SYMPTOMES
L'aspect initial du cancer glosso-amygdalien diffère suivant la variété anatomique du néoplasme. ;
L’épithélioma intersticiel se présente sous la forme d'un noyau dur difficilement perçu dans le fossé buccal sous une muqueuse d'aspect normal, quoique peu mobile. Ce noyau mal limité se confond avec les tissus sains sans que le doigt puisse déceler un contour net. Cette forme n'est pas la plus fréquente. Il s’agit plus souvent d’un épithélioma superficiel, qui provient quelquefois de la transformation néoplasique d’une plaque de leucoplasie. Le microscope donnera la confirmation histologique du diagnostic clinique.
A ce stade, l’indolence est encore complète et le néoplasme apporte peu de gêne à la déglutition.
Lorsque le mal a progressé, l’épithélioma superficiel, qui a plutôt tendance à s'étendre en surface, envahit aussi plus ou moins les tissus profonds. L’épithélioma intersticiel, qui s’infiltre surtout vers la profondeur, vient faire saillie sous la muqueuse et l’ulcère.
La distinction entre les deux formes est alors moins nette : le cancer est constitué et les symptômes sont au complet.
On aperçoit dans le sillon amygdalo-glosse, mordant en: dehors sur le pôle inférieur de l’'amygdale et surtout sur le pilier, en dedans sur la langue, une ulcération bordée de bourrelets noueux, rouges et durs, qui ne sont jamais décollés. Le fond, anfractueux, donne naissance à des bourgeons grisâtres, sécrétant un liquide sanieux et fétide. Le moindre contact du fond ou des bords de Fulcération avec le doigt ou avec un instrument les fait saigner.
Cette ulcération repose sur une masse dure, dont les contours sont peu nets et que le doigt délimite plus facilement que la vue. Cette tumeur conserve assez longtemps une certaine mobilité sur les plans profonds.
Les signes fonctionnels, minimes au début, sont nombreux dès que la tumeur est ulcérée. Notons d’abord la douleur provoquée par le contact des aliments chauds ou acides, par les mouvements : parole, mastication, déglutition. Bientôt les douleurs apparaissent spontanément, la nuit surtout, siégeant principalement au niveau de la tumeur et irradiant autour d'elles. L'une des irradiations la plus fréquente et la plus pénible est l’otalgie.
La douleur et la gêne mécanique dues au néoplasme donnent à la langue un aspect très spécial. Si l'on commande au malade de tirer la langue, on note une fixation caractéristique de cet organe. La langue paraît soudée au niveau de la tumeur et la pointe se tourne du côté atteint (signe de Sebileau).
La parole est gênée. Les troubles de la déglutition sont accusés. La salive n'étant plus avalée s'écoule de façon continuelle et est horriblement fétide par suite du sphacèle parcellaire de la tumeur et de la malpropreté de la bouche, qui n’est plus nettoyée par les mouvements de la langue. Ces troubles fonctionnels sont à leur comble si le trismus apparaît.
Il est alors impossible d'examiner la tumeur et de pratiquer le nettoyage de la bouche. De ce fait, les complications infectieuses sont fréquentes et aggravent le pronostic.
Les ganglions, toujours anatomiquement suspects, sont en général cliniquement envahis à cette période. Une palpation attentive permet de les sentir dans les régions carotidienne et sous-maxillaire. Ils sont en général indépendants, mobiles et extrêmement durs. Ce n’est que tardivement qu'ils se fusionnent les uns aux autres, adhèrent à la peau et s’ulcèrent.
Notons que parlois l’adénopathie prend au début une allure aiguë, simulant ladéno-phlegmon. Cette forme a été décrite par Théophile Anger.
Aucun signe clinique ne permet de rattacher au cancer une adénopathie cervicale. Le microscope seul peut trancher la question d’une façon absolue. Néanmoins, en raison de l’extrême fréquence et de la précocité de l'adénopathie chez les malades atteints de cancer glosso-amygdalien, il convient de considérer comme néoplasique toute adénopathie survenant chez un cancéreux. Canuyt estime même que le curage ganglionnaire doit être érigé en règle absolue : une adénopathie non perceptible doit être considérée comme latente.
le
Nous venons d'indiquer les signes du cancer glosso-amygdalien dans son évolution. Nous voudrions en fixer plus particulièrement l’aspect tel qu’on l’observe en général lorsqu'on est appelé à en faire le diagnostic clinique.
Il s'agit d’un malade qui dit être gêné par sa langue, qui lui paraît en un point plus dure que de coutume. Il la mord assez facilement, Il ressent quelques douleurs vers l'oreille et s’est aperçu d’une petite grosseur angulo-maxillaire.
A l'examen, la langue tirée hors de la bouche est déviée (signe de Sebileau). Au point où les fibres du pilier antérieur (muscle de Broca) se perdent dans la langue, l'œil perçoit une voussure, le doigt sent une nodosité. Celle-ci, de volume variable, gagne l’amygdale et, se propageant en dehors, infiltre la muqueuse au niveau de la face interne du collet de la dernière molaire.
La main qui palpe la région cervicale perçoit soit un ganglion assez gros, soit plusieurs de volume variable. Parfois, le palper bidigital (un doigt dans la bouche, un doigt sur le ganglion) permettra de sentir une continuité complète, une fusion totale entre Padénopathie et la tumeur.