublier que ces chiffres eux-mêmes sont soumis à d’inévitables causes d'erreurs. Même dans les hôpitaux, pour les diagnostics portés par des médecins compétents, Bahsford a montré que la proportion des erreurs était de 14 p. 100 pour les cancers facilement accessibles à l'exploration; de 41 p. 100 pour les cancers profonds. À Tunis, le diagnostic mortuaire est porté par un médecin de l’état civil qui vient constater le décès et est obligé, le plus souvent, de se contenter des indications laissées par un médecin traitant ou fournies par la Îamille du défunt. Les erreurs, dans ces conditions, peuvent être fréquentes et il nous a paru intéressant d'en diminuer les chances en apportant d’autres documents, c'est-à-dire les statistiques des principaux hôpitaux de Tunis.

En dehors de l'intérêt qu'il y a à connaître la fréquence du cancer en Tunisie, ce pays offre la particularité intéressante de grouper sous un même climat et dans des conditions de vie quelquefois semblables, des races très différentes.

Nous avons d’abord l'indigène, que l'on désigne en France sous le nom d’« Arabe ». Nous dirons plus justement « indigène musulman ». Cette partie de la populalon est de beaucoup la plus importante. Elle comprend : une minorité des descendants des conquérants arabes fixés dans le pays, des berbères qui étaient les habitants

es de la Tunisie au moment de la conquête arabe et qui sont restés la majorité, surtout dans le nord, des Kabyles, des Maures, des Turcs, des nègres amenés en grand nombre au moment de la traite des esclaves. Ces différentes races se sont fusionnées sous l'influence d'une religion commune, et encore aujourd'hui rigoureusement pratiquée. Ils ont pris les mêmes mœurs et il est rare aujourd’hui de retrouver des types parfaitement purs de chacune d'elles. Elles forment l'élément « indigène musulman » de la population.

Une autre partie de celte population indigène est fournie par les Israélites tunisiens. Etablis depuis longtemps dans le pays, ils sont venus des différents points du bassin de la Méditerranée. Pendant longtemps groupés dans des quartiers spéciaux de la ville, l’observance de certaines coutumes, les mariages nombreux entre consanguins, la pratique très stricte de la loi mosaïque en ont fait une population nettement à part. |

Les Européens comprennent des Français, dont quelques-uns sont fixés depuis deux ou trois générations en Tunisie, mais dont la plupart sont arrivés depuis la conquête seulement; des Italiens formant la grande partie de la classe ouvrière: ils sont, comme les Français, en majorité d'importation relativement récente; des Anglo- Maltais, souvent fixés depuis longtemps dans le pays: enfin, quelques autres Européens, en particulier des Grecs.

Il eût été, certes, plus intéressant de faire porter cette statistique sur toute la Tunisie. La chose n'est pas encore possible: elle le sera sans nul doute un jour, lorsque le gouvernement tunisien, achevant l'œuvre commencée,

ER aura doté d'hôpitaux indigènes et d'état civil les principaux centres de la Régence. Au fait, Tunis seule nous offre des documents suffisamment précis, et les différentes races qui peuplent la Tunisie s’y rencontrent en proportion suffisante pour que les résultats obtenus pour cette ville puissent, à peu de chose près, s'étendre à tout le pays.

A l’aide des documents que nous avons pu réunir, nous verrons quelle est la fréquence du cancer en Tunisie, si cette affection est vraiment rare, ainsi qu'il ressort des travaux publiés antérieurement, quelle est sa répartition suivant les différentes races qui composent la population de la ville de Tunis. Enfin, nous serons amené à rechercher quelle est la forme histologique dominante.

Sans avoir la prétention de conclure, nous verrons si parmi les différents facteurs étiologiques qui ont été donnés du cancer 1l en est qui trouvent dans nos statistiques une affirmation ou une infirmation susceptibles d'éclairer le problème toujours entier de l'affection cancéreuse.

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