‹ LE CANCER ÉPITHÉLIAL PRIMITIF DE L'OVAIREChapitre 34 sur 48 · OBSERVATION IX · texte numérisé non relu

OBSERVATION IX

(Inédite)

Tumeur papillaire de l'ovaire présentant des points de dégénérescence maligne, et dont l’urigine est au niveau de l’épithélium de surface de

l'ovaire.

Histoire clinique. — Femme de 47 ans, tertipare, toujours bien portante. La maladie à débuté il v à 2 ans par des ménorragies (règles durant 7 à 8 jours avec caillots) : dans l'intervalle pertes blanches légèrement teintées.

Depuis le mois de février 1901, la malade, considérablement amaigrie, prend une teinte légèrement jaunâtre. En août 1901, elle est prise de douleurs lancimantes dans la fosse iliaque droite et elle perçoit une tumeur de la grosseur d’un

œuf environ. :

Diagnostic clinique. — Fibrosarcome de l'ovaire. La malade est opérée le 11 septembre 1901 par. M. le professeur agrégé Puech. A l'opération, on trouve une tumeur absolu-

ment indépendante dé lutérus ; elle présente un pédieule large d'environ 3 travers de doigt, constitué par la trompe et Frs + . : . à 1 r le bord supérieur du ligament large qui la relie à l'utérus.

Examen macroscopique. — La tumeur irréguhièrement arrondie est du volume d’une petite tête d’adulte, elle est bosselée et formée de parties, les unes très dures, d’autres moins consistantes, certaines flucluantes ; sur une de ses faces, déprimée comme une espèce de hile, on découvre la trompe sectionnée au cours de l'opération, de volume normal, dure, avec son pavillon dont les franges sont bien reconnaissables quoique rétrécies et accolées comme une rosette à la tumeur.

On fait des sections en des points variables de la tumeur. Au niveau de la partie fluetuante on entre dans une cavité fermée du côté extérieur par une paroi épaisse de 2 à 4 milhmètres formée de tissu conjonctif dense, tantôt lisse, tantôt portant à sa face interne de petites saillies en forme de végétations, ou des épaississements considérables et durs; par endroits les épaississements formant de gros noyaux ont subi une transformation mucoïde plus ou moins grande et ils fondent dans la cavité kvystique, de sorte qu'il peut ne rester d'eux qu'une sorte de membrane mollasse et d’aspect muqueux. Dans la partie profonde, la cavité est en rapport avec là masse solide de la tumeur qui v envoie des bourgeons ou des bosselures en voie plus où moins avancée de dégénérescence mucoïde. La cavité elle-même est remplie par un liquide d'aspect gélatineux.

Dans les parties dures de la tumeur on trouve quelques kystes plus pelits formés par la dégénérescence muqueuse du tissu de la tumeur.

Une section portant sur les parties dures les plus abondantes montre que celles-ci sont formées par une cupule.con-

jonctive épaisse envoyant des tractus qui se dichotomisent dans un tissu friable d'aspect homogène ou légèrement granuleux. Les tractus fibreux peuvent subir une dégénérescence hyalime très nette, et on observe des amas irréguliers à bords diffus ou très nettement limités, d'aspect gélatiniforme, entre les tractus fibreux. Ces noyaux muqueux peuvent se réunir pour former des nodules irréguliers de dégénérescence muqueuse et donner naissance à des kystes.

Certaines parties du tissu proprement dit de la tumeur sont nettement hémorragiques. |

Examen microscopique. — A un faible grossissement le fragment examiné est constitué dans sa plus grande étendue parun tissu de nécrose dans lequel on trouve des travées ou des restes de travées que délimitent des espaces irréguliers ou arrondis, de volume variable, renfermant des leucocytes et de la fibrine en état de dégénérescence plus ou moins avancée.

A mesure qu'on s'approche de la partie représentant les bords de la tumeur, les parois des cavités deviennent plus nettes, et on constate des cellulestépithéliales en voie de nécrose.

A la périphérie, dans un tissu fibro-myxomateux qui par endroits devient nettement myxomateux à larges espaces clairs, on constate des cavités bordées d’épithélium, de volume très variable, cavités d'aspect kystiforme, remplies d’une substance mucoïde et bordées par une couche d’épithélium à disposition plus où moins papiliforme.

Par endroits, la prolifération intense est formée de kystes plus petits qui sont directement en contact les uns avec les autres et d'aspect légèrement papillaire. Tout à fait à Ta périphérie il existe une bande de tissu en dégénérescence mucoïde avec quelques vaisseaux dilatés.

La surface externe de la tumeur est recouverte par une cou-

che épithéliale continue qui s'épaissit par endroit, envoie des renflements dans la profondeur qui constituent par places de véritables bourgeonnements profonds susceptibles par endroits de prendre un aspect papilliforme.

A un fort grossissement on voit les particularités suivantes : 1° le revêtement épithélial de la surface est formé par des cellules cylindroïdes à gros noyaux, irrégulières, beaucoup d’entre elles ayant subi une hypertrophie claire complète, leur surface étant revêtue d’un plateau épais. |

Dans les points où cette couche augmente de volume, elle est formée par plusieurs assises de cellules qui prennent des formes variables, atypiques ; tantôt elles sont très allongées, à extrémité effilée, tantôt arrondies ou polygonales.

Dans les points de dépression, on peut compter au niveau des culs-de-sac jusqu'à 5 ou 6 couches de cellules tout à fait irrégulières, hypertrophiées, en transformation claire. Cette tranformation claire peut aboutir à la dégénérescence granuloaqueuse totale et à la désintégration à l'extérieur.

Ces dépressions qui sont constituées par une sorte de bourgeon pleim, à mesure qu’elles gagnent la profondeur, peuvent se creuser à la surface pour prendre une forme en cupule, ou bien sous l'influence de la prolifération plus active et d’une pénétration plus profonde, il se produit une disjonction papillaire très évidente, à cellules cylindriques et à noyaux allongés.

Les tubes épithéliaux qui constituent la partie jeune de la prolifération épithéliale sous-jacente sont formés par des cellules cylindriques, longues, fortement tassées, à gros noyau, qui par endroits deviennent nettement papillomateuses.

Par endroits le type cellulaire revêt exactement celui que nous avons décrit pour l’épithélium de surface, avec tendance rapide à l’hypertrophie claire.

Au niveau des cavités kystiformes, la ressemblance de

l'épithélium avec celui de la surface est encore plus prononcée.

L'accroissement de la tumeur se fait aux dépens de la prolifération de tubes En existants, par bourgeonnement périphérique. .

Sur certaines coupes, la prolifération épithéliale, au lieu d’être nettement limitée par le tissu conjoncüf interstitiel formant basale,devient plus diffuse et constitue des placards qui ne sont plus de l’adénome simple mais apportent un élément de malignité très nettement marqué.

Il s’agit done d’un adéno-épithéliome de l'ovaire, papilliforme.

Au point de vue de lorigine de la tumeur, l'étude de l’épithélium de revêtement de la tumeur, sa prolifération et la formation à ses dépens de masses épithéliales papilliformes qui s’enfoncent dans la profondeur, et sont identiques aux formatons papillaires qui constituent la tumeur elle-même, doivent faire penser que cette tumeur s’est développée aux dépens de l'épithélium ovarien de surface.

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